La bataille de Fort Carillon eut lieu le au Fort Carillon (aujourd'hui à Ticonderoga, État de New York), dans le cadre de la guerre de Sept Ans. La bataille eut lieu au sud du lac Champlain, entre ce dernier et le lac George. Ces deux lacs séparaient la colonie britannique de New York de la colonie française du Canada (Nouvelle-France).

La bataille a eu lieu à environ un kilomètre du fort lui-même. Une armée française de presque sous le commandement du général Louis-Joseph de Montcalm remporta une victoire sur une force militaire britannique quatre fois supérieure de sous le commandement du général James Abercrombie, qui attaqua sans appui d'artillerie les forces françaises bien retranchées. La bataille fut une des plus sanglantes de la guerre..

L'historien américain Lawrence Henry Gipson écrit que la campagne d'Abercrombie fut semée d'erreurs.. Plusieurs historiens militaires ont cité la bataille de Carillon comme exemple classique d'incompétence militaire. Abercrombie, confiant en une victoire éclair, n’a pas pris en compte toutes les options militaires viables, comme l'utilisation du contournement des défenses françaises en attendant son artillerie, ou de faire le siège du fort. Il fit plutôt confiance à un rapport erroné de son jeune ingénieur militaire et ignora ses recommandations. Il décida de mener un assaut frontal sur les positions françaises, sans l'appui de l'artillerie. Montcalm, malgré son mépris pour la faible position militaire du fort, a conduit la défense avec brio. Cependant, en raison du manque de temps, il commit des erreurs stratégiques dans la préparation de ses défenses qui auraient pu faciliter le travail d'un attaquant compétent.

Le fort devint britannique après sa capture l'année suivante à la bataille de Ticonderoga, même si la bataille de Fort Carillon donna au fort la réputation d'être imprenable. Il fut renommé Fort Ticonderoga et fut par la suite le théâtre de lors de la révolution américaine.

Prélude à la bataille

Le Fort Carillon est situé sur une pointe au sud du lac Champlain et au nord du lac George, un point naturel de conflit entre les forces françaises se déplaçant vers le sud de la Nouvelle-France (le Québec d'aujourd'hui) par la rivière Richelieu et à travers la vallée du lac Champlain vers la vallée de l'Hudson, et des bandes iroquoises au début de la colonie, puis des forces britanniques de New York remontant vers le nord. Le fort est entouré d'eau sur trois côtés et, sur une moitié du quatrième côté, par un marécage. La portion restante a été puissamment fortifiée par de hauts retranchements, soutenus et accompagnés par trois batteries de canon, et devant cet ensemble, par des abattis d'arbres dont les bouts des branches furent durcis au feu, créant ainsi une formidable défense. Toujours est-il que le fort Carillon contrôlait le Sud du lac Champlain et l'accès au fleuve Hudson. C'est par ce fort que les troupes du marquis de Montcalm partirent détruire le Fort William Henry, en août 1757.

Les armées en présence left|thumb|upright=1.3|Plan de la bataille de fort Carillon. La bataille commença le matin du avec les Rogers' Rangers et l'infanterie légère du colonel Thomas Gage, le commença à repousser les quelques éclaireurs français en arrière des retranchements.. Suivaient les provinciaux de New York et du Massachusetts, et ensuite trois colonnes de réguliers, qui passèrent au travers des formations des provinciaux pour commencer l'attaque. Le et le composaient la colonne de droite, sous les commandement du lieutenant-colonel du , William Haviland, le et le sous le commandement du lieutenant-colonel John Donaldson au centre, et les et sou le commandement du lieutenant-colonel Francis Grant à la gauche. Chaque colonne était précédée des régiments d'infanterie légère. La réserve était constituée des régiments provinciaux du Connecticut et du New Jersey...

