La bataille de Blood River (bataille de la rivière de sang en français, die Slag van Bloedrivier en afrikaans et iMpi yase- Ncome en zoulou) eut lieu le en Afrique du Sud et opposa les Boers (ou Voortrekkers), commandés par Andries Pretorius, retranchés dans leur laager (cercle défensif constitué de chariots) à l'armée des Zoulous du roi Dingane kaSenzangakhona, commandée par Ndlela kaSompisi. Le combat se déroula sur les rives de la rivière Ncome, un petit affluent du fleuve Buffalo (Mzinyathi), dans le nord de l'actuelle province du KwaZulu-Natal.
Contexte
Sous la conduite notamment de Louis Trichardt, Hendrik Potgieter, Gert Maritz et Piet Retief, les Boers avaient commencé à quitter la colonie du Cap en 1835 pour l'intérieur des terres d'Afrique du Sud à bord de leurs chars à bœufs. Le but de cette migration, connue sous le nom de grand Trek, était de fonder des républiques indépendantes. Les émigrants sont appelés voortrekkers.
Massacre à uMgungundlovu
thumb|left|Gravure représentant le kraal du roi zoulou Dingane, uMgungundlovu (vers 1840). thumb|left|Copie du traité du signé par Retief et Dingane.
Le , après avoir franchi la montagne du Drakensberg, Piet Retief se lance dans l'exploration de la région de Port Natal (future Durban), modeste comptoir au bord de l'océan Indien, concédé autrefois par le roi zoulou Shaka à des commerçants britanniques venus s'établir sur la côte du Natal. Il prend contact avec le roi Zoulou Dingane kaSenzangakhona en novembre 1837, lui disant son intention de vivre en paix avec le peuple zoulou et lui propose de négocier un traité foncier permettant l'installation des voortrekkers dans la région de la rivière Tugela.. Retief évoque imprudemment à cette occasion les faits d'armes des Voortrekkers, notamment leur victoire lors de la bataille de Vegkop contre le roi Mzilikazi ce qui provoque la méfiance du roi zoulou. Celui-ci fait mine d'accepter le principe du traité bien qu'un contrat écrit, garantissant la propriété privée, n'ait aucune valeur dans la culture orale zoulou qui prescrit qu'un chef ne peut que temporairement distribuer des terres car elles appartiennent à la communauté.. Par ailleurs, l'autorité du roi ne s'étend que sur une partie des terres que Retief convoite pour les siens. Comme condition préalable à l'acceptation de la demande des Voortrekkers, Dingane exige que ceux-ci rapportent du bétail volé par Sekonyela, le chef rival des Tlokoas. Il s'agit en fait d'un test permettant de jauger la dangerosité des Boers pour les Zoulous.
En , Retief et ses hommes réussirent à trouver Sekonyela dans les montagnes du Drakensberg et à saisir la plus grande partie du bétail, supposément volé à Dingane, ainsi que des armes à feuLa célébration de la bataille de Ncome et les priorités de l'État (1998-1999), Sizwa Dlamini, Politique africaine, 2003/2, (N° 90), pages 177 à 189..
