La lecture sur écran ou lecture numérique est un type de lecture qui regroupe la lecture hypertextuelle, la lecture d'une page web ou la lecture de livres numériques. En psychologie cognitive, c'est l’étude des processus cognitifs engagés par un lecteur humain pour percevoir et interpréter l’information présentée par une source électronique..

Elle serait, d'après Guglielmo Cavallo et Roger Chartier, l'une des trois évolutions majeures de la lecture: le serait synonyme de passage de la lecture orale du texte écrit à la lecture silencieuse du livre. Puis le passerait de la lecture intensive (fortement empreinte de sacralité et d’autorité) à la lecture extensive. Enfin, la période actuelle serait passée d'une lecture traditionnelle sur papier à la lecture sur écran qui modifie tout le système d’identification et de maniement des textes.

Caractéristiques de la lecture numérique Définition Dans le Dictionnaire Le Robert encyclopédique, le terme « lecture » revêt diverses acceptions. La première a trait à l'action matérielle de lire, de déchiffrer ce qui est écrit. Le lecteur s'intéresse au support qui comprend des signes et des graphèmes. Le second sens découle du premier puisqu'il correspond à l'action de lire, de prendre connaissance du contenu d'un écrit et de le comprendre.

Quant à l'adjectif « numérique », selon la définition issue du Vocabulaire de la documentation d'Arlette Boulogne, il « qualifie un dispositif, un système ou un procédé délivrant un signal qui décrit les phénomènes étudiés de façon discontinue par rapport au temps au moyen de codes binaires ». En cela, un texte «numérique» n'est pas qu'un texte numérisé, mais bien un mode de représentation d'un objet fondé sur une structure discrète et une technique d'échantillonnage. La numérisation est un processus de conversion d'un signal analogique en un signal numérique. Cette technique permet de stocker des documents, quels qu'en soient la nature ou le support, sous une forme électronique.

Ainsi, la lecture numérique recouvre plusieurs types de lecture: la lecture hypertextuelle, la lecture d'une page web ou la lecture de livres numériques. Dans la définition de Jean-Pierre Accart et Marie-Pierre Réty, tirée de leur ouvrage Le métier de documentaliste, le livre électronique désigne un équipement nomade composé d'un écran tactile, d'une mémoire, d'une source d'énergie autonome et d'un moyen de connexion avec Internet. Or, une liseuse, par exemple, ne possède pas forcément un écran tactile et une connexion à Internet, mais elle est un support qui permet la lecture d'œuvres numérisées (livres, presse, documents de travail).

En psychologie cognitive, « la lecture électronique ou numérique est définie comme l’étude des processus cognitifs engagés par un lecteur humain pour percevoir et interpréter l’information présentée par une source électronique ».

Fonctionnalités Pour Claude Morizio, la lecture numérique est à mi-chemin entre les formes du codex et du volumen, comme l'indiquent ses caractéristiques que sont la tabularité, la multimodalité, l'hypertextualité et la non-linéarité.

Dans Le livre en révolutions, Roger Chartier évoque, à ce propos, «[l]e déroulement séquentiel du texte sur l'écran […], la possibilité pour le lecteur de mêler, d'entrecroiser, d'assembler des textes qui sont inscrits dans la même mémoire électronique». Pour lui, la révolution du texte électronique, c'est la révolution des structures du support matériel de l'écrit et des manières de lire.

De nouveaux contrats de lecture Yves Jeanneret et Emmanuel Souchier affirment quant à eux qu'avec la lecture numérique, « les conditions de manipulation du texte ont changé. Face à la machine, le lecteur est placé dans une situation paradoxale de distanciation et d'engagement. La distance de l'homme à la machine est plus grande que celle de l'homme au livre, car le texte semble avoir disparu "derrière" l'écran, laissant prise à l'espace du secret et du sacré. En revanche, l'engagement physique s'accroît, car le lecteur devient manipulateur et doit « agir » la machine à des fins purement fonctionnelles ». Ainsi, le lecteur peut agir et ou interagir tout au long de son parcours de lecture.

Dans L'outre-lecture, les auteurs évoquent la dimension iconique du processus de lecture, caractéristique majeure du processus de lecture sur support numérique. Néanmoins, celle-ci était déjà présente sur support imprimé avec les outils graphiques et la typographie.

Une autre particularité de la lecture numérique réside dans la nature activable de certains signes. Les auteurs parlent de «dimension manipulatoire» de la lecture qui sert de guide de parcours au lecteur. Cela lui permet de s'orienter dans l'espace dynamique en construisant son propre espace documentaire précis, mais toujours ouvert à de nouveaux parcours. L'appropriation du texte passe davantage par la manipulation du texte que sur support imprimé, où le parcours de lecture est balisé par la présence d'un index, de glossaires ou de notes. La lecture numérique nécessite des savoirs et des savoir-faire, un ensemble de compétences utiles pour manipuler ces objets. Par ailleurs, il serait souhaitable d'être à l'aise au préalable avec la lecture papier pour pouvoir investir ces nouveaux modes de lecture. Christian Vandendorpe précise que ce mode de lecture est davantage pratiqué par des experts (étudiants, chercheurs) que par des novices.

La lecture numérique peut être envisagée à la fois comme une liberté et une contrainte. Par certains de ses aspects, elle se prête bien à ce que Michel de Certeau nomme «l'activité de braconnage» au sujet de la lecture. Selon lui, « [l]es lecteurs sont des voyageurs ; ils circulent sur les terres d'autrui, nomades braconnant à travers les champs qu'ils n'ont pas écrits, ravissant les biens d'Égypte pour en jouir ».

Les conséquences de la lecture numérique Lire sur un écran Lire sur un écran amène des attitudes et des postures nouvelles pouvant se révéler être des inconvénients alors que d’autres éléments peuvent se révéler être profitables pour le lecteur.