Montcalm avait organisé les forces françaises et canadiennes en trois brigades et une réserve. Il commandait le régiment Royal-Roussillon et le régiment de Berry au centre des retranchements défensifs alors que Lévis commandait le régiment de Béarn, le régiment de Guyenne, et le régiment de la Reine sur la droite et Bourlamaque commandait le régiment de La Sarre et le régiment de Languedoc sur la gauche. À chaque bataillon fut donné à peu près de retranchements à défendre.

Les redoutes avec des canons protégeaient les flancs des retranchements bien que celle de droite ne soit pas achevée. Le terrain plat entre le flanc gauche et la rivière La Chute était gardé par la milice et la marine, qui avaient aussi construit des abattis pour protéger leurs positions. Les forces de réserve étaient soit dans le fort, soit sur les terrains entre le fort et les retranchements sur le mont Espoir. Des détachements de chaque bataillon étaient tenus en réserve, pour intervenir dans les endroits où l'on aurait besoin d'eux..

La bataille du 8 juillet Bien qu'Abercrombie se soit attendu à ce que la bataille commence à , dès , les régiments de New York commencèrent à engager la défense française.. Le bruit de la bataille fit croire à Haviland que la ligne française avait été pénétrée. Il commanda alors à ses hommes d'avancer même si les soldats réguliers n'étaient pas tous en position, et qu'Abercrombie n'ait pas donné l'ordre d'avancer.. Le résultat fut que les troupes régulières avancèrent sans ordre ni coordination. À mesure que les troupes régulières s’avancèrent, elles se mirent en lignes comme commandé, et commencèrent leur avance. La colonne de droite, avec une distance moins grande à parcourir, attaqua en premier, suivie de celle du centre et de celle de la gauche. Le avait initialement été retenu en réserve mais, après avoir insisté pour participer, ils rejoignirent l'action.. left|thumb|350px|Projet de l'attaque du Fort Carillon en 1758 par les Anglais.

La position française était organisée de sorte qu'ils pouvaient tirer sur les forces britanniques lors de leur avance. L'abattis devint vite un champ de morts. Vers , il était clair que la première vague d'attaque était un échec.. Montcalm était actif sur le champ de bataille, après avoir enlevé son manteau, il se déplaça pour visiter ses soldats et les encourager en s'assurant que tous leurs besoins soient satisfaits.. Selon les historiens Francis Parkman et Thomas Mante, le quartier général d'Abercrombie se serait situé au moulin (loin de l'action de ses troupes).., cependant son aide de camp indique qu'il se trouvait près des lignes arrières près de la rivière La Chute durant la plus grande part de la bataille., et qu'il s'était approché du front des forces françaises à un moment au début de la bataille.. Après que la première vague d'attaque eut échoué, Abercrombie a persisté à lancer d'autres attaques similaires. Lorsqu'il écrira pour sa défense, il rejettera le tort sur l'évaluation de Clerk selon lesquelles les défenses françaises pouvaient facilement être prises d'assaut..

À environ , les barges britanniques qui portaient l'artillerie lourde commencèrent à descendre la rivière La Chute et, contrairement au plan initial, descendirent le canal entre une île dans la rivière et la rive. Ceci les amena à portée de la gauche des lignes françaises et de certains canons du fort. Les canons du côté sud-ouest du fort coulèrent deux des barges, ce qui fit battre les autres en retraite..

Abercrombie ordonna à ses réserves du Connecticut et du New Jersey d'entrer dans la bataille à mais, à , il était clair que l'attaque avait échoué. Abercrombie a ensuite essayé de rappeler ses troupes mais une partie importante de celles-ci, surtout le et sur l'aile gauche, continua à attaquer. À environ , le fit une offensive désespérée qui réussit finalement à atteindre le mur des Français ; mais ceux qui avaient traversé se sont fait accueillir à la baïonnette.. Un observateur britannique mentionna que « Nos forces tombèrent très vite », et un autre écrivit qu'« elles furent fauchées comme de l'herbe. ». La tuerie continua jusqu'au coucher du soleil et beaucoup d'hommes se retirèrent à l'abri des travaux défensifs érigés à l’arrière du champ de bataille..