Retief revint au Natal avec son groupe de voortrekkers, comprenant Gerrit Maritz et Piet Uys. En dépit des avertissements de certains colons déjà présents à Port Natal et de chefs tribaux, il s'installe dans la région de la Tugela le pensant qu'il pourrait maintenant conclure un accord avec Dingane sur des frontières permanentes de la colonie du Natal. Le , il ramène à Dingane ledit bétail supposément volé, sans pour autant lui livrer les chevaux et les fusils confisqués à Sekonyela et aux Tlokoa. Il est vraisemblable que le roi zoulou décida alors de planifier l'exécution de Retief et de ses hommes, inquiété par les défaites successives de Mzilikazi et Sekonyela face aux voortrekkers. thumb|Frise du Voortrekker Monument représentant la signature du traité entre Piet Retief et le roi Dingane puis le massacre de Retief et de ses 70 compagnons sur ordre de Dingane. L'acte de cession de la région de Tugela-Umzimvubu est signé par Dingane le . Pour cette occasion, le roi Dingane invite Retief et 70 de ses hommes à son kraal d'uMgungundlovu afin d'établir une relation de confiance entre les deux communautés. Bien accueillis par des danses et mis en confiance, Retief, son fils et leurs compagnons ont accepté d'être désarmés pour participer au banquet au cours duquel sur l'ordre du Roi ( soit tuer les sorciers), ils sont massacrés jusqu'au dernier ainsi que 30 employés noirs qui les accompagnaientDesegrating history of South Africa : the case of the covenant and the battle of Blood/Ncome river, Anton Ehlers Department of History, Université de Stellenbosch., à coup de pierres et de bâtons, leurs corps empalés et livrés aux charognards sur la colline de Kwa Matiwane où leurs corps sont éventrés selon la coutume zouloue. Retief est abattu en dernier, son cœur et son foie extraits par les guerriers zoulous, enveloppés dans un linge, et déposés sur le chemin qui menait au camp où femmes et enfants attendaient vainement leur retour.
Massacre de Weenen et défaites boers thumb|left|Massacre de Weenen - illustration par Charles Bell. Dingane donne alors l'ordre d'attaquer les campements boers de la région et de massacrer tous ceux qui s'y trouvaient. thumb|Illustration d'une Boer défendant son chariot face à un assaut.vignette|Gravure (1909) représentant les femmes boers rechargeant les fusils derrière les chariots en laager. Ainsi impis sont envoyés pour attaquer les campements Voortrekkers dans les contreforts du Drakensberg à Blaauwkrans et Weenen où 41 hommes, 56 femmes et 185 enfants sont tués, anéantissant la moitié du contingent de Voortrekkers au Natal.. Entre 250 et 252. Khoikhois et Basothos qui accompagnaient les Voortrekkers sont également victimes des impis zoulous ce qui porte les pertes totales à plus de 530 morts. Dès lors, les divers campements voortekkers sont assiégés et seuls ceux qui parviennent à former leurs chariots en laager parviennent à résister.
Soutenus par des renforts venus de Port Natal (des Britanniques et des volontaires noirs), les Voortrekkers, menés par Potgieter et Uys tentent de riposter et de contrattaquer. Le , Uys et Potgieter mènent un Kommando de 347 cavaliers contre les régiments zoulous mais ils sont vaincus à la Bataille d'Italeni au sud-ouest de uMgungundlovu, du fait notable d'une mauvaise coordination des forces boers très indisciplinées. Uys et son jeune fils sont tués lors des combats alors que Gert Maritz meurt de maladie en septembre.
Hendrik Potgieter, le dernier des chefs boers, décide alors d'abandonner le Natal et part avec ses partisans vers le Transvaal.
Andries Pretorius, nouveau chef des Voortrekkers Andries Pretorius, un fermier qui avait quitté Graaff Reinet en arrive au Natal en . Le , il est élu à la tête de 464 voortrekkers armés et d'un convoi de 64 wagons afin de diriger une riposte contre Dingane.
Au début , il s'allie au prince Mpande, demi-frère du Roi, qui veut renverser Dingane King Mpande kaSenzangakhona, South African History on line.. La stratégie de Pretorius est d'affaiblir d'abord l'armée de Dingane afin qu'ensuite Mpande et ses partisans investissent le kraal royal et démettent le roi zoulou. Les tentatives précédentes effectuées par Hendrik Potgieter pour pénétrer via la vallée d'Italeni dans UmGungundlovu avaient échoué et entraîné la perte de nombreuses vies de Boers. Il avait notamment été impossible de former les chariots en laager. Les Zoulous commandés par Ndlela kaSompisi avaient ensuite assiégé les voortrekkers à Veglaer mais n'avaient pu réussir à s'infiltrer dans les défenses boers formées de laager. Compte tenu de leurs expériences antérieures, les options tactiques de défense et d'attaque étaient limitées pour les deux camps. Pretorius devait trouver un moyen de faire en sorte que les soldats de Dingane l'attaquent dans une position défensive de laager à un endroit de son choix, loin d'UmGungundlovu et de la vallée d'Italeni..
