Ancône () est une ville d'environ , capitale des Marches et chef-lieu de la province d'Ancône en Italie.
Ancienne ville fortifiée d'Italie centrale au riche passé gréco-romain et religieux médiéval, Ancône est une ville d’art, une station balnéaire et possède un port très actif sur la mer Adriatique.
Ses activités sont essentiellement liées aux activités portuaires et de constructions navales, à la pêche, à l'agriculture intensive et à l'artisanat diversifié de son arrière-pays.
Toponymie Le toponyme Ancône s'explique par la légère modification du grec Αγκων (Agkon prononcé par un latin Ankôn) qui signifie « la courbe, le coude, la courbure, l'inflexion ». Les linguistes y remarquent l'étymon indo-européen ang(k) au sens de . Ce terme fait référence à la forme du promontoire sur lequel s'élève la ville : triangulaire, comme un coude, avec la cathédrale sur la colline qui correspond au sommet nord. Par son origine grecque, la cité a gagné le surnom de cité dorique.
Géographie et géologie
La ville se situe sur la côte adriatique à au sud-est de Venise, à au nord-est de Rome.
Elle bénéficie d'hivers cléments grâce à un climat d'abri tempéré par l'inertie thermique de l'Adriatique, au contraire des contrées au nord-ouest des Marches subissant de plein fouet les rigueurs hivernales de la Bora ou de l'Apennin central.
Le port se trouve à l’est de la ville et a été protégé à l’origine par le promontoire nord, en forme de coude.
vignette|L’arc Trajan et l’Église saint Cyriaque sous la neige
Le port de pêche est toujours actif, à l'instar des autres ports adriatiques des Marches tels que Civitanova Marche, San Benedetto del Tronto au sud et Fano au nord. Il se trouve dans un site naturel abrité par le promontoire du mont Conero. Il est opportunément placé dans la courbure entre deux extrémités du mont Conero en forme de promontoires s'avançant vers la mer : le mont Astagno qui occupe la citadelle, ancienne place militaire ; le mont Guasco sur lequel s'élève la cathédrale (). Celle-ci (le dôme), dédiée à saint Cyriaque de Jérusalem, est censée occuper le site d'un temple de Vénus ; cette dernière est mentionnée par Catulle (poésie XXXVI) et Juvénal (Satire IV, 37-52) comme la divinité titulaire de l'endroit dont le temple domine le site. centré|vignette|537x537px|Port d'Ancône
L'activité économique la plus ancienne, celle du marché urbain, rappelle les deux lieux majeurs et opposés par ses jours d'ouverture, mardi et vendredi. Mardi ou Mars dies est le jour consacré à la divinité de la guerre et des armes Mars, vendredi ou Veneris dies le jour de la déesse de l'Amour Vénus.
Histoire Ancône est une ville marchande et portuaire à la fois en harmonie avec son arrière-pays rural et parfois paradoxalement émancipée de par son appartenance à un autre horizon maritime.
Ancona, Pinacoteca civica F. Podesti, Barnaba Mariotti, Veduta del porto di Ancona, particolare.jpg|Vue du Port d’Ancône de Barnaba Mariotti, pinacothèque Podesti d’Ancône, 1850 (Venice) 'Porto di Ancona' Engraving by Luigi Vanvitelli – 1738.jpg|Vue du Port d’Ancône gravure de Luigi Vanvitelli - Museo storico navale
Antiquité vignette|Cathédrale San Ciriaco vignette|250px|L'Arc de Trajan () en contrebas de la Cathédrale san Ciriaco () vus à travers l'Arc Clémentin ().|alt=
Antiquité classique Ancône est une colonie grecque fondée par Denys l'Ancien vers 390 provenant de Syracuse, elle-même fille de Corinthe. Les exilés corinthiens ont donné le nom d'Ankòn (Ἀγκών) à la polis (cité) construite de leurs mains, probablement avec le puissant renfort en 380 des proscrits politiques de Syracuse après l'instauration définitive de la tyrannie dionysienne.
