Les batailles de Latroun sont cinq batailles qui ont opposé Israéliens et TransjordaniensIl s'agit de la Jordanie, qui à l'époque s'appelait Transjordanie ou plus précisément, Royaume hachémite de Jordanie sur les contreforts de Latroun entre les et pendant la première guerre israélo-arabe.

En , la position de Latroun était située en territoire arabe mais contrôlait l'unique route qui reliait Jérusalem à Israël, ce qui lui conférait une importance stratégique majeure dans le contexte de la bataille pour la ville entre Tsahal (l'Armée israélienne) et la Légion arabe jordanienne.

Aucun des cinq assautsAnita Shapira (2005), 96 parle de 6 assauts mais sans les nommer. Les historiens Benny Morris, 1948, (2008), Yoav Gelber, Palestine 1948 (2006) et David Tal (2003) ne font toutefois explicitement référence qu'à 5 assauts : les opérations Ben Nun, Ben Nun Bet et Yoram, une attaque du dispositif jordanien par l'est et un dernier assaut direct sur le fort. Benny Morris, 1948, (2008), 317 rapporte cependant des propos tenus en septembre 1948 par le ministre de la Santé israélien déclarant : « Nous avons essayé de conquérir Latroun six fois, qui sait ce qui se passera au septième essai ? ». Ce sixième assaut peut être soit une référence aux combats dans la zone qui se produisirent lors de l'opération Maccabée, soit une distinction faite au niveau de l'avant-dernier assaut, comme présenté sur le site officiel du Palmah. lancés par les Israéliens ne leur permit de prendre la position qui resta sous contrôle jordanien jusqu'à la guerre des Six Jours en 1967. La Jérusalem juive put toutefois être ravitaillée par la découverte fortuite d'un chemin permettant d'éviter Latroun et aménagé pour le passage de convois sous le nom de « route de Birmanie ».

La bataille de Latroun a marqué l'imaginaire israélien et constitue un des « mythes fondateursAnita Shapira, L'imaginaire d'Israël : histoire d'une culture politique (2005), 91 » de cette nation. L'historiographie l'a tantôt présentée comme « une victoire stratégique illustrant la clairvoyance de David Ben Gourion », qui aurait compris dès le début l'importance cruciale de la position pour le ravitaillement de Jérusalem, tantôt comme « le plus grave échec de toute l'histoire de Tsahal », du fait du nombre de victimes et des échecs répétés. Les historiens estiment aujourd'hui que les attaques coûtèrent la vie à 168 soldats israéliens mais le nombre des victimes a enflé dans les récits pour atteindre le chiffre de . Elle a pris également une valeur symbolique, du fait de la participation d'immigrants survivants de la Shoah. Les Jordaniens, de leur côté, en conservent l'image d'une « grande victoire », la seule des forces arabes face aux Israéliens lors de la guerre de 1948.

Aujourd'hui, le site est un musée militaire israélien consacré aux corps blindés, ainsi qu'un mémorial de la première guerre israélo-arabesite internet du musée de Latroun.

Contexte et enjeux

Guerre israélo-arabe upright=2.2|vignette|Zone de Latroun (10 mai 1948). droite|vignette|Zone sous contrôle israélien le 15 mai 1948. À la suite du vote de son plan de partage par l'ONU le , la guerre civile éclate en Palestine mandataire. La situation dans laquelle se trouve la communauté juive de Jérusalem constitue un des points faibles du YichouvLe Yichouv est le nom que l'on utilisait avant le 14 mai 1948, date de la Déclaration d'indépendance d'Israël, pour désigner la communauté juive de Palestine mandataire. et une préoccupation majeure de ses autorités. Comptant près de , soit 1/6 de la population juive totale de Palestine, la ville est en effet isolée au cœur du territoire sous contrôle arabeVoir Opération Nahshon..

