Zouaoua, Gaouaoua ou Igaouaouen (en kabyle : Igawawen, en tifinagh : ⵉⴳⴰⵡⴰⵡⵏ ; en arabe : زواوة et en latin: Jubaleni) était un ensemble, puis une confédération tribale kabyle du Djurdjura (Grande Kabylie, Algérie)..

Dans le sens le moins restreint, Zouaoua signifie Kabyles dans leur globalité, et aussi fantassins.

Dans le sens le plus restreint, Zouaoua était le nom d'une confédération (taqbilt ou qabila) de 8 tribus (leɛrac « âarchs ») organisées en deux groupes : Aït Betroun : dont les Beni Yenni (Aït Yenni), les Aït Boudrar, et les Aït Iraten Berbères du Tell: dont ceux de Médéa et ceux de Ksar el Boukhari.

Étymologie Zouaoua était le nom donné par les historiens musulmans du Moyen Âge, notamment Ibn Khaldoun au , pour désigner les populations qui habitaient la région qui s'étend de Bougie jusqu'à Dellys, c'est-à-dire la Grande Kabylie actuelle. Ibn Hawqal, au , était le premier voyageur et géographe à avoir mentionné le nom dans son ouvrage, Kitab al-Masâlik wa l-Mamâlik, mais sans donner des informations substantielles sur eux.

Certains disent que Zouaoua est une déformation arabe du mot Igawawen, nom d'une confédération de Grande Kabylie. Les Aït Betroun (Aït Yenni, Aït Boudrar, Aït Bou Akkach) et les Aït Menguellet (Aït Menguellet proprement dits, Akbil, Aït Attaf, Aït Bou Youcef), qui formaient la confédération des Zouaoua, sont les seules tribus Zouaoua au sens le plus restreint. Ces tribus citées sont les seules qui appellent eux-mêmes « Igawawen » (« Agawa » ou « Agawaw » au singulier) et appellent leur pays « tamurt Igawawen » ou « Gawawa ». Ils tirent leur nom du massif montagneux qu'ils habitent, le massif Agawa, le plus densément peuplé, au nord du Djurdjura.

Jean Amrouche, poète kabyle né à Ighil Ali (tribu des Aït Abbès, wilaya de Béjaia en Petite Kabylie), dans ses mémoires de sa mère, Fadhma Ath Mansour, originaire de Tizi Hibel de la tribu des Aït Mahmoud, confédération des Aït Aïssi (daira de Beni Douala), appelait le pays natal de sa mère « le pays Zouaoua ».

Selon Hugh Roberts, le fait que les Kabyles des tribus non-Igawawen de la Grande Kabylie devaient, lorsqu'ils étaient à l'étranger, se référer à leur région natale comme tamurt Igawawen est la preuve de la mesure dans laquelle les Igawawen avaient réussi à imposer leur hégémonie sur l'ensemble de la région. Voici ce qu'il disait Hanoteau à propos de cela :A mesure qu'on s'éloigne du Jurjura, les Kabyles donnent le nom de Zouaoua aux tribus qui les séparent de la confédération que nous venons d'indiquer. C'est ainsi que pour les Guechoula, les Beni Sedka sont des Zouaoua, et que les Guechtoula à leur tour reçoivent le même nom des Flissa et des Beni Khalfoun. Un Kabyle des Mouzaia [Atlas Blidéen] ou des Beni Menaçer [Chenouoa] comprendra sous la dénomination de Zouaoua toutes les tribus à l'Est de l'Isser. »Selon J. Lanfry, le nom Agawa évoque un type d'homme honorable, enviable, et qui pourrait bien être le type du vrai kabyle, selon les traditions des Anciens. « Agawa, me disait l'an passé une étudiante originaire des At Frawsen, c'est un homme d'honneur, de courage, en particulier au combat. N'en est pas qui veut. » Beaucoup de Kabyles, inspirés d'un réflexe égalitariste aussi profond, récusaient ce propos en affirmant que les Igawawen sont des Kabyles comme les autres. Mais un Kabyle des Barbacha (rive droite de la Soummam, non loin de Bougie) lui disait : « Un Agawa, c'est un colporteur, aɛeṭṭar, qui vient de l'autre côté du Djurdjura.. »

Zouaoua peut s'agir aussi d'un nom personnel, par exemple au , un des chefs de la tribu berbère des Houara, qui prirent part à la conquête musulmane de la Sicile, était appelé Zouaoua Ibn Néam el-Half, qui assista au triomphe des armées musulmanes..