Selon Claire Bélisle, lire à l’écran, met le lecteur dans une posture physique nouvelle et donne lieu à une expérience sensori-motrice spécifique. Alors que la lecture d’un support papier permet de lire dans différentes positions, la lecture à l’écran suppose une certaine immobilité et donc une sensation d’inconfort. Toutefois, le développement des équipements mobiles comme les tablettes de lecture ou liseuse modifie ces contraintes. De plus, l’expérience perceptive change: le lecteur est plus facilement sujet à une fatigue oculaire. Alors que le livre papier offre un confort visuel maximum (du fait de sa taille, de l’appareillage typographique, du contraste encre-papier), l’écran peine à présenter une résolution suffisante et une qualité d’affichage pour l’œil. Même si actuellement, les technologies tentent de remédier à ces insuffisances, avec le rétro-éclairage par exemple, Claire Bélisle indique que l’écran offre une moindre lisibilité et une vitesse de lecture inférieure d’au moins 25% à la lecture sur papier.

Bien que les différences entre les différents formats (papier et numérique) existent, ceux-ci peuvent tous affecter les « performances visuelles » chez le lecteur. La lecture prolongée, peu importe son support, est généralement possible sans qu’il y ait nécessairement des inconvénients majeurs même si la lecture sur support papier est le format primé pour la lecture et la compréhension de texte selon l’étude menée par l’optométriste Victor Molina.

Christian Vandendorpe explique d’ailleurs que même pour les personnes qui passent plusieurs heures par jour devant leur écran d’ordinateur, ce médium n’est pas leur support de lecture favori. Quand il s’agit de se livrer à la lecture attentive d’un texte, que ce soit pour le travail ou la détente, la plupart des individus choisissent encore de passer par l’imprimante. Néanmoins, selon l’analyse des résultats de différentes études, la préférence pour l’un ou l’autre des supports influence la capacité du lecteur pour la lecture.

Pourtant, plusieurs optent pour la lecture numérique, car l’écran et tout l’appareillage informatique permettent de nouveaux modes d’accès à la lecture. Les utilisateurs peuvent personnaliser l’affichage du texte à l’écran, en grossissant les caractères, mais aussi en aménageant les couleurs, les contrastes ou les polices. Cette paramétrisation de la lecture est positive pour les personnes en situation de handicaps qui peuvent, par les fonctionnalités du support, améliorer la clarté et la présentation des documents, ou pour répondre aux besoins des enfants afin de favoriser la lecture numérique.

Si l’on prend le cas de la lecture sur une tablette de lecture, l’inconfort est réduit. La manipulation de cet objet nomade est plus facile: le lecteur peut lire dans différentes positions grâce au format et au poids léger de l'équipement (mais il doit disposer quand nécessaire d'une source électrique pour recharger la batterie de l'appareil).

Enfin, afin d'avoir une meilleure lisibilité, le lecteur peut s’appuyer initialement sur des repères et les réinterpréter. Selon Emmanuël Souchier et la théorie de Écrit d'écran, le geste de lire est totalement refondé par la littératie à partir des années 1990. On rassemble aussi bien des textes, des images, des schémas, que des sons. À cela s’ajoute de nouveaux éléments para-textuels liés à l’aspect numérique, comme les icônes, et une organisation spécifique de la page. Cependant le lecteur peut retrouver certaines formes traditionnelles du livre avec la présence de titre, de paragraphe, de renvoi en bas de page, de sommaire (menu).

La lecture hypertextuelle La lecture numérique consiste aussi à circuler ou à naviguer en mode hypertexte ou hypermédia.

Christian Vandendorpe explique qu’«on ne lit pas un hypertexte comme on lit un roman, et [que] la navigation sur le Web procure une sensation différente de la lecture d’un livre ou du journal». L'hypertexte peut s'apparenter à un genre connu, celui du fragment (par exemple, les Pensées de Pascal ou les Cahiers de Paul Valéry), même si, paradoxalement, ce genre littéraire « ne s'épanouit que dans le cadre du livre ». La lecture hypertextuelle évoque le style de lecture de Montaigne : « [l]à, je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues; tantost je resve, tantost j’enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voicy ».

L’hypertexte induit, en effet, une possibilité de lecture non linéaire. La possibilité de choisir et de construire son propre parcours de lecture est offerte au lecteur, comme dans le cas de l'. Pierre Lévy va plus loin en affirmant que le lecteur devient auteur. Cependant Christian Vandendorpe rappelle que ce sont le concepteur du site et l’auteur du document qui créent les liens et qui, ainsi, guident le lecteur dans un parcours de lecture plus ou moins prédéterminé. En revanche, il envisageait, en 1999, époque de l'exploration logicielle des premiers wikis,

Manuel Castells insiste sur la multiplicité des sites et des documents, des auteurs et des lecteurs, et sur le fait que ces derniers peuvent échanger leurs rôles, ce qui engendrerait une auto-communication de masse («mass self-communication»).

À la suite de « La mort de l'auteur » proclamée par Roland Barthes, et devant une possible « mort du lecteur » causée par les nouveaux médias, Roger Chartier s'interroge: « [l]e texte électronique, en toutes ses formes, pourra-t-il construire ce que n'ont pu ni l'alphabet, malgré la vertu démocratique que lui attribuait Vico, ni l'imprimerie, en dépit de l'universalité que lui reconnaissait Condorcet, c'est-à-dire construire, à partir de l'échange de l'écrit, un espace public dans lequel chacun participe ? »Chartier, Roger. « Lecteurs et lectures à l'âge de la textualité électronique ». Aura Digital. Estudis de cibercultura hipertextual.