Nehardea était une ville de Babylonie, située à ou près de la jonction de l'Euphrate avec le Nehar Malka (également appelé Nâr Sharri, Ar-Malcha, Nahr el-Malik, ou Canal du Roi), et l'un des premiers centres du judaïsme babylonien.
Aux origines La présence juive à Nehardea remonte au roi Yehôyakîn, qui y établit sa résidence. Elle demeura d'ailleurs le siège de l'exilarque. D'après Sherira GaonLettre de Sherira Gaon, in Neubauer, Med. Jew. Chron. i. 26, Yehôyakîn et ses pairs construisirent une synagogue à Nehardea, pour la fondation de laquelle ils utilisèrent de la terre et des pierres qu'ils avaient emportées, selon Ps. 102:17, de JérusalemUne assertion similaire a été faite à propos de la cité juive d'Ispahan — Monatsschrift, 1873, pp. 129, 181. Cette synagogue fut appelée « Shaf we-Yatib; » il y est fait plusieurs fois référence dans la littérature talmudique du et du T.B. R. H. 24b; Avoda Zara 43b; Niddah 13a.. Abaye affirmeT.B. Meg. 29a que c'est en ce lieu que repose la Shekhina en Babylonie.
Mentions par Josèphe et parallèles talmudiques Les Cohanim de Nehardea descendraient, toujours selon le Talmud, d'esclaves de Pashour ben Immer, le contemporain de YehôyakînT.B. Kiddouchine 70b. D'autres allusions talmudiquesib. mettent également en doute l'ascendance des Juifs nehardéens. Le fait qu'Hyrcan II ait, selon Flavius Josèphe, vécu à Babylone lorsqu'il était prisonnier des ParthesFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, xv, , § 2. pourrait expliquer que, jusqu'au , certains faisaient remonter leur lignage aux Hasmonéens. L'importance de la ville au cours du dernier siècle d'existence du Second Temple ressort de la déclaration du même auteurib. xviii. 9, § 1:
Le Talmud fait lui aussi référence à l'importance du territoire de NehardeaT.B. Ketoubot 54a. Outre l'Euphrate, le Nehar Malka formait l'une des défenses naturelles de la villeT.B. Kiddouchine 70b; Shabbat 108b; le passage au-dessus de la rivière (ou peut-être du canal) est mentionné de mêmeT.B. Kiddouchine 70b; Houlin 50b.
« Nehardea et Nisibis, » dit encore Josèphe, « étaient les trésoreries des Juifs d'Orient, où les taxes du Temple étaient entreposées jusqu'aux jours dits pour les envoyer à Jérusalem. » Nehardea était également la ville natale de Hanilaï et Hassinaï, deux frères qui, au premier tiers du , fondèrent brièvement un royaume brigand sur l'Euphrate, qui causa une réaction locale violemment anti-juive après leur mortAntiquités judaïques 18:9. Après la destruction de Jérusalem, Nehardea est mentionné une première fois en rapport avec le séjour de Rabbi AkivaYebamot 16:7. Dans la période tannaïtique qui fait suite à Hadrien, une anecdote fait référence à la dette collectée par Aḥaï ben Yoshia à NehardeaT.B. Guittin 14b; Bacher, Ag. Tan. ii. 385.
Nehardea à la fin de la période tannaïtique
Nehardea apparaît clairement devant de la scène de l'histoire juive à la fin de la période tannaïtique. L'école de Shila est alors prééminente, et pave la voie à l'activité des académies talmudiques de Babylone. Shmouel (Samuel de Nehardea), dont le père, Abba bar Abba, était une autorité à Nehardea, établit la réputation de l'académie, tandis que Abba bar Ayvo, qui y avait probablement enseigné un temps, fonde l'académie de Soura, située sur l'Euphrate à environ vingt parasanges de Nehardea, dont la réputation sera plus grande encore. L'histoire de Nehardea est résumée dans celle de l'activité de Shmouel. Peu après la mort de celui-ci, l'académie est détruite par Papa ben Nesser, en 259, et son collège est transféré à Poumbedita.
À cette époque, les gens de Lydda et de Nehardea sont mentionnés comme particulièrement fiers et ignorantsYer. Pessahim 32a; comp. T.B. Pessahim 62b; voir aussi Bacher, Ag. Pal. Amor. i. 60.
