Un komos ou comos (en grec ancien , ou en latin comus, nom de la divinité latine des réjouissances) était une procession rituelle festive dans la Grèce antique, du nom de la divinité qui présidait aux festins, aux réjouissances nocturnes, ainsi qu'à la parure des femmes et des jeunes gens, et plus généralement aux excèsPierre Chompré, Dictionnaire abrégé de la Fable, Paris, Foucault, (Laporte), 1727, (1784). Article : Comus.. Si on peut le définir comme un groupe d'hommes en mouvement célébrant un événement communautaireChristiane Bron, Fêter la victoire, in Pallas , 2007, , extrait en ligne, les pratiques précises que recouvre ce terme (bien attesté dans la littérature antique) restent floues.
Dans la littérature archéologique et iconographique, le komos désigne généralement un cortège bruyant et festif de buveurs accompagnés de musiciennes, caractéristique dans les représentations de banquets et fêtes dionysiaques. Cette procession pourrait puiser ses origines dans une fête de la nature dédiée à Dionysos et sa suite lors des vendanges. Figurant régulièrement sur les vases attiques dès le , il semble progressivement perdre sa valeur rituelle pour devenir un divertissement privé.
Les participants au komos sont appelés des comastes et les manifestations d'ivresse sont dites comastiques ou bien orgastiques.
Étymologie Marcello Durante a rapproché le du nom indo-iranien de la « proclamation qualifiante » *ċámsa- auquel se rattache aussi le latin censēre Marcello Durante, Greco κῶμος, ant ind śamsa, Studi linguistici in onore di Tristano Bolelli, Pacini, 1974, p.119-135Jean Haudry, La Triade pensée, parole, action, dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2009, p.296-297.
Personnification En tant que personnification, Comos est une des divinités mineures faisant partie du cortège de Dionysos, comme Silène. Son équivalent latin est Comus.
Comos (la bonne Chère) est le frère de Coros (la Satiété), Hérodote. les faisant naître tous deux d'Hybris (la Démesure).
Le komos, expression de sociabilité Il s'agissait d'une expression de sociabilité non limitée aux pratiques religieuses publiques, comme les Dionysies, les Phallophories et autres célébrations reliées à l'important culte de Dionysos ; mais elle présentait parfois une forme de rituel privé, en participant à des festivités comme les célébrations nuptiales et était étroitement lié à d’importantes pratiques sociales comme le banquet. Dans ce domaine, le komos donnait libre cours à l'envie de frénésie et de bombance qui faisait suite aux pratiques conviviales, celle-ci étant une importante composante de la vie sociale en Grèce antique. Dans tous les cas, cependant, comme le dit Jean-Pierre Vernant « [Dans la Grèce antique] il y a des formes et des degrés divers de sacré, plutôt qu'une polarité sacré-profaneJ.-P. Vernant « Religion grecque, religions antiques » dans « Religions, histoires, raisons », Paris 1979, p. 11. » et le religieux est aussi présent dans le komos.
Sources
La variété des sources, qu'elle soit littéraire ou iconographique, n'éclaire pas la nature effective du komos. Le sens le plus fréquemment usité de nos jours désigne un cortège rituel de fête, comprenant parfois des chars, accompagné de chants et de musique (avec des instruments comme l'aulos, la lyre, la cithare), durant lequel les participants s’abandonnent, sur fond d’ébriété et d’allusions sexuelles, à des manifestations d’obscénités frénétiques et burlesques. Mais au-delà de cette représentation, on trouve des komos de diverses natures : komos nuptial, agonistique (introduisant la notion de jeu et de rivalité), de funérailles, de chasse, de victoire… À partir du , le terme semble n'avoir plus qu'une valeur dionysiaque (ou bacchique) et se référer à l'esprit d'un banquet, celui de Platon particulièrementChristiane Bron, Le lieu du comos, in Proceedings of the 3rd Symposium on Ancient Greek and Related Pottery, éd. J. Christiansen et T. Melander, 1988, ..
Sources littéraires La mention la plus ancienne se trouve chez Hésiode (poète grec du ), qui semble suggérer une relation entre cette pratique et les festivités nuptialesLe bouclier d’Héraclès, Riga 281..
Dans le célèbre Banquet de Platon, on peut lire la fameuse scène où Alcibiade fait une bruyante irruption, en fracasseur de porte, la tête ornée d’une guirlande, complètement ivre, accompagné de sa bande d'amis, au son d'un aulos (sorte de flûte - ou de hautbois - double, de l'antiquité grecque). Il est accueilli dans la maison d'Agathon (le poète) et réussit à apporter, dans cet état d’ébriété, un élément de fraîcheur et de vérité au beau milieu du banquet Platon, Le Banquet (212 c, d, e), traduction de Giorgio Colli..
