vignette|Amphore protogéométrique à panse ansée, 950-900 (Protogéométrique récent), British Museum
L'époque protogéométrique se situe approximativement de 1050 à 900 en Grèce et s'est fondée sur l'évolution des styles céramiques à cette époque, très différents des formes mycéniennes qui les avaient précédés. Elle est au centre des « siècles obscurs », une période dont l'appellation vient des faibles connaissances que l'on avait au milieu du . Cette époque protogéométrique correspond aussi à l'apparition du fer dans les cultures de la Grèce. Elle succède au Submycénien et précède l'époque géométrique (vers 900 à 700 ).
Histoire et céramiques thumb|Localisation des principaux sites archéologiques de la Grèce des siècles obscurs.
Généralités Le découpage de l'histoire très ancienne de la Grèce en périodes plus ou moins courtes nécessite quelques précisions préalables. L'Helladique correspond à l'Âge du bronze en Grèce continentale. Cette période, l'Helladique, s'achève avec l'Helladique Récent IIIC, 1190-1070 (1170-1030 qui intégrerait le Submycénien). Les palais mycéniens disparaissent au Bronze final, c'est-à-dire à l'Helladique Récent II et au début de l'Helladique Récent III, et à l'Helladique récent IIIC, c'est-à-dire, entre 1185/80 et 1065 selon la chronologie absolue basse, ou entre 1190/1180 et 1065/1060 selon la chronologie absolue haute, le processus est quasiment achevé.
C'est entre, environ, 1195 et 1180 que l'on constate les destructions énormes qui ravagent la Méditerranée orientale. L'Helladique Récent IIIC final correspond aux environs de 1120 à 1070 et le Submycénien aux environs de 1070 à 1020. Cette période apparaît, plus précisément en Attique après 1020. Elle s'étend jusqu'en 900, quand se généralise le style géométrique ancien.
L'art céramique se distingue alors très nettement de ce qui a précédé. En ce qui concerne l'apparition du fer, les objets en fer sont très peu nombreux et encore moins objets de prestige. Ce n'est qu'à la fin du que les lieux de productions se multiplient et que l'usage du fer se diversifie.
Antécédents : crise mycénienne et « Peuples de la mer » C'est une période de rupture d'avec l'univers mycénien qui subsistait encore malgré la fin des palais mycéniens, un siècle plus tôt, peu après 1200. Certes les destructions des palais et des villes du Levant, que les Égyptiens ont affronté aussi, sont dus aux « Peuples de la Mer ». Mais l'origine est antérieure, en Égée. Les études sur lesquelles s'appuie J. Zurbach font remarquer que les arguments pour une « invasion » de prétendus Doriens ne tiennent pas. Ainsi des spécialistes du linéaire B, identifiant des variations grammaticales entre les textes existants, ont isolé un mycénien « spécial », distinct du mycénien « normal » et qui pourrait être la trace d'une langue parlée par des Doriens, déjà sur place mais non mentionnés dans les textes. D'autre part, il semble bien que les textes sur Troie et sur Mopsos, entre autres, intègrent des éléments restés dans les mémoires, mais cela ne veut pas dire que tout y est véridique : ces récits de conquêtes ont ainsi permis à certains groupes de justifier leur pouvoir, comme les Spartiates sur les Hilotes. Enfin la chronologie actuelle ne fait plus correspondre destructions et nouveautés "apportées" par une "invasion". Elle permet de détacher les deux décennies de destructions de ces nouveaux phénomènes socio-culturels qui sont, en fait, intervenus plus tard. Ainsi l'incinération ne se généralise que 150 ans après, et le fer n'apparaît qu'au milieu du , là encore environ 150 ans après les destructions.
