vignette|Balle à pointe creuse de calibre .38 Special.

La balistique judiciaire est une technique de police scientifique permettant d'élucider les circonstances d'un tir par arme à feu. Elle consiste à essayer de déterminer la nature de l’arme utilisée, le nombre de coups de feu tirés, la direction et la distance de tir. Elle étudie aussi les effets subis par les projectiles pour retrouver l’arme utilisée mais aussi les impacts et les blessures.

Elle étudie d'une part les effets subis par des projectiles tirés par des armes à feu, afin de pouvoir déterminer quelle arme a tiré une balle ou percuté un étui, et d'autre part les trajectoires, les impacts et les blessures. Pour identifier l'arme à l'origine d'un tir, on étudie les marques laissées par différentes actions lors du tir.

Lorsqu'on appuie sur la détente d'une arme, le marteau frappe le percuteur, qui imprime une marque sur l'amorce à la base de la douille ; de même d'autres pièces mécaniques s'impriment sur cette douille. La balle quant à elle est projetée avec force hors du canon. Dans celui-ci se trouvent des rainures métalliques (on parle de canon rayé ou de ) conçues pour imprimer un mouvement de rotation à la balle, ce qui en augmente la portée et la stabilité ; elles laissent des rayures sur la balle. Chaque tir avec la même arme laisse les mêmes empreintes sur les étuis et sur les balles ce qui permet de les comparer. Quant à l'étude des trajectoires et des impacts, elle se traduit par la mise en évidence des angles et des distances de tir.

Les précurseurs vignette|redresse|Rainurage hélicoïdal de l'âme d'un canon M75 austro-hongrois (1891) La possibilité de comparer les munitions est le résultat direct de l'invention de la rayure hélicoïdale des armes à feu, entre 1493 et 1508..

En 1749, à Londres, l'un des pionniers dans le domaine des enquêtes criminelles, est Henry Fielding (1707-1754). Il est crédité du développement des Bow Street Runners en Angleterre, précurseurs des détectives modernes. Fielding est également bien connu en tant que romancier et dramaturge. L'un des derniers Bow Street Runners, Henry Goddard (1800-1883), est crédité d'avoir reconnu le potentiel des preuves d'armes à feu pour aider à identifier les criminels impliqués.. En 1835, une balle sur une scène de crime a été identifiée par comparaison avec le moule utilisé pour sa fabrication..

En 1885, à Lyon une thèse de médecine intitulée « Étude médico-légale sur les plaies d'entrée par coups de revolver » a été présentée par Louis Félicien Albert Poix. L'étude impliquait l'examen et le rapport sur les blessures causées par les balles de revolver et présentait des informations de valeur pour le domaine médical, pour le domaine médico-légal, et l'identification des armes à feu..

En 1888, le médecin légiste, anthropologue et criminologue français Alexandre Lacassagne a découvert que grâce aux stries de la balle, celle-ci peut être associée à l’arme correspondante. Pour la première fois dans la police scientifique, la balistique a aidé à résoudre une scène de crime du , après avoir tiré une balle avec le revolver d'un suspect.. Il a publié en 1889 un article intitulé « La déformation des balles de revolver » dans le Volume 4 des Archives de l'Anthropologie Criminelle..

Le médecin légiste américain Charles E. Waite (1865-1926) a trouvé un outil pour déterminer quel modèle d’arme a tiré un coup de feu en examinant les balles retrouvées. Il a été le premier scientifique à compiler un catalogue d'informations sur les armes à feu. Il faisait partie du groupe de scientifiques (Waite, Goddard, Phillip O. Gravelle, John H. Fisher) qui a adapté le microscope pour une utilisation en balistique comparative. Avec ses collègues il a fondé le Bureau of Forensic Ballistics. à New York en , pour fournir des services d'identification des armes à feu à travers les États-Unis...

