Un givry est un vin rouge ou blanc d'appellation d'origine contrôlée du vignoble de Bourgogne. Il est produit sur les communes de Givry, Jambles et Dracy-le-Fort, situées en Saône-et-Loire, à environ 12 kilomètres à l'ouest de Chalon-sur-Saône. En 2023, le vin rouge représentait 2/3 de la production.
C'est une des appellations communales des vignobles de la côte chalonnaise, avec le bouzeron, le mercurey, le rully et le montagny, dans la région viticole de Bourgogne. Trente-huit climats du givry sont classés en premier cru.
Histoire Antiquité La vigne est arrivée ici à l'époque des conquêtes romaines. Des restes d'amphores ont été trouvés dans le vignoble et le village.. L'empereur romain Domitien, en 92, ordonna l'arrachage partiel des vignes dans le Midi et en Bourgogne afin d’éviter la concurrence.. Mais Probus annula cet édit en 280Henri Cannard : AOC Mercurey, Le vignoble d'hier, .. À partir du les vins de cette commune jouissaient d'une haute réputationHubert Duyker (édition "Fernand Nathan") : Grands vins de Bourgogne, page sur Givry, ..
Moyen Âge vignette|Henri IV. Dès le début du , l’implantation du christianisme a favorisé l’extension de la vigne par la formation d’importants domaines rattachés aux abbayes. Ainsi l'abbaye de Cluny (fondée en 909)Le Figaro et La Revue du vin de France (2008) : Vins de France et du monde (Bourgogne : Chablis), L'histoire, . pour le Chalonnais. C'est au Moyen Âge que le vignoble se développa sous l'influence des moines de Chalon-sur-Saône, Cluny ou La Ferté ; c'est aussi à ce moment-là que le cellier aux moines fut bâti. En 1371, Philippe le Hardi a fait apprécier le vin de Givry à son beau-père (le comte de Flandre). La cour pontificale, installée à Avignon dès le milieu du , en fait une consommation importante et multiplie les achats à Givry. À la fin du , Eustache Deschamps chantait le Givry dans ses œuvres. Pendant ce même siècle, Givry était considéré comme le centre viticole du Chalonnais. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir dans ses terres. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché à la France sous le règne de Louis XI.
Période moderne Claude Courtépée, ainsi que les viticulteurs du village, raconte que le roi Henri IV en aurait fait son vin préféré.
Sous le Premier Empire, Givry possède environ de vignes. En 1816, André Jullien indique dans sa classification des vins rouges : , .. Jullien consacre aussi un paragraphe aux blancs : .
Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). Le millésime 1865 donne des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces..
vignette|redresse=0.7|Le phylloxéra, minuscule insecte qui a ravagé le vignoble à la fin du . Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui toucha la Saône-et-Loire dès 1875 (premier cas documenté à Mancey), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).
Après les désastres provoqués par le mildiou et le phylloxéra, la viticulture de qualité faillit bien disparaitre à Givry. Les vins ne bénéficiaient d'aucune notoriété et n'intéressaient guère le négoce bourguignon. Sur une partie du vignoble, le pinot noir avait été remplacé par des gamays ou même des hybrides producteurs directs, donnant des vins rouges grossiers mais à haut rendement et faible prix de revient trouvant leur débouché dans le bassin ouvrier de Montceau-les-Mines - Le Creusot. Ce petit vignoble, fortement morcelé, avait bien des difficultés à survivre. Une petite cave coopérative, probablement éphémère, sera créée en 1906.. Seul le principal domaine, celui du baron Thénard, appuyé sur la puissance financière de cette famille et auréolé de la gloire de sa parcelle du grand cru montrachet pouvait prétendre à la rentabilité.
L'attribution de l'appellation d'origine contrôlée au givry en 1946Décret 46-165 du 8 février 1946 relatif à l'appellation d'origine contrôlée "Givry", JORF du 10 février 1946, page 1197. fut plus une bouée de sauvetage qu'une reconnaissance de la qualité des vins. L'AOC ne fut d'ailleurs accordée que dix ans après celles du mercurey et du montagny. À ce moment, la superficie plantée en pinot noir ou en chardonnay atteignait à peine quelques dizaines d'hectares et aucune délimitation de premier cru ne fut faite. Jusque dans les années 1970, les zones pavillonnaires (Givry n'est qu'à une quinzaine de kilomètres de Chalon-sur-Saône, alors en plein développement) menaçaient de remplacer la vigne.
C'est de cette époque que date le véritable démarrage de l'appellation. Une poignée de fils de viticulteurs (première génération à être passée par les écoles (la fameuse « Viti » de Beaune) : les Joblot, Ragot, Lumpp, Chofflet...) conscients que la mise en bouteilles au domaine et la vente directe étaient, dans leur cas, la seule issue possible, prennent l'option de la qualité. On replante des coteaux abandonnés (clos Jus), l'équipement des caves est modernisé, les techniques de viticulture et de vinification deviennent celles des bonnes appellations de la Bourgogne et la qualité des vins aussi. En 1997, 26 climats sont classés comme premiers crusComité nationale du 6 mars 1997 de l'Institut national de l'origine et de la qualité, repris dans le ..
Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives.