Si l'on s'appuie sur les textes égyptiens, des destructions ont été causées par les « Peuples de la Mer » venus de plusieurs régions de la Méditerranée : ce sont des Shardanes, connus comme mercenaires en Égypte (des Sardes ?), des Shekelesh (originaires de Sicile ?), les Danaens, des Achéens tout comme les Ekwesh, les Pelest, des Philistins, les Tjeker, les Teucroi, à situer près de la Troade, et les Teresh qui seraient des Étrusques. D'après cette liste il est possible que l'effondrement du système mycénien ait eu pour contre-coup la migration vers l'Est de ces groupes, précédemment imprégnés de culture mycénienne, mais aussi habitués à la piraterie, et d'anciens mercenaires. L'effondrement mycénien, lui-même antérieur à ces phénomènes, serait peut-être dû à la fiscalité et à la conscription imposées aux paysans, voire à l'esclavage, lequel minait tout le Levant. Le goût des princes mycéniens pour les razzias aurait aussi déstabilisé la région. Et l'étude du climat ancien montre des successions de sécheresses qui ont entraîné de mauvaises récoltes autour de 1200 dans toute cette région.
La rupture concerne ici des mycéniens qui n'ont donc plus de palais. La production d'objets de luxe ne peut se maintenir que là où subsiste une certaine richesse, par les héritages ou les pillages. On constate, en conséquence, la réduction massive des productions, réduction qui commence parfois avant 1200. Mais certaines productions nouvelles sont constatées : un nouveau type d'épée, venu d'Europe centrale ou d'Italie, dit « Naue II » se répand rapidement. On suppose le travail d'experts étrangers dont la présence aurait été favorisée par des groupes privilégiés. De nouvelles céramiques apparaissent aussi, surtout façonnées à la main, parfois à décor cordé, typiques de l'Italie, des Balkans ou de Macédoine et d'Épire. Cette pratique peut avoir été importée avec les objets, mais elle s'est implantée aussi en Égée, localement, et n'est assurément pas la trace de migrations massives.
La majorité des anciens centres ayant été détruits, quelques-uns néanmoins subsistent ou réapparaissent de manière temporaire au Submycénien.
Antécédents : céramiques du , Helladique Récent IIIC final et Submycénien Pendant le (1180-1070) l'art mycénien d'après l'effondrement des palais subsiste très peu, avec de rares céramiques de qualité présentant encore des décors variés, fondés sur les courbes et contre-courbes fluides des animaux, mais aussi avec des scènes comme celle d'une bataille en mer provenant de Mycènes. Les centres de production de cette qualité ont été rares et éphémères. On rencontre aussi une nouvelle céramique, non tournée, façonnée à la main et d'origine étrangère (Italie...) qui est intégrée à la céramique tournée et d'usage populaire quotidien ; ce type de céramique qui apparaît dès le est bien plus abondant pendant une période, à la fin de l'Helladique Récent IIIC ancien (pour 30 % de la production), et finit par décliner. Cette céramique non tournée serait un indice de l'installation de petits groupes venus d'Italie au (ou, à Troie, venus des Balkans), mais il ne s'agirait pas d'envahisseurs. Télécharger PDF: taper "Die handgemachte geglättete Keramik mykenischer Zeitstellung".
Céramiques du Protogéométrique
Poterie Le noir grec Le style des vases peints qui caractérise la période se distingue du siècle précédent. Tout d'abord l'argile est mieux épurée et, d'autre part, la peinture noire au lustre si particulier - et qui distingue la céramique grecque en général - trouve ici la mise au point de son processus. Elle est obtenue en trois phases. Phase oxydante: le potier laisse pénétrer l'oxygène par une ouverture dans le four. La température atteint 800° C. Phase de la couleur noire : En fermant cette ouverture et utilisant du bois vert l'atmosphère dite réductrice devient pauvre en oxygène et riche en carbone. La température s'élève à 1000° C. La peinture, une argile elle aussi et qui est riche en fondant (du potassium), vire au noir et prend ce bel aspect métallique. Phase oxydante : On fait entrer à nouveau l'oxygène par l'ouverture et la terre cuite non peinte retrouve sa couleur claire.
