Heinrich von Kleist Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. Exemple audio sur Forvo., de son nom complet Bernd Heinrich Wilhelm von Kleist né à Francfort-sur-l'Oder le et mort à Berlin dans le quartier de Wannsee le , est un écrivain prussien, poète, dramaturge et essayiste.

Biographie vignette|gauche|Plaque apposée à l'emplacement de la maison natale de Kleist, à Francfort-sur-l'Oder. Inscription : « Ici se tenait la maison natale du poète. Détruite pendant la guerre fasciste en 1945 » Issu d'une famille noble de militaires, fils de Joachim Friedrich von Kleist et de sa seconde épouse Juliane Ulrike von Pannwitz, il est confié à un précepteur à Francfort-sur-l'Oder et étudie avec son cousin, Charles von Pannwitz.

En 1788, alors qu'il n'a que onze ans, son père, capitaine au régiment du prince à Francfort, meurt, laissant sa femme et ses enfants dans une situation financière difficile. Une demande de pension ayant été rejetée, de même qu'une requête pour intégrer Heinrich à l’académie militaire de Prusse, ce dernier étudie à l'école de la communauté réformée française de Berlin, avant d'entrer en 1792 dans l'armée prussienne comme caporal Bernd Fischer, A companion to the works of Heinrich von Kleist, Boydell & Brewer, 2003, 258 pages, introduction, . au régiment de la Garde de Potsdam. Il participe au siège de Mayence et au blocus de Mayence.

Le , il perd sa mère.

En 1799, il démissionne de l'armée et s'inscrit à l'université brandebourgeoise de Francfort-sur-l'Oder : il y étudie les mathématiques et les sciences naturelles. En 1800, il se fiance avec Wilhelmine von Zenge. Refusant de réintégrer l'armée, il travaille comme fonctionnaire à Berlin. En 1801, il lit Kant, ce qui le plonge dans une profonde dépression, car il en retire l'idée que la vérité est inaccessible..

Après un voyage en France avec sa demi-sœur, Ulrike, de trois ans son aînée, il s'installe à Thoune près de Berne où il termine sa première pièce, La Famille Schroffenstein. En 1802 il se sépare de sa fiancée Wilhelmine et tombe malade. Un médecin lui diagnostique une . Sa sœur le ramène à Weimar. La Famille Schroffenstein est publiée anonymement l'année suivante. Cette année 1803 est synonyme de voyages : Leipzig, Dresde, Berne (en juillet), Milan, Genève, Paris (à la mi-octobre). En octobre, après avoir brûlé le manuscrit de Robert Guiscard, il quitte secrètement la capitale française et part, à pied et sans passeport, jusqu'au camp de Boulogne, afin de s'engager dans l'armée française, qui prépare l'invasion de l'Angleterre, et y mourir.

Tandis qu'à Paris, son ami Ernst von Pfuel recherche son cadavre à la morgue, le croyant mort, il arrive à Saint-Omer le . Après un premier échec il retourne à Paris, avant de faire une nouvelle tentative le . Puis, renonçant à ses projets, il obtient un passeport auprès de l'ambassade de Prusse et retourne en Allemagne. Tombé malade peu après, il s'arrête à Mayence où il demeure alité six mois et termine Robert Guiscard. Il est soigné par Georg Wedekind, médecin jacobin, qui tente de lui obtenir une place dans l'administration française de Coblence, mais il repart vers Berlin où il arrive au début de l'été 1804, après une visite à Ludwig Wieland, fils de Christoph Martin Wieland, à Weimar et un passage par Francfort-sur-l'Oder et Potsdam.

vignette|gauche|Lettre de suicide de Kleist. À l'automne suivant, ses amis lui obtiennent une place de stagiaire à l'administration des Domaines à Kœnigsberg, où il arrive en , revoit ses premières compositions et écrit Michael Kohlhaas, La Marquise d'O… et Amphitryon d'après Molière. En , il demande un rallongement de six mois de ses études. Toutefois, en juin, renonçant définitivement à une carrière de fonctionnaire, il demande à quitter le service, prétextant des problèmes de santé. Il termine la pièce La Cruche cassée.

