Indian est une des plus anciennes marques de motos dont le premier modèle, l'Indian Single, est lancé en 1901 par la société américaine Hendee Manufacturing Company (HMC) de Springfield (Massachusetts). HMC, numéro un des constructeurs de motos jusqu'à la Première Guerre mondiale, est l'un des deux seuls constructeurs américains à avoir survécu à la Grande Dépression du début des . La société, rebaptisée « Indian Motocycle Company » (Indian) en 1923, et la marque jouissent d'une forte réputation basée sur l'innovation et les résultats en compétition jusqu'à la faillite d'Indian en 1953. La marque fait l'objet de plusieurs tentatives de relance et d'utilisation jusqu'à la fin des . La fabrication aux États-Unis de motos Indian reprend en 1999. Depuis , la société est une filiale de Polaris Industries dont les usines sont à Spirit Lake, dans l’Iowa.
Histoire
Fondation et premier modèle : l'Indian Single George M. Hendee, originaire du Connecticut et ancien coureur cycliste, crée en 1895 une société de fabrication de vélos, basée à Springfield (Massachusetts).. Il fait faillite, puis relance en 1898 une autre société, dénommée « Hendee Manufacturing Company », qui fabrique une gamme de vélos sous la marque IndianLes raisons du choix du mot « Indian » par George Hendee comme nom de marque pour vélos puis pour motos sont peu claires : Hendee n'avait aucun lien connu avec les peuples amérindiens, ni même avec l'État d'Indiana. Certains spécialistes mentionnent la possibilité que ce mot fut choisi car il était euphoniquement proche du nom « Hendee » et ancrait la marque dans l'histoire des États-Unis.
Indian a ensuite usé de façon très large de ce lien supposé avec la culture amérindienne. Ainsi les lignes de produits Scout et Chief inaugurent une tradition de dénominations « indiennes » qui a perduré jusqu'à nos jours. Le siège social et l'usine de Springfield étaient quant à eux surnommés le « Wigwam ». De très nombreux signes visuels sur les produits, les catalogues, les logos ou encore les publicités d'Indian ont exploité cette filiation amérindienne durant toute l'histoire de la marque, et certains d'entre eux se retrouvent encore sur les modèles du .. vignette|Hedström Tandem Pacer (1900). Oscar Hedström, immigré de Suède à l'âge de neuf ans, est un passionné de mécanique. Il conçoit et construit des vélos de haut de gamme et des tandems à Middletown (Connecticut), ainsi qu'un carburateur puis un « Tandem Pacer » motorisé destiné à précéder les coureurs cyclistes sur les vélodromes. gauche|vignette|redresse|Oscar Hedström avec son premier prototype Indian Single de 1901. Hendee, qui sponsorise des courses et coureurs cyclistes, est impressionné par cette réalisation et propose à Hedström de se lancer ensemble dans la fabrication de motos. Ils deviennent partenaires dans la Hendee Manufacturing Company (HMC) en Fin 1916, HMC fabrique toujours une gamme de vélo proposés de 26 à . Le modèle de haut de gamme est même à assistance électrique. La publicité de l'époque propose aux parents d'offrir à leurs enfants pour Noël une de ces machines, voire une moto d'entrée de gamme à .. Leur premier modèle, l'Indian Single, est présenté en .
La Single est dotée d'un moteur monocylindre à quatre temps de () délivrant . Elle pèse et peut atteindre . Sa technologie est avancée pour l'époque : carburateur concentrique, transmission par chaîneAlors que ses concurrentes ont à l'époque une transmission par courroie en cuir, bien plus fragile et limitée en couple que la chaîne. Au , Indian n'utilisera la courroie en transmission que sur de très rares variantes de modèles produits à la fin des années 1900 et au début des années 1910., allumage par bobine et cadre intégrant le moteur. L'allumage est assuré par batteries à recharger, selon l'utilisation, entre 1300 et , et la lubrification est à réglage manuel « à huile perdue ». La Single est en outre dotée d'un innovant système de réglage de l'allumage, actionné par une poignée sur le côté droit du guidon : il permet de faire démarrer ou d'arrêter le moteur et fait office d'accélérateur. Le cadre rigide est semblable à celui d'un vélo. La Single est d'ailleurs dotée de pédales permettant de la démarrer et d'actionner par rétropédalage le frein arrièreLa Single One n'a pas de frein avant. Les motos américaines n'en seront équipées que bien plus tard.. La forme de son réservoir d'essence et d'huile, situé au-dessus de la roue arrière, lui vaudra d'être surnommée « Camelback »Littéralement « dos de chameau ».. La marque et les références de HMC sont inscrites en lettres typographiées dorées sur le réservoir, selon une esthétique qui perdurera longtemps.
