Karl Wilhelm Ludwig Müller ou plus couramment Karl MüllerVoir en bibliographie : Baladié, 1982, p. 11-12, n. 7 ; Talbert, 1992, p. 7, n. 14., écrit parfois Carl (francisé en Charles Müller, voire Mueller, latinisé en Carlus Müller, Carolus MullerusLes informations biographiques sur Müller sont rares et récentes (depuis 1982), peut-être du fait de l'auteur, certainement une conséquence de sa marginalité institutionnelle. Elles sont donc souvent erronées ou incomplètes dans les catalogues (cf. la BnF et la page du Elektronische Allgemeine Deutsche Biographie). La Bibliothèque du Congrès note Karl Müller of Paris, et le catalogue du Sudoc le confond parfois avec l'archéologue allemand Karl Otfried Müller (1797-1840) ou avec un autre philologue lui aussi allemand, mais surtout latiniste (éditeur de Cicéron, etc.), Carl Friedrich Wilhelm Müller (1830-1903). La National library of the Netherlands propose comme date de mort 1890. À distinguer aussi du byzantiniste collaborateur de la Paulys Realencyclopädie (III, 1, 1897, col. 49-51), plus tardif (1854-1903, selon la Bibliothèque du Congrès).), né le à Clausthal (dans l'électorat de Hanovre) et mort en 1894 à Göttingen, est un philologue helléniste allemand. Connu pour la qualité de ses nombreuses éditions de textes en grec ancien et leurs traductions en latin (la langue scientifique de l'époque), il est aussi paléographe, historien, géographe et cartographe antiquisant.
Biographie
Karl Müller et son frère, le philologue Theodor MüllerTheodor Müller (1816-1881), romaniste et angliciste, est le premier éditeur allemand de la Chanson de Roland en 1851, puis 1863-1878 (en ligne. Cf. les catalogues Sudoc et Copac) et le Allgemeine Deutsche Biographie., sont issus d'une famille de commerçantsLeur père est Kaufmann à Clausthal, selon Talbert (1994, p. 129).. Ils font leurs études à l'université de Göttingen, mais seul Theodor y assumera une charge universitaire (sans chaireBaladié, 1982, p. 12, n. 7.). Alors qu'il enseigne au lycée de Clausthal, Karl obtient et publie son doctorat, dit « dissertatio inauguralis », en 1836. Il s’agit d'une étude sur De Aeschyli Septem contra ThebasCf. Neue Jahrbücher für Philologie und Paedagogik, Band 20, Liepzig, 1837, p. 468., faite sous la direction de son « praeceptor clarissimus » (p. VI), Karl Otfried Müller. Comme ce dernier, il quitte ensuite l’Allemagne, peut-être pour des raisons politiquesProbablement, selon le résumé biographique de cambridge.org. en rapport avec les controverses constitutionnelles et l'affaire des sept de Göttingen de 1837.
Karl Müller séjourne entre 1840 et 1869 à Paris, où il travaille comme chercheur indépendant (« privatgelehrte ») chez des maisons d'édition française et anglaise. Pour consulter des manuscrits, il voyageCf. Baladié, ibid. et Petitmengin, 1983, p. 88. aussi en Espagne, à l'Éscurial, à Rome, à Londres et à Constantinople.
Principales activités scientifiques
Karl Müller est considéré par Pierre Petitmengin comme un des représentants de la « philologie allemande en France » au . Celui-ci précise que ce sont des « marginauxCf. Petitmengin, 1983, p. 81. » académiques.
