vignette|Le siège de la Réserve fédérale à Washington, D.C..
La banque centrale est une institution financière, souvent publique, chargée par l'État de conduire la politique monétaire du pays ou de sa zone économique. Elle est régie par un mandat qui précise ses objectifs, tels que la stabilité des prix, la confiance en la monnaie, la stabilité financière ou encore le plein emploi.
Apparues entre le XVIIe siècle et le XIXe siècle sous leur forme moderne, les banques centrales ont longtemps majoritairement été des institutions privées ou semi-privées. La plupart d'entre elles ont été nationalisées au XXe siècle.
Définition
Concept Une banque centrale est une institution financière publique ou semi-publique, chargée de la gestion de la politique monétaire d’un pays ou d’une zone monétaire dont elle a la responsabilité. Il n'existe pas un seul type de banque centrale, car chaque pays peut lui accorder des missions et lui conférer des outils différents. Les lois nationales ou des traités supranationaux peuvent également contraindre la banque centrale ou lui donner des pouvoirs d'action supplémentaires en modifiant leur mandat.
Mandat
Les objectifs de politique monétaire des banques centrales sont fixés par leurs statuts ou par la loi. Ces statuts varient, et fixent des objectifs qui peuvent inclure, en plus de la stabilité des prix, d'autres objectifs, comme la réduction du chômage. La Banque centrale européenne a ainsi pour Protocole sur les statuts du système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne., là où la Réserve fédérale des États-Unis a trois objectifs : . Ainsi la Fed doit prioritairement, par ses statuts, chercher à influencer le chômage dans le sens de la baisse notamment tout en maintenant des prix stables, tandis que la Banque centrale européenne a pour objectif fondamental la seule stabilité des prix.
Dépendance ou indépendance
Les banques centrales peuvent être dépendantes ou indépendantes du pouvoir politique. Un mouvement d'indépendance a eu lieu dans les années 1980 et 1990 en Occident, sous l'effet conjugué des crises inflationnistes post-premier choc pétrolier, des publications académiques montrant que l'indépendance des banques favorise la stabilité monétaire, et une série de crises monétaires (serpent monétaire européen, système monétaire européen). La Banque centrale européenne (BCE) est par exemple entièrement indépendante. Certaines banques centrales ont émis des actions détenues par des acteurs privés, comme la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed) et la Banque du Japon.
Instruments Les banques centrales peuvent chercher à atteindre l'objectif de relative stabilité des prix au moyen de plusieurs instruments, qui leur permettent de faire varier la masse monétaire en circulation dans le pays et le coût des crédits accordés aux particuliers et entreprises. Le principal instrument est la fixation des taux directeurs. Ces taux d’intérêt déterminent le coût pour les banques commerciales à se refinancer auprès de la banque centrale.
Histoire L'histoire des banques centrales peut se lire à l'aune de leur double nature, plus ou moins prononcée selon les époques, de banques des banques et de banques des gouvernements. Cette tension a régulièrement fait craindre qu'elles ne soient trop subordonnées à l'une de leurs parties prenantes (c'est-à-dire qu'elles soient exclusivement au service d'intérêts financiers privés, ou alors qu'elles soient au simple service de gouvernements au détriment de leur mission de stabilité monétaire) ou, au contraire, qu'elles prennent l'ascendant et acquièrent un pouvoir trop important.
Genèse des banques centrales (XVe siècle - XVIIe siècle) L'origine des banques est sujette à débat. Les banques dites émergent dès le en Europe mais n'ont pas les caractéristiques contemporaines des banques centrales. Ces banques, publiques ou privées mais disposant d'une charte accordée par les pouvoirs publics, ont alors pour mission d'offrir une monnaie unique acceptée de tous, à une époque où les monnaies sont nombreuses et peu sûres. Toutes ces institutions sont expérimentales, car aucun modèle n'existait alors pour les banques centrales. Elles ne s'imposent ainsi pas encore au sommet de l'ordre bancaire.
La première génération de ces banques protocentrales émerge dans les années 1400 et sont chargées de transférer des actifs financiers entre agents économiques ; elles n'impriment ainsi pas de billets. La seconde génération de ces banques protocentrales, qui émerge à partir des années 1650, a des prérogatives d'impression de billets.vignette|La Banco del Giro sur le marché de Rialto, peinte par Gabriele Bella (c.1780s), Pinacoteca Querini Stampalia.
La première banque centrale est la Taula de Canvi (), créée en 1401 au profit de la ville de Barcelone ; elle agit comme une banque pour la ville, en recueillant de l'épargne afin de garantir l'approvisionnement du trésor public. Elle fonctionne déjà sur la base d'un système de réserves fractionnaires. Elle obtient un monopole sur la production de billets en 1446, qui lui est retiré en 1499 ; ces billets ne sont toutefois pas utilisés dans la vie courante. Elle est mise en extinction au XVIIIe siècle. Parallèlement, Gênes crée sa banque centrale en 1404, l'Office de Saint Georges, de nature privé, emais qui gère les virements de la Cité de Gênes à ses créanciers. L'Office est fermé en 1797 par la France, qui considère inacceptable qu'un Office privé ait délégation pour gérer les recettes publiques, et transfère cette mission aux pouvoirs publics. Premières banques centrales (XVIIe siècle - XVIIIe siècle) La première banque centrale moderne est la Banque d'Angleterre, fondée en 1694 sur le principe d'une production restreinte de billets de banque, afin de maintenir la stabilité monétaire. Des expérimentations ont ensuite lieu au XVIIe siècle ; la système de Law conduit à la création éphémère d'une banque centrale française, qui dure de 1716 à 1720 et finit en crise bancaire.