Naḥman ben Jacob
Nehardea regagne cependant rapidement son importance, grâce à Rav Naḥman. Le Talmud de Babylone comprend de nombreuses références à son activitéT.B. Kiddouchine 70a; Baba Batra 153a; Ketoubot 97a; Meguila 27b. Raba relate une promenade qu'il effectue avec Rav Naḥman dans la « rue du cordonnier » ou, selon une autre version, la « rue des savantsT.B. Houlin 48b. » Certaines portes de Nehardea qui avaient été, même au temps de Shmouel, couvertes de terre de sorte qu'elles ne pouvaient être fermées, furent déterrées par Rav NaḥmanT.B. Erouvin 6b. À deux reprises, il désigne Nehardea comme « BabelBaba Kamma 83a; Baba Batra 145a. »
Outre Rav Naḥman, Rav Sheshet y habita également pour un tempsT.B. Nedarim 78a. Selon une assertion datée du , un amora avait entendu à Nehardea certaines sentences tannaïtiques, jusque-là inconnues des maîtresT.B. Shabbat 145b; Niddah 21a.. Nehardea demeure la résidence d'un certain nombre d'hommes instruits, dont certains appartiennent au collège de Mahoza, dont l'importance est considérable en ce temps, et d'autres à celui de Poumbedita. Vers le milieu du , Rav Ḥama y vit; la maxime « Par les 'amoraïm de Nehardea', comprend ḤamaT.B. Sanhédrin 17a » devient un canon dans les écoles babyloniennes.
Amemar
Vers la fin du et le début du , Nehardea redevient un important centre du judaïsme babylonien, grâce à l'activité d'Amemar, bien que celle-ci fut éclipsée par celle de Rav Achi, directeur de l'académie de Soura. Rav Achi réussit d'ailleurs à faire transférer le siège de l'exilarque de Nehardea, où il avait jusque-là été fixé par privilège, à SouraLettre de Sherira Gaon 1:32. Par ailleurs, il dissuada Amemar d'introduire la récitation du Décalogue dans le rituel liturgique quotidienSur les relations entre Rav Achi et Amemar, voir Halevy, Dorot ha-Rishonim, ii. 515 et suivantes, iii. 68 et suivantes.. Il réussit cependant à faire passer une autre innovation dans ce domaineT.B. Soukkot 55a..
Le Talmud mentionne d'autres sages natifs ou résidents de Nehardea pendant cette période, parmi lesquels: Rav DimiT.B. Houlin 113a., qui présida Poumbedita comme second successeur à ḤamaLettre de Sherira Gaon. Rav ZebidT.B. Baba Kamma 27b. ḤananT.B. Kiddouchine 81b; Niddah 66b. SimaïShevouot 12b; Makkot 16a Adda bar Minyomi, parfois appelé le « juge de NehardeaT.B. Sanhédrin 17b »
Après la période talmudique, s'illustrent Aḥa de Be-Ḥatim, dans le voisinage de Nehardea, mentionné par Sherira GaonHalevy, Dorot i. 25 comme l'une des autorités saboraïques du , et Mar Rav Ḥanina, l'un des premiers gueonims de Poumbedita, et contemporain de Mahomet. Il s'agit de la dernière référence à Nehardea dans l'histoire juive.Benjamin de Tudèle mentionne cependant les ruines de la synagogue Shaf Yatib, à deux jours de marche de Soura, et une et demie de Poumbedita Itinéraire, ed. Grünhut, p. 64.
Informations non datées
Le Talmud comporte certaines mentions éparses, sans datation précise sur Nehardea: selon une ancienne coutume, on y lisait des péricopes des Ketouvim lors des offices de Min'ha le shabbatT.B. Shabbat 116b; le pays était peu sûr du fait des brigands bédouinsT.B. Baba Batra 36a; une ancienne règle de procédure des tribunaux de Nehardea est mentionnée dans T.B. Ketoubot 87a.
Par ailleurs, Nehardea est célèbre dans l'histoire de la Massorah du fait d'une ancienne tradition relative au nombre de versets dans la Bible ; ce serait HamnunaBacher, op. cit. i. 2 qui l'aurait rapportée de Nehardea, où il l'aurait reçu de NaḳḳaïVoir Med. Jew. Chron. i. 174; Strack, Diḳdouḳ Ṭe'amim, p. 56. Certains passages du texte biblique sont caractérisés par la tradition, et en particulier la massorah du Targoum du Pentateuque, comme étant ceux de Soura, et d'autres comme ceux de NehardeaBerliner, Die Massorah zum Targum Onkelos, pp. xiii. et suiv., 61-70, Leipzig, 1877.
Notes et références
, qui cite comme bibliographie: Neubauer, G. T. pp. 230, 350; Hirschensohn, Sheba Ḥokhmot, p. 164, Lemberg, 1885.
Catégorie:Histoire juive en Babylonie Catégorie:Lieu du Talmud