Abdoulaye Wade (), né le à Kébémer au Sénégal, est un homme d'État sénégalais, président de la république du Sénégal du au .

Dirigeant du Parti démocratique sénégalais (PDS), il est candidat aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988, 1993, et 2000, qu'il remporte face au président sortant Abdou Diouf. Durant son premier mandat, il modifie la Constitution et établit le quinquennat en 2001. Réélu pour un mandat de cinq ans lors de l'élection présidentielle de 2007, il rétablit le septennat en 2008. De nouveau candidat pour un troisième mandat pour l'élection présidentielle de 2012, il est battu par son ancien Premier ministre Macky Sall, devenant son principal opposant. Il détient un record de participation aux élections présidentielles successives dans son pays, en étant sept fois candidat à la présidence consécutivement.

Biographie Jeunesse, études et début de carrière professionnelle Abdoulaye Wade naît le L'âge d'Abdoulaye Wade est l'objet de doute au Sénégal, l'opposition affirmant qu'il pourrait être né en 1922 (cf. Tanguy Berthemet, « Abdoulaye Wade : le changement immobile », cité plus bas). à KébémerDéclaré à Saint-Louis pour bénéficier du statut de citoyen français (cf. ). au Sénégal. Son père et son oncle ont servi dans les tirailleurs sénégalais durant les combats de la Première Guerre mondiale en France« Abdoulaye Wade : « Assumer l'histoire, quelle qu'elle soit » », entretien, lemonde.fr, 20 novembre 2013.. Son père meurt en 1984 à l'âge de 99 ans. Abdoulaye Wade met en avant la longévité de son père pour sa propre carrière politique.

En 1947, Abdoulaye Wade obtient le diplôme de fin d'études à l'École normale William-Ponty à Sébikotane., un institut colonial dans lequel étaient formés les cadres de l'administration de l'Afrique de l'Ouest.

Entre 1951 et 1952, il suit un cursus mathématique en France (mathématiques élémentaires et supérieures au lycée Condorcet, Paris ).

De 1952 à 1957, il étudie à la faculté des Sciences, puis à la faculté des Lettres et enfin à l'École libre de Droit de Besançon. Il est ensuite avocat stagiaire au Barreau de Besançon.

Il est titulaire d'un doctorat en droit et sciences économiques de l'université de Grenoble. Soutenue en 1959, sa thèse s'intitule Économie de l'Ouest africain : unité et croissance. Après un stage de deux ans, il retourne au Sénégal pour plaider au barreau de Dakar et enseigner à la faculté de Droit et sciences économiques de l'université Cheikh-Anta-Diop.

En , il défend le président du Conseil du Sénégal, Mamadou Dia, et quatre autres ministres, Valdiodio N'diaye, Ibrahima Sar, Joseph Mbaye et Alioune Tall, dans le cadre du procès de la crise politique de décembre 1962. Les cinq hommes sont accusés de « tentative de coup d'État » par Léopold Sédar Senghor. La défense est aussi assurée par Robert Badinter.. À l'issue du procès, Mamadou Dia est condamné à perpétuité.

Opposant politique En 1973, Abdoulaye Wade occupe . L'année suivante, il forme avec Alioune Badara Niang, le Parti démocratique sénégalais (PDS)

Il se présente sans succès aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988 et 1993Tanguy Berthemet, « Abdoulaye Wade : le changement immobile », Le Figaro, 24 février 2012..

D' à , il est ministre d'État auprès du président de la république du Sénégal Abdou Diouf dans le gouvernement d'union nationale. De 1995 à 1997, il retrouve le poste de ministre d'État auprès du président de la république du Sénégal dans le gouvernement de Habib Thiam.

Le , Abdoulaye Wade et trois membres de son parti sont arrêtés, soupçonnés d'avoir commandité l'assassinat de Babacar Sèye, alors vice-président du Conseil constitutionnel qui est chargé de la proclamation des résultats de l'élection législative de . Ils sont relâchés trois jours plus tard par manque de preuves. Un ouvrage, Affaire Sèye : un meurtre sur commande, dans lequel le journaliste sénégalais Abdou Latif Coulibaly traite de ces accusations a été censuré au Sénégal. En , Wade accorde la grâce aux trois meurtriers de Sèye et est soupçonné d'avoir indemnisé la famille de ce dernier.

Président de la République vignette|redresse|Abdoulaye Wade en 2002. Après avoir fait planer le doute, Abdoulaye Wade déclare sa candidature pour l'élection présidentielle. Orateur doué et fin tacticien, il mène pour l'élection présidentielle de 2000, une campagne sous le slogan du « Sopi » (« changement » en wolof) et parvient à mettre en ballotage le président sortant, Abdou Diouf, avec 31 % des suffrages au premier tour contre 41,3 %. Grâce notamment au soutien des autres candidats défaits, il obtient 58,1 % au second tour du scrutin, mettant fin à quarante ans de pouvoir socialiste au Sénégal. Son directeur de campagne, Idrissa Seck, devient Premier ministre en 2002. Le , Abdoulaye Wade est investi président de la république du Sénégal. Cette victoire marque la première alternance à la tête du pays : pour la première fois, les Sénégalais élisent un président qui n'est pas du Parti socialiste. Lors de l'élection présidentielle du 25 février 2007, Wade est réélu, dès le premier tour, face à quatorze candidats, avec 55,79 % des voix.

