Le Palais-Royal, ensemble monumental (palais, jardin, galeries, théâtre) au nord du palais du Louvre dans le  arrondissement de Paris, est un haut lieu de l’histoire de France et de la vie parisienne.

Construit par Richelieu en 1628, le Palais-Cardinal, donné au roi Louis XIII en 1636, sert de résidence à la régente Anne d'Autriche (1601-1666) et au jeune enfant pendant les troubles de la Fronde et devient le Palais-Royal.

Donné en apanage à Philippe d'Orléans en 1692, il devient le palais des Orléans. Le Régent y réside. Louis-Philippe d'Orléans, qui deviendra roi des Français en 1830, y voit le jour le . Le futur Philippe Égalité y réalise en 1780 une grandiose opération immobilière conduite par l'architecte Victor Louis, en encadrant le jardin de constructions uniformes et de galeries qui vont devenir pendant un demi-siècle, par leurs cafés, restaurants, salons de jeu et autres divertissements, le rendez-vous à la mode d’une société parisienne élégante et souvent libertine. La fermeture des maisons de jeu y mettra fin en 1836.

Restitué aux Orléans en 1814, mis à la disposition du roi Jérôme sous le Second Empire, il est affecté à partir de 1871 à différentes administrations de la République. Il abrite aujourd’hui le Conseil d'État, le Conseil constitutionnel, le Tribunal des conflits et le ministère de la Culture.

Le spectacle a toujours été présent au Palais-Royal. Richelieu avait son propre théâtre. Molière reprit la salle en 1660. À sa mort, Lully y installa l’Opéra qui sera incendié en 1781. L’histoire moderne de la Comédie-Française y débute en 1799. Le théâtre Montansier inauguré en 1790 et devenu théâtre du Palais-Royal privilégie lui le théâtre dit de boulevard.

La dernière grande date du Palais-Royal est l’installation en 1986 des Deux Plateaux de Daniel Buren dans la cour d’honneur.

Localisation L'ensemble architectural du Palais-Royal est limité par la rue Saint-Honoré et la place Colette au sud, par la rue de Richelieu, puis la rue de Montpensier à l'ouest, par la rue de Beaujolais au nord, et par la rue de Valois à l'est.

Histoire Le Palais-Cardinal vignette|gauche|Le Palais Cardinal, rue Saint-Honoré, vers 1641. thumb|gauche|Plan de masse du Palais Cardinal - Gallica 2011 (adjusted) Richelieu achète en 1624 l’hôtel de RambouilletTony Sauvel, « De l'hôtel de Rambouillet au Palais-Cardinal », dans Bulletin Monumental, 1960, tome 118, , (lire en ligne) pour , qui présente pour lui le double avantage d’être proche du Louvre et d’être bordé par un fragment de l’enceinte de Charles V qui peut, s'il est démoli, fournir un grand espace en pleine ville derrière son hôtel. Ce sera le cas en 1633, un brevet royal lui donnant la propriété des terrains..

Il entreprend alors, en faisant appel à l’architecte Jacques Lemercier, qui venait d'achever le pavillon de l'Horloge, l'agrandissement et la transformation de l’hôtel en un véritable palais avec des appartements somptueux et un théâtre qui demeurera longtemps le plus beau de Paris.. SauvalHenri de Sauval, Histoire et Recherches des Antiquités de la Ville de Paris, Paris, 1724, p. 158-172. a laissé des témoignages précis sur la galerie des Hommes Illustres du Palais-Cardinal qui comportait, accompagnés de quatre statues et trente-huit bustes de marbres antiques, vingt-cinq portraits (dont celui de et le sien) peints par Philippe de Champaigne et Simon Vouet.

thumb|Représentation théâtrale au Palais Royal avec Louis XIII, Anne d'Autriche et Richelieu - Conseil d'État

Le dramaturge Corneille souligne le caractère somptueux de la demeure :« Et l'univers entier ne peut rien voir d'égalAux superbes dehors du Palais Cardinal.Toute une ville entière, avec pompe bâtie,Semble d'un vieux fossé par miracle sortie,Et nous fait présumer à ses superbes toitsQue tous ses habitants sont des dieux ou des rois. »— Pierre Corneille (1606-1684), Le Menteur, 1644

Il ne reste aujourd'hui du Palais-Cardinal, consumé en grande partie à la suite de l'incendie d'une salle de l'opéra, le , que la galerie des Proues, portique dorique qui prolonge le pseudo-péristyle de Valois. Les fenêtres alternent avec des tables ornées de rostres à l'antique terminant la proue des galères méditerranéennes et de deux ancres marines, qui sont les emblèmes de la charge de surintendant de la Navigation du Cardinal.