En , voulant se rendre à Dresde, il est à nouveau soupçonné d'espionnage par l'état-major français à Berlin, qui lui refuse un laissez-passer. À cette époque, , fraîchement couronné empereur des Français le , et successivement vainqueur à Ulm et à Austerlitz en 1805, puis à Iéna et Auerstadt en 1806, est entré en vainqueur à Berlin (), où il a décrété le blocus continental. Kleist, arrêté avec ses amis Karl Franz von Gauvain et Christoph Adalbert von Ehrenberg par les Français, est envoyé comme prisonnier de guerre en France, où il est incarcéré au fort de Joux du au , puis transféré à Châlons-sur-Marne, avant d'être libéré le , après la paix de Tilsit. vignette|La tombe de Kleist avec un vers tiré de sa pièce Le Prince de Hombourg

Sa pièce Amphitryon est publiée à Dresde par Adam Müller, avec lequel il se lie d'amitié et qui est à la tête d'un groupe littéraire actif (avec Körner von Bual, Tieck, Sophie von Haza…). Installé à Dresde le , Kleist publie sa nouvelle Tremblement de terre au Chili, finit Penthésilée et Käthchen de Heilbronn.

En , paraît le premier numéro de la revue littéraire Phœbus, fondée avec Adam Müller. Kleist propose à Goethe d'y collaborer, mais celui-ci refuse, critiquant sévèrement Kleist. Phœbus ne dure qu'un an. La même année paraît La Marquise d'O…, tandis qu'est représentée pour la première fois La Cruche Cassée. Un fragment de Michael Kohlhaas voit le jour, ainsi que La Bataille d'Hermann, pièce qui sera interdite de représentation en et qui sera publiée seulement dix ans après la mort de l'auteur.

En 1810, Kleist est animé par l'espoir d'une coalition entre la Prusse et l'Autriche contre Napoléon. Il décide d'écrire un drame en honneur de la famille Hohenzollern : Le Prince de Hombourg, inspiré des Mémoires pour servir à l'histoire de la maison de Brandebourg de . La même année, Kleist lance sa deuxième revue littéraire : des journaux destinés à être publiés cinq fois par semaine, les Abendblätter, aux contenus fort patriotiques. En novembre, il rencontre une femme mariée, par ailleurs musicienne, Henriette Vogel, avec qui il échange une correspondance amoureuse.

En sont publiés La Cruche cassée et sa nouvelle, Les Fiancés de Saint-Domingue. Les Abendblätter s'arrêtent. Kleist demande et obtient sa réintégration dans l'armée. Il adresse à Henriette les Litanies de la Mort. Au matin de son dernier jour, Kleist a écrit à sa demi-sœur Ulrike :

Heinrich et Henriette se donnent rendez-vous à Wannsee, près de Potsdam, où ils se donnent la mort : Kleist tue Henriette puis retourne l'arme contre luiSur le suicide et la mort de Kleist, voir l'entretien donné en 2015 par Philippe Forget à propos du film de Jessica Hausner Amour fou..

On peut lire sur sa tombe un vers tiré du Prince de Hombourg : « Nun, o Unsterblichkeit, bist du ganz mein !Maintenant, ô immortalité, tu es toute à moi ! »

Œuvres Romans et nouvelles Histoires (Erzählungen), 2 tomes, - RécitsTraduit par Pierre Deshusses., in Œuvres complètes, tome II, 308 p. Paris, Le Promeneur, 1999 : Le Tremblement de terre au Chili (Das Erdbeben in Chili), paru dans le Morgenblatt à Stuttgart en (Le Promeneur, 1999) La Marquise d'O… (Die Marquise von O…), paru dans Phœbus en (traduit par Armel Guerne, Phébus, 1976 ; adapté au cinéma par Éric Rohmer en - Le Promeneur, 1999) Michael Kohlhaas, (traduit par Armel Guerne, Phébus, 1983 - Le Promeneur, 1999) ; adapté au cinéma par Arnaud des PallièresPrésenté en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2013, le film fait sa sortie généralisée le 14 août . Les Fiançailles à Saint-Domingue (Die Verlobung in St. Domingo), (Le Promeneur, 1999) La Mendiante de Locarno (Das Bettelweib von Locarno), (Le Promeneur, 1999) L'Enfant trouvé (Der Findling), (Le Promeneur, 1999) Sainte Cécile ou la puissance de la musique (Die heilige Cäcilie oder die Gewalt der Musik), (Le Promeneur, 1999) Le Duel (Der Zweikampf), (Le Promeneur, 1999)

