Mohammed Amin al-Husseini (en ), également connu sous le nom d’Hadj Amin al-Husseini et souvent désigné par son titre de grand mufti de Jérusalem, né le (1313 AH)Philip Mattar fait état d'une controverse quant à la date de naissance d'Husseini qui a longtemps été présenté comme étant né en 1893. à Jérusalem et mort le « Al-Husseini, Amin (Haj) (1895-1974) », consultable via webarchive sur . à Beyrouth, est un chef religieux musulman et un homme politique nationaliste de Palestine, notamment durant le mandat britannique (1920-1948) consécutif à la Première Guerre mondiale.
Devenu en 1921 grand mufti de Jérusalem, au début de la période mandataire, il occupe une place centrale dans le nationalisme palestinien de cette époque, face au mouvement sioniste qui développe la présence juive dans la région.
En 1936, il est l'instigateur de la « grande révolte » contre les autorités britanniques, considérées comme trop complaisantes envers le sionisme. Exilé par les Britanniques en 1937, il mise sur une alliance avec l'Allemagne nazie, dont il sert la propagande pendant la Seconde Guerre mondiale et dont il approuve la politique.
Il rencontre Adolf Hitler en 1941 et il appelle à la participation des Arabes à l'effort de guerre du Troisième Reich, y compris par des engagements dans la Waffen-SS. Il aida à la constitution de la 13 division SS « Handschar », composée de musulmans bosniaques, en ..
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il dirige le camp palestinien pendant la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire. Il perd de son influence à la suite de la défaite des armées arabes lors de la grande guerre de 1948.
Al-Husseini perdra progressivement sa représentativité auprès du peuple palestinien après la création de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1964.
Sa collaboration avec les Nazis pendant la guerre, son antisémitisme et ses prises de position sur la Shoah allant jusqu'à l'approuver, font de lui une figure particulièrement controversée parmi les protagonistes du conflit israélo-palestinien.
Biographie
Origines familiales et jeunesse La famille El Husseiny de Jérusalem était l'un des clans les plus puissants et les plus respectés de la société arabe palestinienne depuis des siècles. Les Husseiny prétendent être descendants de Al-Hussein ibn Ali, petit-fils du prophète Mahomet.vignette|Le portail de l'école de l'AIU fréquentée par Mohammed Amin al-Husseini et située rue de Jaffa.|gaucheAmin al-Husseini est le neveu de Moussa Qazem al-Husseini, leader nationaliste et homme politique palestinien.. Durant sa jeunesse, il est éduqué pour succéder à son père, mufti de Jérusalem. Il étudie dans une école gouvernementale turque et est un temps élève à l'AIU (Alliance israélite universelle)G. Bensoussan, op. cit., . à Jérusalem, qui accueille toutes les confessions et était à l'époque un « choix normal pour les enfants de notables musulmans », et également à l’école française des FrèresMichel Abitbol, Le passé d’une discorde, Perrin, Paris, mars 2003, p. 262.. C'est là qu'il apprend le français.
En 1912, il étudie la loi islamique à l'université Al-Azhar du Caire, où il est le disciple de Rachid Rida — considéré comme un théoricien des Frères musulmans et idéologue du djihad, qui a influencé l’islamisme radical jusqu'à nos joursJames Toth, Sayyid Qutb : The Life and Legacy of a Radical Islamic Intellectual, Oxford University Press, USA, 2013, p. IX. — à l’école Dar al-Da’wa wa-l-IrshadHenri Laurens, Le retour des exilés, Robert Laffont, Paris, 1998, p. 92, note 1. puis il poursuit ses études dans une école d'administration à Constantinople.
En 1913, à , il effectue le pèlerinage de la Mecque et rajoute Hadj à son nom, comme le permet la tradition musulmane, pour se faire appeler « Hadj Amin al-Husseini », un des deux noms sous lesquels il est le plus souvent citéOn parle de lui en tant « qu'Hadj Amin al-Husseini », « le mufti » ou « le grand mufti », en précisant parfois « de Jérusalem ». Attention néanmoins qu'il ne devint mufti qu'à partir de 1921, poste auquel il succéda à son frère..
