thumb|Les manifestations anti-OGM, Washington, DC
Les organismes génétiquement modifiés (OGM) provoquent de nombreux débats qui sont sortis des mondes agricole, économique et scientifique pour toucher les sphères politique, philosophique, médiatique et juridique.
Les débats sur les OGM concernent trois thèmes principaux : le bien-fondé des modifications génétiques par l'être humain ; les processus utilisés pour créer et expérimenter des OGM ; l'utilité et les risques dans leur domaine d'application.
Évolution générale du débat
Les OGM sont source de grandes divergences d’opinion, qui conduisent à une absence de consensus au sein des opinions publiques nationales ; les craintes sur les risques sanitaires qu'ils pourraient entraîner et sur une éventuelle atteinte à la biodiversité entrent en conflit avec les avantages mis en avant des OGM. Tandis qu'il existe de multiples préoccupations au sein du public en ce qui concerne les risques relatifs à la consommation d'organismes génétiquement modifiés, un consensus scientifique relativement important se dessine sur le fait que les produits contenant des OGM ne posent pas plus de risque pour la santé que les produits conventionnels.
Histoire du débat Le débat sur les OGM, d'abord confiné au monde scientifique ou agricole s'est progressivement politisé sur deux principales bases d'arguments : une base éthique en raison, selon les opposants, d'incertitudes sur l'impact des OGM sur l'homme et l'environnement, puis de la brevetabilité du vivant. une base économique en raison, selon les opposants, de la domination du marché des OGM par un petit nombre de multinationales détenant les brevets des OGM et tentant par ce biais de prendre le contrôle de l'agriculture mondiale.
En France, le débat sur les OGM a été médiatisé par les actions des faucheurs volontaires d'OGM et de l'un des secrétaires généraux de la Confédération paysanne, José Bové.
Acteurs du débat
Les acteurs du débat sur les OGM sont nombreux : En amont, il existe un débat entre scientifiques sur les risques et les avantages des OGM. Le débat s'est un moment focalisé au début des années 1990 entre les groupes industriels producteurs de semences (dont la société américaine Monsanto est devenu le symbole) et les associations anti-OGM. La sensibilisation du grand public a donné au débat un caractère politique, y compris au niveau national.
Le groupe de pression anti-OGM est très actif en Europe, et particulièrement en France, au Royaume-Unimention du « anti-GM lobby » (lobby anti-OGM) : GM debate cut down by threats and abuse, Times higher education, 24 octobre 2003 ; Suspicion isn't proof, Telegraph, 7 mars 2004. en Allemagne, en Autriche, au Luxembourg, en Hongrie et en Suisse. Il n’a pas pris corps majoritairement dans l’opinion publique américaine, mais se manifeste également au CanadaRésumé des sondages sur les OGM au Québec et au Canada 1994-2004, site de Greenpeace.
Les mouvements anti-OGM communiquent au public les risques présentés, selon eux, par la culture d’OGM en plein champ. Ils estiment que les autorités n’auraient pas suffisamment contrôlé les différents effets néfastes possibles des OGM.
Débat éthique Si le débat éthique se pose, à savoir la question de ce qui est bien pour l'homme, c'est parce que la science a comme principe la neutralité vis-à-vis des valeurs. C'est pourquoi dans le domaine des OGM, il est important de se demander ce qui est bon ou mauvais, mais surtout de se poser la question de la capacité de l'Homme à utiliser les OGM à bon escient. La question est alors: "Le progrès technique vaut-il un tel risque pour l'Humanité ?".
Exemples de préoccupations La Commission de l'éthique en science et en technologie du Québec relève des préoccupations éthiques relativement au processus de la transgénèse, comme :
Critiques des OGM Les militants anti-OGM développent leurs critiques sur plusieurs axes : Les OGM sont considérés comme étant contrôlés uniquement par des grands groupes industriels comme Monsanto ou Bayer Cropscience. Ces groupes, soumis à la pression des marchés, seraient suspectés de faire passer la rentabilité économique avant l'intérêt des populations. Les brevets sur le vivant et l'utilisation de plantes stériles pour forcer les paysans à racheter des graines sont aussi critiqués. Ces critiques ne sont assorties d'aucun exemple de plante génétiquement modifiée mise sur le marché qui soit stérile. Il s'agit donc d'une critique à priori : des plantes génétiquement modifiées stériles pourraient être mise sur le marché un jour, ce qui pourrait permettre de forcer les paysans à racheter les graines chaque année. D'autre part les règles de propriété intellectuelle des semences (brevet, certificat d'obtention végétale) s'appliquent également aux plantes non génétiquement modifiées. L'argument pro-OGM présentant les semences OGM comme une arme de la lutte contre la faim dans le monde est rejeté, car pour les anti-OGM, les problèmes économiques et politiques sont les principales causes de famineMaison de la consommation et de l'environnement, Les critiques émises par le collectif OGM 35, . En ce sens, un rapport intergouvernemental, approuvé par 59 gouvernements et regroupant 700 experts, affirme que l'adoption massive des OGM du fait de la mobilisation de capitaux et de moyens humains aboutira à un ralentissement de la lutte de la faim dans le monde. Ce même rapport affirme que les coûts élevés de la production d'OGM les rend plus rentables pour les gros producteurs que pour les petits producteurs. Les OGM sont cultivés principalement en monoculture intensive, ce qui appauvrit la terre en termes de fertilisation, de minéraux utilisables par les plantes, structure du sol et biodiversité du sol, etc.