Certaines institutions, qui ne sont pas fondées comme des banques centrales, peuvent en prendre à certaines occasions la forme ; ainsi, la Banque de Suède, fondée en 1688, n'imprime des billets pour son pays qu'à partir de 1701 ; et ce n'est qu'à partir de la Grande guerre du Nord de 1700 à 1721 que l'institution est mobilisée par la Suède pour le financer. L'importance de cette banque s'accroît lorsqu'en 1726, la loi donne cours légal à ses billets pour payer les impôts.
En toute fin de siècle, Napoléon Bonaparte fonde la Banque de France, qui a d'emblée vocation à être une banque centrale, bien qu'elle ne soit que partiellement publique.
Banques centrales modernes au XIXe siècle On considère généralement que l'histoire des banques centrales modernes commence véritablement au siècle. Sur deux siècles, ces institutions vont progressivement s'imposer dans la quasi-totalité des pays du monde. Selon les époques, elles ont souvent suivi, au moins en parole, un modèle dominant pour signaler aux autres banques centrales leur alignement avec les « meilleures » pratiques.
À la fin du siècle, les premières banques « centrales » – qui étaient alors appelées banques d'émission (elles en avaient souvent le monopole légal ou de fait) mais était aussi des banques de (ré)escompte – ont adopté l'étalon-or, s'inspirant fortement du modèle de la banque d'Angleterre.
Banques centrales entre dépendance et indépendance au XXe siècle À partir des années 1930, les banques centrales sont progressivement nationalisées, ou du moins, elles sont rapprochées de l'orbite de l'État. Elles perdent ainsi souvent leur statut privé, participant au financement de l'économie puis commençant à adopter consciemment une politique monétaire (au-delà de leur rôle traditionnel de politique de change). La Banque de France perd ainsi certains de ses derniers attributs la rattachant au secteur privé sous le Front populaire, avant que le Gouvernement provisoire de la République française ne la nationalise par la loi du 2 décembre 1945 relative à la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et à l'organisation du crédit.
À la fin du , le modèle de la banque centrale indépendante vis-à-vis des gouvernements a été vu comme le plus à même de lutter contre l'inflation, sur le modèle de la Fed (formellement) indépendante du Trésor depuis 1951.
Fonctions Les « fonctions » remplies par les banques centrales sont variées et ont évolué au cours de l'histoire, certains auteurs mettant l'emphase sur une mission en particulier quand d'autres en distinguent trois, cinq, sept, huit, voir plusPar exemple, John Singleton détaille neuf missions principales : (1) émission de la monnaie fiduciaire, (2) politique monétaire, (3) gestion des finances du gouvernement et/ou de la dette publique, (4) création des réserves et gestion de la compensation entre banques commerciales, (5) stabilisation financière (via supervision et prêt en dernier ressort), (6) gestion du taux de change, (7) développement économique du pays, (8) conseil au gouvernement et (9) coopération monétaire internationale ; sans compter d'éventuelles missions secondaires . En suivant Charles Goodhart, on peut considérer conventionnellement trois grandes missions : la stabilité monétaire, la stabilité financière et le financement (ou le contrôle du financement) de l'État.
Stabilité monétaire La plupart des banques centrales a pour mission d'assurer la stabilité monétaire, c'est-à-dire la stabilité des prix. Elle doit dans ce cas veiller à ce que l'inflation ne dépasse pas une borne fixée à l'avance. Certains auteurs, comme Milton Friedman, ont soutenu que le maintien de l'inflation à un niveau faible est la mission principale et essentielle des banques centrales.
Stabilité financière Les banques centrales agissent comme des prêteurs en dernier ressort en cas de crise bancaire. Elles assurent ainsi la solvabilité des banques de son système. Certains auteurs, comme Hyman Minsky, considèrent qu'il s'agit de la mission principale et essentielle des banques centrales.
Les banques centrales peuvent aussi disposer d'un rôle de supervision et de régulation du fonctionnement des marchés financiers. Elles doivent ainsi assurer le respect des réglementations du risque (ratio de solvabilité) des institutions financières, et en particulier des banques de dépôts.
Financement et contrôle du financement de l'État
Croissance et plein emploi Certaines banques centrales, comme la Réserve fédérale des États-Unis, disposent, dans leur mandat, d'une mission relative au soutien à la croissance et au maintien du plein emploi.
Actions Émission de monnaie La banque centrale est d'ordinaire chargée d'assurer l'émission de monnaie fiduciaire (ou monnaie banque centrale). La quantité de celle-ci doit correspondre aux besoins de l'économie nationale. En effet, son abondance génère l'inflation qui réduit le pouvoir d'achat de la population et la compétitivité des produits nationaux, même si elle favorise la croissance économique et l'emploi et sa rareté provoque la déflation qui induit une baisse de la liquidité nécessaire au fonctionnement normal de l'activité économique en favorisant la décroissance économique et le sous emploi. Cependant cette relation entre augmentation de la masse monétaire et inflation est remise en cause, en particulier depuis 2008.
Fixation des taux directeurs La banque centrale a un pouvoir important car elle dispose de leviers d'action que sont les taux directeurs. Ces taux, appliqués aux banques de second rang, permettent de moduler les coûts de financement et de refinancement des banques, et influe ainsi sur l'activité économique.
Fixation du taux de réserves obligatoires La banque centrale fixe des niveaux de réserves obligatoires (RO).
Réescompte