Dès janvier, dans le contexte de la « guerre des routes », la principale faction arabe palestinienne, la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas d'Abd al-Kader al-Husseini assiège la ville juive en empêchant le passage des convois de ravitaillement entre Tel-Aviv et Jérusalem. Fin mars, la tactique a payé et la ville est effectivement isolée. L'armée clandestine du Yichouv, la Haganah, lance alors l'opération Nahshon qui permet entre le 4 et le de fournir 2 mois de ravitaillement à la ville. À la suite de la mort d'Abd al-Kader al-Husseini, le Comité militaire de la Ligue arabe ordonne à l'autre force arabe en Palestine, l'ALA de déplacer ses forces de Samarie (nord de la Cisjordanie actuelle) vers la route de Jérusalem et les régions de Latroun, Lydda et RamleYoav Gelber, Palestine 1948 (2006), 95.

Mi-mai, la situation pour les arabes de la ville et les 30 à des faubourgs n'est pas meilleureBenny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, 2003, 116. Après le massacre de Deir Yassin et l'offensive juive d'avril qui a déclenché l'exode massif des Arabes palestiniens dans les autres villes mixtes, la population arabe de Jérusalem est effrayée et craint pour son sortYoav Gelber, Palestine 1948 (2006), 109. Dès le départ des Britanniques le , la Haganah lance une série d'opérations pour la prise de contrôle de la ville et les dirigeants arabes lancent des appels alarmistes au roi Abdallah de Transjordanie afin que son armée vienne à leur secoursYoav Gelber, Palestine 1948 (2006), 140.

En plus de son importance stratégique, la ville de Jérusalem comporte également une valeur symbolique importante pour les protagonistes en tant que lieu saint du judaïsme, du christianisme et de l'islamVoir par exemple Maurice Konopnicki, Jérusalem, Que sais-je ?, 1987.

Aux alentours du , la situation en Palestine est chaotique. Les forces juives ont pris l'avantage sur les forces arabes, mais elles redoutent l'intervention des États arabes prévue pour le Yoav Gelber, Palestine 1948 (2006), 138-145.

Latroun upright=1|gauche|vignette|La position de Latroun domine la vallée d'Ayalon sur son côté nord. La place de Latroun se situe au carrefour de la route Tel-Aviv - Lydda - Ramle - Jérusalem et de celle de Ramallah - Ashdod dans la zone attribuée à l'État arabe par le plan de partage de la Palestine. À cet endroit, la route de Jérusalem entre dans les premiers contreforts montagneux de Judée au lieu-dit de Bab al-Oued en arabe ou Sha’ar HaGai en hébreu. Du fait de sa position en hauteur, elle domine la vallée d'Ayalon et la force qui l'occupe commande la route de JérusalemVoir cette photo de la vallée prise depuis Latroun.

En 1948, la zone comporte un camp de détention et un poste de police fortifié occupés par les BritanniquesBenny Morris, 1948 (2008), 132, un monastère trappiste et plusieurs villages arabes dont Latroun, Imwas, Deir Ayoub, Yalou et Beit Nouba.

Durant la guerre civile, après la mort d'Abd al-Qader al-Husseini, les forces de l'Armée de libération arabe se sont positionnées autour du poste de police et dans les villages alentour dans l'indifférence des BritanniquesYoav Gelber, Palestine 1948 (2006), 92. Ils attaquent régulièrement les convois de ravitaillement se dirigeant vers Jérusalem-Ouest.

Les États-Majors israélien et jordanien n'ont à ce moment pas encore pris pleine mesure de l'importance stratégique de l'endroit.

Chronologie des événements Mouvements militaires avant la bataille Opération Maccabée (8-16 mai) upright=2.2|vignette|Zone de Latroun (alentours du 15 mai 1948). Le , la Haganah lance l'opération Maccabée contre l'Armée de libération arabe et les irréguliersDurant la guerre de 1948, les Arabes palestiniens n'ont pas de structure militaire organisée. Les combattants opèrent généralement à partir de leur village et retournent à leurs activités une fois les combats terminés palestiniens qui occupent plusieurs villages de la route de Jérusalem et empêchent le ravitaillement de sa communauté juive. La Guivati (à l'ouest) et la Harel (à l'est) sont engagées dans des combats notamment dans la zone de LatrounEfraïm Karsh, The Arab-Israeli Conflit - The Palestine War 1948 (2002), 60-62.