Le serment des Voortrekkers Le , 10 jours avant la bataille de Blood River, Pretorius et son commando rencontrent leurs alliés zoulous à Danskraal. Il se concerte ensuite avec Sarel Cilliers, le chef spirituel des Voortrekkers au Natal, et d'autres chefs boers sur l'idée de proposer une alliance à Dieu et de construire une église pour lui rendre grâce afin de se placer sous sa protection. L'idée est de donner confiance aux Vootrekkers en vue d'une bataille qui s'annonce décisive. Construire une église dans le contexte est le symbole de l'établissement d'un État sédentaire. Le , Pretorius fait jurer à ses compagnons de consacrer chaque année à Dieu le jour de leur hypothétique victoire sur les armées de Dingane et de bâtir cette église. Chaque soir jusqu'au , ce serment (ou vœu) est réitéré. Chaque jour également, son commando se rapproche lentement et prudemment de la rivière Ncome, formant périodiquement les chariots en laager.
Paroles du serment Gilles Teulié, « Le mythe Afrikaner du « peuple élu de Dieu » ou le long Trek des calvinistes sud-africains », Études théologiques et religieuses, 9 229 à 248, 2008/2 (Tome 83)..
La bataille du 16 décembre 1838 vignette|left|Assaut final de la cavalerie et de l'artillerie Boers contre les impis zoulous. vignette|left|Une des pièces d'artillerie de Pretorius, exposée au Voortrekker Monument. Le samedi , le convoi de Pretorius traverse la rivière Buffalo. Il est alors à 80 km d'UmGungundlovu. Une patrouille boer de reconnaissance alerte sur la présence d'une importante concentration de guerriers zoulous sur un terrain accidenté. Pretorius estime que c'est un piège et que les Zoulous cherchent à l'attirer dans une zone où il ne pourrait former son laager. Il n'engage pas le combat et établit son laager fortifié sur les rives de la rivière Ncome dans l'espoir d'y attirer le général Ndlela et ses impis. Le site choisi par Pretorius est situé à quelques mètres d'une ravine Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Sud, des antiquités à nos jours, Perrin, 1989, p 97-99). profonde de huit mètres débouchant dans une zone large et profonde de la rivière, peuplée d'hippopotames. À l'opposé, le site est largement dégagé et n'offre aucune protection à d'éventuels assaillants, mais constitue le principal accès praticable. C'est dans cette direction que Pretorius peut concentrer les tirs de sa petite artillerie , la position étant protégée de l'autre par un obstacle naturel.
Le , la confrontation a lieu entre environ guerriers zoulous commandés par Ndlela kaSompisi et environ 464 voortrekkers et trois Britanniques accompagnés de 340 alliés ou serviteurs noirs et métis (dont au moins 60 alliés d'un régiment bantou de Port Natal), soit un total d'environ 815 personnes Military History Society Tour Notes, George Chadwick in The South African Military History Society, 1978. repliés avec 650 bœufs et 750 chevaux derrière leurs 64 chars à bœufs rangés en un laager d'environ 400 mètres de circonférence.
Dans la nuit du , six régiments zoulous commandés par le général Dambuza, ont traversé la rivière Ncome et ont commencé à se masser autour du campement. Alors que se dissipe l'épais brouillard qui enveloppe les rives du méandre de la rivière Buffalo, l'attaque débute au lever du soleil, vers 5 heures du matin. En raison de fortes pluies, la rivière Ncome est difficilement franchissable et le sol est boueux. Les régiments de Dambuza sont les premiers à lancer l'assaut mais ils se fracassent sur les tirs défensifs provenant du laager. Les lances courtes des assaillants, adaptées au combat rapproché, ne sont guère efficaces dans ce genre de confrontation .. Les guerriers se retrouvent fauchés comme de l'herbe par les tirs des fusils boers. right|vignette|Le prince Mpande.