Martha Argerich, née le à Buenos Aires, est une pianiste suisso-argentine, considérée comme l'une des plus grandes interprètes de sa génération, voire de l'histoire.
Enfant prodige du piano, elle remporte coup sur coup le concours de Genève (dans la catégorie féminine) et le concours Busoni à l'âge de seize ans, avant de gagner le concours Chopin en .
Biographie
Famille
Typiquement catalan, le nom d'Argerich est porté par plusieurs centaines de personnes en Catalogne espagnole. Le père de Martha Argerich est en effet issu d'une lignée de Catalans installés à Buenos Aires depuis le . Ses grands-parents maternels sont quant à eux des juifs russes.
Enfance (1941-1956)
Elle naît le à Buenos Aires, dans une famille de la classe moyenne, plutôt mélomane.
Ses dons pour la musique sont remarqués dès l'âge de deux ans et demi. Elle est alors capable de reproduire au piano les partitions qu'étudie son frère, ou rejoue immédiatement sur un piano un air qu'elle a entendu chanter. Elle a la capacité, enfant, de jouer les octaves comme de simples notes . Pour son père, ce talent doit mûrir naturellement. Ce n'est pas l'avis de sa mère, qui se met dès lors à la recherche d'un professeur.
À l'âge de cinq ans, et contre son gré (la petite Martha voulait être médecin.), elle est présentée par sa mère à Vincenzo Scaramuzza, qui lui donne ses premières leçons de piano et favorise le développement de sa sensibilité et de son lyrisme naturels.
En 1949, à l'âge de huit ans, elle joue en concert le Concerto pour piano en do majeur de Beethoven, le Concerto pour piano en ré mineur K. 466 de Mozart, ainsi que la Suite française en sol majeur BWV 816 de Bach.
À l'âge de onze ans, elle est dirigée dans un de ses premiers concerts par dans le concerto pour piano de Schumann au Teatro Colón.
En 1955, la famille Argerich émigre en Europe. Grâce à une bourse octroyée par l'État argentin (à l'époque dirigé par Juan Perón), Martha Argerich étudie avec de nombreux grands maîtres à Londres, Vienne, de même qu'en Suisse : Bruno Seidlhofer, Friedrich Gulda, Nikita Magaloff, Madeleine Lipatti. Elle complète sa formation auprès d'autres grands noms : Arturo Benedetti Michelangeli, Stefan Askenase et Abbey Simon. Elle confie :
Victoires précoces au concours de Genève et au concours Busoni, puis révélation mondiale (1957-1964)
En 1957, âgée de seulement seize ans, malgré ses appréhensions à jouer en public, elle remporte deux concours importants en l'espace de deux semaines : le Concours international d'exécution musicale de Genève (dans la catégorie féminine, conjointement avec Dominique Merlet) et le Concours international de piano Ferruccio-Busoni à Bolzano. C'est lors de ce dernier concours qu'elle rencontre Arturo Benedetti Michelangeli, à qui elle demande des leçons quatre ans plus tard.
Son premier disque, enregistré en 1960 par la , incluant des œuvres de Chopin, Brahms, Ravel, Prokofiev et Liszt, .
Victoire au concours Chopin et consécration (1965-1968)
Le , elle est remarquée lors du Concours international de piano Frédéric-Chopin de Varsovie. Sa maîtrise exceptionnelle de l'instrument et sa sensibilité remarquable lui font remporter trois prix : le premier, le prix du public et celui de la meilleure interprétation des Mazurkas. , .. Critiques et spectateurs ne tarissent alors pas d'éloges, , ., , 20-.. Martha Argerich est la seule Sud-Américaine à avoir remporté le concours Chopin. Si ce dernier ne marque pas le début de sa carrière, le triomphe qui en résulte lui donne une autre dimension et lie à jamais son et celle du concoursMartha Argerich, L'Enfant et les Sortilèges, Olivier Bellamy, Buchet Chastel, Collection Musique.
L'année suivante, elle commence sa carrière professionnelle au Lincoln Center de New York. En , elle joue pour la première fois à Paris et y revient l'année suivante.