Défense des OGM Des avantages potentiels pour la santé :
Dans le domaine de la recherche médicale et de la production pharmaceutique, les OGM sont utilisés comme outils biotechnologiques pour la production de médicaments et de vaccins. Il est important de noter que les OGM dans le premier cas ne sont pas ici le produit fini comme en agriculture, ils sont des intermédiaires technologiques qui ne sortent pas des laboratoires. Le produit fini ne contient pas d'OGM. Un exemple typique est la production d'insuline destinée aux diabétiques. Le gène de l'insuline humaine est inséré dans le génome d'une bactérie qui produira alors l'insuline humaine qui sera purifié.. Dans le cas de la production de vaccins, des plantes sont modifiées génétiquement en introduisant dans leur génome le gène d'un antigène viral non pathogène qui sera reconnu par le système immunitaire. Par exemple, l'industrie pharmaceutique a déjà mis au point des vaccins contre l'herpesvirus simplex de type II.. Dans ce dernier cas, l'OGM est ingéré. Des avantages potentiels pour l'environnement :
Régénération biologique : à la suite d'une utilisation intensive depuis les années 1950-60, des terres qui a conduit à l'appauvrissement en minéraux, en micro-organismes, etc. L'utilisation des OGM devrait pouvoir réduire l'équilibre des sols pour l'utilisation.
Le professeur de biologie végétale Alain-Michel Boudet (UPS/CNRS) et membre de l’Académie des Sciences, qui ne condamne pas les OGM, juge que « la génétique, et singulièrement les OGM, nous amène à nous poser la question du rapport à la nature. Je remarque par ailleurs que les plantes hybrides, qui existent depuis longtemps, ne sont pas remises en question alors qu’elles sont obtenues par des mélanges de gènes beaucoup plus incertains quant à leurs agencements et à leurs conséquences. Est-ce la précision et la multiplicité dans la palette d’applications qui participent au rejet des OGM ? [..] mettre un gène de chien dans un maïs provoque a priori un rejet fort et une question sur l’ordre de la nature. Mais si cette transgénèse permettait de soigner des maladies graves et fréquentes, on sent bien que la limite de ce rejet serait largement repoussée. Cette idée qu’on ne touche pas à la nature, n’est pas une règle écrite par l’homme, et elle n’est pas fréquemment exprimée dans l’histoire. L’homme n’a jamais cessé d’avancer dans la maîtrise de la nature. On oppose, par exemple, les OGM au développement durable. Mais on peut aussi se poser la question d’OGM qui, comme beaucoup de techniques, seraient au service du développement durable, au service de la préservation de l’environnement. Si la progression de la connaissance et la maîtrise de la nature me semblent inexorables, le problème est de savoir si l’homme peut les utiliser pour son bien-être. »Entretien agrobiosciences, 28 octobre 2003.
Débat sur les avantages supposés des OGM Parmi les arguments en faveur des OGM, ressortent notamment les points suivantsLa production d'OGM au Québec, sur le site du gouvernement du Québec. : augmentation possible des rendements grâce à un meilleur contrôle des insectes ou des mauvaises herbes ; diminution du coût des herbicides ; travail plus facile à gérer lors de la récolte ; rotation des cultures plus facile.
Les perspectives qu'ouvrent les OGM, et les biotechnologies en général, sont aussi présentées comme une des solutions au problème de faim dans le mondeBiotechnologie et sécurité alimentaire, dossier de la FAO..
Débat sur les rendements agricoles Études montrant un rendement accru pour des semences OGM Selon plusieurs études scientifiques, l’utilisation d’OGM permet d’accroître la productivité des surfaces cultivées des grandes cultures (céréales et oléagineux) comme le soja ou le maïs. En Inde le rendement du coton a doublé depuis les débuts des années 2000, et si le rôle des OGM reste difficile à isoler d'autres facteurs tels que les innovations en matière d'engrais ou de semence hybride ou bien la météo, un gain de 18 % de rendement à précipitation égale a été confirméGlenn Davis Stone
Field versus Farm in Warangal: Bt Cotton, Higher Yields, and Larger Questions
World Development
Volume 39, Issue 3, March 2011, Pages 387–398
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305750X10001737 en 2011.
Études montrant un rendement comparable entre semences OGM et non-OGM Certaines étudesOGM : la hausse des rendements contestée - Le Monde - 16 avril 2009 sur les OGM actuellement utilisés montrent des rendements moyens équivalents entre les plantes OGM et les plantes classiques« Les gains de rendement des OGM surestimés », Libération, 20 avril 2009..
Une étude sur le rendement de trois semences génétiquement modifiées (un maïs et un soja tolérants aux herbicides et un maïs résistant aux insectes), de l'Union of Concerned Scientists, une association de scientifiques promouvant l'agriculture durable, parue en , montre que ces OGM n'ont pas contribué, de manière significative, à l'augmentation du rendement agricole aux États-Unis : Parmi ces trois semences, seul un maïs BT permet des augmentations de rendement, mais ces augmentations (+ 7 à 12 %) ne sont significatives que dans des situations de fortes invasions. Ces situations étant marginales, l'augmentation moyenne est de 0,2 à 0,3 % par an, à comparer à l'augmentation moyenne annuelle d'environ un pour cent pour l'ensemble des cultures de maïs. Cette dernière augmentation globale est attribuable à l'amélioration des pratiques culturales Rapport de UCS sur le rendement des cultures génétiquement modifiées.
Étude montrant un rendement inférieur des semences OGM