Les marchands en liaison commerciale avec Corinthe et ses filles Sélinonte et Syracuse ont établi ici une fabrique de pourpre de Tyr (Sil. Ital. viii. 438).
La cité fortifiée est prise par Rome en l'an 268 Elle est entourée du Picenum, territoire antique correspondant à la marche d'Ancône, qui, par sa résistance farouche à Rome en Italie centrale, a détourné la via Flaminia vers le nord à Fanum Fortunae devenu Fano, et la Via Valeria vers le sud à Corfium.
Le doute subsiste sur la date à laquelle Ancône est devenue colonie romaine. Elle a été occupée comme base navale pendant la guerre d’Istrie de 178 (Tite-Live, Histoire romaine, Livre XLI, 1). Jules César en a pris possession immédiatement après sa traversée du Rubicon en 49
À l'époque romaine, la cité portuaire a continué à imprimer sa propre monnaie avec l’effigie du bras courbé portant un rameau et une tête d’Aphrodite sur la face pile. Elle a continué à utiliser la langue hellénique, le grec ancien au sein de l'Empire. La cité connaît une prospérité croissante et s'affirme en incontestable étape commerciale vers l'Orient et l'Illyrie.
Son port est d’une importance considérable à l’époque impériale du fait de sa proximité avec la Dalmatie : il a été agrandi par l'empereur Trajan, qui a construit son quai nord, son architecte étant Apollodore de Damas. À son entrée s’élève l’arc de triomphe, arc de Trajan ou arco di Traiano en marbre avec une seule arche et sans bas-reliefs érigé en 115 par le sénat et le peuple.
Antiquité tardive La christianisation de cette Cité active est précoce. Le premier évêché au est placé sous le patronage de Cyriaque de Jérusalem ou Ciriace ou KyriakosKyriakos signifie « seigneur » en grec. ou Quiriacus, jeune chrétien d'origine juive du nom de Judah ben Siméon ben Zachée, rabbin à Jérusalem et arrière-petit-neveu de Jésus. Selon une légende paleo-chrétienne, il accompagne Hélène, mère de Constantin , à Jérusalem en 326, et après quelques jours de tortures, lui est révélé le lieu d'enfouissement de la Sainte-Croix. Devenu évêque de Jérusalem par la grâce impériale, saint Cyriaque aurait à nouveau subi le martyre pour sa nouvelle religion sous l'empereur Julien. Il est fêté le 4 mai par l'église archiépiscopale d'Ancône qui possède ses reliques transportées en 418 par l'impératrice Galla Placidia de Palestine dans l'église Saint-Étienne d'Ancône, puis déplacées en 1097 en l'église San Lorenzo, sur la colline Guasco, qui depuis cette époque est consacrée à Saint-Cyriaque devenu saint patron de la ville d'Ancône. On commémore son martyre le 4 mai, où se perpétue la distribution de bouquets de joncs bénis aux fidèles, le lendemain de la fête de la Sainte Croix.
Moyen Âge
vignette|Intérieur de Sainte-Marie de la Place vignette|gauche|Le pape Alexandre III et l'empereur Frédéric Barberousse donnent à Ancône une ombrelle au Doge de Venise Ziani. Salle du grand conseil du palais des Doges de Venise. vignette|Loges des Marchands, .
Après la chute de l'Empire romain, Ancône se soumet à l'hégémonie d'Odoacre, puis des Ostrogoths (493-553) qui les protègent malgré les dégradations de ses habitants appauvris. La reconquête romaine byzantine de l'Italie sous Justinien est d'une grande violence entre 532 et 552. La peste sévit ; les mercenaires de Bélisaire et de Narsès piétinent malgré leur supériorité technique. Après l'assaut d'Ancône, Justinien éradique ce qui lui semble le fruit du peuple goth pour imposer son ordre autoritaire. Ancône est une ville dévastée, sa population est exsangue, mais elle demeure un poste militaire et stratégique, membre de la Pentapole déterminante au sein de l'exarchat de Ravenne fondé par les Byzantins.