Entre le 9 et le , un bataillon de la brigade Harel attaque et prend le village de Beit Mahsir qui sert de base aux Palestiniens pour le contrôle de Bad al-Oued. Le bataillon Sha'ar HaGai de la brigade Harel prend également position sur les collines au nord et au sud de la route. Il est soumis au feu de l'artillerie de l'Armée de libération arabe ainsi qu'à celui, « inhabituelC'est Benny Morris qui le souligne » de véhicules blindés britanniques mais il parvient à tenir la position et s'y « enterre »Récit de la bataille de Beit Mashir sur le site du Palmah (consulté le 9 août 2008).

À l'ouest, le , des hommes de la brigade Guivati prennent le camp de détention britannique sur la route menant à Latroun, mais l'abandonnent le lendemainYtzhak Levi, Nine Measures: The Battles for Jerusalem in the War of Independence (1986), chronologie détaillée de la bataille de Jérusalem présentée à la fin de l'ouvrage.. Entre les 14 et , son prend les villages d'Abou Shousha, al-Na'ani et al-Qoubab au nord de Latroun, coupant ainsi la zone de Lydda, la principale ville arabe du secteurBenny Morris, 1948 (2008), 162. Lapierre et Collins rapportent également qu'une section de la brigade Guivati tire, puis pénètre sans résistance dans le fort de police le au matin.

À nouveau à l'est, le , les hommes de la brigade Harel prennent Deir Aiyoub qu'ils évacuent néanmoins le lendemain.

C'est à ce moment que les officiers israéliens sur le terrain prennent conscience de l'importance stratégique de Latroun. Un rapport circonstancié est envoyé du Quartier général de la brigade Harel au Quartier général du PalmahEn sus de la Haganah, les Israéliens disposent d'un corps d'élite : le Palmah. En mai 1948, il est composé de 3 brigades (en sous-effectifs) : la Harel, la Yiftah et la HaNegev, et conclut que « la jonction de Latroun devient le point décisif de la bataille [de Jérusalem] » mais « cette appréciation ne sera partagée par l'État-Major qu'une semaine plus tard »Benny Morris, 1948 (2008), 463 nn196. Entre-temps, à la suite de l'avance de l'armée égyptienne, la brigade Guivati reçoit l'ordre de se redéployer plus au sud et la brigade Harel dans le secteur de Jérusalem.

Cette décision de quitter la zone et le fait de ne pas en avoir perçu l'importance feront controverse entre Yigaël Yadin, le chef des opérations de la Haganah et Yitzhak Rabin, le commandant de la brigade Harel.

Prise de contrôle par la Légion arabe upright=1|gauche|vignette|Au sud, la position de Latroun domine la route de Jérusalem. À gauche de la photo, la zone boisée est la zone de Bab al-Oued. Lors de la confusion qui règne les tout derniers jours du mandat britannique et avec l'entrée en guerre des armées arabes, la position de Latroun va changer de mains en dehors de tout combat.

Tout d'abord, aux alentours du (ou le Benny Morris, The road to Jerusalem (2002), 152), ordre est donné à Fawzi al-Qawuqji et à ses forces de l'Armée de libération de se retirer et laisser la place à la Légion arabe. Selon l'historien Yoav Gelber, ce départ s'effectue avant l'arrivée des troupes jordaniennes à Latroun et la position n'est plus tenue que par 200 irréguliersLapierre et Collins, O Jérusalem (1971), 611. L'historien Benny Morris indique toutefois quant à lui qu'une section de légionnaires de la accompagnée d'irréguliers est présente et s'empare du fortBenny Morris, 1948 (2008), 207-208Pierre Razoux, Tsahal, nouvelle histoire de l'armée israélienne (2006), 73. En effet, en tant que force auxiliaire des Britanniques en Palestine mandataire, plusieurs éléments de la Légion arabe servent en Palestine durant la fin du mandat. Les Britanniques ont promis que ces unités se seront retirées de Palestine pour la fin avril mais « pour des raisons techniques », plusieurs compagnies ne quittent pas le paysBenny Morris, 1948 (2008),207-208.