Théâtre Théâtre, in Œuvres complètes, tome IV, 610 p.. Paris, Le Promeneur, 2002: Penthésilée, Käthchen de Heilbronn, La Bataille d'Hermann, Le Prince Friedrich von Homburg + variantes. Trad. Pierre Deshusses et Irène Kuhn La Famille Schroffenstein (Die Familie Schroffenstein), (publié en ) Robert Guiscard (Robert Guiskard), manuscrit brûlé par l'auteur à Paris en 1803, dont il ne reste que dix scènes, retranscrites de mémoire à Dresde en 1807 et publiées dans Phœbus en Amphitryon (Amphitryon: Ein Lustspiel nach Molière), écrit et paru en , créé en 1989 Penthésilée (Penthesilea), écrit en -, publié en , créé en La Cruche cassée (Der zerbrochene Krug), L'Ordalie ou la Petite Catherine de Heilbronn (Das Käthchen von Heilbronn), , créé à Vienne en (adaptation française de Jean Anouilh) La Bataille d'Arminius (Die Hermannsschlacht), écrit en , paru en , créé en Le Prince de Hombourg (Prinz Friedrich von Homburg), écrit en -, paru et créé en (adapté au cinéma par Marco Bellocchio en )

Œuvres théoriques Petits écrits (Œuvres complètes, tome I), trad. Pierre Deshusses et Jean-Yves Masson, Paris, Le Promeneur, 1999, 384 p. Essai sur le bonheur (Aufsatz, den sichern Weg des Glücks zu finden), écrit probablement en ; Sur l'élaboration progressive des idées par la parole (Über die allmähliche Verfertigung der Gedanken beim Reden), trad. Pierre Deshusses, Paris, Le Promeneur, 1999 in Petits Ecrits. Considérations sur le cours du monde (Betrachtungen über den Weltlauf), paru dans les Berliner Abendblätter le , trad. Pierre Deshusses, Paris, Le Promeneur, 1999, in Petits Ecrits; Paradoxe de la réflexion (Von der Überlegung. (Eine Paradoxe)), paru dans les Berliner Abendblätter le ; Sur le théâtre des marionnettes (Über das Marionettentheater), trad. Pierre Deshusses, Paris, Le Promeneur, 1999 in Petits Ecrits; Lettre d'un jeune poète à un jeune peintre (Brief eines jungen Dichters an einen jungen Maler), ; Lettre d'un poète à un autre poète (Brief eines Dichters an einen anderen), .

Thématiques kleistiennes Sur l'« impossibilité de vivre » Le journal que tenait Kleist<ref>Correspondance complète 1793 - 1811. (Correspondance. Œuvres complètes, tome V. trad. J.C.Schneider, Paris, Le Promeneur, 1999, 486 p. </ref> et qu'il appelait Histoire de mon âme ayant disparu sans doute à jamais, c'est dans sa Correspondance qu'il faut aller chercher ce que cet homme qui se disait « inexprimable » a pu tenter de livrer directement de lui-même. Kleist, en qui chacun reconnaît aujourd'hui le « vrai poète tragique de l'Allemagne », resta tout à fait incompris de ses contemporains. Rejeté par Goethe avec la brutalité meurtrière que l'on sait, alors que Kleist lui soumettait sa Penthésilée dans les termes d'une humilité devenue fameuse (« je mets mon cœur à genoux devant vous » - lettre du ), il ne fut jamais accepté par les Romantiques eux-mêmes qu'avec réticence, gêne ou embarras. Il faudra attendre Nietzsche pour que la « singularité » encombrante de Kleist soit reconnue pour ce qu'elle est : la sublime « impossibilité de vivre » une existence privée d'absolu. Et Nietzsche cite la lettre, devenue fameuse elle aussi, où Kleist dit comment la lecture de Kant l'a réduit au désespoir, lui retirant tout but, une existence condamnée au relatif devenant l'« incurable » mêmeFriedrich Nietzsche, inactuelle (« Schopenhauer éducateur »), Gallimard, 1990, « Folio essais », ..

Essai sur l'élaboration progressive des idées pendant le discours

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Voilà les premiers mots de cet essai, qui soutient une idée peu commune. Kleist y énonce que, comme l'appétit vient en mangeant, les idées viennent en parlant. Que l'on ne conçoit donc pas ces idées d'abord, pour les exprimer ensuite, mais que les idées se conçoivent au fur et à mesure que l'on parle.

Sur le théâtre de marionnettes