Jean Lescure, né le à Asnières et mort le à Paris., est un écrivain, poète, éditeur et scénariste français. Il est de 1966 à 1992 le président de l'Association française des cinémas d'art et d'essai.
Biographie 1912-1936 Jean Albert Lescure naît le à Asnières-sur-SeineJean Lescure dans le Whoswho et Antoine de Gaudemar, « Les escales de Lescure » dans Libération, 21 mai 1998, Livres, page II. où ses parents dirigent le cinéma lAlcazar. Il a tenté dans Parents inconnus de reconstituer leur histoire.
Son grand-père paternel est meunier pendant dix ans de la Calsade, à 3 kilomètres de Sévérac-le-ChâteauJean Lescure, Feuilles de tremble, Éditions Proverbe, Marchainville, 2001, , avant de devenir, dans l'exode rural de la fin du , cocher de fiacre à Paris puis « bistro » à Levallois-Perret. Le père de Jean Lescure, Antoine, est l'aîné de ses quatre fils.
Son grand-père maternel est instituteur dans le département des Deux-Sèvres puis directeur des abattoirs de Thouars. Sa fille Céline Langlois, née en 1874 au Busseau a une sœur et deux frères. Jeune demoiselle de compagnie en Touraine, elle travaille ensuite dans un célèbre magasin de pâtisserie de l'époque, Bourbonneux, dans le quartier Saint-Lazare, et comme caissière au café littéraire La Source, fondé en 1855 au 35 boulevard Saint-Michel.
Céline Langlois et Antoine Lescure, garçon de café, se marient en juillet 1903. Peu de temps après, leur premier enfant, Antoinette, meurt accidentellement à quelques mois chez sa nourrice. Antoine Lescure prend en 1905 la direction de lAlcazar, 1 rue de la station, débit de boisson construit en 1861, accueillant bals et concerts à partir de 1886, reconstruit en 1888. Il le transforme en 1915 en établissement de cinématographie et, s'étant endetté, le rachète en 1919. Il y ouvre en février 1921, après démolition, une salle moderne de cinéma-concert de , avec scène, loges et fosse d'orchestreL'Alcazar au Ciné-Asnières à travers les archives municipales, Asnières-sur-Seine, hall de l'Hôtel de Ville, avril 1996, p. 9-22. thumb|150px|right|Le cinéma L'Alcazar à Asnières en 2021 Jean Lescure est de 1920 à 1928 interne au collège de Saint-Germain-en-Laye où il côtoie Mounir Hafez, Armel Guerne, et dans sa classe, externe, Christian FouchetJean Lescure, Poésie et Liberté, Histoire de Messages, 1939-1946, Éditions de l’IMEC, Paris, 1998, .. Au début des années 1920 il séjourne plusieurs fois avec sa mère à La Croix-Valmer en hiver, à Saint-Georges-de-Didonne puis aux Sables-d'Olonne en été. Il effectue en 1928 un premier voyage, en Allemagne. De 1929 à 1932 il poursuit des études de philosophie à la Sorbonne où il suit les cours de Léon Brunschvicg, Étienne Gilson, André Lalande, Henri Delacroix et Victor Basch sur l'esthétique de HegelLa rencontre qu'il y fait du peintre anglais Geoffrey Stutfield aiguise son intérêt pour la peinture (Jean Lescure, Le poète & la couleur, texte du film réalisé par Martine Lancelot, Éditions Proverbe, Marchainville, 1999, .). Il rédige à partir de 1932 de premières notes sur la peinture et les peintres. puis de psychopathologie à Sainte-AnneDisparition de Jean Lescure, Le Monde, 19 octobre 2005 (Georges Dumas) mais ne passe aucun examen. Dans les mêmes années il s'attache passionnément à la littérature (Racine, Mallarmé, Reverdy, Gide et Valéry, Goethe et les romantiques allemands, Novalis, Kleist, et Nietzsche. En janvier-mai 1932 il découvre la Corse et dans les années suivantes voyage en Angleterre, Autriche (janvier-avril 1934), Allemagne, Hollande et séjourne régulièrement dans le Haut-Tyrol. Conscient de l'avancée du nazisme, il fait partie en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes..