Durant la Première Guerre mondiale, il s'engage comme volontaire dans l'armée ottomane dès 1914, qu'il quitte en 1917 pour retourner à Jérusalem. Après la victoire britannique sur les Ottomans et leur arrivée en Palestine, il collabore avec les Britanniques et devient « un musulman pieux, au service d'une armée chrétienne, contre un ennemi musulman ».
Leader politique
Militant panarabe
Après la guerre, Amin al-Husseini devient membre d'Al-Nadi, une société secrète qui milite pour l'indépendance de la Syrie-Palestine. À cette époque, les Français affrontent les Arabes dirigés par le roi Fayçal ibn Hussein pour le contrôle de la Syrie, et les Alliés ne se sont pas encore prononcés définitivement sur l'avenir du Moyen-Orient.
En 1919, dans le contexte de la montée du nationalisme arabe et de la visite de la commission King-Crane ayant la mission de recueillir l'avis des populations locales sur le mode de gouvernement qu'elles souhaitent, les dirigeants nationalistes Aref al-Aref et Amin al-Husseini parcourent les villes et villages palestiniens afin d'y organiser des manifestations en faveur du gouvernement hachémite de Fayçal.
En 1920, il écrit des articles dans la revue Surivah al Janubivah (Syrie du Sud), qui appellent à chasser les Juifs et à les massacrer. Les autorités britanniques l'accusent d'être l'un des principaux instigateurs du pogrom anti-Juifs d'avril 1920, qui tue une dizaine de Juifs et en blesse plus de , afin de faire pression sur les Alliés à la veille de la Conférence de San Remo (1920). Son rôle lui vaut une condamnation à 10 ans d'emprisonnement, mais il s'enfuit pour Damas, avant d'être arrêté puis nommé grand mufti par le pouvoir britannique.
Grand mufti de Jérusalem
Le , en geste d'apaisement, le Haut-Commissaire, Herbert Samuel, qui vient d'arriver en Palestine mandataire, le gracie, ainsi que les autres personnes condamnées lors des émeutes, ce qui lui permet de revenir en Palestine et favorise sa candidature au poste de mufti de JérusalemG. Bensoussan, op. cit. ..
En , Kamil al-Husseini, par ailleurs grand mufti et demi-frère d'Hadj Amin al-Husseini, meurt. Selon la loi, des élections sont organisées et le haut-commissaire britannique doit choisir parmi les trois premiers candidats celui à qui le poste échoit. Amin al-Husseini termine quatrième. Néanmoins, Herbert Samuel, soucieux de maintenir un équilibre entre les al-Husseini et le clan rival des , invalide le scrutin et décide de nommer Amin al-Husseini mufti de Jérusalem« Aux élections du 12 avril 1921, alors que Husseini n'arrive qu'en quatrième position, Samuel invalide le scrutin et le nomme (8 mai 1921) grand mufti. », Bensoussan, ., un poste détenu par le clan al-Husseini depuis plus d'un siècle.
En tant que grand mufti de Jérusalem et président du Conseil suprême musulman, il est le fonctionnaire arabe le plus puissant de la Palestine mandataire, sa position lui permet de contrôler des budgets importants.
Amin al-Husseini conserve son titre de mufti jusqu'en 1948, date à laquelle il est remplacé par Husam al-Din Jarallah, nommé par le roi de Transjordanie, Abdallah .
En , mandatée par la Société des Nations, la France prend le contrôle de la Syrie et chasse Fayçal de Damas. Le pan-arabisme de la révolte arabe de 1916-1918 est vaincu. Un nouveau nationalisme arabe émerge, et en Palestine Amin al-Husseini s'imposera comme l'un de ses leaders.
Nationalisme palestinien
Par la suite, en tant que dirigeant arabe palestinien, Amin al-Husseini joue un rôle central dans l'opposition à l'immigration juive en Palestine et à la présence britannique.
Après son retour en Palestine en 1921, al-Husseini continue ses activités politiques.
