thumb|Bande annonce du film La Soupe au Canard ou Soupe au canardL'article "Le" n'est pas toujours présent dans le titre français selon les sources ou les affiches. () est une comédie américaine, interprétée par les Marx Brothers (Groucho, Harpo, Chico et Zeppo), réalisée par Leo McCarey, sortie en . Le film raconte l'histoire de Rufus T. Firefly, qui arrive au pouvoir à Freedonia sur les recommandations de . Mais il accumule les gaffes au point de provoquer la guerre avec le pays voisin, Sylvania.

Le film réunit à l'écran les quatre frères Marx ainsi que Margaret Dumont et Louis Calhern. La Soupe au Canard est le dernier film des frères Marx dans lequel apparaît Zeppo, et le dernier d'une série de cinq films des Marx produits par la Paramount.

Bien que les critiques de l'époque aient estimé que La Soupe au canard était en dessous de ce qu'on pouvait attendre des frères Marx, les avis ont depuis évolué et le film est devenu un classique. Il est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre par une grande partie de la critique, et souvent comme le meilleur film des Marx.

En , La Soupe au canard a été choisi par le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ».

Synopsis La richissime madame Teasdale (Margaret Dumont) exige, en échange de son aide financière, que Rufus T. Firefly (Groucho) soit placé à la tête du pays de Freedonia, qui croule sous les dettes. Pendant ce temps, le pays de Sylvania, une puissance voisine, tente d'envahir Freedonia. L'ambassadeur sylvanien, Trentino (Louis Calhern), s'évertue à charmer et manigance un coup d'État. Pour ce faire, il tente de compromettre Firefly grâce à ses espions, Chicolini (Chico) et Pinky (Harpo).

N’ayant récolté aucune information intéressante sur Firefly, Chicolini et Pinky s’infiltrent dans le gouvernement. Chicolini est ainsi nommé ministre de la Guerre car Firefly le voit vendre des cacahuètes devant sa fenêtre. Pendant ce temps, le secrétaire de Firefly, Bob Roland (Zeppo) soupçonne Trentino et demande à Firefly de se débarrasser de lui en l’insultant. Firefly accepte, mais après une série d’insultes personnelles échangées entre Firefly et Trentino, le stratagème tourne court quand Firefly gifle Trentino au lieu du contraire. Les deux pays sont à deux doigts de se déclarer la guerre. Au désaccord international s’ajoute l'intérêt que Firefly porte lui aussi à madame Teasdale, dont il espère récupérer la fortune de son défunt mari.

Trentino apprend que les plans de bataille de Freedonia se trouvent dans le coffre-fort de madame Teasdale et ordonne à Chicolini et Pinky de les dérober. Chicolini se fait prendre sur le fait par Firefly. Lors de son procès, la guerre est officiellement déclarée. C'est l’euphorie générale, tout le monde se met à chanter et danser. Le procès est reporté, Chicolini et Pinky se joignent à Firefly et Bob Roland dans une bataille anarchique menant au chaos généralisé.

En guise de dénouement, Trentino est fait prisonnier par les frères Marx qui le bombardent de fruits. Trentino a beau se rendre, Firefly refuse de s’arrêter tant qu'il reste des fruits à lancer. Madame Teasdale entame l’hymne national de Freedonia sur un air d’opéra, si bien que les frères Marx la prennent à son tour pour cible.

Fiche technique Titre français : La Soupe au canard Titre original : Duck Soup Réalisation : Leo McCarey Scénario : Bert Kalmar, Harry Ruby, , . Musique : Bert Kalmar, Harry Ruby Chansons : His Excellency Is Due de Harry Ruby et Bert Kalmar The Country's Going to War de Harry Ruby et Bert Kalmar Photographie : Henry Sharp Décors : Hans Dreier et Wiard Ihnen Montage : LeRoy Stone, assisté d'Edward Dmytryk (non crédités) Production : B. P. Schulberg Société de production : Paramount Pictures Société de distribution : Paramount Pictures (1933-1957) Pays de production : Langue originale : anglais Genre : comédie burlesque Durée : 70 minutes Dates de sortie : États-Unis : France :

