Cette chronologie de la guerre du Golfe présente les évènements marquants qui encadrent et constituent le conflit qui oppose l'Irak à une coalition de 35 États dirigée par les États-Unis.
Genèse du conflit Le 16 mars 1988 : l'armée irakienne bombarde à l'arme chimique la ville kurde d'Halabja, il y a plus de cinq mille morts et environ sept mille blessés et handicapés à vieFrançoise Brié : L’utilisation des armes chimiques contre les Kurdes, in Le livre noir de Saddam Hussein, Chris Kutschera (sous la dir.), On Edition, 2005, .. Le 9 août 1988 : le Koweït décide d'augmenter sa production pétrolière, notamment dans les puits de Rumaila à cheval sur la frontière irako-koweïtienne dans une région revendiquée par l'Irak. Le Koweït viole ainsi les accords signés à l'OPEP, produisant 2,1 millions de barils par jour au lieu d'un million prévu par ces accords.
Le : le gouvernement irakien accuse le Koweït de lui voler son pétrole à partir des nappes de Rumaila. Saddam Hussein accuse l'émir koweïtien Jaber Al-Ahmad Al-Sabah et les Émirats arabes unis de dépasser leurs quotas de production et d'empêcher ainsi un relèvement par le marché du prix du pétrole alors que les revenus de l'Irak dépendent à 90 % du pétrole. Ayant une dette de 80 milliards de dollars US (contractée pour se fournir en armements pour la guerre Iran-Irak), l'Irak exige du Koweït l'annulation d'une créance de 10 milliards de dollars US. Le ton monte et l'Irak décide de regrouper des troupes à la frontière du Koweït, ce dernier ayant un accord militaire avec les États-Unis qui prévoit une intervention américaine en cas d'agression du pays. Cet accord est nié par les autorités américaines, ce qui a pu pousser Saddam Hussein à attaquer selon un accord tacite donné par l'ambassadrice des États-Unis en Irak, .
Le : à la suite des demandes de l'Irak, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole décide, pour la première fois depuis , un relèvement du prix du baril de 18 à US. Ce qui représente pour l'Irak un gain annuel de 4 milliards de dollars US, mais insuffisant au regard de ses besoins.
L'invasion du Koweït
À , début de l'invasion du Koweït par l'Irak, Saddam Hussein lance l'élite de son armée à l'assaut de l'émirat. La petite armée koweïtienne est balayée, l'émir et une partie de sa famille échappent de justesse aux commandos irakiens. En quatre heures, l'opération est terminée. Réaction immédiate des États-Unis. Le président George H. W. Bush téléphone à plus de soixante chefs d'État et de gouvernement en quelques jours, avec comme but de leur faire prendre une position commune, afin qu'en cas de confrontation, Saddam Hussein, ait en face de lui le monde entier et non pas seulement les États-Unis. Un cabinet de crise est immédiatement formé, réunissant : James Baker, Dick Cheney, secrétaire à la Défense, le général Brent Scowcroft, conseiller pour la Sécurité nationale, le général Colin Powell, chef des Armées et le général Norman Schwarzkopf, qui deviendra commandant en chef des troupes alliées dans le Golfe. S'ajouteront de façon secondaire le vice-président Dan Quayle et John Sununu, directeur de cabinet du président. Le Conseil de sécurité de l'ONU vote la première des douze résolutions : condamnation de l'invasion du Koweït.
Le président George H. W. Bush signe l'ordre d'engagement de l'opération . Le Conseil de sécurité de l'ONU vote une résolution organisant le boycott militaire, commercial et financier de l'Irak, par 13 pour et 2 abstentions (Yémen et Cuba).
