Marie Françoise Constance Mayer La Martinière née le Archives nationales ; Minutier central, ET. XXIV, 973. à Chauny et morte le à Paris est une artiste peintre française.

Élève et collaboratrice de Pierre-Paul Prud'hon, auquel certaines de ses œuvres furent attribuées, elle exposa depuis la Révolution jusqu'à la Restauration.

Biographie Jeunesse

Constance Meyer est née le , à Saint-Martin de Chauny, diocèse de Noyon, sous le nom de Marie-Françoise Lenoir demi-sœur d'Alexandre Lenoir, qui est marchande de linge fin de la paroisse de Saint Germain l'Auxerrois. Elle entretenait une liaison avec Pierre Mayer, un aristocrate d'origine saxonne naturalisé français.

Constance a vécu sa prime enfance dans la boutique de sa mère, louée rue de l'Arbre-sec. Pierre Mayer, pourvut à l'éducation de sa fille et la fit admettre dans un couvent parisien jusqu'en 1789 où elle découvrit le dessin, et s'exerça à la pierre noire et au pastel avant de se mettre à la peinture. Cet art fut encouragé par sa famille maternelle, les Lenoir, qui comptaient quelques portraitistes.

La Révolution et le Directoire Constance Mayer qui avait été admise dans l'atelier de Joseph-Benoît Suvée, fut invitée à présenter plusieurs de ses œuvres à l'Exposition de la Jeunesse en 1791. À cette occasion, les visiteurs admirèrent plusieurs portraits à l'huile proposés par la jeune fille, réalisés en divers formats, certains en miniature.

La mère de Constance mourut le . Pierre Mayer, devenu veuf, ne se remaria pas, demeurant sous le Directoire avec sa fille dans un petit hôtel particulier de la rue Mélée. Au début du Directoire, Constance Meyer se forma dans l'atelier de Jean-Baptiste Greuze. Elle rencontre Prud'hon pour la première fois à l'occasion de l'exposition de leurs œuvres respectives lors du Salon de l'an IV (1796) et probablement revu dans l'atelier de Greuze.

En 1798, Constance Mayer, qui était maintenant âgée de 24 ans, prit un logement autonome au Palais-Royal, rue de la Loi (de Richelieu) , où elle demeura jusqu'en 1801.

Reconnaissance artistique vignette|redresse|Autoportrait de Constance Mayer avec son père ; il lui indique le buste de Raphaël, en l'invitant à prendre pour modèle ce peintre célèbre, Salon de 1801, Hartford, Wadsworth Atheneum. En 1803, Constance Mayer loge, depuis un an, au 20, rue de la Jussienne et y demeure jusqu'en 1804. Elle a eu l'occasion d'admirer de près des œuvres de Prud'hon qui l'a sûrement conviée à venir le rejoindre à son atelier. Au Salon de 1802, elle expose un tableau titré Une mère et ses enfants au tombeau de leur père et lui rendant hommage. Deux ans plus tard, en 1804, Constance Mayer présente un nouveau tableau en grand format. Il apparaît au catalogue sous le titre Le Mépris des Richesses, ou L'innocence entre l'Amour et la Fortune, ou L'Innocence préfère l'Amour à la Richesse ().

Les années 1805-1807 sont une époque faste pour Constance Mayer. On commence à parler d'elle comme peintre d'histoire et non plus seulement de portraits. Sa parenté avec Alexandre Lenoir lui ouvre les portes des salons mondains de la capitale.

vignette|redresse|Constance Mayer, Autoportrait, vers 1793, miniature rehaussée de dessins en grisaille par Pierre-Paul Prud'hon, Melbourne, National Gallery of Victoria.

Durant ces deux années, elle a résidé au 24, rue de la Verrerie dans le quartier de l'hôtel de ville. Au Salon de 1806, Constance Mayer présente à nouveau un grand format Vénus et l'Amour endormis caressés et réveillés par les Zéphirs, ou Le sommeil de Vénus. Cette huile sur toile peinte pendant l'année 1805 est présentée à nouveau au Salon de 1808, et vaut une médaille d'encouragement à son auteure. À la demande de Joséphine de Beauharnais, le tableau est acquis par la couronne en 1808.

