Le NecronomiconDiverses traductions sont proposées . Lovecraft lui-même (dans une de ses lettres) traduit par « An Image of the Law of the Dead » (« Une image de la loi des morts »), du grec nekros « cadavre », nomos « loi » et eikon « image ». Des commentateurs de Lovecraft ont cependant proposé leurs interprétations personnelles : George Wetzel suggère « Book of the Names of the Dead » (« Livre des noms des morts ») et S. T. Joshi propose : « Book Concerning the Dead » (« Livre à propos des morts »).. est un ouvrage fictif du mythe de Cthulhu inventé par l'écrivain américain H. P. Lovecraft. Le Necronomicon est suggéré dans la nouvelle La Cité sans nom, achevée en 1921. Bien que le texte en lui-même ne donne pas le nom de l'ouvrage, il évoque pour la première fois son auteur fictionnel Abdul al-Hazred, ainsi que les vers : .. La nouvelle publiée en 1924, Le Molosse, utilise le titre pour la première fois. En 1927, Lovecraft détaille l'histoire fictive de cet ouvrage afin d'éviter d'éventuelles incohérences entre ses futures nouvelles. En tout, le Necronomicon est évoqué dans treize de ses œuvres : parfois seulement le titre, une ou deux phrases ou un paragraphe complet. Diverses sources sont utilisées par l'auteur afin de créer un ouvrage crédible. Si celles-ci sont assez faciles à déterminer, car Lovecraft laisse de très abondantes notes de travail ainsi que des lettres, le contenu l'est moins. Les mentions en font parfois un livre de culte, un livre de magie ou une histoire des temps des « Grands Anciens ».
Très rapidement, le Necronomicon est repris par les autres auteurs du cercle littéraire auquel appartenait Lovecraft, dans une émulation amicale. Ainsi, Robert E. Howard ou Robert Bloch évoquent le grimoire dans leurs œuvres. August Derleth est cependant celui qui, hormis Lovecraft, développe le plus le mythe du Necronomicon en le liant au mythe de Cthulhu. Cette intertextualité croissante a pour principale conséquence que certains lecteurs commencent à croire à l'existence réelle de l'ouvrage, puisque tant d'auteurs différents y font référence. Les premiers canulars ne sont que des références à des livres inexistants proposés à la vente. Après la mort de Derleth et donc le relâchement de son contrôle sur l'héritage lovecraftien, de prétendus Necronomicon commencent à paraître. Parmi ceux-ci, le Necronomicon Simon a le plus de succès.
L'aura du Necronomicon est telle qu'il est régulièrement utilisé dans la culture populaire, symbole du livre maléfique par excellence : dans les films, d'horreur surtout, dans la musique, plutôt metal, mais aussi dans les jeux vidéo, la bande dessinée ou les feuilletons télévisés.
Dans la littérature lovecraftienne Premières mentions vignette|La Cité sans nom(),illustration de leothefox.
La première évocation de l'auteur fictif Abdul al-Hazred remonte à novembre 1921, par le biais d'une « citation » romanesque dans la nouvelle La Cité sans nom (), parue dans le magazine amateur The Wolverine. Un explorateur parcourt les ruines d'une cité enfouie au milieu du désert arabe. Au plus profond des tunnels, il découvre des fresques dépeignant une attaque de la ville, puis les momies de mystérieux êtres reptiliens. Comprenant que les créatures peuplaient jadis la cité, le narrateur conclut que l'Arabe dément Abdul al-Hazred (parfois typographié Alhazred) avait rêvé de cet endroit avant d'écrire les vers :
Dans sa nouvelle, Howard Phillips Lovecraft ne cite aucun titre d'œuvre issue de la plume d'Abdul al-Hazred. Par ailleurs, le poète arabe n'est pas le seul auteur que la cité ensevelie évoque au narrateur puisque ce dernier mentionne également les cauchemars apocryphes de Damascios et L'image du monde de Gautier de Metz, selon une technique littéraire caractéristique de Lovecraft, consistant à mêler ouvrages réels et imaginaires afin de conférer davantage de crédibilité à son histoire.
gauche|vignette|Le Molosse (),illustration d'Emily Stepp.
En avril 1923, Lovecraft envoie cinq nouvelles au magazine Weird Tales, dont Le Molosse (). Dans celle-ci, deux jeunes gens passionnés de l'occulte se rendent en Hollande pour déterrer le cadavre d'un sorcier. Dans la tombe, ils trouvent une amulette en forme de chien. Ils n'en connaissent pas la signification, mais elle leur rappelle . De retour chez eux, ils consultent l'ouvrage qui leur explique les pouvoirs de l'amulette .. Cependant, la connaissance ne leur sert à rien. Le sorcier transformé en molosse démembre l'un des deux profanateurs puis l'autre se suicide.
La même année, dans Le Festival (), le narrateur revient dans la vieille maison familiale, à Kingsport dans le Massachusetts pour la fête familiale traditionnelle de Yule. Là, il voit le Necronomicon parmi un certain nombre de grimoires. Il s'agit ici de la première mention d'une traduction en latin par Olaus Wormius et de l'interdiction de cette version.. Le narrateur commence à le lire jusqu'au moment de la cérémonie qui clôt le festival. Durant celle-ci, l'ouvrage est utilisé et adoré par les participants. Devenu fou, le narrateur est interné à l'hôpital de l'université de Miskatonic à Arkham. Son médecin, pour tenter de le soigner, lui montre l'exemplaire que détient la bibliothèque de l'université.