Thibert roi d'Austrasie, souhaitant revêtir comme son aïeul Clovis la chlamyde impériale, emmène son armée et ses alliés Lombards se battre au-delà des Alpes vers 540. Celui qui rêvait de pourpre est contraint de prendre parti dans une effroyable guerre opposant Grecs et Wisigoths. Alors qu'il apporte une aide chrétienne aux premiers, il n'est employé qu'en simple auxiliaire mercenaire et vilipendé en barbare. Tarifiant leurs services, les troupes austrasiennes passent dans le camp ostrogoth qui les accueille avec civilité et sait mieux défendre la civilisation. Restés après son départ, des mercenaires germaniques suivent le parti du plus payant.
De 568 à 572, les Lombards, migrants en masse sous la conduite du roi Alboïn, pourfendent avec brutalité les défenses militaires de l'Italie byzantine unifiée. Bénéficiant de la connaissance géographique de leurs parents mercenaires, ils occupent les zones de campagne - prenant Pavie, exceptionnelle proie urbaine sans défense de par une muraille effondrée, pour en faire leur capitale. Les armées byzantines s'épuisent à conquérir les cités fortifiées réunies par un réseau de voies parfois fortifiées. Après un temps d'adaptation, les souverains lombards s'organisent pour mener des guerres de siège et se rendre favorables aux populations italiennes sous le joug militaire byzantin. En 592, concluant une campagne militaire aussi économe qu'efficace, Agilulf, roi des Lombards fait d'Ancône la capitale d'une marche homonyme. L'ancienne cité de la Pentapole au sein de l’exarchat de Ravenne redéploie ses activités commerciales libres et s'affirme durant le Moyen Âge comme une importante cité maritime et marchande.
Ancône et la marche d'Ancône, dénomination préservée par la frontière entre le royaume franc des Lombards et les États pontificaux, est donnée avec l'exarchat au pape Étienne II par Pépin le Bref en 754. La ville est détruite par les Sarrasins en 848, mais se relève facilement sous l'égide des princes francs. Par son histoire lombarde puis francienne, Ancône et sa marche se rattachent au regnum Italiae, cette Italie allemande et prospère des villes, des communes et du grand commerce en phase avec l'Allemagne du Sud, surtout à son apogée au . Ce regnum, morcelé mais bien réel, d'Othon , roi d'Italie en 952 jusqu'aux derniers feux du sous Fréderic III, comporte la Lombardie, la marche de Vérone au nord, le duché de Romagne, Spolète, la Tuscie avec Florence et Sienne. Il exclut Venise, le patrimoine de Saint-Pierre, et dans une certaine mesure le royaume de Sicile à l'exception de la période inaugurée par l'universalisme staufien. Mais cet espace marqué par la rénovation ottonienne est de manière précoce politiquement éclaté dès le . La bulle d'or de 1356, germe de la naissance réelle du Saint-Empire romain germanique de langue allemande, ouvre la voie vers une lente séparation.
La république d'Ancône, république maritime importante, s'émancipe du marquisat d'Ancône et s'enrichit du commerce avec l'Orient, malgré la concurrence redoutable de Venise. Elle résiste au siège de Lothaire III en 1137, puis de Frédéric Barberousse en 1167 et de Venise en 1174. Ce dernier siège terrible dure du à la mi-octobre. Les premiers sièges s'expliquent par la frustration de l'administration impériale de la marche de 1159 à 1290, privée de la capitale. La tutelle affirmée du Saint-Siège par la ville libre est un moyen commode pour la république anconitaine de garder sa liberté d'action.
Après le siège, Ancône est devenue un grand port adriatique ouvrant le voyage vers la Méditerranée orientale. En 1219, François d'Assise s'embarque pour l'Orient à Ancône. La cathédrale Saint-Cyriaque à coupole polygonale et les multiples petites églises témoignent de cette époque de foi chrétienne. La loge des marchands, construite au dans un style gothique, rappelle le regain de l'activité économique au siècle suivant. La fête saint Cyriaque est l'occasion d'une grande foire marchande le 4 mai où se perpétue la distribution de bouquets de joncs bénis aux fidèles.