En 1925, Calvin H. Goddard et John H. Fisher ont développé l'hélixomètre, une sonde loupe utilisée pour examiner l'intérieur des canons d'armes à feu et mesurer avec précision la hauteur des rayures. Une application limitée a conduit à son obsolescence.

En 1929, le colonel (1891-1955) médecin légiste et pionnier américain de la balistique médico-légale a identifié deux mitraillettes Thompson employées par les tueurs d’Al Capone le lors du massacre de la Saint-Valentin à Chicago et qui a conduit à l’arrestation de l’un d’entre eux.. Il a collaboré avec Charles Waite au catalogage des armes à feu et à la conception du macroscope de comparaison... Après la mort de Waite en 1926, Goddard a dirigé le bureau new-yorkais jusqu'à sa dissolution en 1929.

En 1959, les chimistes Harold Harrison et Robert Gilroy de l'Université du Rhode Island ont développé un test par coloration (méthode chromophorique) pour pouvoir identifier les résidus des coups de feu (antimoine, baryum, plomb). Ce test permet de dire si un suspect a utilisé une arme ou non en utilisant le révélateur chimique qui porte leurs noms...

Les étuis thumb|alt=alternative de l'image à compléter|Exemples d'étuis et douilles de différents modèles. Les étuis ou les étuis percutés correspondent au corps de la cartouche dans lequel se trouvait la poudre et au sommet duquel se trouvait la balle. Les deux termes sont synonymes mais par convention on emploie le terme d'étui pour les munitions de petit calibre et le terme de douille pour les munitions calibre supérieur à , considérés dès lors comme des obus et non plus des cartouches. Les dimensions des étuis sont typiques de son calibre.

Des marquages sont inscrits par le fabricant au culot de l’étui (à sa base) ; ces marquages indiquent habituellement le calibre et la marque du fabricant pour les munitions civiles et le calibre et l'année de fabrication pour les munitions militaires. L'examen d'un étui se réalise sous loupe binoculaire.

Des marques particulières laissées par l'arme sont également visibles sur un étui percutée. Il s'agit principalement de l'empreinte du percuteur, de l'extracteur, de l'éjecteur et du fond de culasse. Le percuteur est une pièce pointue qui vient frapper l'amorce pour créer l'étincelle mettant le feu à la poudre, sa marque est présente sur tous les étuis percutés. L'extracteur est une griffe maintenant en place un étui dans une culasse mobile. L'éjecteur est une pièce fixe sur laquelle l'étui vient buter lors du mouvement arrière d'une culasse mobile et permettant le décrochage de l'extracteur et l'éjection par la fenêtre d'éjection. Le fond de culasse est la paroi de la chambre (logement dans lequel la munition est placée à l'entrée du canon pour être tirée) contre laquelle s'appuie l'étui.

Les balles Les balles portent l'impression des rayures issues de la traversée du canon. Ces rayures mesurent généralement entre 0,5 et de large et leur nombre est le plus souvent compris entre 4 et 6. Elles correspondent à une zone de moindre diamètre par rapport au diamètre initial de la balle.

Certaines munitions ne tirent pas de balles mais des projectiles multiples tels que de petits plombs (cartouches de chasse) ; les armes tirant ces munitions disposent idéalement de canons lisses.

Comparaison Pour comparer deux balles entre elles ou deux étuis entre eux, on utilise un macroscope de comparaison. Il s'agit de deux loupes binoculaires montées sur un pont ; les images issues de chaque loupe sont renvoyées par un jeu de miroir au centre du pont où se trouvent l'optique de visualisation de l'opérateur et la caméra de capture d'image reliée à un écran de contrôle ; ces images apparaissent côte à côte.

Les étapes d'une comparaison sont : comparaison et identification du modèle d'arme ; étude du modèle ; finalement par les stries (étuis et balles) afin de déterminer l'arme avec précision.