Durant l'époque Ottoman, le nom de Zouaoui était devenu synonyme de fantassin. Des diverses fractions des tribus non-Kabyles du Titeri, qui fournissaient un certain nombre de fantassins, qui à diverses époques allaient monter la garde à Alger et surtout dans les bordjs des environs, ils ne touchaient de solde qu'en activité de service, aussi disait-on, en parlant d'eux : « Les Zouaouas sont en avant pour la misère, en arrière pour la solde. »

Selon le linguiste kabyle Salem Chaker, son hypothèse, qui a écrit que le terme Zouaoua/Zouaoui utilisé par les arabes de l'Oranie ne devrait pas être lié à Agawa/Igawawen mais à Zouaoua/Izwawen, que ce premier (Igawawen) est un nom d'une confédération Kabyle. Salem Chaker soutient l'idée qu'Izwawen est le nom original et authentique des Kabyles qui ont presque oublié leur vrai nom.

Origines vignette|200px|Statue d'Ibn Khaldoun à Tunis. Les Zouaoua sont des berbères, et il y a deux hypothèses sur leur origine tribale. Ibn Khaldoun rapporte que les généalogistes berbères eux-mêmes considèrent les Zouaoua comme liés au Zenètes par le sang. Voici ce qu'il cite dans son ouvrage, Histoire des berbères, Tome I : Cependant, d'après Ibn Hazm, le généalogiste andalou, les Zouaoua sont une branche de la grande tribu berbère des Kutama (Ucutamanii de l'antiquité), qui elle-même est une branche du group berbère des Baranis (ou Branès), tout comme les Masmouda et les Sanhaja. Ibn Khaldoun est d'accord avec Ibn Hazm. La proximité du territoire des Zouaoua à celui des Kutama, ainsi que leur coopération avec cette tribu dans le but de soutenir la cause d'Ubayd Allah al-Mahdi, fondateur de la dynastie fatimide, est un fort témoignage en faveur de cette opinion.

Histoire Antiquité

Durant l'Antiquité, et précisément durant l'époque romaine, au , la Grande Kabylie était habitée par les Quinquegentiens, des peuplades (gentes en latin) qui formaient une confédération. Le terme Quinquegentiens est composé de « quinque » qui veut dire cinq, et « gentes » qui veut dire peuple ou tribu. Cela signifie que c'était bien une confédération composée de cinq tribus. Le territoire des Zouaoua au Moyen Âge ainsi qu'en période moderne, faisait partie des Quinquegentiens, mais ça reste difficile de déterminer quelle fraction exacte des Quinquegentiens était celle des Zouaoua, mais c'était plus probablement celle des Jubaleni. vignette|320x320px|Table de Peutinger, carte romaine montrant la Kabylie. Au , le chroniqueur grec, Ammien Marcellin, divise les Quinquegentiens en cinq tribus, dont voici les noms : Tendenses, Massissenss, Isaflenses, Jubaleni, Jesalenses. En plaçant les Jubaleni au milieu des cimes les plus inaccessibles du Mons Ferratus (« Montagne de Fer », c'est-à-dire le Djurdjura), Ammien indique nettement le pays actuel de la confédération zouaouienne. Certains historiens disent que les Jubaleni habitaient les Bibans.

Les princes kabyles les plus connus d'Antiquité, comme Mazucan, Mascezel, Dius, Zammac, Firmus et Gildon, tous fils de Nubel, un regulus (« petit roi » ou « chef »), sont issus des Jubaleni. À la mort de Nubel, son fils, Zammac, avait été choisi comme successeur, mais son frère, Firmus, l'avait assassiné. Firmus avait été accusé de fratricide, et s'est donc révolté contre l'empereur byzantin, Valentinien , vers l'an 370, et se proclame roi de la Maurétanie Caesarienne. Il était soutenu par les chrétiens donatistes et avait une douzaine de tribus maures et deux corps de troupes romaines sous son commandement. En l'an 375, Firmus fut trahi par le chef des Isaflenses (Iflissen), Igmazen, lorsqu'il est parti se réfugier chez eux, et fut vaincu. Il avait aussi été trahi par son frère, Gildon, avant. À la suite de la trahison d'Igmazen, Firmus avait préféré la mort que de tomber entre les mains de l'ennemi. Gildon, qui avait les mêmes ambitions que son frère Firmus, c'est-à-dire devenir roi sur une partie de la Maurétanie ou de l'Afrique, avait choisi la révolte et fut vaincu aussi. Après la défaite de Gildon, les derniers fils de Nubel, Mascezel et Dius furent éliminés à leur tour. Le poète romain Claudien cite Gildon comme l'héritier de Jugurtha.