Le Palais-Royal et Louis XIV vignette|Le Palais-Royal sous Louis XIV. Le théâtre de Molière est à droite de l’entrée du palais.

Richelieu donne son palais au roi, par acte de donation avec réserve d'usufruit le , renouvelé par testament, jusqu'à sa mort en 1642. L'acte de donation stipulait que l'hôtel demeurerait à jamais inaliénable à la couronne, la cause déterminante de la libéralité étant que l'immeuble serve de logement au roi ou à l'héritier de la couronne, à l'exclusion de toute autre personne..

La régente Anne d’Autriche s’y installe de 1643 à 1652, quittant les appartements incommodes du Louvre, pour profiter du jardin où peuvent jouer le jeune Louis XIV et son frère. Le Palais-Cardinal devient le Palais-Royal.

Les troubles de la Fronde marquent le petit roi qui, en 1649, doit fuir le palais en pleine nuit et, en 1651, alors qu'il est âgé de douze ans, les émeutiers exigent de voir le petit roi, envahissent le palais et défilent plusieurs heures devant son lit..

Le Palais-Royal est alors abandonné. Comme l'acte de donation de Richelieu comporte l'obligation de l'affecter à la résidence du seul roi, les juristes concluent que la clause est devenue inexécutable et doit être réputée non écrite. Il est considéré que le palais, par sa petitesse et la qualité de ses bâtiments, n'est pas une demeure convenable pour un roi, et que seul le Louvre, par sa grandeur et sa magnificence, répond à la majesté du roi..

Monsieur au Palais-Royal, sa résidence parisienne (1661-1692-1701) thumb|gauche|Gravure du Palais-Royal, côté jardin, seconde moitié du XVIIe vignette|Restitution de la distribution du premier étage du Palais-Royal en 1701, à la mort de Monsieur. D'après son inventaire après décès.

Grâce à ce raisonnement, par lettres patentes de , donne le palais en apanage à son frère, Philippe d’Orléans, dit Monsieur. Mais Monsieur habitait au Palais-Royal depuis , avec mise à disposition des lieux par son frère Louis XIV.

Monsieur résidera au Palais-Royal et l'embellira suivant son goût d'artistehttps://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1962_num_120_2_8671. La totalité du premier étage était réservée à l'appartement de Monsieur, à son grand appartement servant pour la vie de cour, et à son petit appartement situé du côté de l'Opéra, et où il devait profiter des plaisirs de tous ordres. L'appartement de Madame était situé du côté de la rue, on sait qu'elle s'enfermait chez elle, et collectionnait les médailles, quand elle n'écrivait pas de lettres.

L' "appartement de Monsieur" donnant sur la grande cour, et ses cabinets de collection (ancien appartement de Richelieu, puis de Louis XIV jeune) thumb|Bon Boullogne, la naissance de Jupiter, vers 1680. Collection présumée de Monsieur au Palais-Royal, inventaire de 1701

Pour accéder à l' "appartement" de Monsieur, celui où il vivait au quotidien, il fallait emprunter depuis la cour côté rue un grand passage voûté, qui reliait les deux cours. À la salle des gardes faisait suite le grand escalier qui conduisait au premier étage. Une grande antichambre vide, et sans cheminée, ornée simplement de cuir de Cordoue doré à fond bleu, permettait d'accéder au centre du Palais-Royal, dans une seconde antichambre qui pouvait sans doute servir de Salon du Conseil. Cette pièce était également décorée de cuir de Cordoue, à fond brun et motifs or et argent. Une grande cheminée était placée à l'ouest de la pièce. Il n'y avait que des banquettes et paravents. Le décor des boiseries et cheminées devait dater de la création du Palais-Royal, donc dans le style de Jacques Lemercier.

