Le sac de Rome de 390 selon la chronologie varronienne ou 387 selon la chronologie grecque, est la conséquence de la victoire des Gaulois sénons menés par Brennus sur les troupes romaines lors de la bataille de l'Allia, succès militaire leur permettant d'investir la ville et d'exiger des Romains vaincus le paiement d'une lourde rançon.
Il s'agit pour les Romains d'un des épisodes les plus traumatisants de leur histoire. Les annalistes et historiens antiques tels que Polybe, Tite-Live, Diodore de Sicile ou Plutarque, qui écrivent près de quatre siècles plus tard, témoignent de la profondeur de ce traumatisme.
Les récits de la bataille de l'Allia et du sac de Rome ont été écrits des siècles après les événements, et leur fiabilité est discutée par les historiens modernes, qui ont montré que certaines parties du récit tenaient de la mythologie, et d'autres de transferts de l'histoire grecque.. Cette narration tardive peut également expliquer les écarts entre Tite-Live et Diodore de Sicile en ce qui concerne le sac de la ville.
Le contexte L'invasion gauloise
Le sac de Rome s'inscrit dans le cadre des invasions gauloises du Nord de l'Italie qui est donc à ce moment-là une zone de combats récurrents, où les migrants transalpins se heurtent aux Étrusques et aux Vénètes. Il est possible que ces mouvements d'invasion soient liés au plus vaste conflit qui oppose les Syracusains, Grecs de Sicile, au monde étrusque. Ainsi, les Gaulois intervenant en Italie, bousculant les Étrusques sur leurs terres, agissent dans l'intérêt du tyran syracusain Denys l'Ancien, ce dernier aurait donc pu les enrôler à dessein.
Des troupes sénones dirigées par le chef gaulois Brennus traversent les Apennins et assiègent la ville étrusque de Clusium. Selon la tradition la plus courante, les habitants de Clusium décident de requérir l'aide des Romains.. Ces derniers entament des négociations avec les Gaulois pour finalement les rompre et s'engager au côté des forces de Clusium lors d'une attaque.. Le comportement des ambassadeurs romains constitue pour les Gaulois un . S'ensuit un échange diplomatique entre Rome et les Gaulois, dans lequel ces derniers demandent réparation. Le Sénat romain, en repoussant cet ultimatum, provoque l'envoi d'une expédition punitive..
La situation à Rome Quelques années auparavant, en 396 , les Romains se sont emparés de la cité étrusque rivale de Véies, augmentant considérablement la superficie des terres sous leur contrôle. Rome n'a donc jamais été aussi puissante, d'un point de vue militaire comme économique, et semble alors invincible. L'invasion gauloise met un terme temporairement à cette suprématie et à cette expansion, représentant pour Rome un des plus grands dangers auquel la ville a dû faire face jusqu'alors.
L'année précédente, la tradition a opportunément envoyé l'ancien dictateur Camille en exil dans la ville d'Ardée., lui évitant ainsi de prendre part à la déroute romaine face aux Gaulois. À l'origine de cet exil se trouve une accusation de détournement d'une partie du butin conquis lors de la prise de Véies. Les Romains doivent ainsi composer en l'absence de leur meilleur général et homme politique.
Le désastre de l'Allia
Un premier affrontement oppose les troupes romaines et les troupes gauloises de Brennus sur les rives de l'Allia, à seulement 16 kilomètres au nord de Rome. Les effectifs en présence sont estimés à du côté des Romains et du côté des Gaulois. Les Romains sont rapidement submergés, en raison notamment de leur infériorité numérique, d'une mauvaise préparation des troupes qui ne connaissent pas la stratégie de guerre gauloise, et dont les choix tactiques seront déjoués par les Gaulois. Les survivants se réfugient essentiellement à Véies, seuls quelques-uns parviennent à revenir à Rome.. La déroute totale de l'armée romaine laisse Rome sans défense, sachant que pour réunir la plus grande armée possible, les Romains ont été contraints de dégarnir les défenses de la ville. La facilité avec laquelle la victoire sera remportée étonne les Gaulois, qui se méfient et soupçonnent les Romains de leur tendre un piège. Ils s'avancent alors vers Rome, mais avec prudence.