Années 1900 : innovation et premier rang mondial
La Single rencontre un grand succès : la production passe de trois unités en 1901 à plus de cinq cents en 1904. Elle sera commercialisée jusqu'en 1909. vignette|Indian Single camelback bleu royal (1902). En 1904, la couleur rouge vermillonQue la marque appelle « Indian Red »., qui deviendra plus tard l'un des symboles visuels de la marque, est proposée en option en sus du noir et du bleu royal déjà au catalogue.
En 1907, le premier bicylindre en V est mis en production de série. De faible cylindrée (), ce moteur est calé à 42° et équipé d'une distribution « semi-culbutée » où les soupapes d'admission et d'échappement sont opposées. HMC a longuement testé ses performances et sa fiabilité en compétition à partir de 1905, notamment lors d'une épreuve « coast to coast » en 1906 : le prototype ainsi doté mettra un mois pour relier San Francisco à New York. Les bicylindres Indian remportent immédiatement un réel succès commercial.
En 1907, HMC, avec sa gamme de mono- et bicylindres, vend près de , ce qui en fait le plus important constructeur de l'époque, rang que la marque conservera jusqu'à la Première Guerre mondiale. gauche|vignette|L'un des tout premiers twins Indian, encore dans un cadre camelback (1908). vignette|Un des tout premiers Indian Single dans le nouveau cadre berceau (1909). En 1909, HMC introduit pour tous ses modèles un cadre berceau. Le réservoir camelback disparait, remplacé par deux réservoirs séparés : l'un, pour l'essence, est situé horizontalement entre deux tubes du cadre ; l'autre, pour l'huile, est disposé verticalement derrière le moteurIndian avait produit entre 1906 et 1908 quelques modèles déjà dotés d'un réservoir horizontal dit « Torpedo Tank »..
La même année, l'Américain Wells décide d'importer des Indian en Angleterre, où il s'est installé. Pour en promouvoir les qualités, il en engage dans le célèbre Tourist Trophy de l'ile de Man : l'une d'elles terminera deuxième de l'épreuve dès la première tentative.
Années 1910 : apogée puis premières difficultés alt=Indian Twin sur cadre entièrement suspendu (1913).|vignette|Indian Twin avec cadre entièrement suspendu (1913). La première moitié des années 1910 est exceptionnelle pour Indian, qui accumule les innovations ainsi que les succès commerciaux et sportifs. gauche|vignette|Indian Tricar (1910). Dès 1910 le cadre berceau, lancé l'année précédente, est doté d'une fourche amortie par ressort à lames, puis, en 1913, devient entièrement suspendu, l'arrière du cadre bénéficiant également d'un amortissement par ressort à lamesDésigné dans les publicités de la marque comme « Cradle Spring Frame ».. L'allumage par magnéto est de série à partie de 1912, une boîte à deux vitesses est proposée à partir de 1910, puis à trois vitesses en 1915, année où tous les modèles sont désormais livrés avec un kick, et ne sont plus équipés de pédalesSauf le modèle monocylindre d'entrée de gamme E1.. Une version du bicylindre avec démarreur électrique est même produite à quelques exemplaires en 1914 sous la dénomination « Hendee Special »La mauvaise qualité des batteries amènera rapidement Indian à abandonner cette solution... vignette|Triporteur Indian pour la Poste (1912). La première moitié des années 1910 voit HMC explorer de multiples variantes de modèles, notamment des triporteurs pour la Poste ou le Tricar pour le transport de personnes. HMC devient également un fournisseur des services de Police, qui seront durablement d'importants clients de la marque. gauche|vignette|Policiers de Seattle avec leurs Indian (1914). La décoration des réservoirs évolue en 1911 : le mot « Indian », toujours doré, est en lettres cursives. Cette esthétique est ensuite déclinée en plusieurs couleurs et utilisée comme logo officiel de la marqueLe logo de la marque en 2022 utilise encore cette calligraphie.. Les options disponibles se multiplient et comprennent notamment siège passager, porte-bagage, éclairage à acétylène ou électrique, ou encore compteur de vitesseLe compteur de vitesse est assujetti à un ensemble de pignons montés sur la roue arrière..