De là on pouvait accéder à la chambre de Monsieur - l'ancienne chambre du cardinal de Richelieu, puis celle de enfant - donnant sur la cour du côté jardin, avec deux grandes fenêtres rectangulaires et une autre plus petite cintrée. Le décor devait être riche en or, notamment le plafond à poutres et solives et la cheminée. Mais il n'y avait pas de grands cabinets dans cette pièce qui était meublée sans grande profusion. Elle paraît être non pas utilitaire mais symbolique, tout comme la grande chambre de parade du Grand Appartement. C'était la chambre du Petit Appartement qui servait au prince à se coucher et passer la nuit dans un lieu de faible taille facile à chauffer. Monsieur fit recouvrir les murs de tissu violet. Depuis la chambre, on accédait également à deux cabinets de collections de Monsieur. Le plus grand, celui du fond, était consacré à la collection de porcelaines du prince, avec deux fenêtres. De petits tableaux et quelques moyennes peintures ornaient l'espace, dont la plus grande partie était égayée de très nombreuses porcelaines posées sur des consoles de bois doré. Dans l'autre petite cabinet attenant, éclairé d'une seule fenêtre et collé à la Galerie des hommes illustres et à la chambre, on trouvait d'autres oeuvres, cabaret, coffres et objets d'art, ladite pièce servant de pièce de boissons.

Surtout une "petite galerie" voisine, éclairée par quatre fenêtres plein sud - pièce située derrière le grand salon du Grand Appartement - servait principalement de cabinet des tableaux et miniatures collectionnées par Monsieur. Cette pièce possédait une coupole, et de nombreuses porcelaines sur des consoles ornaient le dessus-de-cheminée. Les tableaux principaux prenaient place contre le mur nord, aveugle, dont deux grands tableaux de Bon Boullogne, la naissance de Jupiter et la naissance de Vénus, ainsi que des tableaux de Jean II Cotelle (une Vénus, et une Flore). Le portrait de Cotelle était d'ailleurs placé dans la pièce, Monsieur appréciant beaucoup l'univers galant du peintre. On trouvait également deux miroirs, tables et bureaux, deux fauteuils, une pendule etc. D'ailleurs par sa position plein sud, cette pièce était l'une des plus agréables du Palais-Royal, dont les pièces principales étaient toutes plutôt éclairées par des fenêtres vers le nord, du côté du jardin.

Enfin, une autre pièce située derrière la Petite Galerie constituait un sanctuaire de la miniature dont Monsieur était décidemment friand et même un spécialiste vu le nombre d'oeuvres réunies, qui se comptent en centaines dans l'inventaire après décès du prince en 1701. On y trouvait des sujets de la Fable, petits et moyens formats, ainsi que quelques sujets religieux et copies d'oeuvres plus célèbres, d'après les Carrache. Sans doute les oeuvres les plus grandes étaient-elles des tableaux de miniature de Jean II Cotelle que Monsieur appréciait tant. Bon Boullogne également devait y être sans doute en bonne place.

Le "Petit appartement" de Monsieur donnant sur la cour d'entrée, proche de l'Opéra

Un "petit appartement" confortable, éclairé plein sud et donnant sur la cour d'entrée du Palais-Royal, servait à Monsieur comme appartement fonctionnel, et non pas de parade. Il voisinait avec l'Opéra. Une antichambre dite « du côté de la cour » donnait sur la chambre de Monsieur, et un petit cabinet suivait cette dernière pièce. Ce petit appartement de Monsieur est similaire à celui du prince au château de Saint-Cloud, donnant sur le parterre de l'Orangerie. C'est dans ce petit appartement que Monsieur fit placer des tapisseries sur les murs.

La "Galerie des hommes illustres" créée par Richelieu, et peinte par Philippe de Champaigne et Simon Vouet thumb|Schéma basique du volume de la galerie des hommes illustres, Palais-Royal, Paris.