Jusqu'à la victoire du PDS allié à l'alliance de Moustapha Niasse aux législatives de 2001, Wade doit cohabiter avec une Assemblée nationale socialiste dont Abdourahim Agne est le président du groupe parlementaire.

gauche|vignette|Abdoulaye Wade et le président George W. Bush le . Durant ses deux mandats, il lance la construction de plusieurs centaines d'écoles, fait passer le nombre de collèges de 220 en 2000 à 749, et celui des lycées de 48 à 134 sur la même périodeRémi Carayol, « Sénégal - Présidentielle : Wade à l'heure des comptes », Jeune Afrique, 25 janvier 2012., le budget de l'Éducation a quadruplé« Le président sénégalais Abdoulaye Wade est candidat à sa propre succession », RFI, 6 octobre 2011.. Mais en 2009, le taux d'achèvement est toujours resté l'un des plus bas du continent (60 %) et le bénévolat ne permet pas de produire un enseignement généralisé de qualité selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Il lance de grands travaux pour moderniser le pays, tels que la corniche à Dakar et ses hôtels de luxe, le réaménagement du port de Dakar, la construction de l'aéroport international Blaise-Diagne et de l'autoroute, le développement du réseau routier secondaire, l'électrification des campagnes. En pourtant, le Sénégal connaît de grandes émeutes du fait des coupures de courant répétées : le bâtiment de la société nationale d'électricité (Sénélec) est incendié, entre autres dégâts.

La politique de santé se traduit par la création de dispensaires, le doublement du nombre d'hôpitaux, l'ouverture de 18 centres médicaux, l'amélioration des conditions d'accès à l'eau potable et la baisse de la mortalité infantile. Il développe une grande politique agricole, la Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance (Goana) qui n'obtient pas les bénéfices escomptés, malgré les nombreuses terres cultivables disponiblesChristophe Châtelot, « Le rouleau compresseur Wade », Le Monde, 18 février 2012., et les pénuries d'eau remettent en question les efforts liés au développement des infrastructures.

vignette|Rencontre entre Abdoulaye Wade et le président brésilien, Lula da Silva (en 2003). Entre 2000 et 2010, il relève la situation économique du pays avec un taux de croissance (+ 4 %) supérieur à celui des années 1990, une inflation contenue et des ressources de l'État en augmentation. Mais elle se détériore au début de son quinquennat. avec en 2008 une dette publique qui atteint 21,4 %CIA factbook., une croissance de 2,5 %, contre 4,3 % en moyenne pondérée sur les dernières annéesProfil économique du Sénégal, Institut de la Statistique de Québec., et un chômage qui ne baisse pas, atteignant 47 % de la population active, plaçant le revenu de 54 % des Sénégalais sous le seuil de pauvreté. Le pays conserve sa quatrième place dans les économies d'Afrique de l'Ouest, malgré la perte d'attrait de la Côte d'Ivoire du fait des troubles intérieurs, et l'afflux de l'aide internationale qui équivaut à plus de 10 % du PIB sénégalais.

Des troubles liés à la « vie chère » naissent en 2008Philippe Bernard, « Les manifestations contre « la vie chère » provoquent des troubles au Sénégal et en Côte d'Ivoire », Le Monde, 2 avril 2008., alors que le FMI note que ; les problèmes sont aggravés par les retards de paiement du secteur publicRapport , janvier 2009, http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/scr/2009/cr0905f.pdf..

Il échoue à pacifier la Casamance aux aspirations sécessionnistes, en négociant officieusement avec une partie du mouvement indépendantiste sans aide des pays voisins.

Décrit comme mégalomane et machiavélique, cherchant à rester dans l'Histoire mais aussi au pouvoir, il est soupçonné de couvrir la corruption de sa famille et de ses proches et alimente progressivement par sa gestion du pouvoir les craintesPubliés le 09/12/2010 en France par le journal Le Monde : https://www.lemonde.fr/documents-wikileaks/article/2010/12/09/wikileaks-corruption-et-divisions-a-dakar_1451532_1446239.html..

Ainsi, en 2000, une de ses premières décisions est de dissoudre le Conseil économique et social et le Sénat, en le justifiant par des raisons d'économies et leur inutilité, mais il leur redonne vie en , en choisissant lui-même les 65 sénateurs. Il modifie plusieurs fois la constitution sans aucune consultation ni validation des chambres parlementaires, établissant le quinquennat en 2001 et rétablissant le septennat en 2008.

Après quarante ans de pouvoir socialiste, le paysage politique est devenu instable sous sa présidence, avec de nombreuses allées et venues entre les partis politiques du fait d'une gestion solitaire du pouvoir. Il nomme six Premiers ministres, quatre présidents de l'Assemblée nationale, trois chefs d'état-major généraux des armées et plus d'une centaine de ministres, dont certains ne sont restés en poste que quelques mois. Le président Wade a promu plus de généraux en sept ans qu'Abdou Diouf et Senghor en 40 ans. Des traditions ont été rompues en nommant un commandant des pompiers au grade de général, un chef d'état-major particulier du président de la République issu de la gendarmerie, un général nommé à l'intendance.

vignette|gauche|redresse=0.7|Abdoulaye Wade en 2009. Il est l'inspirateur de la Journée du tirailleur : . L'érection du monument de la Renaissance africaine, inauguré en , ignoré par les touristes et critiqué pour son coût pharaonique, son financement opaque, la participation du régime autocratique de la Corée du Nord, est désigné comme un symbole de sa mégalomanie.

thumb|Abdoulaye Wade (à gauche) en 2010.