Poursuite de sa carrière
Artiste rebelle, son indépendance est parfois source de problèmes pour les organisateurs de concerts : elle peut se désister au dernier moment, se présenter pour son récital en décidant de changer le programme, ou cesser abruptement de se produire malgré un carnet de prestations rempli pour plusieurs mois. C'est ainsi qu'elle décide brusquement de se retirer de la scène de 1961 à 1965, après avoir donné naissance à son premier enfant, puis à nouveau entre 1973 et 1976. Elle n'est jamais poursuivie pour rupture de contrat simplement parce que, jalouse de son indépendance, elle n'en signe jamais.. Son caractère entier se manifeste jusque dans sa discographie : elle n'a gravé aucune grande série d'œuvres d'un même compositeur, à la différence de Brendel, d'Ashkenazy ou de Pollini. Elle interprète ce qu'elle aime au gré de sa fantaisie.
De nature généreuse, Martha Argerich œuvre sans relâche afin de promouvoir de jeunes talents. Hélène Grimaud, qui la rencontre à vingt ans en 1989., lui rend hommage dans un essai autobiographique, Variations sauvages (2003) : En 1999, Martha Argerich crée à leur intention un concours international de piano, le Festival Martha Argerich de Buenos Aires, et en le Martha Argerich Project de Lugano.
Elle participe à de nombreux jurys lors de concours importants et possède une réputation de juge opiniâtre. Elle démissionne ainsi de son poste de juré lors du concours Chopin de 1980 lorsque le pianiste croate Ivo Pogorelić est éliminé au deuxième tour.
Atteinte de myopie et timide sur scène, Martha Argerich se sent plus forte et sereine lorsqu'elle joue accompagnée d'autres musiciens - Martha Argerich dans Evening Talks. Traduction : .. De fait, depuis 1980, à l'exception d'un récital au Carnegie Hall de New York en faveur d'une fondation de lutte contre le cancer et d'un autre au festival de Beppu (Japon) , elle joue rarement seule, préférant les concertos, la musique de chambre ou les œuvres pour deux pianos dont elle partage l'exécution avec le pianiste Nelson FreireSerge Rachmaninov, Concerto pour piano - Suite pour deux pianos, opus 17, Ricardo Chailly, Phillips.. Elle s'est néanmoins produite lors du festival de Verbier en 2008, où elle a, entre autres, interprété la Partita de Bach, de même qu'en 2014.
Fuyant la publicité, elle s'éloigne de la scène pendant une partie importante de sa carrière.. Artiste exigeante et femme de caractère, elle n'accorde que peu d'interviews.
Vie privée
Martha Argerich s'est mariée trois fois. D'une première et brève liaison avec le compositeur et chef d'orchestre chinois Robert Chen naît une fille, Lyda ChenRobert Chen est son nom « américain », il est connu aujourd'hui sous celui de Chen Liang-Sheng. Voir .. De 1969 à 1973, elle est la femme du chef d'orchestre suisse Charles Dutoit, avec qui elle collaborera régulièrement tant sur la scène que sur disque après leur séparation. Ils ont ensemble une fille, Annie Dutoit. Un troisième enfant, Stéphanie Argerich, naît de l'union avec son troisième époux, le pianiste américain Stephen Kovacevich..
En 2021, elle habite à Genève.
Problèmes de santé
En 1990, Martha Argerich est soignée avec succès pour un mélanome. Elle rechute en 1995 avec des métastases pulmonaires et un envahissement des ganglions lymphatiques. Un traitement expérimental lui est administré au . Il consiste en une lobectomie pulmonaire associée à un vaccin expérimental. Il permet d'obtenir une nouvelle rémission. En remerciement, Argerich donne un récital au Carnegie Hall au bénéfice de l'Institut Toronto Globe and Mail, concert review, 28 mars 2000.. Fumeuse, Argerich abandonne la cigarette après son traitement. Son cancer n'est pas réapparu depuis lors.
En 2017, elle annule une série de représentations pour raison de santé.
En , elle renonce à son concert au festival de Salzbourg pour raisons de santé. En et , elle annule plusieurs concerts en raison d'un problème cardiaque. En , elle retire sa participation au festival de Lucerne et à un concert prévu à Cologne.
Accueil critique
Elle est la dernière pianiste de légende, la meilleure pianiste de sa génération voire de l'histoire par sa grande sensibilité alliée à une technique virtuose et à une imagination débordante. En 2013, Le Temps la considère comme . En 2016, The Washington Post ajoute : .