Aujourd'hui, Müller est toujours connu pour son édition de petits géographes grecs anciens dû à la qualité générale de ses choix dans les apparats critiques. Sa Geographi Graeci minoresConçue avec Antoine Jean Letronne (1787-1848) . Voir la nouvelle édition en cours des GGM (1 tome publ.) par Didier Marcotte (université de Reims), avec traduction française, dans la Collection des universités de France. Cf. bcs. (en abrégé GGM) reprend la tradition des Geographicae Veteris Scriptores Graeci minores de John Hudson (4 vol. publiés entre 1698 et 1712Voir le détail des textes alors édités, dans la fiche du catalogue de la BnF) initiée par David Hœschel en 1600. Les volumes ont été publiés entre 1855 et 1861Dans une lettre de 1856, Müller envisageait un troisième volume de texte consacré aux « systèmes géographiques antérieurs à celui de Dicéarque et de l'école d'Alexandrie [d'après les textes d'Hécatée et d'Hérodote] ». À la suite aussi de l'étude d'Hannon et de Xénophon, il note que "les géographes ioniens se figuraient la situation réciproque des trois continents relativement aux points cardinaux d'une manière différente" de ceux qui leur ont succédé. Cf. Talbert, 1994, p. 145-146. dans la collection Scriptorum graecorum bibliothecaÀ l'origine, après avoir refondu le Thesaurus graeca lingua de Henri Estienne (publ. entre 1572 et 1573. Cf. bcs), contrairement à la mise à jour précipitée de (de 1816-1828), Didot a souhaité éditer tous les textes cité par le Trésor. C'est la Bibliothèque des auteurs grecs, dite aussi Bibliothèque grecque-latine de F. Didot. Cf. Petitmengin, 1983, p. 85 ; et bcs. dirigée par Johann Friedrich DübnerFrancisé en Jean-Frédéric Dübner chez l'éditeur-imprimeur Ambroise Firmin Didot.
Dans la même collection, il coordonne et rédige l'essentiel de la série des Fragmenta historicorum graecorum (Fragments d'historiens grecs), entre 1841 et 1870. Ces volumes ont servi de modèle à la collection initiée plus tard par Felix Jacoby, les Fragmente der griechischen Historiker.
Il réalise un premier volume de cartes (tabulae, les planches) d'après ces sources antiques en 1855, mais sans suite dans les GGM. Son travail de synthèse cartographique du savoir philologique et archéologiqueCes synthèses remarquables sont la conséquence de la vision d'ensemble des données textuelles par Müller. Elles lui permettent de proposer un état des hypothèses de localisation topographique original et fondé (pour l'époque). Mais on n'y trouvera pas les commentaires que l'on attendrait, aujourd'hui, d'une carte ou d'un atlas archéologique (comprise comme représentation cartographiée recensant de façon raisonnée tous les témoignages du passé, qu'ils soient d'ordre archéologique, architectural, historique (bibliographique ou archivistique) ou bien encore de type oral. L'ensemble des éléments ainsi représentés et recoupés permet de situer et d'évaluer plus précisément la richesse patrimoniale de la surface concernée. d'après l'Atelier cartographie de Parthenay, 2004). se poursuit par une contribution (de près de 50 documents) à An atlas of ancient geographyCet atlas est le complément du Dictionary of Greek and Roman Geography édité en 1854 sous la direction de William Smith (ses autres dictionnaires sont aussi en ligne ). Il est considéré comme l'ancêtre du Barrington Atlas of the Greek and Roman World, dir. Richard J. A. Talbert, Princeton, 2000 . Cf. Talbert, 1992, p. 6-9. Voir aussi le = Tübingen Atlas of the Near and Middle East (TAVO), depuis 1969 (site de l'éditeur)., publié entre 1872 et 1874 chez John Murray à Londres. En 2015, certains chercheurs le considèrent toujours parmi « les plus précis, les plus productifs et les mieux informésSusan Ford, 2015, p. 83 (One of the most precise, productive and knowledgeable of pseudo-map makers, Charles Müller, stands neither at the beginning nor the end of the tradition of pseudo-maps but at the centre of gravity of their making. Müller referenced at least one earlier producer, but took the draughtsmanship and scholarship to a new height.). » des producteurs de cartes historiques, dites « pseudo-cartes ». Dans le même sens, il est « talentueux mais modeste » selon Talbert, bien que sa méthodologie soit « insaisissableRichard Talbert, 1994, 128-129 (talented yet self-effacing, et aussi elusive), cité par Susan Ford, en 2015. ».
À la mort de Dübner, en 1867, Müller prend sa suite et fait fonction de directeur de collectionCf. Petitmengin, 1983, p. 86. pour Firmin Didot. Cependant le regain nationaliste (le byzantiniste Emmanuel Miller traite Didot d'« antifrançais » vers 1867) et peut-être l'épuisement du projet éditorial (Ambroise Firmin Didot meurt en 1876) font que peu de volumes seront publiés après la guerre de 1870Petitmengin, 1983, p. 87 et Nicole Loraux, Ibid., p. 98-100.. À partir de 1869, Müller semble résider principalement à Göttingen.
