François-Xavier Louis Auguste Albert Bennon de Saxe, prince royal de Pologne, grand-duc de Lituanie, duc de Saxe, Juliers, Clèves, Berg etc. (en allemand : Franz Xaver Albert August Ludwig Benno von Sachsen und Polen), incognito en France sous le nom de comte de LusaceArsène Thévenot, Correspondance inédite du prince François Xavier de Saxe : connu en France sous le nom de comte de Lusace, Paris, 1874 (lire en ligne). ( à Dresde, à Zabeltitz), fils de Auguste III de Saxe, roi de Pologne et de l'archiduchesse Marie-Josèphe d'Autriche, fut de 1756 à 1763 commandant de l'armée saxonne pendant la guerre de Sept Ans. Combattant aux côtés de l'armée française, il fut nommé le lieutenant-général des armées du roi Louis XV. De 1763 à 1768, il fut régent de l'électorat de Saxe pour son neveu Frédéric-Auguste III de Saxe.

L'enfance princière en Saxe et Pologne thumb|left|upright|Xavier de Saxe enfant vers 1730François Xavier Louis Auguste Albert Bennon, prince de Saxe, naquit à Dresde le . Il était le second fils et le quatrième des onze enfants d'Auguste III de Saxe, électeur de Saxe, et roi de Pologne, et de l'archiduchesse Marie-Josèphe d'Autriche fille de l'empereur Joseph . Selon son futur aide de camp le général Marie Antoine Bouët de Martange, Xavier fut moins chéri de ses parents que ses frères et sœursCharles Bréard (éd.), Correspondance inédite du général-major de Martange, aide de camp du prince Xavier de Saxe, lieutenant général des armées (1756-1782), Paris, A. Picard, 1898. En réalité, la relation qu'il entretenait avec eux était plus complexe. Son père préférait que son frère Charles lui succède sur le trône et sa mère s'attachait seulement à lui inculquer une bonne foi catholique. De plus, il reçut une mauvaise éducation de son gouverneur qui remplaça le baron de Forel auquel il était très attaché. Il eut comme confesseur toute sa vie le père François-Xavier-Ignace de BoccardSur l'enfance du prince Xavier voir Julius Richter, Das Erziehungswesen am Hofe der Wettiner Albertinischer (Haupt-)Linie, coll. Monumenta Germaniae paedagogica, Berlin, 1913, et suiv. (lire en ligne)..

Plusieurs projets de mariage sont pensés par le roi de Pologne qui voit en son fils puîné un possible héritier de la couronne. Le , le prince Xavier se voit chargé des compliments pour ses frères et sœurs lors de l'audience publique des ambassadeurs de Louis XV demandant officiellement la main de Marie-Josèphe de Saxe, sa sœur, pour le dauphin Louis de FranceSur la dauphine et son frère Xavier voir Jakub Bajer, « Une dauphine d’esprit polonais à la cour de Versailles », in Annales Stacji Naukowej PAN w Paryżu, nr 17, 2015, - 109 (lire en ligne); Bernard Hours, La vertu et le secret. Le dauphin, fils de Louis XV, Paris, Honoré Champion, 2006; Casimir Stryienski, La mère des trois derniers Bourbons. Maris-Josèphe de Saxe et la cour de Louis XV, Paris, Plon, 1902..

La carrière militaire pour la France thumb|left|upright|Xavier de Saxe lieutenant-général en 1758 En1756, la guerre de Sept Ans, commença en Europe par l’entrée des troupes prussiennes en Saxe. Frédéric II voulait se rendre en Bohême et obliger la Saxe à rejoindre son camps. Cette dernière se trouvait impliquée au côté de la France. Le roi de Pologne refuse l'offre prussienne et alors Dresde est assiégée par le roi de Prusse. Les troupes saxonnes sont défaites et capturées à Pirna. Le roi et ses fils sont autorisés à s'exiler en Pologne. Alors en Pologne, Xavier de Saxe demanda à son père l'autorisation d'aller combattre contre la Prusse. Auguste III la lui accorda en 1756, et lui confia en 1758 le commandement du futur corps saxon par le roi de France. Il prit le titre de comte de Lusace pour éviter tout problèmes de protocole. Louis XV reçut le prince de Saxe le au château de Versailles, présentation officielle devant la Cour. Dès lors, le prince Xavier loge dans un appartement proche de celui de sa sœur la dauphine au château de VersaillesVincent Dupanier, « Le prince Xavier de Saxe à la cour », in Château de Versailles , 2022 (en ligne)..

Le , il fut nommé lieutenant-général des armées du roi de France avant de se distinguer aux victoires de Lutzelberg, remportée par le prince de Soubise le , de Bergen le , et de Minden le , et s'y comporta si bien que le maréchal de Broglie lui fit donner en 1760 le commandement d'une de ses réserves, composée pour l'essentiel de dix mille Saxons déserteurs de l'armée prussienne, qui les avait capturés en 1756 et incorporés malgré eux. C'est à la tête de ce corps qu'il participa au siège de Cassel le .

La régence de la Saxe thumb|left|upright|Xavier régent (dernier sur la droite) et la famille royale de Saxe en 1763 La guerre finissait à peine quand Auguste III mourut, le , Frédéric-Christian de Saxe son fils aîné, devint prince électeur de Saxe, mais mourut le , laissant la principauté à son fils de 13 ans Frédéric-Auguste de Saxe. Xavier de Saxe devenait régentSur la régence voir Horst Schlechte, Die Staatsreform in Kursachsen 1762–1763. Quellen zum kursächsischen Rétablissement nach dem Siebenjährigen Kriege, Berlin (Ost), Rütten et Loening, 1958 (en allemand)., avec le titre de prince administrateur comme il était de coutume selon les règles du Saint-Empire. Il eut le bon sens de partager sa fonction avec sa belle-sœur la princesse électrice Marie-Antoinette de Bavière. Dès lors, il demeure dans ses appartements du premier niveau du palais électoral à Dresde qu'il fait remettre au goût du jour après les destructions du palais par les Prussiens lors du siège de 1760. Il tente de se faire élire comme roi de Pologne avec l'aide de la France et de l'Autriche mais son rival Stanislas-Auguste Poniatowski avec l'aide de la Russie se fait élire à Varsovie en 1764.

