Klemens WenzelSon nom est francisé en Clément-Wenceslas dans les ouvrages d'expression française. Voir la pièce L'Aiglon d'Edmond Rostand., comte, puis second prince de Metternich-Winneburg-Beilstein (en allemand : Klemens Wenzel Nepomuk Lothar Fürst von Metternich-Winneburg zu Beilstein), né le à Coblence et mort le à Vienne, est un diplomate et un homme d'État autrichien.
Il consacre sa vie à maintenir en Europe la société d'Ancien Régime face aux bouleversements qu'engendre la Révolution française, et à concilier les intérêts de la position autrichienne avec la notion d'équilibre des puissances.
Biographie Origine et jeunesse Issu de la haute noblesse rhénane, membre de la maison de Metternich, Clément-Venceslas est né dans sa maison familiale à Coblence, située à l'époque dans l'électorat de Trèves, le .
Fils de Franz Georg Karl von Metternich et de son épouse Marie-Béatrice de Kageneck, il est le filleul et porte le prénom de l'archevêque-électeur Clément Wenceslas de Saxe, oncle des rois Louis XVI de France, Charles IV d'Espagne et Ferdinand IV de Naples.
Le , il est envoyé à l'université de Strasbourg, en compagnie de son frère, pour y étudier le droit. Il y rencontre Benjamin Constant, mais aussi le futur prince André Razoumovski, le général Tolstoï, le prince Tchernychev et le prince Maximilien de Deux-Ponts, futur premier roi de Bavière.
À la suite du traité de Lunéville de 1801, son père perd sa seigneurie d'Empire de Winneburg et Beilstein au profit de la France, lorsque celle-ci l'annexe officiellement avec toute la rive gauche du Rhin. Cette perte est cependant compensée, au cours du processus de médiatisation des principautés allemandes, par l'acquisition de l'abbaye sécularisée d'Ochsenhausen et d'un titre princier en 1803.
Un diplomate dans les guerres napoléoniennes vignette|redresse=0.7|gauche|François Gérard, Le comte de Metternich (1808). En 1803, il devient ambassadeur à Berlin. En 1806, il est nommé ambassadeur à la cour de Saint-Pétersbourg quand Napoléon . Comme toute la noblesse européenne d'alors, il maîtrise parfaitement le français et devient ambassadeur à Paris de 1806 à 1809.
Il y devient l’amant de la duchesse d'Abrantès, épouse du général Junot (militaire favori de l'empereur), mais aussi de Caroline Bonaparte, reine consort de Naples, sœur de Napoléon.. Il entretient de bonnes relations avec Talleyrand, chef de la diplomatie française.
En 1808, il adresse des rapports selon lesquels le pouvoir de l’empereur des Français chancelle, alors même qu'il prêchait peu auparavant l'alliance. L’empire d'Autriche déclare la guerre à la France et est battu à Wagram en . Nommé ministre des Affaires étrangères le , Metternich doit signer l’humiliant traité de Schönbrunn. Il décide de temporiser et faire semblant d’être amical, notamment en organisant le mariage de Napoléon avec la jeune archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche, en 1810.
vignette|redresse=1.2|Dernière entrevue de Napoléon avec Metternich à Dresde le 26 juin 1813. Illustration de l'Histoire du Consulat et de l'Empire d'Adolphe Thiers, 1879.
À la veille de la campagne d'Allemagne (1813), il se propose comme médiateur, mais Napoléon refuse la moindre concession territoriale. Pour conclure un entretien tenu à Dresde, Metternich lance avec superbe : .
Il mène de nouvelles tentatives de médiation pendant l'armistice de Pleiswitz en , qui n'étaient en réalité qu'un prétexte visant à prolonger la trêve de quelques semaines afin de permettre à l'Autriche de finaliser ses préparatifs militaires avant d'entrer en guerre contre la France. En novembre, il formule la propositions de Francfort visant à ramener l'Empire français à ses frontières de 1799 (l'hexagone augmenté de la Belgique et de la rive gauche du Rhin), mais Napoléon refuse de saisir ces opportunitésJ.-E. Driault, Napoléon et la paix en 1813, à propos du dernier volume d'Albert Sorel. In: Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 8 N°3,1906. pp. 177-199 .. Il est cependant possible que cette proposition n'ait jamais été sérieusement envisagée comme une paix crédible par Metternich, mais davantage comme un stratagème visant à saper la mobilisation française en vue de la campagne qui s'annonçait, et à présenter au peuple français Napoléon comme l'unique responsable de la poursuite des hostilités..
