vignette|Poste télégraphique Chappe de la ligne Narbonne-Perpignan, dominant l'étang de Bages-Sigean.
Le télégraphe Chappe (ou télégraphe aérien) est un moyen de communication (télégraphe) visuel français par sémaphore effectif sur des distances de plusieurs centaines de kilomètres, inventé par le Français Claude Chappe et mis en place à partir de 1793. Les sémaphores sont en général placés sur des tours dites tours Chappe.
Aujourd'hui, une vingtaine d'exemplaires de télégraphe Chappe ont été restaurés avec ajout d'un mécanisme, mais la plupart des tours sont dans un état précaire (mécanisme absent), voire disparues.
Description Les tours Chappe (ou télégraphes de Chappe) prenaient la forme d'une tour carrée, d'une tour ronde, d'une tour pyramidale ou étaient placées sur un clocher.
Une tour Chappe était constituée : du signal (mât muni d'un régulateur pivotant et de deux indicateurs articulés) ; d'une salle de travail à l'étage où le stationnaire observait les tours voisines et actionnait le système de manœuvre du signal ; d'un local de repos en dessous, où le stationnaire pouvait descendre se reposer un quart d'heure après le coucher du soleil à un quart d'heure avant le lever du soleil.
Deux stationnaires étaient affectés à une tour, et ils se relayaient chaque jour à midi. Ces agents (des militaires réformés généralement) étaient uniquement chargés de transmettre les signaux sans avoir la possibilité de les interpréter, secret militaire oblige. Depuis Paris, Lille en 1794, Strasbourg en 1798 et Brest en 1799 furent les premières villes desservies. Par exemple entre Paris et Brest, 58 stations parsemaient le trajet ; la ligne passait notamment par Le Mont-Saint-MichelHenri Chalm, Des télégraphes et des hommes, éditions Henri Chalm, Plonéis, 2021, ..
Conception thumb|Télégraphe de Chappe. Le régulateur est le segment AB. Les indicateurs sont les segments AC et BD. Le mât est la poutre verticale. À sa base se trouve le dispositif mécanique (le manipulateur), qui forme le signal et le reproduit en miniature (segments AC et BD).|upright=0.7 Au fil du temps, le système télégraphique Chappe incarnait différentes conceptions, la variation étant en partie due aux améliorations technologiques apportées au fur et à mesure que le système était utilisé..
Mécanisme Dans un modèle typique, le mécanisme est constitué : d'un mât de de couleur bleu ciel en partie extérieure, intégrant une échelle pour accéder aux éléments mobiles et réaliser leur entretien ; d'un bras principal de couleur noire nommé « régulateur », de de long sur de large ; de deux ailes noires nommées « indicateurs », de sur ; de contrepoids gris pour chaque indicateur, nommés « fourchettes » ; d'un système de manœuvre au pied du mât en salle de travail, nommé « manipulateur », reproduisant à l'identique les positions du signal ; d'un système de transmission par câbles et poulies de renvoi. Les régulateurs et indicateurs sont munis de persiennes fixes pour réduire la prise au vent.
Le mât et les structures du régulateur et des indicateurs sont en chêne, les persiennes en bois de pin, les poulies en orme, les poignées en frêne, les mécanismes sont en fer, bronze et laitonCahiers de la FNARH, , ..
Longues-vues Deux longues-vues ont été utilisées dans chaque tour pour voir les signaux en amont et en aval de cette tour. Elles avaient des grossissements compris entre 30× et 65×, selon la disposition des tours. Chaque longue-vue était montée dans un boîtier en bois qui la maintenait fixe et focalisée sur l'une des tours voisines. Cela évitait d'avoir à ajuster la longue-vue pour chaque message..
Codage et déchiffrement gauche|vignette|Liste des valeurs numériques des signaux Chappe. Document conservé au musée de Saint-Marcan.