Toutefois il n'existe pas d'événement unique associable au komos. Pindare, par exemple, le décrit à l’intérieur des célébrations citadinesPindare, Pythiques, V, 21 et VIII, 20 ; Olympiques, IV, 9.. DémosthèneContre Midia, XXI, 10 (du Perseus Project). le mentionne dans le premier jour du déroulement des Dionysies, à la suite de la procession rituelle et des chorèges (organisateurs). Dans ce contexte il semble se référer à un agôn (manifestation publique consistant en Jeux solennels, lors de cérémonies religieuses), en révélant donc une possible nature de compétition dans cet événement.
Démosthène, en outre, reprochera au beau-frère d’Eschine de ne pas avoir mis un masque, presque en suggérant qu'il était usuel d’en porter un pendant le komosSulla falsa ambasceria, XIX, 287 de Wikisource. En fait, il n’est pas clairement établi si Démosthène doit se soumettre à la nécessité de porter un masque par une sorte de pudeur ou parce qu’il est normalement dénaturé en de telles manifestations. Le même Rockwell (voir la note 7 214) reconnaît une certaine ambiguïté dans cette affirmation., suggérant donc que la pratique du komos demande l’usage de costumes ou de quelques déguisements.
L’exécution de musique durant le komos est suggérée par AristophaneLes Thesmophories, 104, 988. et PindareOlympiques, IV, 9 et Pythiques, V, 22..
Sources iconographiques Dans les représentations peintes sur poteries de la période archaïque, le pratiquant du komos, un amuseur de profession, est souvent montré drapé dans un chiton moulant. Plus tard, un petit groupe de céramiques de la fin de époque archaïque présente des comastes défilant en travesti, drapés en longs vêtements, la tête ornée de boucles d’oreilles, d’une couronne de rubans et, parfois, protégés d’une ombrelle (qui sont tous des symboles de féminité) The Beazley Archive.. Mais souvent aussi, au , les comastes sont représentés nus en train de danser et parfois accompagnés d'hommes ou/et de femmes vêtus.
Les Étrusques, grands assimilateurs de pratiques culturelles grecques, ont réinterprété ces ambiances comastiques, comme en témoignent les fresques provenant de la tombe de Tarquinia. vignette|Vase cérémonial grec du avec un comaste, Paris, Musée du Louvre
Rapports avec les expressions théâtrales Le komos et la comédie Quoique encore discuté, le lien de filiation entre le komos et la (comédie) est largement accepté. Une telle relation est suggérée et confirmée par AristotePoétique, 3, 2 ; 1448 a 37., comme en témoigne la dérivation étymologique de , qui vient de et , « chant ».
Toutefois ce même Aristote, dans la troisième partie de l’œuvre, évoque aussi la tradition qui voudrait que le terme komoedia soit dérivé de kom, terme qui en dorien indique le village. Dans ce cas, les origines de la comédie seraient à rechercher dans les spectacles et dans les farces mimées de Mégare qui se déroulaient, justement, dans les villagesL'Oxford English Dictionary signale les deux étymologies.. Toutefois, il reste encore à comprendre à travers quelles voies les formes expressives du « chant de bombance », ou de la pantomime, se sont développées dans la Comédie grecque antique, au cours des Dionysies du La métamorphose de la farce, populaire et improvisée, en un véritable genre théâtral se serait réalisée en Sicile Seyffert, Dictionary of classical antiquity (voir Comedy, pag. 151) indique comme artisan de cette évolution Épicharme, en situant le passage d'un genre à l'autre au sein du milieu dorien de Sicile, à Megara Hyblaea, au nord de Syracuse, parmi les colons grecs qui étaient venus, à l'origine, de Mégare..
Le komos et le chœur Le komos doit être bien distingué des processions et du chœur grec de théâtre. Car si ce dernier était fondé sur des événements dictés par un scénario et placé sous la direction d'un coryphée, par contre, le komos était une manière de s'exprimer hors des schémas et de toute rigidité directoriale, sans scénario ni travail de répétitionsRockwell, ..
Notes et références
Bibliographie Christiane Bron Le lieu du comos, in Proceedings of the Symposium on Ancient Greek and Related Pottery, Copenhague, éd. J. Christiansen et T. Melander, 1988, La musique du comos, in Proceedings of the XVth International Congress of Classical Archaeology, Amsterdam, 12-17 juillet 1998, éd. R. Docter and F. Mooremann, 199, Le comos dans tous ses états, in Pallas , 2002, Fêter la victoire, in Pallas , 2007,
Voir aussi Liens internes Comédie grecque antique Lénéennes Agôn Isthmia Jeux panhelléniques
Liens externes
du 14/05/2008.
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