vignette|Comment les différents rôles en matière d’éducation peuvent utiliser la technologie pour avoir un impact positif sur l’éducation. Les études des sciences et des techniques, mieux connues dans le monde anglo-saxon sous le nom de Science and technology studies (STS ou S&TS) sont un domaine de recherche interdisciplinaire en sciences sociales qui s'est développé durant les années 1960-1970.

Les STS étudient la manière dont les facteurs sociaux, politiques ou culturels interviennent dans les recherches scientifiques ou les innovations technologiques et, comment, en retour, ces dernières modifient la société, le politique ou la culture.. . Ce programme est actuellement implanté dans de nombreuses universités à travers le monde, offrant la possibilité de poursuivre des études de baccalauréat et dans certains établissements de master et de doctorat dans le domaine des STS.

Deux grands axes de recherche peuvent être dégagés des études des sciences et technologies: l'étude des relations entre les innovations scientifiques/technologiques et la société, en postulant que celles-ci sont socialement constituées et que la société est elle-même un agrégat sociotechnique; la prise en considération des effets produits par ces innovations, les risques qu'elles produisent et la redéfinition des paramètres sociaux qu'elles induisent. L'essentiel des travaux portent sur la sociologie des sciences, la recherche scientifique et l'innovation. Les politiques de science et technologie, politiques de recherche et les politiques d'innovation font également partie de ce domaine.

Parmi les représentants des STS francophone, on peut nommer Jean-Jacques Salomon (Conservatoire national des arts et métiers), Bruno Latour (chaire Gabriel Tarde, Sciences Po), Madeleine Akrich et Michel Callon (Mines Paris - PSL), Dominique Pestre (EHESS), Benoît Godin (INRS), Jean Marie Biggard (INRS) ou encore Camille Limoges (UQAM).

Histoire

Débuts Les principales composantes des STS se sont développées indépendamment et de manière isolée à partir des années 1960, bien que l'ouvrage de Ludwik Fleck Genèse et développement d'un fait scientifique (1935) soit considéré comme précurseur de la démarche de l'étude des sciences et technologies. Parallèlement, l'influence des travaux de Karl Mannheim, du constructivisme social et la sociologie des sciences ont également contribué à la mise en place du programme des STS qui se situe aux confluents de plusieurs domaines d'études relevant de disciplines diverses (histoire, philosophie, sciences sociales) dont les principaux sont :

Science Studies : issues le plus souvent des représentants du courant de la sociologie de la connaissance scientifique, elles mettent l'analyse des controverses scientifiques et de leur contexte sociotechnique au cœur de leur démarche. Ce courant se distingue de la sociologie des sciences initiée par Robert K. Merton en refusant de concevoir les sciences comme un domaine autonome (par rapport aux intérêts, aux passions ou à la politique) dont les énoncés seraient universels. Au contraire, les penseurs du « programme fort » tels que David Bloor ou Barry Barnes, de même que Harry Collins avec son « programme empirique du relativisme » considèrent les sciences comme des constructions humaines au même titre que toute autre pratique sociale. Ils défendent également un principe de symétrie qui contraint l'analyste à demeurer impartial et à considérer également les réussites comme les échecs, les gagnants comme les perdants. Loin de réduire la science à une rationalité et un fonctionnement intrinsèque, les Science studies adoptent une conception dynamique des sciences qui tient compte de sa dimension politique, de ses conséquences, ses coûts, ses lieux de production (tels que le laboratoire), son mode de diffusion et les objets qu'elle mobilise pour réaliser son programme. L'intérêt se porte non plus sur la science déjà faite qui intéresse plutôt l'épistémologie, mais sur la science en train de se faire et produite localement.

Histoire des technologies : s'intéresse à la technologie d'un point de vue sociohistorique. À partir des années 1960, certains historiens se sont interrogés sur le « déterminisme technologique », un courant de pensée qui postule la passivité du public face au développement scientifique et technologique. Cette perspective est bientôt abandonnée et rejetée comme relevant d'une approche positiviste par une nouvelle génération d'historiens qui commencent à développer une approche contextuelle de la technologie en prenant notamment pour objet l'histoire de la médecine. Durant les années 1980, les historiens Thomas P. Hughes, Steven Shapin et Simon Schaffer développent une histoire des sciences et des technologies qui tient compte de l'approche des Science studies. Le premier propose une analyse des réseaux à la fois sociaux, politiques et économiques de l'électricité et des nombreux sites d'administration, de production et de contrôle qui rendent possible son fonctionnement ; les deux derniers mettent l'accent sur la dimension politique et rhétorique du savoir scientifique et de la reconfiguration du monde qu'implique la diffusion et la légitimation d'innovations telles que la pompe à air de Boyle.

Philosophie des sciences/histoire des sciences : en 1962, Thomas Samuel Kuhn fait paraître son célèbre ouvrage intitulé The Structure of Scientific Revolutions où il soutient que les changements de programme dans les théories scientifiques sont attribuables à des paradigmes intellectuels sous-jacents et variables historiquement. Cette approche a donné lieu à la création de programmes reprenant cette thèse dans plusieurs universités comme l'Université de Californie ou Berkeley qui ont contribué au rapprochement entre historiens et philosophes des sciences. En France, les travaux de Michel Foucault (en développant la pensée de Gaston Bachelard et Georges Canguilhem) insistent sur l'historicité de la vérité scientifique et mettent l'accent sur les pratiques discursives.