vignette|Les adorateurs de Cthulhu dans les marécages de Louisiane,illustration de Gwabryel. En 1926, deux nouvelles évoquent à leur tour le Necronomicon. Dans Le Descendant (), nouvelle inachevée, le narrateur cherche l'ouvrage. Il apprend que la plupart des exemplaires ont été détruits sur l'ordre des Églises ou des États et qu'il n'en existerait plus que cinq dissimulés dans des bibliothèques. C'est alors qu'il tombe sur une des traductions par Wormius chez un bouquiniste londonien. Il consulte Lord Northam, un de ses voisins, qui lui raconte son voyage jusqu'à la Cité sans nom et commence à lui expliquer l'importance du Necronomicon. La nouvelle étant inachevée, le récit s'arrête alors. Lovecraft ici développe la mythologie et fait le lien avec les faits qu'il avait mentionnés précédemment. La nouvelle suivante est L'Appel de Cthulhu. Elle lie définitivement le Necronomicon aux « Grands Anciens », comme l'avait suggéré Le Festival. Les membres d'une secte de Louisiane expliquent que l'ouvrage et principalement le poème évoqué dans La Cité sans nom font référence à leur dieu Cthulhu qui dormirait dans la cité de R'lyeh au fond du Pacifique.
Dans L'Affaire Charles Dexter Ward écrit en 1927, dans le laboratoire secret du sorcier Joseph Curwen, John Merritt découvre divers grimoires dont le Necronomicon dissimulé dans un Qanoon-e-Islam. Il se souvient en avoir entendu parler à propos d'un culte abominable à Kingsport dans le Massachusetts. Lovecraft faisait ici encore le lien entre ses différentes œuvres, en l'occurrence Le Festival.
Histoire fictive vignette|Première page du manuscrit original de l'Histoire du Necronomicon de Lovecraft.
Après diverses références dans ses nouvelles, Lovecraft décida en 1927 de mettre au clair, au moins pour lui au départ, l'histoire du Necronomicon afin d'éviter toutes incohérences futures. Il ne fit cette démarche que pour le seul Necronomicon et jamais pour les autres éléments récurrents de ses œuvres. Il semblerait qu'il se soit inspiré des histoires des grimoires évoquées par Arthur Edward Waite dans son de 1898. Ce texte n'eut d'abord que cette fonction de cohérence fictionnelle. Il l'envoya cependant à ses amis qui le lui demandaient. Le texte fut publié de manière posthume sous le titre Histoire du Necronomicon ().
vignette|gauche|upright=1.1|Irem, la légendaire « cité des mille piliers » visitée par Abdul al-Hazred.Illustration de Jens Heimdahl. Selon les divers textes de Lovecraft évoquant l'ouvrage, le Necronomicon, originellement nommé Kitab al Azif (littéralement « Livre du musicien ») aurait été écrit vers 730 à Damas par le poète Abdul al-Hazred. Celui-ci serait né à Sanaa. Il aurait beaucoup voyagé, visitant la légendaire Irem, dite la « cité aux mille piliers », ainsi que les ruines de Babylone et de Memphis. Il aurait rassemblé le savoir qu'il y aurait glané dans son ouvrage Al Azif, écrit à Damas. En arabe, Al Azif fait référence au bruit que produisent les insectes la nuit, ce qui dans cette culture se rapporte aux cris des djinnsLovecraft avait emprunté cette idée au roman gothique Vathek (1786) de William Thomas Beckford. .. En 738, Abdul al-Hazred aurait été déchiqueté par un monstre invisible. Le manuscrit original en arabe aurait ensuite disparu, après avoir été traduit.
Théodore Philetas de Constantinople aurait en effet traduit l'ouvrage en grec ancien vers 950, et c'est lui qui aurait attribué à l'œuvre le titre par lequel elle est la plus connue : Necronomicon. Le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire aurait fait brûler pratiquement toutes les copies grecques en 1050 mais quelques exemplaires auraient échappé aux flammes. La traduction grecque aurait été rééditée en Italie dans la première moitié du . Olaus WormiusUn médecin danois appelé Olaus Wormius a bel et bien existé, mais né en 1588. . en aurait fait une traduction en latin en 1228, la version la plus courante de l'ouvrage. Cette traduction aurait connu deux rééditions : en caractères gothiques en Allemagne vers 1440 et en Espagne au . Les versions grecque et latine auraient été interdites par le pape Grégoire IX en 1232. Wormius aurait été mis au bûcher par l'Inquisition avec tous les exemplaires. Seules quelques copies auraient subsisté, notamment dans les archives secrètes du Vatican peut-être parce que l'ouvrage aurait été mis à l’Index librorum prohibitorumLovecraft commettait là une erreur historique : il écrit que Grégoire aurait mis l'ouvrage à l’Index, mais le premier Index est plus tardif (1559 sous Paul IV).. Le dernier exemplaire de l'édition italienne du aurait été brûlé à l'issue des procès de Salem en 1692.
Des mentions de plus en plus nombreuses vignette|gauche|La ferme des Whateley décrite dans L'Abomination de Dunwich, illustration de László Báti. L'Abomination de Dunwich (1928), écrite après la mise au clair de l'histoire du Necronomicon fait abondamment référence à l'ouvrage. Il contiendrait une invocation de Yog-Sothoth page 751 de « l'édition complète ». Or, le personnage principal ne possède que les fragments traduits par John Dee. Il recherche alors le reste dans diverses bibliothèques : la Bibliothèque nationale de France, le British Museum, la Bibliothèque Widener d'Harvard, la bibliothèque de l'Université de Buenos Aires et de celle de l'université de Miskatonic d'Arkham. Il découvre que l'ouvrage contient aussi une histoire des Grands Anciens et annonce leur retour. La nouvelle est la première mention d'une traduction par John Dee, un occultiste britannique ayant réellement existé et travaillé pour Élisabeth puis l'empereur Rodolphe II.