En 1912, HMC domine le marché mondial et détient un tiers du marché américain, qu'il sert à travers un réseau de . Sa publicité utilise le slogan « Count Indians on the Road» qui met en avant son avance sur ses dizaines de concurrents.. Et en 1913 la production atteint un record de , dont plus de 90 % sont des bicylindres..
Indian, première marque mondiale en 1915 gauche|vignette En 1915, Indian, avec , est à son apogée. Le catalogue détaillé de la marque, un document de abondamment illustrées, décrit précisément les innovations et solutions techniques d'Indian ainsi que les dix modèles de la gamme, présentés en quatre familles. : monocylindres E1 (1 vitesse), E2 (2 vitesses) et E3 (3 vitesses) de et vendus de 185 à ; bicylindres légers « Little Twin » B1 (1 vitesse), B2 (2 vitesses) et B3 (3 vitesses) de et vendus de 210 à ; bicylindres plus puissants « BigTwin » C1 (1 vitesse), C2 (2 vitesses) et C3 (3 vitesses) de et proposés de 225 à ; bicylindre Speedway D1 de et à vocation sportive proposé à . Sa vitesse dépasse ()Les bicylindres seront remplacés en 1916 par le plus moderne et plus puissant Powerplus..
Tous ces modèles bénéficient d'une garantie constructeur d'un an. Ils partagent également de nombreuses caractéristiques de série, notamment : cadre berceau entièrement suspendu (sauf pour la Speedway qui n'a pas de suspension arrière), démarrage au kick (sauf sur le modèle d'entrée de gamme E1), allumage par magnéto et bougies, roues de 28" rapidement démontables, moteur et guidon nickelés, boîte à outils fixée sur le réservoir ou sous le porte-bagages, cadre, réservoir et garde-boue peints du rouge emblématique de la marque.
Plusieurs options sont proposées : side-car pour passager à 70 $ ; side-car pour le transport de marchandises (« Parcel Car ») à ; éclairage électrique avant et arrière à , avec boîtier de commande ; porte-bagages arrière : de série sur certains modèles, il peut être ajouté en option sur les autres pour 2 à ; choix de l'étagement des rapports sur certains modèles à boîte de vitesses ; nickelage de parties supplémentaires ; guidon route ou racing pour la Speedway.
D'autres options sont disponibles sur demande au constructeur.
Durant cette première moitié de décennie Indian brille également en compétition, accumulant records et victoires en endurance ainsi qu'en course officielle, avec notamment les trois premières places au Tourist Trophy de l'île de Man en 1911. Ces nombreux succès renforcent la notoriété et les ventes d'Indian en Amérique du Nord et en Europe.
Cette période voit aussi une page se tourner dans l'histoire de la marque : Hedström, l'un des deux fondateurs de HMC, quitte l'entreprise en 1912, et Hendee, l'autre fondateur, en 1915. vignette|Indian Powerplus (1916). gauche|vignette|200x200px|Indian O Light Twin (1917). Une innovation majeure est introduite en 1916 : un nouveau moteur, le Powerplus, renouvelle la gamme des bicylindres. C'est toujours un V-twin de calé à 42° mais désormais à soupapes latérales et délivrant Soit, à cylindrée identique, 20 % que son prédécesseur le F-head., qui connaît un excellent accueil tant aux États-Unis qu'à l'étranger.