Enfin, réalisant le désastre, Abercrombie ordonna à ses troupes de plier bagage et de marcher vers un espace dégagé sur le lac George. La retraite au travers de la forêt sombre fut faite dans la panique puisque des rumeurs circulaient dans les rangs d'une attaque des Français. À l'aube, le matin suivant, l'armée remonta le lac George, pour regagner sa base au sud au coucher du soleil. Le caractère humiliant de la retraite fut immédiatement perçu par certains participants à la bataille ; le lieutenant colonel Artemas Ward écrivit qu'« ils se sont retirés avec honte. ».

Abercrombie avait mené une attaque brusquée de à sans son artillerie sur la face la mieux protégée du bastion. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot de Maupas laissa le récit détaillé de la terrible bataille et de la glorieuse victoire. C'est lui qui commanda le feu quand les ennemis, croyant voir un drapeau parlementaire, s'étaient approchés du retranchement : 300 Anglais tombèrent foudroyés à bout portant.

Après avoir déploré , et , les assaillants se retirèrent vers le lac du Saint-Sacrement (auparavant lac Horican et aujourd'hui lac George), abandonnant armes, munitions et blessés. Le royal des Highlands (Black Watch) perdit la moitié de son effectif. mourut le .

Du côté français, les pertes furent nettement moindres : et .

Montcalm fit un rapport à ses chefs en doublant ces chiffres.

L'année suivante, soit le 1759, le fort fut détruit et la garnison fut retirée pour défendre Québec. L'endroit fut occupé par Jeffery Amherst et celui-ci reconstruisit le fort et le nomma fort Ticonderoga (du mot iroquois Cheonderoga, qui signifie « la place entre deux grandes eaux »).

Analyse left|thumb|upright|Général Louis-Joseph de Montcalm.

Les décisions prises par les deux commandants ont été analysées à plusieurs reprises. Bien que Montcalm ait bien agi durant la bataille, certains aspects stratégiques ont échappé à son attention et ses actions durant sa préparation des défenses à Carillon remises en question. Au contraire, presque tout ce qu'Abercrombie a fait a été critiqué. Il ressort de l'analyse des historiens qu'il était un commandant incompétent., traite Abercrombie d’« officier le moins compétent à avoir jamais servi comme commandant-en-chef britannique en Amérique »..

Montcalm Chaque commandant était le produit de conceptions de la guerre européenne, qui se menait sur un champ de bataille ouvert avec une mobilité aisée, et donc n'était pas à l'aise dans un milieu boisé. Ni l'un ni l'autre n'aimait la guerre irrégulière pratiquée par les Amérindiens et les coloniaux comme les Rogers' Rangers, mais les voyait comme un mal nécessaire.. Malgré le fait que les Français avaient besoin du soutien des Amérindiens pour augmenter leur nombre insuffisant durant la guerre, leur nombre a été plutôt bas pour toute la durée de la guerre.. Aussi les forces amérindiennes étaient peu nombreuses lors de cette bataille, et Montcalm ne les aimait pas en particulier dans leurs pratiques..

Montcalm, en particulier, aurait eu avantage à pratiquer une guerre plus irrégulière, dont les soldats canadiens avaient l'habitude. Il ne s'est jamais occupé d'inspecter les terrains au nord du lac George dont il aurait pu disputer l'accès aux Britanniques. En outre, les Français auraient pu utiliser les bois pour réduire l'avantage du nombre des soldats britanniques, et leur disputer la route entière du portage. Le fait que des fortifications furent construites le long de la route du portage, et ensuite abandonnées par les Français est une démonstration du manque de stratégie. Nester estime que s'il s'était opposé à la première tentative britannique pour passer sur ce chemin, Montcalm aurait eu une journée de plus pour préparer ses défenses..

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