Distribution upright=1.2|thumb|Les Marx Brothers dans Soupe au canard Groucho Marx : Rufus T. Firefly Harpo Marx : Pinky Chico Marx : Chicolini Zeppo Marx : Bob Roland Margaret Dumont : Gloria Teasdale Raquel Torres : Vera Marcal Louis Calhern : Ambassadeur Trentino de Sylvania Edmund Breese : Zander Leonid Kinskey : l'agitateur sylvanien dans le bureau de Trentino Charles B. Middleton : le procureur Edgar Kennedy : le marchand de limonade Davison Clark : Ministre des finances Louise Closser Hale, Maude Turner Gordon : des invitées à la réception Verna Hillie : la secrétaire Edward LeSaint Edwin Maxwell : Ministre de la guerre George MacQuarrie : Premier juge Eric Mayne : Juge William Worthington : Ministre des finances

À propos de la distribution Si l'on compare le scénario original avec le film, on remarque que la plupart des noms initialement choisis pour les personnages ont changé. Seuls les noms de « Chicolini » et « Mme Teasdale » ont été conservés. Le personnage incarné par Groucho, qui s'appelait à l'origine « Rufus T. Firestone », est finalement devenu « Rufus T. Firefly » tandis que le personnage de Harpo, appelé « Pinky » dans la version finale, portait le nom de « Brownie » dans le dossier de presse. « Frankenstein, ambassadeur d'Amnésie » est rapidement devenu « Trentino, ambassadeur de Sylvanie ». Zeppo a conservé le rôle du fils de Firefly jusque tard dans la phase de production, pour finalement devenir « Bob Roland », son secrétaire. De plus, « June Parker », la nièce de Teasdale, s'est transformée en « Vera Marcal ». Tout d'abord présentée comme la « nièce » de Trentino, elle est finalement devenue sa compagne.

Production Le film précédent des frères Marx, Plumes de cheval, fut le plus gros succès commercial de la Paramount en 1932. Encouragé par une telle réussite, le studio les pressa dès d’en écrire la suite. À ce stade, l'histoire (provisoirement intitulée Ooh la la ) devait d'ores et déjà se dérouler dans un royaume imaginaire. Le , le Los Angeles Times annonça que la production débuterait cinq semaines plus tard, avec le célèbre Ernst Lubitsch à la réalisation.

Ce fut une période tumultueuse dans la carrière des frères Marx. La refonte de la Paramount retarda grandement le paiement de dettes envers les frères Marx, si bien qu'ils menacèrent de quitter le navire pour lancer leur propre maison de production, « Marx Bros. Inc ». Leur premier projet de production indépendante était d'adapter à l'écran la célèbre comédie musicale , sous la réalisation de Norman Z. McLeod. De à , Groucho et Chico travaillèrent également sur , une émission de radio écrite par Nat Perrin et Arthur Sheekman. Il fut même envisagé d'intégrer ce duo d'animateurs au nouveau film , mais le concept fut finalement utilisé dans le film Les Marx au grand magasin.

En , Arthur Sheekman, Harry Ruby et Bert Kalmar se lancèrent dans la rédaction du scénario de Firecrackers, le nouveau film de la Paramount. Herman Mankiewicz devait être responsable de la production à partir de . En , le titre du film devint . Grover Jones aurait également contribué à la première ébauche du film. Dans son livre The Marx Brothers Encyclopedia, Glenn Mitchell écrit qu'« il est difficile de choisir le contenu d'un premier scénario».

Scène du miroir Dans la « scène du miroir », Pinky, déguisé en Firefly, fait semblant d’être le reflet de Firefly dans un miroir imaginaire, imitant presque à la perfection le moindre de ses gestes. Lors d’un moment particulièrement surréaliste, les deux hommes échangent leur place, de sorte qu'on ne sait plus qui est qui. Malheureusement pour eux, Chicolini, lui aussi déguisé en Firefly, entre dans le cadre dans un carambolage général. La scène du miroir reste sans doute la meilleure scène du genre, mais ce n'est pas pour autant la première. Max Linder utilise le même procédé dans Sept Ans de malheur (1921), quand des majordomes cassent accidentellement un miroir et tentent de cacher les faits en imitant les gestes du propriétaire dans le cadre du miroir. Charlie Chaplin a fait un gag identique dans Charlot chef de rayon (1916), sans miroir cette fois.

