La révolte des Maccabées se déroule en Judée de 167 à C'est à la fois une révolte des Juifs contre la dynastie grecque des Séleucides et un conflit interne au sein du peuple juif, entre conservateurs hostiles à l'évolution de la tradition juive et Juifs hellénisants plus favorables à la culture grecque. Elle tire son nom de Judas Maccabée, dont la famille prend la tête de la révolte. Les dirigeants de cette révolte sont Mattathias et ses fils, notamment Judas et Simon. Les évènements sont racontés dans les deux premiers Livres des Maccabées. La révolte conduit à la fondation de la dynastie des Hasmonéens.
Contexte historique Conquête séleucide de la Judée Après la mort d'Alexandre le Grand en 323, la Judée passe sous le contrôle des Lagides d'Égypte et fait partie de la province de Syrie-Phénicie. S'ouvre alors une période de rencontre entre le judaïsme et la culture grecque aussi bien en Judée que dans la Diaspora.. À l'issue de la cinquième guerre de Syrie, vers 201, prend le contrôle de la Judée. Les relations entre les Séleucides et les Judéens sont d'abord harmonieuses. Le témoignage de Flavius Josèphe montre qu'Antiochos III a une image favorable auprès des Judéens. Il consent des privilèges aux Juifs et protège la sacralité du Temple de Jérusalem. Les faveurs s'étendent aux Juifs de la Diaspora qui sont considérés comme fidèles au nouveau pouvoir. En respectant les institutions et les règles de vie traditionnelles, Antiochos s'inscrit dans la continuité des Perses et des Lagides.
Mais en 188, les Séleucides sont vaincus par les Romains lors de la guerre antiochique. Le traité d'Apamée retire les possessions d'Antiochos en Asie Mineure et lui impose de verser une colossale indemnité à Rome. Ce fardeau financier amorce la désintégration de l'empire séleucide. Dès lors, Antiochos n'a plus les moyens d'accorder des largesses à ses sujets. Il est tenté de piller les temples qui remplissaient alors la fonction de banque de dépôt. Il est assassiné pour avoir voulu piller un temple en Élymaïde. Son successeur s'intéresse au Temple de Jérusalem. Il envoie Héliodore s'emparer des sommes déposées dans le temple. Même si une intervention surnaturelle protège le temple, les besoins financiers des Séleucides continuent à influencer leur politique en Judée. Épiphane, successeur de Séleucos, plus ou moins soutenu par les Romains, continue à alourdir la fiscalité en Judée, obligeant le grand-prêtre, nommé par le pouvoir séleucide, à entamer le trésor du temple de Jérusalem. À cette époque, le grand-prêtre est un personnage de première importance ; c'est lui qui est habilité à prélever de l'argent sur le trésor du temple pour payer le tribut exigé par Antiochos IV.
Hellénisme à Jérusalem vignette|Héliodore chassé du Temple, Raphaël, Vatican (1511-1512).
En , au moment où meurt , le grand-prêtre des Juifs, , est à Antioche pour se justifier d’avoir refusé le prélèvement des trésors du temple de Jérusalem par le ministre séleucide, Héliodore. Il est accompagné de son frère, Josué, qui se fait appeler par le nom grec de Jason. Celui-ci intrigue auprès du nouveau roi, , frère du précédent, dont la légitimité est contestée : c'est à son neveu, otage à Rome, que devrait revenir la royauté. Jason fait une triple proposition au nouveau roi : qu'il le nomme, lui Jason, comme grand-prêtre à la place d'Onias, qu'il lui accorde le droit de transformer la ville de Jérusalem en une nouvelle cité grecque, une polis, et en échange, il lui promet une augmentation du tribut et le versement d'importantes sommes supplémentaires.. Antiochos accepte. La transformation de Jérusalem en une cité grecque se fait donc à l'initiative des Juifs hellénisés et non du roi séleucide.
