Menahem l'Essénien (en hébreu : מנחם, Menahem) était un juif Tanna (sage) vivant à l'époque du roi Hérode le Grand (37 - 4 ). En tant que zougot (litt « paires »), il est « jumelé » avec Hillel l'Ancien. Menahem est exclu, et c'est alors Shammaï qui lui succède. Selon Flavius Josèphe, Menahem aurait été en bons termes avec le roi de Judée, Hérode le Grand ; en se fondant sur certaines mentions de la Mishna, plusieurs commentateurs estiment qu'il serait devenu l'un de ses conseils ou de ses ministres. C'est peut-être pour cette raison qu'il aurait été exclu du sanhédrin, mais il semble que certaines autorités pharisiennes ont considéré qu'il était « sorti » du judaïsme, voire qu'il aurait été excommunié, en même temps que 160 de ses disciples, bien que tous les « sages » n'aient pas été d'accord à ce sujet.

Dans l'immense corpus de la littérature rabbinique, Menahem est une figure exceptionnelle, car aucune loi ou déclaration attachée à son nom n'y est recensée.

Zoug avec Hillel Menahem était un tanna de l'époque des zougot. Il formait lui-même un zoug (une « paire ») avec Hillel l'Ancien, et officiait probablement en tant quav beit din (chef de tribunal ou sanhédrin). La Mishna, qui est le plus ancien recueil de la littérature talmudique. énumère cinq couples de guides religieux qui se succèdent, et Hillel l'Ancien et Menahem sont les deux leaders actifs à l'époque d'Hérode.Talmud de Jérusalem, Haguiga, 2:2.. Toutefois, une liste des transmetteurs est donnée dans le traité Avot de la Mishna (1:10s), dans laquelle Shemaya et Abtalion précèdent immédiatement Hillel et Shammaï.. Ils sont respectivement patriarche et président du sanhédrin. (nassi). Les fonctions attachées à ces titres sont peut-être anachroniques, . Dans ce traité, le nom de Menahem est totalement absent.. Néanmoins, Menahem a probablement formé un zoug pendant un temps avec Hillel avant d'être remplacé par Shammaï.

Menahem « sortit » Plusieurs passages de la littérature rabbiniques disent que Menahem « sort »Kaufmann Kohler, Menachem the Essene in Jewish Encyclopedia, 1901-1906., ce qui est compris soit comme la fin de sa fonction, soit comme une sortie du judaïsme (une apostasie ou une excommunication). C'est ce que rapporte la Mishnah du Talmud de Babylone (Hagigah, 16b). Il en est de même de celle du Talmud de Jérusalem qui indique « Menahem sortit, Shammaï entra, » ce qui signifie qu'il fut remplacé par Shammaï l'Ancien, qui forme selon le Pirkei Avot (1:10s) un zoug avec Hillel.

Dans le Talmud de Babylone, les Sages se disputent sur le sens à donner à la sortie de Menahem (Hagigah, 16b). Abaye soutient qu'« il est allé dans [les cours du diable] », c'est-à-dire qu'il apostasia, tandis que Rabba soutient qu'« il est allé au service du roi». La Guemara cite une baraïta à l'appui de Rabba: Menahem sortit pour le service du roi, et avec lui sortirent 80 paires de disciples vêtus de soie (vêtus royalement)Talmud de Babylone, Haguiga, 16b.. Le Talmud de Jérusalem apporte une interprétation supplémentaire: Menahem aurait accepté de jouer un rôle de ministre afin de pouvoir annuler des décrets contre l'étude de la TorahSelon Kaufmann Kohler écrivant pour la Jewish Encyclopedia (1901-1906), Kaufmann Kohler renvoie cependant à Heinrich Graetz, "Gesch." iii. 213. Kaufmann Kohler, Menachem the Essene in Jewish Encyclopedia, 1901-1906. Le roi dont il est question dans ces passages est Hérode le Grand dont Menahem a été un ami d'enfance. Flavius Josèphe indique que Menahem était Essénien, qu'il avait rencontré Hérode enfant, et lui aurait prédit son règne bien qu'il ne soit pas d'ascendance royaleHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, F. V. Édition, .Victor Malka, Les Sages du judaïsme. Vie et enseignements, Le Seuil, 2003, ., Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 5., raison pour laquelle Hérode était tolérant avec les Ésséniens, même si ceux-ci refusaient de lui prêter serment. (Antiquités judaïques, , , 5). Une fois roi, Hérode se serait souvenu de la prédiction de Menahem et l'aurait appelé pour écouter ses conseilsFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre 15, chapitre 10, §5..

Le Talmud de Jérusalem s'interroge lui aussi sur la « sortie » de Menahem et demande : Réponse : Ce qui évoque clairement une excommunication..