1934-1939 thumb|left|150px|Ferme des Graves à Redortiers, qui a abrité les réunions des amis de Giono au Contadour. Apprenant en 1935 à Bormes-les-MimosasLes éléments de la biographie de Jean Lescure pour les années 1930 et 1940 sont extraits de son livre Poésie et Liberté, Histoire de Messages, 1939-1946, Paris, Éditions de l’IMEC, 1998 (471 pages), après un voyage à pied de Genève à Marseille, que Jean Giono invite ses lecteurs à le rejoindre pour une randonnée d'une dizaine de jours à travers les paysages de ses romans, il rejoint Manosque et participe en septembre au premier Contadour dont, arrivé parmi les premiers, il assure l'organisationMichel-Georges Bernard, « Jean Lescure ou Les matins de la parole », suivi d'un choix de poèmes, dans Poésie/première, no 29, Éditions Editinter, Soisy-sur-Seine, juillet-octobre 2004, .. Il est l'un des quatre acheteurs légaux, en tontine« Nous avons acheté le Contadour à quatre, Giono, un instituteur de Marseille, un commissaire de police, et moi. (...) Je me suis retrouvé le seul survivant et, il y a quelques années, j'ai fait don du Contadour à la ville de Manosque », confie Jean Lescure en 1998 (Antoine de Gaudemar, « Les escales de Lescure » dans Libération, 21 mai 1998, Livres, page II)., du « Moulin » des contadouriens et devient le secrétaire de Giono.. En 1936 il participe à Pâques au deuxième « Contadour », élabore le projet des Cahiers du Contadour et en dirige les deux premiers numéros, le premier édité en juillet (le deuxième en mai 1937). Au début de la guerre d'Espagne il tente de franchir en août les Pyrénées mais se fait refouler par les gendarmes puis va en septembre à Alger sans plus de succèsAntoine de Gaudemar, « Les escales de Lescure » dans Libération, 21 mai 1998, Livres, page III. En octobre, il se retire du « Contadour » et de ses cahiers à la suite de dissensions avec Hélène Laguerre, maîtresse de Giono., et les « Amis de Giono »Antoine de Gaudemar, « Les escales de Lescure » dans Libération, 21 mai 1998, Livres, page II. Il lit simultanément René Daumal, Gaston Bachelard et Pierre Jean Jouve.
À partir de 1937 Jean Lescure écrit plusieurs nouvelles (Le Déterrement, La Pointe percée) et un roman (Occident) demeurés inédits. Il rencontre en 1938 Roger Chastel puis Raoul Ubac dont il demeurera proche et écrit les premiers de ses Poèmes métaphysiques (1939-1946), publiés en revues et rassemblés en 2002.
thumb|120px|Premier recueil de poèmes de Jean Lescure, 1939. En 1938, Lescure reprend la direction de la revue poétique Messages, fondé par André Silvaire, dont il retracera en 1998 l’histoire dans Poésie et liberté. Après un premier cahier autour de William Blake, le deuxième, préparé avec l'aide de Jean Wahl, a pour titre Métaphysique et Poésie. À cette occasion Lescure demande à Gaston Bachelard un texte, Instant poétique et instant métaphysique, qui va orienter la réflexion du philosophe vers l'imaginaire poétique., rencontre René Char, ami de Jean Villeri, et Pierre Emmanuel sur la recommandation de Pierre Jean Jouve, se lie avec Benjamin FondaneJean Lescure, Fondane, Le gouffre et le mur suivi de Quoi ? L’éternité et de Monique Jutrin, Un entretien avec Jean Lescure, Éditions Proverbe, Marchainville, 1999, . Jean Lescure habite alors 5 Cité du Cardinal-Lemoine et Benjamin Fondane, non loin, 6 rue Rollin, où ils jouent régulièrement aux échecs. Arrêté en mars 1944 Fondane meurt en octobre dans une chambre à gaz du camp d'extermination d'Auschwitz. Un espace situé à la fin de la rue Rollin a pour nom depuis 2015 Place Benjamin-Fondane., s'intéresse à l'œuvre de René Daumal et éprouve « une longue fascination » pour la poésie de Pierre Reverdy. En 1939 il publie son premier recueil, Le Voyage immobile et écrit une première pièce de théâtre, Avec qui voulez-vous lutter ou Le général et le particulier. Il se marie en septembre 1939 avec Renée Rocher : deux enfants naîtront, Laurence en mars 1944 et Jean-Paul en mai 1945 mais ils n'en auront pas, dans les années suivantes, de troisième. thumb|250px|right|Couverture de Messages I et sommaire de Messages II, 1942.