L'Autriche joint alors hommes à la Sixième Coalition. D’abord favorable au duc de Reichstadt — fils de Napoléon, mais surtout petit-fils de l'empereur d'Autriche — et à une régence de l'impératrice Marie-Louise, il en vient à accepter la proposition de Castlereagh, ministre des Affaires étrangères britannique, favorable à la restauration des Bourbons. Sa relation avec le tsar Alexandre est mauvaise, notamment en raison de leur conception du rôle de la Pologne et de leur rivalité dans l'obtention des faveurs de la belle Wilhelmine de Sagan.
Il est l'un des principaux acteurs du congrès de Vienne et modère l'esprit de revanche des alliés contre la France, tout en se montrant soucieux de rétablir l'influence autrichienne en Italie. Talleyrand n'est guère amène à son sujet. Il le décrit pendant les négociations du congrès comme Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, 2003, p. 483.. Le congrès de Vienne, auquel Metternich est une des figures centrales, inaugure la période du « Concert européen », permettant d'intégrer les puissances européennes à un système diplomatique favorisant la concertation et l'échange, ce qui a pour résultat réduire drastiquement le nombre de conflits en Europe durant tout le reste du XIXe siècle, marquant une importante rupture avec les incessantes et très meurtrières guerres du XVIIIe siècle et de la période napoléonienne. Ainsi, l'Europe connait un siècle de paix relative, marqué par une absence de guerre généralisée sur le continent jusqu'à la Première Guerre mondiale en 1914. En revanche, l'absence de considération de part des chancelleries européennes, particulièrement de Metternich, envers les peuples qu'ils gouvernent, pose les bases des soulèvements populaires des années 1830 et 1840, culminant lors du Printemps des Peuples de 1848, qui failli bien emporter tout le système continental construit entre 1814 et 1815.
Chancelier et gardien de la Sainte-Alliance En 1821, Metternich devient chancelier de l'empire d'Autriche, ce qui le conforte dans son pouvoirPaul Pasteur, Histoire de l'Autriche : De l'empire multinational à la nation autrichienne (18e-20e s.), Paris, Armand Colin, 5 oct. 2011 - Chapitre : Le système Metternich.. Il est le personnage le plus influent de la Sainte-Alliance, notamment face au tsar Alexandre , puis auprès de son successeur Nicolas . Metternich est alors un garant de l'ordre issu du congrès de Vienne qui assure à l'Europe une durable stabilité (qui durera jusqu'à la guerre de Crimée) après les longues guerres napoléoniennes.
vignette|redresse=1.2|Caricature du congrès de Vérone (1822).
À l'intérieur, en Autriche, il promeut l'absolutisme. À l'extérieur, par les congrès ou par la force de la Sainte-Alliance, il impose l'ordre : les décrets de Karlsbad de 1819 sont particulièrement liberticides pour la presse de la Confédération germanique et l'Université allemande. Soucieux de conserver son pouvoir, il convainc l'empereur François de conserver comme héritier son fils aîné, l'archiduc Ferdinand, pourtant notoirement incapable. Il veut ainsi damer le pion à l'archiduchesse Sophie, épouse énergique, intelligente et ambitieuse de l'archiduc François-Charles, fils cadet de l'empereur à qui était promise la couronne lors du congrès de Vienne et qui fut la raison de son mariage.
Face à la guerre d'indépendance grecque, il s'oppose tant à l'indépendance qu'à l’autonomie d'un futur État grec au sein de l’Empire ottoman, affirmant qu'avec .
Le couple archiducal ayant eu un fils, le futur François-Joseph , après six années de stérilité, Metternich fait épouser à l'archiduc héritier, bien incapable de consommer son mariage, la princesse Marie-Anne de Sardaigne. L'union reste stérile, la nouvelle archiduchesse tenant lieu d'infirmière plus que d'épouse à son mari et ne se mêlant pas de politique (elle ne parle pas l'allemand).