Après l'occupation prussienne de la Saxe, l'incorporation des soldats saxons dans l'armée de Frédéric II, l'économie de l'électorat est exsangue. Le prince continue les travaux entrepris par la commission de rétablissement (Restaurierungskommission créée en 1762) dirigée par Thomas von Fritsch: ils veulent remettre en ordre l'économie de la Saxe et réorganiser l'armée. Le prince fait appel à son oncle George dit le chevalier de Saxe. Le prince Xavier de Saxe fonda le l'Académie des Arts visuels de Leipzig (HGB) qui est aujourd'hui l'une des plus anciennes et les plus importantes écoles d'art en Allemagne. Il fut le protecteur de l’académie de peinture de Dresde et ami de son directeur Camillo Marcolini. Le prince Xavier en est l'administrateur et nomme directeur fondateur le peintre Adam Friedrich Oeser qui occupera ce poste pendant trente-cinq ans jusqu'à sa mort en 1799. Ouverte dans un vaste immeuble de bureaux à Leipzig, à l'été 1765 l'Académie déménage dans l'aile ouest dite Académie des ailes.

thumb|École des mines de Freiberg fondée par Xavier régentSur proposition des conseillers Friedrich-Wilhelm von Oppel (1720−1767), Carl-Wilhelm et Friedrich Anton von Heynitz, Xavier de Saxe fonda en 1765 l’École des mines de Freiberg (Kurfürstlich-Sächsische Bergakademie zu Freiberg) qui est la plus ancienne école d'ingénieurs d'Allemagne. En effet après sa défaite dans la Guerre de Sept Ans, le duché de Saxe devait multiplier ses ressources minières pour pouvoir faire face au paiement de l’indemnité de guerre imposée par la Prusse.

Sans l'accord de l'impératrice, il se décida de rendre sa charge de façon anticipée en novembre 1768, après la cérémonie somptueuse donnée le au château de Pillnitz pour le renouvellement de l'Ordre militaire de Saint-HenriSur la fin de la régence voir Jacek Kordel, Z Austrią czy z Prusami? Polityka zagraniczna Saksonii, 1774-1778, Kraków, Arcana, 2018 (en polonais).. En 1765, il reconnait l'élection de Stanislas-Auguste Poniatowski comme roi de Pologne en échange de la conservation de son statut de "prince royal" et de sa pension sur le trésor de Pologne Jakub Bajer, « La maison de Saxe et la reconnaissance du roi Stanislas-Auguste par les cours du Sud (1764–1766) », Sudia Europeana Gnesnansia, 5/2012, (en ligne). En 1769, son neveu lui offre le château de Zabeltitz.

Le mariage morganatique et l'Italie thumb|upright| La comtesse de Lusace, née Spinucci par Domenico Cardelli, 1787 Sa régence de cinq ans ne pouvait désormais que faire de l'ombre à un prince électeur de dix-huit ans. De plus les réformes qu'il avait réalisées lui avaient créé un certain nombre d'ennemis.

thumb|left|upright|Fermo (Italie) et armes de Claire de Spinucci Xavier de Saxe n'était pas non plus dans les meilleurs termes avec sa belle-sœur Marie-Antoinette de Bavière, avant de commettre l'erreur irréparable d'un mariage morganatique secret. C'est au début de son administration qu'il avait remarqué dans l'entourage de sa belle-sœur une demoiselle italienne de 23 ans, Claire Spinucci, cantatrice et de la duchesse, dont la beauté surpassait de beaucoup la noblesse.

D'après le ministre de France, l'électrice avait d'abord vigoureusement commandé à la jeune Italienne de céder à la passion de son soupirant, sans y être encore parvenue au début de 1765. Elle arriva finalement à ses fins, en sorte que Xavier l'épousa secrètement le . Bientôt naissaient deux jumeaux le : Claire de Saxe, qui mourut peu après, et Louis. Joseph vit le jour le , Élisabeth le . À la cour de Dresde, le scandale était immense et irrémédiable : le prince de Saxe dut finalement quitter la capitale et n'y reviendra jamais.

Il séjourna un temps à Munich, puis dans son palais de Zabeltitz, et partit finalement visiter la Suisse et toute l'Italie avec son épouse et quelques officiers. Il songea à s'établir à Naples ou à Rome, mais ses conseillers lui firent valoir le peu d'assistance et d'estime qu'il recevrait dans un pays qui "a été en tous temps l'écueil des héros et le tombeau de leur gloire"Arch. dép. de l'Aube, fonds de Saxe, EE 1798, lettre de Sayffert au prince Xavier, 15 mai, 1770. Pour une analyse voir Vincent Dupanier, Thèse, Chapitre 4 Le choix de la France. . Alors qu'en France, bien que le dauphin fût mort en 1765 et sa sœur la dauphine en 1767, il pourrait bénéficier de la considération due à l'oncle du nouveau dauphin, futur Louis XVI, et au lieutenant général des armées du roi.

Le seigneur champenois thumb|upright|Abbé Augustin de Barruel à Chaumot, 1774