Signaux télégraphiques On distingue les signaux de correspondance et les signaux de régulation et de service : Les signaux de correspondance utilisent une position horizontale ou verticale du régulateur. De plus, la position oblique gauche du régulateur est utilisée pendant la composition des signaux de correspondance. Les signaux de régulation (urgence du message, absence, problème divers, brouillard…) utilisent uniquement la position oblique droite du régulateur.
Les signaux sont valides quand les petites ailes noires nommées indicateurs sont : repliées sur le régulateur ; ou forment un angle de 45° ou 90° ou 135° avec le régulateur. La position dans le prolongement du régulateur n'est mécaniquement pas possible. Elle a été abandonnée pour éviter confusion et ambiguïté avec la position repliée sur le régulateur.
Chaque indicateur pouvant prendre par rapport au régulateur, ce dernier pouvant en prendre 2, cela donne possibles (7×7×2). Positions desquelles on retire de service, ce qui laisse de correspondance pour former le message, ce qui en utilisant par mot ou expression permet d'avoir un vocabulaire de (92×92)..
Galerie - composition d'un signal
Codage vignette|Page du livre des codes télégraphiques Chappe. Le message était codé à la tour d'origine à l'aide d'un livre de codes et décodé à la tour de destination à l'aide d'un livre identique.
Le système type "Lille", adopté pour la première liaison (Paris-Lille), a laissé la place au système de type "Milan", le plus employé sur le réseau national, qui permet d’afficher 98 signaux différenciés dont 92 réservés pour la correspondance, les 6 autres étant affectés aux mentions de service.
Le livre de codes avait et chaque page contenait numérotées, chacune avec un mot, une série de mots apparentés, ou une expression. Les messages étaient composés de mots et d'expressions parmi les 8464 (92 × 92) choix possibles. Pour chaque mot ou expression, deux symboles étaient transmis ; le premier indiquait le numéro de page du mot ou de l'expression, tandis que le second indiquait la position du mot sur la page du livre de codes. Par exemple, dans la photo d’une page du livre de codes à droite, le code pour « ignorance » serait (50, 87) puisque le mot est à la en .
Histoire vignette|redresse|Monument commémorant une Tour de Chappe à Neugartheim-Ittlenheim sur le Kochersberg () en Alsace. La communication sur de longues distances est un problème récurrent dans l'histoire. Ce problème était particulièrement pressant en France au plus fort de la Révolution française, alors que le pays était entouré par les forces hostiles de la Grande-Bretagne, de l'Autriche, de la Prusse et des Pays-Bas. Dans ce contexte, la France obtiendrait un avantage stratégique si, contrairement à ses ennemis, elle disposait d'un système de communication rapide et fiable.
Le télégraphe Chappe fournissait justement un tel système de communication rapide et fiable. Par exemple, envoyer un message transporté par des chevaux de Strasbourg à Paris prenait . Avec le télégraphe Chappe, cela a pris ..
Entre la vitesse du cheval au galop et les débuts du télégraphe électrique, Claude Chappe mit au point un ingénieux système de communication de télégraphe aérien pendant la Révolution. Les « tours de Chappe » étaient coiffées d’un mât mobile, visible à la jumelle de la tour voisine, distante de à Le télégraphe Chappe histelpost, consulté en ..
La ligne Paris-Lille fut ainsi opérationnelle dès 1794 à des fins militaires. Elle permit de transmettre des messages entre ces deux villes avec une durée de neuf minutes pour transmettre un symbole via une quinzaine de tours ; le temps de transmission d'un message dépendait de sa longueur. La nouvelle de la prise du Quesnoy le et celle de la reddition de la ville de Condé le furent ainsi connues à Paris, à la Convention, en quelques minutes..
En 1844, 534 tours quadrillent le territoire français reliant sur plus de les plus importantes agglomérations. En 1845, la première ligne de télégraphe électrique est installée en France entre Paris et Rouen, sonnant le glas des tours de Chappe.