Les premiers régiments américains de la aéroportée et des arrivent à Dahran, une immense plate-forme pétrochimique au nord-est de l'Arabie. En trois mois les forces américaines se monteront à , un millier d'avions, 700 chars d'assaut et 80 navires de combat. Le général , chef de la logistique, dira plus tard : 95 % des avions C-5 Galaxy ( de fret) et C-141 Starlifter ( de fret) du Military Airlift Command ont été mobilisés. En face, l'Irak disposerait de près d'un million de soldats, et véhicules blindés, 700 avions, de milliers de pièces d'artillerie, et de 700 missiles sol-sol Scud de fabrication soviétique, pouvant transporter une charge chimique.
: le président Saddam Hussein proclame l'annexion du Koweït, la déclare et nomme comme gouverneur un de ses proches militants du parti Baas, connu pour sa brutalité, afin de liquider tous les foyers de résistance.
La prise des otages occidentaux
L'Irak ferme ses frontières, bloquant dans le pays près de de pays occidentaux. Début de la présence française sur le terrain pour des missions de contrôle de l'embargo et de soutien militaire aux Émirats arabes unis. Le porte-avions Clemenceau, transformé en porte-hélicoptères de combat, avec à son bord, quitte le port de Toulon pour le port de Djibouti.
: sommet de la Ligue arabe au Caire ; l'Irak y est condamné, mais à une faible majorité. La Ligue approuve l'envoi de troupes arabes (égyptiennes, syriennes et marocaines) ainsi que le déploiement des Américains. Pour les remercier, les États-Unis envoient James Baker à Damas pour laver le président syrien Hafez el-Assad de toute accusation de terrorisme et lui laisser imposer sa paix au Liban, et annule la dette que l'Égypte a envers eux.
Saddam Hussein, après des semaines de négociations, signe la paix avec l'Iran, effaçant les huit ans de guerre et les irakiens, restituant tous les territoires gagnés entre 1980 et 1988, reconnaissant l'accord frontalier de 1975 donnant à l'Iran le contrôle du Chatt-el-Arab, le débouché des fleuves Tigre et Euphrate dans le Golfe, contre la neutralité de l'Iran. Saddam Hussein retire une dizaine de divisions stationnées face à l'Iran pour les déployer sur le flanc sud face au Koweït.
: le gouvernement irakien annonce que les ressortissants occidentaux des sont à rester en Irak, par et seront sur des sites stratégiques. De fait, ils deviennent des . Les autres étrangers, ressortissants des pays arabes et asiatiques sont libres de quitter le pays mais en abandonnant tous leurs biens.
: le gouvernement irakien ordonne aux ambassades étrangères établies au Koweït de fermer leurs portes avant le 24 août. La plupart des pays obtempèrent, mais pas les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Italie. L'Union soviétique fait partir son personnel diplomatique mais annonce que . Le personnel des ambassades va s'organiser pour résister et survivre, sans eau, sans électricité, avec des vivres qui s'épuisent et encerclés par les forces spéciales irakiennes.
: après la prise en otage de ressortissants français par le gouvernement irakien, le président François Mitterrand décide de renforcer la présence aéronavale française dans le golfe Persique.
: Saddam Hussein se présente à la télévision irakienne entouré des otages britanniques ; le monde entier est bouleversé et indignéJT du 23/08/1990.
Le vote de l'ONU sur l'embargo
: le Conseil de sécurité de l'ONU vote la résolution 665 autorisant l'usage de la force pour faire respecter l'embargo. Une cinquantaine de bâtiments de guerre de sept nations sont déjà en place en mer Méditerranée, en mer Rouge et dans le golfe Persique.
: la France adopte une attitude de fermeté dans la crise du Golfe.
: conscient de l'effet dramatique de la prestation du 23 août, le gouvernement irakien annonce la libération des femmes et des enfants occidentaux. Cette libération donne de l'espoir aux diplomates qui espèrent une solution possible autre que la guerre.
: les soldats américains stationnés en Arabie saoudite sont au nombre de , alors que la Grande-Bretagne annonce l'arrivée de sa blindée en provenance d'Allemagne.
: Mikhaïl Gorbatchev et George H. W. Bush, lors d'une rencontre à Helsinki, confirment leur union dans la crise et déclarent vouloir démontrer , mais insistent sur leur volonté d'une .