Cette scène a été recréée à maintes reprises : dans l’épisode La lapinomalose des aventures de Bugs Bunny, dans Les Revenants solitaires avec Mickey Mouse, dans le film Aventures au harem d’Abbott et Costello en 1944, dans Idle Roomers le court-métrage des Trois Stooges la même année, dans la Panthère Rose en 1963, dans la série télévisée L'Île aux naufragés, (Gilligan contre lui-même, 1966), dans le film Quand les jumelles s'emmêlent en 1988, ou encore dans l'épisode Zone 51 de X-Files. Cette scène a également été parodiée dans l'épisode Voyage en Allemagne de la série animée Les Griffin. Harpo a lui-même repris cette scène, vêtu de son costume habituel et accompagné de Lucille Ball affublée d'une perruque hirsute et d'un trench-coat dans l'épisode Lucy and Harpo Marx de I Love Lucy.

Autres scènes et traits d’humour La scène finale du film tourne la guerre en dérision en comparant le nationalisme à un spectacle de troubadour. Une des répliques est une variante du vieux negro spiritual intitulé (« Tous les enfants de Dieu ont des ailes » en français) qui, selon certaines sources, avait failli être supprimée de la version actuelle du DVD pour ne pas offenser la communauté afro-américaine :

They got guns, Ils ont des armes, We gots guns, Nous avons des armes, All God’s Chillun got guns! Tous les enfants de Dieu ont des armes ! I’m gonna walk all over the battlefield, Je vais défiler sur le champ de bataille, ‘Cause all God’s chillun got guns! Car tous les enfants de Dieu ont des armes !

Une partie de la scène finale apparaît à la fin de Hannah et ses sœurs de Woody Allen et donne au personnage incarné par le cinéaste la motivation nécessaire pour continuer à vivre sa vie. Peu après, lors des dernières scènes de bataille, « considérées à juste titre comme faisant partie des plus drôles de l’histoire du cinéma », on voit Firefly porter un costume différent à presque chaque nouvelle séquence jusqu’à la fin du film. On le voit notamment revêtir les uniformes de la guerre de Sécession (Nord puis Sud), puis celui d’un garde britannique, d’un chef scout, et même le couvre-chef de Davy Crockett, en peau de raton laveur. Pendant ce temps, l’apparence du bâtiment qu’ils occupent ne cesse de changer : on passe d’un bunker à une vieille forteresse, etc. Firefly assure à ses généraux qu’il a un homme sur le terrain qui recrute des volontaires. Effectivement, Pinky erre sur les lignes de front en homme sandwich avec une pancarte qui indique « ». Par la suite, Chicolini pousse Pinky à porter un message à travers les lignes ennemies. Firefly lui dit alors « et souviens-toi que pendant que tu risqueras ta peau là-bas, en évitant les obus, nous serons là à nous rappeler à quel point tu es nul. » Thomas Doherty estime que cette réplique « résume le cynisme de la Grande Guerre envers toutes les actions patriotiques ».

L’exclamation patriotique « Vous réalisez que cela veut dire la guerre ! » n’a pas été employée pour la première fois dans La Soupe au canard bien qu’elle soit prononcée à plusieurs reprises dans le film (au moins deux fois par Trentino et une fois par Groucho). Par la suite, Groucho la reprend dans Une nuit à l'opéra et Un jour aux courses. Des variantes de cette phrase sont ensuite devenues des répliques cultes de personnages de cartoons de la Warner Bros comme Daffy Duck ou Bugs Bunny.

Dans une autre scène du film, les Marx Brothers tournent en dérision le code Hays qui interdit de filmer un homme et une femme dans le même lit. La scène débute dans la chambre où l’on voit les chaussures d’une femme, d’un homme, puis des fers à cheval éparpillés sur le sol. On voit ensuite Pinky partager son lit avec le cheval tandis que la femme est dans un lit séparé.