La comparaison des étuis repose sur la comparaison des traces laissées par les pièces mécaniques de l'arme (percuteur, éjecteur, extracteur…) ; ces traces ont une forme typique du modèle de l'arme employée et contiennent des micro traces typiques de l'arme employée. Il est donc possible d'identifier le propriétaire.

La comparaison des balles repose sur la comparaison des rayures imprimées par le canon. Le nombre et la largeur des rayures sont typiques du modèle de l'arme employée et les micro stries situées à l'intérieur de chaque rayure sont typiques de l'arme utilisée.

La correspondance des micro traces sur les étuis ou des micro stries sur les balles permet de dire que ces éléments ont bien été tirées par la même arme.

Ainsi les balles et les étuis retrouvées sur une même scène de crimes ou sur des scènes (ou des lieux différents) permettent par comparaison macroscopique et microscopique de déterminer avec certitude s'il s'agit du même modèle ou de façon très précise si elles proviennent de la même arme à feu. Pour un expert en balistique, l'association douilles et balles est comparable à des empreintes digitales d'une arme à feu. Chaque arme à feu possède sa propre et unique empreinte qui résulte de l'effet combiné du percuteur - éjecteur - extracteur - sillon, rayures - … sur les balles et sur les étuis. La comparaison balistique permet d’individualiser une arme « unique » parmi le même modèle ou tous les modèles d'armes.

Le calibre

Le calibre d'une arme à feu correspond au calibre de la munition qui lui est destiné. Le calibre d'une munition correspond principalement à la longueur de sa douille et au diamètre de son projectile. L'appellation utilisée comprend généralement le diamètre du projectile exprimé en mm ou en pouces, ainsi qu'une deuxième dimension chiffrée ou une mention littérale. Un même calibre peut avoir plusieurs appellations, par exemple les appellations Luger, 9 × 19 mm Parabellum et correspondent à un même calibre.

La plupart des calibres utilisés sont répertoriés par la Commission Internationale Permanente pour l'épreuve des armes à feu portatives (la CIP). Cette association édite pour chaque calibre une fiche mentionnant les dimensions de la cartouche et les pressions susceptibles d'être produites par leur mise à feu.

Balistique

La balistique se décompose en trois parties : la balistique interne, qui étudie ce qui se passe dans le canon ; la balistique externe, qui étudie ce qui se passe après le tir : le mouvement d’un projectile à l’extérieur du canon ; la balistique terminale, qui étudie ce qui se passe lorsque le projectile frappe sa cible.

La balistique interne thumb|alt=alternative de l'image à compléter|Pistolet Desert Eagle, ici de fabrication israélienne. Ces phénomènes se produisent dans un temps extrêmement court, allant de quelques millisecondes, soit moins d’un centième de seconde, pour les armes de petit calibre (comme le .22 Long Rifle), à quelques dizaines de millisecondes pour celles de gros calibres (comme le Desert Eagle), depuis que le percuteur frappe la douille jusqu’à la sortie de la balle du canon.

La balistique interne étudie surtout la transformation de l’énergie chimique de la poudre contenue dans la munition en énergie mécanique (ou cinétique). Cette transformation se traduit à l'intérieur de la douille par la formation de gaz de combustion sous pression. Cette pression est communiquée au projectile qui s'extrait de son étui et acquiert une vitesse et donc une énergie. Cette énergie cinétique dépend de la masse et de la vitesse du projectile.

On calcule cette énergie comme suit : Énergie cinétique = ½.m.v²

Où m est la masse du projectile en kg et v est la vitesse du projectile en m/s (pour connaître les caractéristiques de certaines munitions, voir le chapitre 3 sur les munitions). Le résultat est donné en joules.

Exemple avec une munition .357 Magnum pour revolver Cette munition est une des plus puissantes pour revolvers ; elle a une vitesse de maximum et une masse maximale de (nous avons choisi les extrêmes de ses caractéristiques). Ce qui donne donc une énergie cinétique d’environ .