Sa technique pianistique est considérée comme l'une des plus impressionnantes dans le cercle relativement restreint des plus grands interprètes contemporains. n'hésitent pas à la comparer à Vladimir Horowitz ou à Maurizio PolliniTraduction de l'article original en polonais : , , .. Bien que trouvent sa dynamique sonore et ses tempi parfois exagérés, son jeu est caractérisé par un son puissant malgré son étonnante immobilité des poignets.
Elle est également appréciée pour ses enregistrements d'œuvres de compositeurs du , tels que Rachmaninoff, Messiaen ou Prokofiev.
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Prix et hommages
Artiste exceptionnelle entrée de son vivant dans la légende, Martha Argerich a été largement récompensée : 1957 : premier prix au concours international de musique de Genève 1957 : premier prix du concours Busoni 1965 : premier prix au concours international de piano Frédéric-Chopin 1996 : officier de l’ordre des Arts et des Lettres (France) 1997 : Accademia di Santa Cecilia (Rome) 2001 : Musician of the year (‘’Musical America’’) 2004 : (France) 2005 : ordre du Soleil Levant, Rayons d’Or avec rosette (empereur du Japon) 2005 : Praemium Imperiale (Japan Art Association) 2015 : Médaille d'or de la Royal Philharmonic Society 2016 : Kennedy Center Honors (USA) 2018 : 2023 :
Pour ses nombreux enregistrements qui ont fait date dans l’histoire de la musique, Martha Argerich s’est vu décerner : 2000 : Grammy Award pour la meilleure interprétation des concertos pour piano & 3 de Prokofiev et du concerto pour piano de Béla Bartók (EMI) ; Gramophone Artist of the Year, Best Piano Concerto Recording of the Year pour ses Concertos de Chopin (EMI) ; 2005 : Grammy Award de la meilleure prestation de musique de chambre pour Ma mère l'Oye de Ravel et la suite Cinderella de Prokofiev (arrangement pour deux pianos) en compagnie de Mikhail Pletnev (DG) ; 2006 : Grammy Award de la meilleure prestation instrumentale avec orchestre pour les concertos pour piano & 3 de Beethoven, direction Claudio Abbado (DG) ; Choc du Monde de la Musique pour son Récital d’Amsterdam (EMI) ; Künstler des Jahres der deutschen Schallplattenkritik pour la suite Cinderella (arrangement pour deux pianos) en compagnie de Mikhail Pletnev (DG) ; 2016 : Médaille d'or du mérite des beaux-arts (Espagne) ..
Elle a également été nommée pour les Grammy Awards suivants : Martha Argerich and Friends / Live from the Lugano Festival (EMI) ; Meilleur Album de musique classique ; Meilleure musique de chambre ; Concertos pour Piano 2 & 3 de Beethoven. Mahler Chamber Orchestra. Direction Claudio Abbado (DG) ; Meilleure Soliste.
L'astéroïde est nommé en son honneur..
Discographie et vidéographie partielles
Une discographie complète est maintenue à jour par les nombreux admirateurs d'Argerich. Il existe d'elle plus de d'enregistrements. Les titres disponibles sont répertoriés sur plusieurs sitesVoir notamment Argerich-Discography, sur andrys.com, et Martha Argerich Recordings, sur argerich.jp..
Discographie partielle
Bach : English Suite #2 in a, BWV, 1979, Bach : Partita for Piano #2 in c, BWV, 1979, Bach : Toccata in c, BWV, 1979, Beethoven/Haydn : Piano Concertos (2/11), EMI, 1983, (avec Maisky) Bach : Cello Sonatas, Deutsche Grammophon, 1987, (avec Kremer) Beethoven : Violin Sonatas nos. 1-3, PGD/Deutsche Grammophon, 1987, (avec Rabinovitch) Brahms : Haydn Variations, etc., 1987, Schubert : Sonata for Arpeggione ; Schumann : Fantasiestücke, 1987, Schumann : Kinderszenen, Kreisleriana, PGD/Deutsche Grammophon, 1987, (avec Abbado and Dutoit) Tchaikovsky : Piano Concerto 1 ; Prokiev : Piano Concerto 3, PGD/Deutsche Grammophon, 1987, (avec Kremer) Beethoven : Violin Sonatas nos. 4 & 5, PGD/Deutsche Grammophon, 1988,