Sociologie des sciences La sociologie des sciences et des techniques est née en Grande-Bretagne dans la deuxième moitié du . Elle étudie les influences réciproques entre la science et les technologies d’une part, et, la société d’autre part. L’objet même de cette recherche est récusé par ceux qui pensent que la science est rationnelle et par conséquent indépendante des déterminations de la société et des passions politiques. Bruno Latour récuse la possibilité de séparer et d’opposer la société et la technique car elles sont inextricablement liées. Il se contente d’étudier le cheminement d’une découverte scientifique ou technique dans ses interactions avec la société. Une autre approche de la sociologie des sciences étudie l’influence des facteurs sociaux et des groupes d’intérêts sur la recherche scientifique et technologique. Cependant la tendance à ne décrire qu'en termes de compétition l'organisation de la recherche scientifique par Bruno Latour et Pierre Bourdieu a été critiquéeJulien Gargani, De la convivialité entre scientifiques. La revue du MAUSS, n.29, , 2007.. Pour Jacques Ellul la Technique a pris une place prépondérante dans la société. Cette dernière assiste impuissante au développement de la technoscience. La société ne se permet pas de dire non à une innovation dès lors qu’elle est possible. Toute discussion se termine par « de toute façon on n’arrête pas le progrès ». Edgar Morin demande de considérer la science comme objet de science et d'examiner en termes scientifiques la relation entre savoir et pouvoirEdgar Morin, La nature de la nature, Seuil, 1977, . Enfin une troisième approche prend aussi en compte le rôle de la perception des variations de la Nature dans l'évolution des sciences et des techniques . Le prélèvement et/ou la transformation de la nature ne va pas de soi pour de nombreuses cultures, ce qui conditionne aussi la mise en place de la technique.

Le cheminement de la recherche Les fondements Les découvertes nouvelles se font à partir d’études précédentes et de cumul de documents. Rassembler et comparer un grand nombre d’éléments permet des déductions et des extrapolations. Ce processus est grandement facilité par l’informatique. Parallèlement, des améliorations dans les instruments de mesure ouvrent la porte à de nouvelles découvertes. Les recherches nécessitent d’énormes moyens en hommes et en matériel. Concernant la recherche fondamentale le financement est essentiellement assuré par l’État et par des fonds publics. Elle ne représente que 11 % des dépenses totales de recherche. La recherche dans les technosciences est financée par le secteur privé en vue d’innovations ou pour les revenus tirés de brevets. Le coût élevé de la recherche et la nécessité d’en trouver le financement modifient l’image du découvreur. Le savant isolé faisant une découverte est remplacé par des équipes, les unes travaillant sur place, les autres développant à l’extérieur des réseaux de soutien tant sur le plan financier que pour la mise sur le marché.

La procédure Les changements technologiques ont lieu hors de l’espace public. La conception et le développement des produits et systèmes techniques se réalisent dans les lieux propres industriels et économiques. Les acteurs qui s’y trouvent sont en position de force dans la définition des trajectoires que la société devra emprunter. Pour être mis sur le marché les produits devront d’abord soit répondre aux normes déjà existantes soit obtenir des autorisations de la part d’administrations ou d’agences chargées de régulation. Une fois sur le marché les nouveaux produits sont susceptibles de provoquer des débats en vue de nouvelles formes de régulation. Des ONG, des associations y prennent part mais également des acteurs institutionnels tels que l’OMC avec son tribunal. Les débats prennent la forme de comités d’experts ou de tables rondes. Des demandes peuvent en appeler au politique et 19.

La science La science est présentée comme neutre, objective et rationnelle. Son objectivité est contestée. La question de sa rationalité peut se poser parfois au vu de son utilité, de son coût et de ses conséquences.

Un savoir sélectif Les thèmes des études scientifiques sont fixés par de nombreux pouvoirs (financier, politique, associatif). Ils ne sont pas neutres mais répondent aux objectifs de ces pouvoirs. Ils dépendent à la fois d'influences externes au champ scientifique, mais aussi de positionnement internes (concurrence, distinction)J.Gargani. Voyage aux marges du savoir : ethno-sociologie de la connaissance. Ed. L’Harmattan, Paris, 168 pages, 2011. Les données utilisées dans l’étude ne sont pas neutres non plus. Certaines données peuvent être écartées parce que jugées secondaires, ou impossibles à utiliser ou ignorées parce qu’elles affaibliraient la portée d’une démonstration. L’utilisation de statistiques peut masquer une question parce que celle-ci n’est pas chiffrable. Ainsi les statistiques sur l’échec scolaire prennent en compte le statut économique et social des parents qui est chiffrable. La question du sens de l’école en dehors de l’avenir professionnel n’est pas évoquée. Cet aspect aurait dû être pris en compte car il a une incidence sur l’échec scolaire.

Philippe Godard souligne que le savoir scientifique est un savoir parcellaire. La science nécessite une expertise toujours plus pointue, Elle s’éloigne toujours plus du tout. Le tout n’est pas la somme des parties. Il est autre chose. Ce n’est pas en disséquant la vie qu’on la comprend. Plus la science avance, plus elle met en lumière la complexité de l’univers..

La rationalité