Entre 1834 et 1836, le télégraphe Chappe a été utilisé à des fins personnelles par les deux hommes d'affaires bordelais Louis et François Blanc, afin de connaître avant tout le monde la clôture des cours de la rente à la Bourse de Paris, il s'agit du piratage du télégraphe Chappe.
Invention vignette|Plaque rue du Télégraphe (Paris).
Claude Chappe définit en 1790 un nouveau projet visant à Ayant essayé plusieurs solutions, il opte finalement pour la transmission de signes optiques avec observation à la lunette. Les 2 et , Chappe expérimente un télégraphe optique avec un système de pendules synchronisées et un panneau optique blanc et noir entre Brûlon et Parcé. Il transmet alors le message suivant :
En , Claude Chappe s’installe à Paris et réalise des nouvelles expériences à Ménilmontant, à l'emplacement de l'actuel cimetière de Belleville, à proximité de la rue du Télégraphe, qui est le point le plus haut de Paris. Chappe et les commissaires qui le soutiennent tentent d'obtenir l'adhésion du pouvoir politique, afin de généraliser l'usage du télégraphe. Le , Chappe soumet une pétition à l'Assemblée législative, dans laquelle il décrit son invention comme
Le député Charles-Gilbert Romme, qui préparait son rapport sur le télégraphe, propose le au commissaire de la Convention en Belgique de substituer ce système à celui des estafettesLe Moniteur universel, , , cité par .. Romme présente le son rapport à la Convention au nom des Comités de l'instruction publique et de la Guerre, en mentionnant le seul usage militaire du télégrapheLe Moniteur universel, 4 avril 1793, , cité par .. Peu de temps après, le mot télégraphe fait son apparition grâce à André-François Miot de Mélito.
Le , un essai est mené avec succès sur une distance de , entre Belleville, depuis le parc du château de Ménilmontant, permettant de communiquer avec Écouen et Saint-Martin-du-Tertre (Val-d'Oise). Le suivant, Claude Chappe est nommé ingénieur télégraphe par décret, et le lendemain, Lakanal présente le rapport qui fait le bilan de l'expérimentation décrétée par la Convention. Chappe adresse une lettre à Lakanal à propos des opposants au projet : Les premiers essais éveillent néanmoins les soupçons de la population et entraînent la destruction de son appareil., moins probablement pour des rumeurs de sorcellerie que pour retarder les communications gouvernementales..
Construction La première ligne télégraphique Chappe était une série de quinze tours reliant Paris et Lille sur une distance de . La ligne Paris-Lille n'était opérationnelle qu'à des fins militaires. Ses tours permettaient de transmettre un message court entre ces deux villes en . Les développements ultérieurs ont ajouté les grandes villes françaises, Paris étant le nœud central du système. Entre Paris et Brest en Bretagne, jalonnaient le parcours. Outre Paris-Lille en 1794, d'autres villes initialement desservies sont : Strasbourg en 1798 et Brest en 1799. En 1844, sillonnent le territoire français, reliant les les plus importantes au moyen de et couvrant plus de ..
Le réseau s'étend également en Europe jusqu'à Amsterdam, Mayence et Venise et en Afrique du Nord où il couvre l'Algérie (Alger-Oran et Alger-Constantine en 1853) et la Tunisie (Tunis-La Goulette et Tunis-Mohamedia en 1848-1849)..
Au début, les mécanismes sont construits par les ateliers de l'administration centrale dans les locaux même de l'administration du télégraphe. En 1833, ils étaient construits dans l'atelier Guillaume Jacquemart : Atelier pour la confection des télégraphes et autres machines, passage du Désir, faubourg Saint-Denis, Catherine Bertho, Télégraphes et téléphones, de Valmy au microprocesseur, Éditions Le Livre de Poche, Paris, 1981, , ..
Les télescopes utilisés dans le système étaient à l'origine produits en Angleterre, mais étaient très chers. Le gouvernement a encouragé le développement des capacités de production françaises, qui ont finalement remplacé les sources anglaises.
Gestion et personnel