En 1808 et 1809, Constance Mayer s'installe au 25, rue Saint-Hyacinthe. Son père, meurt renversé par une charrette. Elle consacre sa fortune à Prud'hon à ses enfants qui font face, depuis des années, à de gros soucis financiersAN, MC, Et. XX, le . Elle touche jusqu'alors la portion d’une inscription sur le Grand Livre de la dette publique correspondant aux rentes viagères de et constituées au nom de sa mère décédée et du sien depuis les et ). La fortune de est partagée avec sa demi-sœur, Madame Mangon née Mayer.. Dès 1808, elle les rejoint donc à la Sorbonne pour être mieux à même de s'occuper de cette famille qui devint un peu la sienne, malgré l'animosité des enfants de Prud'hon qui voient en elle une intruse.

vignette|redresse|Pierre-Paul Prud'hon, Portrait de Constance Mayer, vers 1804, Paris, musée du Louvre.

En 1810, le Salon compte une nouvelle œuvre, un tableau de grand format portant le titre de L'Amour séduit l'Innocence le Plaisir l'entraîne le Repentir suit, intégré à la vente Prud'hon dans l'atelier où il était resté, il a été inventorié comme une de ses œuvres, le Ancienne collection de la duchesse de Bisaccia acquis par Paillet et 1823. Puis vente Odiot le .. Une note du graveur Roger, en 1840, (annexée au revers du dessin du Fogg) indique que Constance Mayer a à ce tableau : Sylvain Laveissière suppose que Constance aurait calqué la gravure en vue d'un tableau plus petit qu'elle aurait vendu à Saint, le miniaturiste. Constance Rubini, « Deux artistes en symbiose », Dossier de l’Art, octobre 1997, ..

En 1812, Constance Mayer présente Une jeune Naïade voulant éloigner d'elle une troupe d'Amours qui cherchent à la troubler dans sa retraite. Le tableau est un des plus remarqués du Salon par son originalité, sa qualité d'exécution et par le fait que son auteur est une femme.

Le Rêve du bonheur

vignette|redresse|Constance Mayer, Le Rêve du bonheur, 1819, Paris, musée du Louvre. Au Salon de 1819, Constance Mayer présente Le Rêve du bonheur, une de ses œuvres les plus remarquables, qu'acquiert le roi Louis XVIII. Cette composition résume ses aspirations immenses au bonheur qui, croit-elle, veut la fuir. Elle vit dans l'inquiétude du lendemain, habitée par l'anxiété au point de devenir incapable d'apprécier le moment présent. Sa liaison avec Prud'hon qui lui est plus précieuse que tout lui semble aussi fragile qu'une barque dérivant sur le grand fleuve de la vie, sujet du tableau, ainsi résumé dans le livret du Salon . Cette œuvre révèle, par ses qualités d'exécution, le moelleux de la forme, les tons argentés frais et laiteux, le talent de Constance Mayer qui, dégagé de l'influence de son compagnon, explore des zones poétiques voire fantastiques qui annoncent la peinture symboliste.

Minée par la dépression, Constance Mayer continue à faire bonne figure auprès des siens et de ses élèves, mais elle peine à masquer ses angoisses. Elle redoute qu'un déménagement prévisible de Prud'hon de la Sorbonne ne l'éloigne définitivement d'elle. Son amant n'étant ni veuf ni divorcé, la légitimation de leur liaison reste impossible. En outre, les enfants du peintre se comportent de plus en plus mal envers Constance, Émilie Prud'hon en particulier qui attend qu'on la dote richement. Constance redoute alors de se trouver en difficulté après avoir consacré toutes ses économies à la carrière de Prud'hon et à l'entretien de la famille de celui-ci, le capital légué par son père est largement entamé et les soucis s'accumulent, augmentant ses tourments intérieurs.

vignette|Tombe de Constance Mayer au cimetière du Père-Lachaise (division 29). Le , Constance Mayer, épuisée par les nuits sans sommeil et par l'angoisse, se tranche la gorge avec le rasoir de son amant dans sa chambre au « musée des Artistes », à la Sorbonne. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise ().

vignette|gauche|redresse|Eugène Devéria, Mort de , lithographie publiée dans L'Artiste, 1831. Ce drame émeut beaucoup à l'époque et quelques années après la mort de Prud'hon, Eugène Devéria propose une version de la scène du suicide, publiée en 1831 dans la revue L'Artiste (Lemercier imprimeur, 1831). Cette œuvre a été analysée par Suzanne Hood qui en tire certaines conclusions étranges sur le caractère de Constance MayerSuzanne Hood, « Constance Mayer », Pierre-Paul Prud’hon. Actes du Colloque organisé le , Paris, La documentation française, 2001, ..