Son édition en partie posthume de la Geographia de Ptolémée paraît entre 1883 et 1901Voir l'appendice de Henry I. MacAdam, Strabo, Pliny the Elder and Ptolemy of Alexandria : three views of ancient Arabia and its peoples, dans L'Arabie préislamique et son environnement historique et culturel, dir. Toufic Fahd, Leiden, 1989, p. 289-320 (Travaux du Centre de recherche sur le Proche-Orient et la Grèce antiques, 10) (partiellement en ligne).. Bien que ne comprenant que les livres 1 à 5, elle aussi a été pendant longtemps l'édition de référence. Ces volumes contiennent aussi le stemma de 22 manuscritsVoir une première version de son stemma dans Charles Müller, Rapports sur les manuscrits de la géographie de Ptolémée , dans Archives des missions scientifiques et littéraires, sér., 4, Paris, 1867, p. 279-298 (en ligne). – mais pas des plus anciens d'entre eux, considérés depuis comme archétypes, le ms. Vaticanus Urbinas Gr. 82, alors égaréCf. Diller, Lists of provinces in Ptolemy's Geography, dans Classical philology, 34, 1939, p. 228 ; repr. dans Diller, Studies in Greek manuscript tradition, Amsterdam, 1983. Cité par MacAdam, op. cit., p. 316 (en ligne)., et le Seragliensis GI 57Cf. Handbuch der Geographie, éd. Alfred Stückelberger et Gerd Graßhoff (couverture) ; voir aussi le stemma de Florian Mittenhuber, 2010, p. 96 (en ligne). d'Istanbul – et un corpus de 36 cartes.
Œuvres et bibliographie
Éditions de textes, traductions, cartes et collaborations de Karl Müller Carolus Guil. Müller [Carl Wilhelm Müller], De Aeschyli Septem Contra Thebas [Thèse], Gottingae, ex officina H. C. Seemann, 1836 (en ligne). Fragmenta historicorum graecorum, éd. grecque et trad. latine par Karl et puis Victor Langlois, Paris, 1841-1870Voir plutôt la nouvelle édition, depuis 1923, Die Fragmente der griechischen Historiker par Felix Jacoby., 5 vol. (Scriptorum graecorum bibliotheca, 34, 37, 40 et 59) (en ligne) ; rééditions 1875-1885, 1928-1938 ; repr. Frankfurt am Main, 1975 (Alphabetical lists of ancient Greek fragmentary historians). Diodore de Sicile, Diodori Siculi Bibliothecae historicae quae supersunt, éd. grecque et trad. latine par et Karl Müller, Paris, 1842-1844, 2 vol. (Scriptorum graecorum bibliotheca, 17 et 21) (vol. 1). Hérodote, Herodoti Historiarum libri IX, éd. grecque et trad. latine par Wilhelm Dindorf et Karl Müller, Paris, 1844 (Scriptorum Graecorum bibliotheca, 22) (en ligne) ; rééd. 1858 et 1877. Flavius Josèphe, Flavii Josephi Opera, éd. grecque et trad. latine par Wilhelm Dindorf, Johann Friedrich Dübner, Karl et , Paris, 1845-1847, 2 vol. (Scriptorum Graecorum bibliotheca, 23 et 32) (en ligne). Arrien, Arriani Anabasis et Indica : Scriptores rerum Alexandri Magni [Historiens d'Alexandre], éd. grecque et trad. latine par Johann Friedrich Dübner et Karl Müller, Paris, 1846 (Scriptorum graecorum bibliotheca, 25) ; repr. 1865 (en ligne) ; repr. Chicago, 1979 . Babrius, Fables de Babrius, éd. grecque par Johann Friedrich Dübner, notes en français par Karl Müller, Paris, 1846 ; rééd. 1850 et 1873. Oratores Attici [Orateurs attiques], éd. grecque et trad. latine par , Ernst Anton Julius Ahrens et Karl Müller, Paris, 1846-1854, 2 vol. (Scriptorum Graecorum bibliotheca, 27 et 43) (en ligne). Strabon, Strabonis Geographica : graece cum versione reficta, éd. grecque et trad. latine par Karl Müller et Johann Friedrich Dübner, Paris, 1853-1858 [?], 2 vol. (Scriptorum Graecorum bibliotheca, 41) (en ligne). Karl Müller, Geographi Graeci minores : tabulae in Geographos graecos minores instructae, pars prima, Paris, 1855 (Scriptorum graecorum bibliotheca, 45) (en ligne ; bis) ; repr. Hildesheim, 1965 et 1990 , les 3 vol. .