Pour un nombre important de critiques cela confirme que Menahem ne faisait pas partie des sages Pharisiens, dont les successeurs qui ont fini par dominer dans le judaïsme sont les rédacteurs de la Mishna et du Talmud.. Pour eux, il s'agit d'un élément supplémentaire qui montre que le Menahem des sources rabbiniques est l'Essénien dont parle Flavius Josèphe. Toutefois selon le Talmud, Pour Étienne Nodet, il s'agit d'une preuve supplémentaire que la halakha (voie) du « babylonien » Hillel était plus proche de celle des Esséniens que de celle du Pharisien Shammaï..

L'identification de Menahem de la Mishna avec l'essénien mentionné par Flavius Josèphe est en général acceptéeFrédéric Manns, Les enfants de Rébecca: judaïsme et christianisme aux premiers siècles de notre ère, Médiaspaul, 2002, .Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens juifs du : approche historique, perspectives historiographiques, analyses méthodologiques, Cerf, 2009, ., mais elle est toutefois contestée par Mireille Hadas-Lebel qui estime que celle-ci ne repose que sur un nom..

Menahem, Messie de Qumran ? Israël Knohl traduit par « armure » le mot rare « tirki » que l'on trouve dans le passage du Talmud de Jérusalem qui décrit Menahem et ses comme étant Pour lui, la scène de l'excommunication décrite se situe après la mort d'Hérode le Grand (4 ) où trois « messies » royaux ont surgi pour revendiquer la succession royale et tenter de prendre le pouvoir avec leurs partisans, dont Judas le Galiléen.. Menahem aurait fait la même chose qu'eux et c'est pour cela que 160 de ses disciples portaient des vestes cuirassées étincelantes (dorées) lorsqu'ils ont été excommuniés par les sages pharisiens qui ont refusé de le reconnaître comme Messie. Lors de la scène décrite Pour Knohl, le personnage messianique qui est exalté dans certains hymnes retrouvés à Qumrân est Menahem. C'est clairement un haut personnage essénien et Knohl retient comme datation de ces hymnes la période hérodienne.. Dans le premier hymne, ce personnage messianique parle à la première personne et s'interroge :

L'avant dernier vers est une référence à un verset de la Bible (Exode 15, 11) . Si l'usage de la première personne du singulier n'est pas une figure de style, Ici le mot elim se rapporte aux anges, mais les deux phrases sont graphiquement identiques. Dans le contexte de cet hymne, le roi dont il dit être le « bien-aimé » est Dieu lui-même..

Cet hymne est connu dans une autre version qui contient notamment le passage suivant :

Le personnage sujet des deux versions de cet hymne considère qu'il est de rang royal. Il se voit dans l'image du d'Isaïe 53, où le prophète prédit que . Mais en même temps il Il s'identifie ainsi aussi au Fils de l'Homme du Livre de Daniel, une identification qui est faite plusieurs fois au sujet de Jésus de Nazareth dans le Nouveau Testament et en particulier dans les Évangiles.. Dans la relation de la mort de Jacques le Juste faite par Hégésippe de Jérusalem, Jésus est décrit par Jacques, comme Ce qui est clairement une référence au Livre de Daniel, passim.. La même référence est faite par saint Étienne au moment de son procès. De même lors de sa crucifixion, Jésus est présenté comme le « serviteur souffrant » d'Isaïe. Cette combinaison d'attributs Pour Israël Knohl, Pour lui,

Il n'y a qu'un seul autre personnage à qui ces attributs ont été décernés, c'est Jésus de Nazareth. Israël Knohl estime donc que Jésus s'est attribué ces caractéristiques en référence aux écrits qui avaient été appliqués à Menahem une génération avant la vie publique de Jésus.. Il conteste ainsi le point de vue des chercheurs, pour qui Jésus Pour Israël Knohl, Pour lui, Menahem est le héros de ces hymnes et ce

D'après Knohl, de lOracle d'Hystaspe qui sera vaincu, tué, laissé gisant sans sépulture, est Menahem. qui aurait finalement été tué par les forces romaines après sa révolte et laissé exposé sans vie pendant trois jours, alors qu'aucune source ne parle de sa mort et que les auteurs chrétiens ont considéré que cet Oracle prophétisait au contraire la mort de Jésus, sa résurrection et son ascension telle qu'elle est décrite dans les Actes des Apôtres. Pour Israël Knohl, ce passage de lOracle d'Hystaspe a été écrit en prenant pour référence ce qui était arrivé à Menahem et c'est pour cela que les hymnes de Qumrân décrivaient ce Messie assassiné comme le d'Isaïe. La démonstration de son hypothèse passe aussi par un passage de l'Apocalypse de Jean.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes Hillel l'Ancien Hérode Ier le Grand Esséniens Shammaï Fils de l'Homme Messie Messie dans le judaïsme Manuscrits de la mer Morte Qumrân

Bibliographie . . . . . . . . .

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