Le cahier des charges de l'appellation est modifié en , publié au JORF du ., puis en (augmentation à 38 du nombre de climats en ) (, homologué par le décret du publié au JORF du ..
Étymologie Givry, est un toponyme qui a les mêmes origines que Gevrey-Chambertin. Les formes les plus anciennes, qui sont Gibriacus (630) et Gebriacus (850), suggèrent un anthroponyme gallo-romain Gabrius - du celte gabros (chèvre) - avec le suffixe -acum, indiquant la possessionAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968..
Vignoble Aire d'appellation vignette|Vue d'une partie de Givry et de son vignoble. vignette L'aire d'appellation se situe en Bourgogne (région Bourgogne-Franche-Comté), dans le département de Saône-et-Loire, sur les trois communes de Dracy-le-Fort (la partie sud), Givry (principalement) et Jambles (la partie est). Elle est voisine des appellations mercurey au nord et montagny plus au sud, l'ensemble de la côte pouvant produire du bourgogne côte-chalonnaise (une dénomination géographique au sein de l'appellation bourgogne).
Selon le service des Douanes, la superficie revendiquée en 2023 sous l'appellation est d'un total de , dont pour produire du givry rouge, 117,8 pour du givry rouge, 40 pour du givry blanc et pour du givry blanc.. Cette surface de production était en 2011 de , dont 224 en rouge et 41 en blanc (les couvrant 100 ha de rouge et 10 de blanc)Bourgogne aujourd'hui, , janvier 2011, ..
Lieux-dits
Le nom de l'appellation sur les déclarations comme sur l'étiquette peut être suivi du nom du climat (lieux-dits) sur lequel le vin a été produit. Plusieurs de ces climats sont classés comme premiers crus, à condition de respecter les critères spécifiques fixés par le cahier des charges pour l'ensemble de ces climats, en termes de rendements (moyen et butoir), de richesse minimale en sucres et de titre alcoométrique minimal et maximal. Pour eux, l'étiquette peut porter juste après le nom de l'appellation la mention soit « premier cru », soit premier cru suivi du nom d'un de ces , en caractères de la même taille que ceux du nom de l'appellation. Tous sont situés sur la commune de Givry, sauf « Crausot », « La Matrosse », « La Plante » et le « Médenchot », situés sur la commune de Jamblay, et « Le Champ Nalot » et le « Clos Jus », situés sur la commune de Dracy-le-Fort :
D'autres lieux-dits cadastrés peuvent figurer sur l'étiquette, mais en caractères de taille moitié moindre que ceux du nom de l'appellation :
Orographie Le vignoble couvre un coteau d'orientation générale du nord-nord-est vers le sud-sud-est, cette portion de la côte chalonnaise est découpée par quatre vallons : du nord au sud la combe de Savry, combes Gris, du hameau de Russilly et du ruisseau de Jambles. Les expositions varient donc entre le plein est, le sud-est et le plein sud. Les vignes montent jusqu'à et s'étalent en descendant jusqu'à , sur des pentes douces devenant plus escarpées en montant.
Géologie vignette|Givry et son vignoble vus depuis la colline de Varanges. Les différentes couches du sous-sol se sont déposées pendant le Jurassique par sédimentation marine ; puis le relief s'est formé à la fin de l'Oligocène lors de l'effondrement du fossé bressan, la côte ainsi formée étant désormais structurée par une série de failles fracturant les couches géologiques ; enfin l'érosion du relief, notamment durant les glaciations quaternaires, a tout recouvert de colluvions. En conséquence, le sous-sol du coteau à Givry est plutôt calcaire, recouvert par des sols argilo-calcaires.
Le coteau entre Jambles et le hameau de Charnaille a un sous-sol datant du Jurassique inférieur (époque appelée aussi le Lias), avec une alternance entre des calcaires à Gryphées géantes, des marnes sombres micacées du Pliensbachien supérieur (appelé le Domérien) et des marnes grises du Toarcien..
La partie haute du coteau, sous couvert forestier, a un sous-sol du Jurassique moyen (le Dogger), avec principalement des calcaires oolithiques beiges (ceux exploités dans les carrières de Givry, Saint-Martin-sous-Montaigu et de Chassagne-Montrachet), formant des bancs métriques, datant du Bathonien inférieur. Juste en dessous, en lisière, il y a aussi une bande peu épaisse de marnes gris-clair du Bathonien supérieur, comprenant quelques fossiles de . Les vignes menant au hameau de Russilly sont sur ces roches.
Le coteau couvert de vignes est presque exclusivement sur un sous-sol de l'Oxfordien moyen et supérieur, avec d'abord tout en haut une mince couche de marnes rouges ou brunes oolithiques ferrugineuses riche en entroques de ; puis, les calcaires de Nantoux, gris ou beige clair, formant des bancs de 10 à 20 cm d'épaisseur, séparés par de minces horizons marneux ; ensuite, des marnes beige clair (correspondant à celles de Mercurey et de Saint-Romain) ; encore en dessous, les calcaires oolithiques rouges dits de Givry, bioclastiques et exploités en carrières ; enfin en bas les calcaires beiges de Germolles (appelés aussi pierre de Dracy), en petits bancs décimétriques.
Pédologie