1940-1944 Devenu en 1941 gérant du cinéma de ses parents, ce qui lui permettra d'échapper au S.T.O., Lescure engage en 1942 Messages dans la résistance littéraire pour en faire, avec le soutien de Jean Paulhan, « l'anti-NRF» que dirige depuis 1940 Drieu la Rochelle. Le premier cahier paraît en mars (textes de Pierre Emmanuel, Eugène Guillevic, Jean Follain, Raoul Ubac…). Après interdiction, les deux suivants (Paul Claudel, Jean Tardieu, Francis Ponge, Paul Éluard, Raymond Queneau, Loys Masson…) sont antidatés. Le quatrième (Gaston Bachelard, André Frénaud, Michel Leiris, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Georges Bataille…) est publié en décembre à Bruxelles où des mesures d'interdiction n'ont pas été prises. En avril, envoyé par Éluard pour préparer sa réconciliation avec Aragon, il séjourne à Saint-Jean-de-Maurienne où il aide à l'organisation d'un embryon de maquis de jeunes réfractaires au S.T.O., retrouve Pierre Emmanuel à Dieulefit, fait la connaissance de François Lachenal, rend visite à Pierre Seghers à Villeneuve-lès-Avignon, et à Lyon chez René Tavernier finit par approcher Aragon et Elsa TrioletJean Lescure, Poésie et Liberté, Histoire de Messages, 1939-1946, Éditions de l’IMEC, Paris, 1998, .. En août il part en tandem à Saint-Benoît-sur-Loire pour rencontrer Max JacobJean Lescure, Poésie et Liberté, Histoire de Messages, 1939-1946, Éditions de l’IMEC, Paris, 1998, (avec de nombreuses lettres de Max Jacob à Jean Lescure). et suit les cours de Gaston Bachelard à la Sorbonne.
Dans le bureau de Jean Paulhan chez Gallimard, Lescure prépare avec Seghers et Éluard, dont il passe pour être le « lieutenant », la publication clandestine aux Éditions de Minuit, du premier volume anthologique de L'Honneur des poètes, auquel il collabore sous le nom, choisi par Éluard, de Jean Delamaille (puis du second volume Europe). Son achevé d'imprimer indique symboliquement qu'il est « publié aux dépens de quelques bibliophiles patriotes » « sous l'occupation nazie le 14 juillet 1943 jour de la liberté opprimée ». Jean Lescure et sa femme distribuent ensuite en tandem dans Paris un tract tiré de l'ouvrage« Les volumes [de L'Honneur des poètes] circulaient de la main à la main, les tracts étaient postés sous enveloppe, jamais plus de cinq par boîte aux lettres et la totalité des enveloppes dans la journée pour éviter qu'un postier ne détecte les enveloppes et que, le lendemain, la surveillance accrue ne les intercepte. J'avais en outre un petit réseau. Je crois qu'il comportait une cinquantaine de personnes. Je n'en connaissais que deux, le système de triangle. C'est à ceux qui le composaient et que je n'ai jamais connus que je remettais les documents à distribuer. Pour les tracts je faisais cela moi-même avec ma femme en tandem. C'était un bon sport. Le nombre de boîtes aux lettres visité me donne une approximation du tirage, je ne distribuais pas tout moi-même, mais peut-être 90 %. Je « faisais » près de 300 boîtes, cela veut donc dire, à cinq enveloppes la boîte, à peu près. » (« Entretien avec Jean Lescure », texte en français, dans Gerhard Landes, “L'Honneur des poètes”, “Europe”, Geschichte und gedichte, Zur Lyrik der Résistance, Focus Verlarg, Giessen, 1985, )..