: après son discours sur le devant le Congrès à majorité démocrate, le président républicain George H. W. Bush est ovationné par les représentants du peuple américain, debout, trente-cinq fois en trente-cinq minutes. Les observateurs politiques soulignent que cela ne s'était plus vu depuis le , lors de la déclaration de guerre au Japon de Franklin Roosevelt après l'attaque de Pearl Harbor.
: la résidence de l'ambassadeur de France au Koweït est saccagée par des soldats irakiens ; quatre Français sont enlevés dont un seul sera libéré quelques heures plus tard, l'attaché militaire.
: le président français François Mitterrand, après cinq semaines d'hésitation, et à la suite du saccage des locaux diplomatiques au Koweït, décide de l'envoi dans le Golfe, d'un corps expéditionnaire, qui sera porté à : la Division Daguet, dont de la Force d'action rapide, équipés de chars et d'hélicoptères, et soutenus par une trentaine d'avions de combat, seront déployés sur le flanc ouest du dispositif américain en Arabie saoudite.
La séance plénière des Nations unies
Après la menace de Saddam Hussein d'attaquer Israël et de détruire les puits de pétrole de la région, le prix du baril de Brent franchit la barre des 40 US dollars (contre en juillet). Les marchés boursiers enregistrent, de leur côté, des baisses importantes par rapport à début août (-15,4 % à Wall Street, - 24 % à Paris, - 32 % à Tokyo). L'Assemblée générale des Nations unies accueille quarante chefs d'État ou de gouvernements qui se sont déplacés pour cette occasion. En séance plénière, le président français François Mitterrand confirme la fermeté de la France mais laisse une porte ouverte à la négociation en déclarant que . Plusieurs pays arabes reconnaissent dans cette ouverture, la prise en compte de leurs propres positions et l'esprit du texte que la Jordanie, le Maroc et l'Algérie avaient préparé au début du mois de septembre.
: Saddam Hussein remercie la France de son ouverture diplomatique et affirme souhaiter parvenir à de la crise. Cependant, il se réfère à son plan du 12 août dernier qui présentait , faisant allusion à la Syrie occupant le Liban et aux Israéliens occupant la bande de Gaza, la Cisjordanie, le sud Liban et le plateau du Golan.
1990 : Le président George H. W. Bush, à la tribune des Nations unies évoque l'évacuation du Koweït en déclarant que cela créerait une . Les diplomates se demandent si le fait de lier la résolution de la crise du Golfe à la question des territoires occupés, est réellement une concession bien réfléchie de la part du gouvernement américain. Dans les jours qui vont suivre, cette déclaration va déclencher un développement de l'activisme des Palestiniens, alors qu'au Liban, le président Hafez el-Assad redouble d'effort pour briser la résistance chrétienne du général Michel Aoun. Les Américains laissent faire car la Syrie a promis et 200 chars pour l'opération .
: une jeune femme témoigne, les larmes aux yeux, devant le congrès américain, des horreurs commises par les armées irakiennes au Koweït. L'événement est retransmis rapidement par les télévisions du monde entier. En fait, ce témoignage était entièrement faux. La jeune fille était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington. C'est l'Affaire des couveuses au Koweït.
: libération par le gouvernement irakien des 300 derniers Français gardés en otages. Les autres occidentaux seront relâchés au fur et à mesure des visites des personnalités à Bagdad, dont l'allemand Brandt, l'anglais Heath, le japonais Nakasone, l'autrichien Kreisky et même une délégation de parlementaires européens, dont le français Jean-Marie Le Pen qui depuis le début déclare son hostilité à l'intervention française dans ce conflit qu'il estime avant tout inter-arabe. Il obtiendra la libération d'une cinquantaine de ressortissants de la communauté européenne.
: les militaires du Pentagone, présentent au président George H. W. Bush, la situation militaire, de laquelle il ressort que : l'embargo prendra du temps avant de commencer à être réellement efficace ; l'Irak dispose de stocks considérables et bien protégés ;