À l'époque où Épiphane prend la tête de l'empire Séleucide en 175, un parti hellénique s'établit en Judée pour une longue période. Rentré à Jérusalem, Jason fonde un gymnase au pied du mont du Temple et un éphébéion, un organisme de formation des futurs citoyens, .. Jason fonde une cité grecque à Jérusalem, pratique courante à l'époque, dans une région, la Judée, qui possède déjà une gérousia. Il ne semble pas avoir bouleversé les institutions politiques ; d'ailleurs, son pire adversaire, l'auteur du Deuxième Livre des Maccabées, un contemporain, ne lui en fait pas le reproche. Jason, poussé par une partie des élites hellénisées de Judée, cherche à gommer les différences entre les Juifs et leurs voisins et à éviter d'être séparé du monde ambiant, qui est largement hellénisé.. La réforme de Jason rencontre un réel succès, confirmé par les deux Livres des Maccabées, .. La fondation d'institutions grecques vise à sortir la Judée de son particularisme régional. Elle offre la possibilité aux grandes familles de fournir une éducation supérieure à leurs enfants. L'aristocratie sacerdotale, qui constitue alors la noblesse juive, adhère à ces évolutions qui lui confèrent un statut social analogue à celui des notables des cités hellénistiques. Jason établit la liste des nouveaux citoyens, les Antiochiens de Jérusalem.
L'hellénisation ne se traduit pas par un abandon de la tradition juive. Lorsque Jason envoie des athlètes aux jeux en l'honneur de l'Héraclès tyrien Melkart., invités comme tous les habitants des cités grecques de la région, les Antiochiens de Jérusalem dépensent les sommes d'argent à acheter des équipements pour des trières, mais sans s'associer aux sacrifices en l'honneur d'Héraclès. Les Juifs hellénisés ne renoncent pas à leurs rites et aux préceptes de leur religion, ..
La réforme de Jason ne va cependant pas sans problème. D'abord, il a obtenu son poste par l'intrigue et en promettant de l'argent : c'est le peuple qui paie. De plus, aux yeux des Juifs traditionnels, ceux qui sont étrangers aux modes nouveaux, il est difficile de comprendre comment on peut rester Juif en adoptant des mœurs aussi étrangères à la tradition que la nudité du gymnase. D'autant que les Juifs qui fréquentent le gymnase en viennent soit à masquer leur circoncision (« ils se firent faire des prépucesPremier livre des Maccabées, , 15. »), soit à y renoncer pour leurs enfants mâles, violant alors la loi de la Torah. Jason joue un rôle majeur dans cette évolution en se voulant l'artisan d'une réforme qui effacerait le particularisme juif sans abolir le judaïsme, qui reste en outre le fondement de son pouvoir en tant que grand-prêtre. Si le peuple ne se soulève pas pour autant contre ces innovations, les prêtres de province se montrent critiques vis-à-vis de l'aristocratie de Jérusalem, creusant l'écart entre les élites et les plus modestes restés fidèles à la tradition.
Crise du pontificat et guerre civile vignette|250px|Monnaie à l'effigie d'. vignette|Section en araméen sur sur un yéménite.
À côté des tensions créées au sein de la population juive entre les partisans d'une hellénisation et les traditionalistes, la révolte des Maccabées s'inscrit sur un fond de corruption et de crise politique créée autour du poste de grand-prêtre.
La charge de grand-prêtre était jusque-là héréditaire. Les grands-prêtres étaient issus de la lignée de Sadoq qui avait participé à l'inauguration du Temple de Salomon. La dignité de la lignée sadocide était très respectée par le peuple. Avec l'intervention de Jason et d'Antiochus, la charge devient vénale. Et en achetant sa charge, Jason ouvre la porte à la concurrence : de fait, en , un de ses parents, Ménélas, dont le nom souligne l’hellénisme, intrigue à son tour auprès d’Antiochos. Il est nommé grand-prêtre à la place de Jason en 172 et fait assassiner alors réfugié à Antioche. Son frère Lysimaque prend au temple de Jérusalem de la vaisselle sacrée pour financer les sommes promises au roi. Le vol provoque en 170 des émeutes et la mort du voleur tombé entre les mains des émeutiers. Ménélas est arrêté et traduit en justice mais il parvient à corrompre l'envoyé du roi. Jason revient comme grand-prêtre à la place de Ménélas en 168. Ce retour de Jason intervient après plusieurs années de guerre entre les factions juives de Ménélas et de Jason, toutes deux hellénisantes, mais celle de Ménélas est certainement plus radicale et plus prompte à renoncer aux traditions juives. S'ouvre alors une période de guerre civile entre les deux factions hellénisantes.