Les Gaulois dans Rome
La fuite vers Cæré Selon Tite-Live, après le désastre de l'Allia (dies Alliensis), réalisant que la situation est devenue désespérée, les Romains abandonnent toute idée de défendre Rome. Une des premières mesures prises par les autorités romaines est de mettre en sûreté les objets sacrés de la ville, sous la garde des vestales et des flamines. Ils sont envoyés à Cæré, cité étrusque alliée, sous le commandement du plébéien Lucius Albinius, accompagné d'une partie de la population romaine.
La devotio des magistrats âgés Pour ceux qui restent à Rome, il est décidé que tous les hommes en âge de se battre (militaris iuuentus) ainsi que les sénateurs dans la force de l'âge, accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, doivent se retrancher dans la citadelle de l'Arx et sur le Capitole, positions fortifiées plus faciles à défendre. Les magistrats les plus âgés (seniores) prononcent la formule de la devotio, par laquelle ils acceptent de se sacrifier et d'attendre l'arrivée des Gaulois, vouant leur propre personne et les ennemis aux dieux infernaux.
Les Gaulois entrent dans Rome trois jours après la défaite romaine sur l'Allia.. N'étant pas équipés de machines de siège, les Gaulois établissent le siège autour du Capitole et se mettent rapidement à piller le reste de la ville. Selon Tite-Live, le signal du pillage aurait été donné par une altercation entre un certain Marcus Papirius et un guerrier gaulois.. Pour se défendre du guerrier qui lui tire la barbe, le Romain lui assène un coup sur la tête avec son sceptre d'ivoire, ce qui déclenche le massacre. Les Gaulois brûlent Rome et tuent les habitants demeurés sur place.
Le siège de la citadelle du Capitole
Camille, qui a échappé au désastre de l'Allia, tenu au courant des événements depuis Ardée, où il se trouve en exil, commence à rassembler une armée de secours, avec les survivants de l'Allia qui se sont retranchés dans Véies. Malgré leur défaite récente, ces derniers ont lancé des attaques contre des pillards étrusques venus rôder autour de Rome pour profiter de la situation.
Pendant ce temps, à Rome, les assiégeants gaulois tentent un assaut sur la citadelle romaine, mais l'attaque est repoussée.. Plutarque ne mentionne pas clairement cet assaut. Les Gaulois semblent alors renoncer à mener une attaque frontale, et se préparent à un long siège. Toutefois, les Gaulois tentent un second assaut sous le couvert de la nuit. Celui-ci aurait été déjoué grâce aux oies sacrées de Junon, qui, par leurs cris, auraient éveillé l'attention de Marcus Manlius. Ce dernier empêche les assaillants de prendre pied au sommet de la colline, méritant ainsi le surnom de Capitolinus.
Durant le siège, le jeune pontife Caius Fabius Dorsuo se fait également remarquer en n'hésitant pas à quitter le refuge du Capitole, traverser les lignes ennemies et rejoindre le Quirinal pour y célébrer une cérémonie familiale. Les Gaulois, pris de stupeur face à cet acte de courage et de piété, l'auraient laissé passer. Les épisodes de Manlius et Fabius Dorsuo sont considérés aujourd'hui comme légendaires et sont l'occasion pour les auteurs antiques de mêler les dieux au conflit, et de montrer clairement qu'ils offrent leurs faveurs aux Romains.
Le paiement de la rançon
Après sept mois de siège, en proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre le paiement d'une rançon fixée selon la tradition à , soit . Le caractère peu glorieux de cet épisode est en partie atténué dans le récit traditionnel par l'attitude avide et provocante que les historiens antiques prêtent aux Gaulois et à leur chef Brennus. Lors de la pesée de la rançon, les Gaulois auraient utilisé des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennus aurait répondu de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase « »..