Les archéologues ont découvert autour des fours des indices du contrôle de la cuisson au fur et à mesure des opérations, des petits tests réalisés par les potiers sur des fragments de céramique.
Nouveaux décors Au , au Protogéométrique, l’usage de demi-cercles et cercles concentriques dessinés au compas caractérise cette période. Ensuite, le Géométrique ancien (900-850) reprendra ces caractéristiques du Protogéométrique mais en les organisant de façon plus complexe. Au cours du Géométrique ancien d'autres motifs apparaissent aussi, dont les grecques et les méandres qui seront d'un usage constant au Géométrique.
La céramique « protogéométrique » précède le décor dit « géométrique ». Mais elle ne manifeste pas les prémices du style qui va suivre, les décors sont différents. La maîtrise de la forme du pot sur son axe, et l'usage d'un décor à larges bandes horizontales ou de filets horizontaux révèlent l'usage du tour à rotation rapide. Celui-ci permet de jouer plus librement avec les formes, de monter des parois plus fines pour des vases plus grands. On constate aussi la généralisation du compas - dont la trace de la pointe est souvent apparente - muni de nombreuses brosses à peindre. Ces brosses produisent des cercles et demi-cercles concentriques parfaits, d'égale largeur et à égale distance, allant parfois jusqu'à 12 cercles. Les parties peintes mettent en valeur les différentes parties qui constituent le récipient (pied, panse, col, lèvre, ansesSur les éléments du vase grec : Céramique grecque antique). Le principe de la répétition d'un motif identique permet des jeux calculés sur les espacements en fonction de l'espace disponible.
L’aspect global des poteries est assez sobre. Les couleurs des peintures : noir, gris-noir, brun, rouge, orange clair et parfois engobe jaune ou jaune-rouge. Plusieurs motifs sont récurrents : la bande horizontale ou ondulée, les cercles concentriques ou demi-cercles concentriques, mais aussi la ligne droite, les hachures, le triangle, le carré et le losange, le zigzag, éventuellement encadré, l'arête de poisson, le disque, la roue à 8 rayons. La figuration est exceptionnelle.
L'amphore à deux anses est un modèle courant. Ces amphores sont décorées sur l'épaule d'arcs de cercle concentriques, sur un ensemble de bandes et filets, puis éventuellement de traits verticaux à la base du col. Un filet pouvait orner l'anse, et plusieurs autres, sur le col. Elles étaient utilisées comme urnes cinéraires. Celles dotées d'anses verticales étaient réservées aux hommes; celles avec des anses horizontales, aux femmes Pierre Bergé.. La céramique funéraire montre la prédominance de vases fermés dont l'amphorisque à anse verticale et à embouchure large (à Chalcis, entre autres ). Les premières hydries attiques datent de la fin de l’Helladique Récent IIIC, et on en rencontre au cours de cette période protogéométrique. Cette forme alors courante mais héritée de l'époque mycénienne, celle du lécythe (une petite bouteille), sera promise à un long avenir.
Les sites de productions sont répartis en Attique, en particulier le cimetière du Céramique. mais aussi en Eubée, à Érétrie, surtout à Chalcis, ainsi que sur le site de Lefkandi qui est un des principaux lieux de provenance des céramiques de cette période et qui maintient en permanence des liens avec Chypre et la Crête. À Athènes, en Eubée, à Skyros et à Rhodes, au protogéométrique récent on voit apparaître soudainement des petites figurines quelque peu similaires aux « idoles-cloches » de Béotie, datées de la fin du . Tous ces objets semblent des éléments d'un rite funéraire récurrent sur plusieurs siècles dans le monde grec, dans des tombes d'enfants et, parfois, de femmes. Un culte de la déesse de la fertilité associée aux animaux et aux arbres pourrait en être la source.
Sculpture