La fonction de grand-prêtre, qui servait alors d'intercesseur entre le peuple et les autorités grecques, est complètement déconsidérée. L'assassinat du grand prêtre légitime Onias III constitue un scandale pour le peuple dont la colère s'exprime moins contre l'hellénisation que contre la corruption qui se développe au sein de l'aristocratie sacerdotale prête à piller les richesses sacrées du Temple.
Le peuple assiste à cette guerre civile dont il paie la facture. La pression fiscale au profit du roi, entre 175 et 169 a été si forte qu'elle doit être prise en compte dans le soulèvement populaire sur le point d'éclater. Certains fuient au désert, d'autres s'agitent. Un trésor de pièces d'argent découvert dans une grotte du Wadi Murabba'at montre que le désert de Judée sert de refuge pendant cette période troublée. On passe de l'indignation muette à un début de révolte à laquelle Ménélas, qui bénéficie du soutien du roi, est incapable de faire face. Il fait appel aux troupes royales, tandis que Jason, vaincu, se réfugie d’abord chez le roi des Nabatéens à Pétra, puis à Sparte. Les troupes séleucides interviennent donc d’abord pour mettre fin à des troubles entre Juifs, ..
Une hellénisation forcée ? vignette|Tétradrachme sous : tête barbue de Zeus portant couronne de laurier (168-).
En 170-169 av. J.-C., ne s'est pas soucié de la situation en Judée, sauf pour nommer le grand-prêtre et monnayer la charge. En 169, la guerre reprend entre les Lagides et les Séleucides. Antiochos, d'abord vainqueur, doit se retirer. À son retour, il pille le temple de Jérusalem, probablement pour financer sa dette envers Rome. En 168, il entreprend une nouvelle campagne. Il se heurte alors à l'émissaire du Sénat romain qui le contraint à mettre fin à la guerre. Ces événements sont décrits de manière allusive dans le livre de Daniel ()Dans le livre de Daniel , le « roi du midi » désigne le roi d'Égypte, le « roi du septentrion » désigne le roi séleucide, l'« homme méprisé » désigne Antiochos IV qui a pris la place de son frère et les « Kittim » désignent les Romains. L'hostilité à « l'alliance sainte » fait allusion au pillage du temple de Jérusalem ()..
Antiochos IV commence à s'inquiéter, alors qu'il compte lancer de nouvelles expéditions contre les Lagides et contre les Parthes. Il ne peut pas laisser sur ses arrières un foyer de rébellion susceptible de le couper de ses bases syriennes. Une forteresse séleucide, l'Acra, se dresse déjà au cœur de Jérusalem. Il interprète à tort l'agitation en Judée comme une révolte politique pour le pouvoir séleucide. À ses questions sur les causes des troubles en Judée, on a dû lui répondre que les Juifs se disputent au sujet de la Loi : le texte de oppose constamment ceux qui font preuve de zèle pour la Loi (Torah), et ceux qui font preuve de zèle contre la Loi, c'est-à-dire les hellénistes qui ne sont pas hostiles à la Loi mais en proposent une nouvelle interprétation. en déduit une mesure politique radicale : si les Juifs se disputent au sujet de la Loi, il convient de supprimer la Loi. D'ailleurs, il est habituel qu'un peuple révolté perde le privilège de s'administrer selon ses propres lois. La suppression des lois civiles est donc une punition infligée aux Juifs. Antiochos cherche aussi à renforcer le pouvoir de Ménélas dont la légitimité est contestée pour des motifs religieux.