Les matrones sont contraintes de sacrifier leurs bijoux afin de payer la rançon, geste qui leur vaudra l'autorisation de se servir du chariot lourd (pilentum) à l'occasion des fêtesJean Haudry, Juno Moneta, Aux sources de la monnaie, Arché Milano, 2002, et suiv..
Selon l'historien grec Polybe, ce sont les Gaulois qui négocient la levée du siège car les Vénètes envahissent leurs terres d'origine en Gaule cisalpine, 3.. Pour Tite-Live, c'est une épidémie de peste qui contraint les Gaulois à interrompre le siège et à se retirer de Rome, 1..
L'analyse moderne Il est aujourd'hui admis que les récits antiques ne reposent que sur un maigre fond historique qui se limite au fait qu'une bande de Gaulois a défait une armée romaine et a pu assiéger voire investir la ville de Rome. Cet événement aurait été amplifié par l'annalistique qui s'en serait servi comme décor pour introduire toute une série d'actes dignes et héroïques : le sacrifice des vieux magistrats, la piété exceptionnelle du pontife Caius Fabius Dorsuo ou les exploits aux combats de Marcus Manlius Capitolinus. La portée de l'évènement et les destructions attribuées aux Gaulois ont été amplifiées jusqu'à faire de ce désastre « une crise aux dimensions cosmiques » remettant en cause l'ordre du monde.
Le nombre limité de découvertes d'équipements gaulois du en Italie remet également en doute la réalité des événements décrits par les auteurs antiques. Des traces d'incendie remontant à cette époque ont bien été retrouvées sur le Palatin, mais rien d'aussi important que l'incendie d'une ville entière. Une destruction à une telle échelle aurait dû laisser davantage de traces sur des monuments de l'époque comme le Forum ou les temples de l'aire de Sant'Omobono. Il paraît plus probable que les Gaulois aient causé des destructions localisées, par exemple en provoquant des incendies touchant essentiellement les habitations en bois. Ils auraient pillé les temples de leurs objets de valeur pour se constituer un butin mais n'auraient pas détruit les monuments. La tradition sur laquelle se reposent les auteurs antiques a certainement exagéré l'ampleur des dégâts et les effectifs gaulois, parlant de « hordes », pour atténuer l'humiliation subie par les Romains. Tite-Live utilise cette prétendue destruction totale pour justifier le manque d'archives pour les premiers siècles de Rome mais ces documents devaient être peu nombreux à cette époque et ont certainement été mis en sûreté à Cæré ou sur le Capitole pour ne pas tomber entre les mains des Gaulois.
Pour Nicholas Horsfall, « les événements de 390 - ou plutôt de 387/6 - sont, dans la forme où ils ont été transmis, un inextricable fatras de récits étiologiques, d'apologies familiales, de doublets et de transferts de l'histoire grecque. » Nicholas Horsfall, « From History to Legend: M. Manlius and the Geese. », The Classical Journal, vol. 76, no. 4, 1981, . Ainsi, le nom du chef des Sennons, Brennus, qui n'apparaît qu'à partir de Tite-Live (il ne figure ni chez Polybe ni chez Diodore de Sicile), reflète probablement le nom du chef des Celtes qui ont fait une incursion en Grèce en 280/279. Venceslas Kruta et Valerio Manfredi considèrent que Camille et Marcus Manlius Capitolinus étaient morts lors de l'invasion gauloise et que leur présence dans le récit n'a pas d'autre objet que de sauver l'honneur romain(it) Venceslas Kruta et V. Manfredi, I Celti in Italia, Milan, Mondadori, 1999, . Enfin, le récit de la prise de Rome s'inspirerait de la prise d'Athènes par les Perses.
Le destin de la rançon romaine La tradition est foisonnante à ce sujet. Plusieurs chefs ont voulu s'arroger l'honneur d'avoir récupéré l'or de la rançon, puis plusieurs alliés de Rome (Cæré, Marseille) se sont immiscés dans ce thème.
La version de Tite-Live : intervention de Camille