Sous le règne de l'empereur Justinien , Procope, un historien du qui accompagnait le général byzantin Bélisaire dans ces campagnes, notamment en Afrique, indiquait clairement le fait que les Kabyles étaient maîtres de leur propre pays dans son livre, Guerre des Vandals :Nous ne communiquons que par mer de la province de Zaba (province de Constantine) avec la ville de Césarée (Cherchell, à l’ouest d’Alger), ne pouvant nous y rendre par terre, car les Maures demeurent maîtres de tout le pays qui nous en sépare.

Époque médiévale Haut Moyen Âge Les Kutama (incluant les Zouaoua), comme toutes les autres tribus berbères, ont participé à la conquête musulmane de l'Hispanie. On retrouve d'ailleurs plusieurs toponymes en Espagne qui tirent leurs origines des tribus berbères installées dans la région, comme Atzueva (At Zwawa), qui peut même signifier que la langue berbère a été utilisée, à cause de la préservation du préfixe berbère pour la filiation « Ath » au lieu de l'arabe « Beni ». Il existe d'autres toponymes aussi, comme Azuébar (Assuévar en catalan), qui vient de Zouaoua. Sans oublier Algatocín (Atouch, confédération des Aït Ouaguenoun) et Benicàssim, qui peut être une fraction zouaouienne disparue. Ces Beni Qasim ont même fondé une taïfa après l'effondrement du Califat Omeyyad de Cordoue, c'était la Taïfa d'Alpuente.

Trois des quarante-sept toponymes claniques identifiés aux îles Baléares, qui ont été conquises aux , , et s, se référant en fait à des tribus zouaouiennes, ces trois toponymes sont : Beniatron, qui est une variante du nom de la confédération des Aït Betroun. Il faut aussi savoir que Ibn Khaldoun avait mentionné les Aït Betroun sous la même forme. Le deuxième toponyme est Artana, qui probablement se réfère aux Aït Iraten. Le troisième est Benicassim.

Les Zouaoua étaient toujours des alliés traditionnels des Kutama, peut-être même parce qu'ils sont eux-mêmes des Kutama comme l'a dit Ibn Hazm, dont l'hypothèse fut reprise par Ibn Khaldoun, même si dans les récits historiques, chaque tribu était citée séparément. Au , les tribus du groupe des Baranis de l'Algérie moderne, comme la tribu des Sanhaja, des Kutama, et des Zouaoua, ont jouée un rôle fondamental dans la création du califat fatimide en constituant l'armée de l'empire qui avait conquis la plupart du Maghreb, la Sicile, l'Égypte, le Levant, et le Hedjaz. Les Zouaoua ont participé dans plusieurs batailles pour le califat fatimide, aux côtés de leurs voisins et frères de sang, notamment dans le siège de la forteresse de Kiana (dans le voisinage de la Qalaa des Beni Hammad) contre Abou Yazid, dans laquelle les Fatimides ont réussi a prendre la forteresse et vaincre les Zénètes kharijites et nekkarites. vignette|260x260px|Porte dorée à Bougie, construite par les Hammadites. En l'an 972, les Zouaoua passèrent ensuite sous le contrôle des Zirides, des berbères Sanhaja dont l'ancêtre était Ziri Ibn Menad es-Senhaji, qui gérait Al-Maghrib al-Awsat (Maghreb central) et l'Ifriqya, aussi appelé « Al-Maghrib al-Adna » (« Le Maghreb le plus proche » par apport à l'Orient), au nom des Fatimides après leur départ pour Le Caire. Après la scission de la dynastie Ziride en deux branches, les Badicides régnèrent sur l'Ifriqya depuis Kairouan, descendants de Badis, fils d'al-Mansour fils de Bologhine, fils de Ziri, et les Hammadites qui régnèrent sur le Maghreb central depuis la Kaala des Beni Hammad, puis Bougie, descendants de Hammad, fils de Bologhine. Les Zouaoua ont été obligés a faire leur soumission, et la ville de Bougie fut bâtie sur leur territoire. Les Zouaoua se sont souvent rebellés contre les Hammadites, car ils étaient rassurés et n'avaient rien à craindre dans leurs montagnes.

Époque Almohade et Hafside Bougie fut conquise par les berbères Masmoudas et Zénètes Almohades, qui ont réussi à unifier le Maghreb sous le grand Calife, Abd al-Mumin Ibn Ali, en 1159.