Encore aujourd’hui, Constance Mayer passe moins pour le peintre qu'elle est en réalité que pour la première héroïne romantique du . Or, pour reprendre l'expression de Simone de Beauvoir, cette femme a bien été flouée. Pour des raisons tenant à la spéculation sur les œuvres de Prud'hon, mais aussi par les effets ravageurs d'une historiographie à dominante masculine , elle a été maintenue à un statut d'« élève » du maître, masquant abusivement l'originalité de son œuvre et son propre génie créateur. Brillante collaboratrice de Pierre-Paul Prud'hon certes, elle est surtout peintre à part entière, même si son œuvre a été longtemps dévalué pour de mauvaises raisons, comme celles de nombreuses créatrices que l'on a tardé à découvrir.

Catalogue des tableaux présentés dans les Salons Exposition, rue de Cléry du , jour de la Fête-Dieu, jusqu'au (1791) […] . Quatre tableaux, portraits sur deux toiles de 10 pouces ; une toile de 12 pouces et un ovale de 2,5 pieds. Première présentation publique des œuvres de Constance Mayer La Martinière qui confronte son talent à des artistes de la nouvelle génération tels que Marie-Guillemine Leroux de La Ville, Jeanne Doucet de Surigny, Aimée Duvivier, Adèle de Romance (Madame Romany), Mademoiselle Duchosal, Mélanie Le Fèvre, Adélaïde Binart-Lenoir, sa tante par alliance, ou Messieurs Drolling, Boilly, Huet, Van Daël, Laurent, Landon, etc. Prud'hon ne parut pas à cette exposition.

Salon de 1796 (…) La citoyenne Mayer élève de Suvée, demeure chez son père rue Mélée, n° 65 . Portrait de la citoyenne Mayer présentant une esquisse du portrait de sa mère (collection Mangon-Laforest, collection parisienne) . Un (ou une ?) jeune élève portant un carton sous le bras . Un enfant . Miniatures sous le même numéro dont le père de l'artiste, médaillon et dessus de boîteSalon de 1798 (…) Mayer... rue Mélée n° 65 . Portrait d’un enfant . Portrait d’un enfant tenant un pigeon (peut-être L'oiseau mort, peint sur carton , Paris, Drouot, ) . Portrait du père de l'auteur. Il s'agit probablement du tableau vendu sous le nom de Greuze dans la vente Prud'hon.

Salon de 1799 (…) Mayer... rue de la Loi n° 104 . Une petite fille en prière . Une jeune personne surprise par un coup de vent . Portrait d'enfant . Une petite fille tenant une colombe, miniature peinte à l’huileSalon de 1800 (…) Mayer (Œuvres greuziennes) . Un portrait en pied d'un homme à son bureau, dessin à la manière noire . Une jeune femme assise sur un banc, sur fond de paysage, dessin à la pierre noire . Un jeune homme représenté en chasseur, mine de plomb et fusain rehaussé de blanc, dessin à la pierre noire (dimensions : ), signé et daté à gauche « Constance Mayer 1800 ». Salon de 1800, . Actuelle collection Aron

Salon de 1801 (…) Mayer, élève des citoyens Suvée et Greuze, rue de la Loi vis-à-vis du passage Duchesne . Portrait en pied d'un homme appuyé à son bureau. Ce grand tableau () peut être confondu avec le suivant. . Portrait en pied d'un père et de sa fille. Il lui indique le buste de Raphaël en l'invitant à prendre pour modèle ce peintre célèbre. Huile sur toile, inventaire Mayer. Autoportrait de Constance Mayer avec son père, Wadsworth Atheneum. . Portrait en pied dessiné au pastel d'un homme d'affaires amateur de musique () . Portrait d'une femme assise dans son appartement, dessin au crayon noir, ()Salon de 1802 (…) Mayer, rue de la Jussienne n° 20 Une mère et ses enfants au tombeau de leur père et lui rendant hommage. M. de Goncourt hasarde que Prud'hon y a participé et il donne une date fausse : 1804. Or cette œuvre de 1802, comprise dans l'inventaire après décès de Constance Mayer, lui appartenait entièrement. vignette|Le Mépris des Richesses ou L'innocence entre l'amour et la fortune ou l'Innocence préfère l'Amour à la Richesse, 1804.