L'empereur François meurt en 1835, et Ferdinand monte sur le trône. Metternich devient tout-puissant et reste plus que tout le « gendarme de l'Europe ». Le petit François-Joseph devenant l'héritier présomptif du trône autrichien, l'archiduchesse Sophie se rapproche du chancelier et lui confie en partie l'éducation de son fils.
vignette|redresse=1.2|Fuite de Metternich en mars 1848 ; les insurgés brandissent les drapeaux de l'Autriche (à gauche) et des nationalistes allemands du Parlement de Francfort (à dr.). Caricature allemande anonyme.
Chute et dernières années L'ordre metternichien dure jusqu'en . Des émeutes éclatent alors en Autriche. L'empereur Ferdinand , réfugié en Bohême, à l'instigation de son épouse, de l'impératrice-douairière et de l'archiduchesse Sophie, abandonne Metternich, qui démissionne le . Il doit fuir, à 75 ans, caché dans une corbeille à linge. Il s'exile en Angleterre jusqu'en , date à laquelle il s'installe à Bruxelles (très brièvement à Saint-Josse-ten-Noode, ensuite à Ixelles de à ). Le gouvernement lui permet de rentrer en Autriche. Il se tient à l'écart de la vie politique et meurt à Vienne, onze ans après qu'il a été chassé du pouvoir.
vignette|redresse=0.7|gauche|Metternich à la fin de sa vie, par Hugo Bürkner.
La mort de Metternich à 86 ans précède la division des Alliés. La politique russe en Pologne avait déjà affecté la Sainte-Alliance ; l'avènement d'un Bonaparte en France, Napoléon III, montre sa faiblesse. Toutefois, c'est surtout le principe des nationalités défendu par ce dernier qui va libérer les passions nationalistes et provoquer l'irrémédiable déclin de l'Autriche des Habsbourg-Lorraine, alors même que la Russie et la Prusse se renforcent. L'équilibre est rompu.
Metternich meurt après qu'il a, en vain, supplié son ancien élève, l'empereur François-Joseph, de ne pas déclarer la guerre au royaume de Sardaigne, prémices de l'unification italienne.
Titres et distinctions Comte, puis (1818) de Metternich-Winneburg ; Duc de Portella (royaume des Deux-Siciles) (.) ; Grand d'Espagne (1818) ; Chevalier de l'ordre autrichien de la Toison d'or (, 1810) ; Chevalier de l'ordre de Saint-André ; Chevalier de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski ; Chevalier de première classe de l'ordre de Sainte-Anne ; Chevalier de l'ordre de l’Éléphant ; Chevalier de l'ordre suprême de l'Annonciade ; Chevalier de l'ordre de l'Aigle noir ; Chevalier de l'ordre de l'Aigle rouge ; Chevalier de l'ordre des Séraphins ; Chevalier de l'ordre de Saint-Joseph de Toscane ; Chevalier de l'ordre de Saint-Hubert ; Chevalier de l'ordre de l’Aigle d’or de Wurtemberg ; Chevalier de l'ordre de la Fidélité ; Chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; Grand cordon de l'ordre de la Légion d'honneur ; Grand-croix de l'ordre royal de Saint-Etienne.
Vie privée et descendance Le , il épouse à Vienne Marie-Eléonore von Kaunitz-Rietberg (1775-1825), la fille unique du prince Ernest de Kaunitz et de la princesse née Marie-Léopoldine d'Œttingen-Spielberg, mais surtout, petite-fille du comte de Kaunitz, tout-puissant chancelier des quatre derniers souverains autrichiens. Ce mariage a lieu au où, dix ans plus tard, le , Napoléon remporte sa plus grande victoire. C'est un mariage de convenance (Metternich est alors épris de Marie-Constance de La Force), qui lui permet de mener une vie conforme à ses goûts aristocratiques. Les Metternich s'installent peu après dans le , à Vienne, et fréquentent la Cour.
Éléonore lui donne sept enfants : Marie-Léopoldine (1797-1820) épouse Charles-Joseph, comte Esterhazy de Galantha ; François-Charles (1798-1799) ; Clément (*/1799) ; Victor (1803-1829) ; Clémentine (1804-1820) ;