Son rôle dans le massacre de Juifs d'Hébron en 1929 est controversé.
À l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933, al Husseini fait part de l'enthousiasme des musulmans au sujet du nouveau régime en Allemagne, tout en espérant que le fascisme se répande dans toute la région, de son soutien à la « politique juive » des nazis et s'engage « à faire de semblables efforts contre les Juifs dans l'ensemble du monde islamique »Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 15 octobre 2009, p. 261..
En , le clan Husseini crée son propre parti politique, le Parti arabe palestinien.
Le , à l'initiative d'al-Husseini, les chefs des clans arabes de Palestine forment le Haut comité arabe et lui en confient la présidence. En 1936, Al-Husseini est surpris par la grande révolte arabe mais emboîte le pas au mouvement.
Grande révolte arabe en Palestine
En , durant son témoignage devant la Commission Peel, il déclare être favorable à la déportation de la plupart des Juifs de Palestine. Selon Benny Morris, il a .
Le , après le meurtre du commissaire britannique pour la Galilée, il est déchu par les Britanniques de sa position au sein du Haut conseil et de son poste de mufti. Recherché par les Anglais, il se cache dans le complexe de la mosquée d'Al-Aqsa puis fuira d'abord en Irak puis au LibanG. Bensoussan, op. cit., . jusqu'en 1939. Durant la même période, il initie une conférence arabe en Syrie, () afin d'organiser une opposition au plan de partage de la Commission Peel. La conférence réunit 400 délégués, dont 124 Arabes palestiniens. Al-Husseini ne peut y assister mais en est toutefois élu président honoraire.
Alors réfugié au Liban, « il diffuse au sein des populations sunnites une propagande antisioniste et même, plus généralement, antisémite ». Ce qui fut suivi par des émeutes antijuives avec des bombes dans le quartier juif. Surtout que « les tensions entre sionistes et Arabes dans la Palestine voisine sont considérés, au début, comme un problème essentiellement local et n’ont pas de conséquences directes sur les relations entre juifs et musulmans au LibanKirsten E. Schulze, Le cas du Liban in Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours, Abdelwahab Meddeb (auteur), Benjamin Stora (auteur), Albin Michel, Paris, 9 octobre 2013, p. 437..
En octobre 1939, étant mis sous surveillance par les autorités françaises, il quitte le Liban pour retourner en héros national au royaume d'Irak. d'où il doit fuir en séjournant en Italie, avant de se réfugier en 1941 en Allemagne jusqu'en 1945.
Seconde Guerre mondiale
Collaboration avec les nazis
vignette|redresse=1.1|Rencontre avec Hitler en . vignette|redresse=1.1|Hadj Amin al-Husseini faisant le salut nazi en passant en revue une unité de la de montagne de la Waffen SS Handschar, composée en grande partie de musulmans de Bosnie (Silésie, ). vignette|redresse=1.1|Rachid Ali al-Gillani et Haj Amin al-Husseini lors d'un discours à Berlin, pour l’anniversaire du coup d’État anti-britannique en Irak du ; année inconnue : 1942, 1943 ou 1944.
Soutenant la prise du pouvoir par Rachid Ali al-Gillani en Irak, il prononce à la radio irakienne une fatwa appelant les musulmans au djihad contre le Royaume-Uni. La victoire britannique dans la guerre anglo-irakienne le force à fuir sur le territoire de l'État impérial d'Iran. Après l'invasion anglo-soviétique de l'Iran, il est exfiltré en automne 1941 d’Iran par les services secrets italiens vers l’Italie fasciste, où il réside pendant un mois. Le , il est reçu par Benito Mussolini, qui accepte le principe d'un soutien de l'Axe à sa cause. Selon le récit d'Al-Husseini, ce fut une réunion à l'amiable dans laquelle Mussolini exprima son hostilité envers les Juifs et le sionisme. Benito Mussolini et l'Italie fasciste avaient soutenu financièrement les rebelles arabes lors de la grande révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandatairehttps://www.researchgate.net/publication/240532556_Italian_Involvement_in_the_Arab_Revolt_in_Palestine_1936-1939.