L'abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs est une ancienne abbaye bénédictine située dans la région de Franche-Comté, sur le territoire de la commune de Baume-les-Messieurs, dans le département du Jura.

Les premières mentions de Baume datent du , au moment où se restaure un ancien monastère sous la direction de l'abbé Bernon venu de Gigny qui partira ensuite de Baume en 909-910 pour fonder la grande abbaye bourguignonne de Cluny. D'abord « Mère de Cluny », Baume en deviendra, non sans conflits, la fille au .

Appelée « Baume-les-Moines » jusqu'au et dédiée à saint Pierre, l'institution sera longtemps prospère et constituera l'une des plus importantes abbayes de Franche-Comté avant de tomber en commende au et de décliner en se sécularisant au puis de disparaître à la Révolution. Les bâtiments conservés (église, résidence de l'abbé, maisons coloniales, cours avec fontaine…) datent de différentes périodes et témoignent d'une implantation monastique marquante dans un site typiquement jurassien de reculée.

Situation géographique vignette|gauche|Les bâtiments de l'abbaye entre les falaises de la reculée de la Seille. L'abbaye de Baume-les-Messieurs est située à l'extrémité d'une étroite vallée glaciaire creusée dans le premier plateau jurassien, au confluent de ruisseaux nés dans les alvéoles de la reculée : le Dard (qui naît aux Grottes de Baume) et la Seille dont la vallée conduit à Voiteur, non loin de Lons-le-Saunier : la rivière navigable sur une partie de son cours rejoint ensuite la Saône au sud de Tournus, à une trentaine de kilomètres de Cluny dont la congrégation a eu fortement partie liée avec l'abbaye jurassienne Carte Natura 2000 des Reculées de la Haute Seille. L'abbaye, isolée au commencement, est depuis longtemps jouxtée par le village de Baume-les-Messieurs.

Historique Les origines Les traditions attribuent la fondation de Baume soit à saint Lothain, l'un des Pères du Jura, ou à saint Colomban.. Toutefois ces attributions sont erronées, la première attribution à saint Colomban nous vient de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny au . Cette attribution semble une invention tardive de Cluny, afin de donner des origines prestigieuses à Baume, qui est elle-même à l'origine de la fondation de Cluny de par son premier abbé : Bernon. Enfin l'attribution à saint Lothain ne remonte qu'au et ne repose que sur le contexte géographiqueLocatelli et Alii, 1978. Toutefois les recherches archéologiques menées dans le chœur de l'église abbatiale, ont mis au jour des vestiges de l'abbaye remontant à la période mérovingienne, mais il faut attendre 869 pour avoir la première mention, attestée, de Baume comme étant une « cella » (dépendance rurale monastique de l'abbaye féminine voisine de Château-Chalon) qui est confiée en 890 par le roi de Provence Louis III l'Aveugle à l'abbaye de Château-Chalon.

Le Moyen Âge vignette|redresse|Nef de l'église Saint-Pierre. L'abbé Bernon fonde vers 890 l'abbaye de Gigny dont la communauté est destinée à restaurer l'observance définie par la règle de saint Benoît de Nursie, dite Règle bénédictine. Lorsque le duc d'Aquitaine Guillaume le Pieux fait appel à lui pour créer l'abbaye de Cluny en 909 ou 910, l'abbé quitte Baume avec quelques moines. Pour valoriser le rôle de Baume jusque là subordonnée à Gigny, la tradition précisera par la suite que Bernon avait pris six moines dans chacun de ces deux monastères, ce qui fait de Baume, avec Gigny, la « mère » de la grande abbaye bourguignonne et le berceau de l'ordre clunisien. Contrairement à Gigny qui se rattache à « sa fille » dès 1076, Baume restera farouchement attachée à son indépendance. ..

Le développement de l'abbaye de Baume-les-Messieurs est ensuite mal connu mais son importance est déjà grande à la fin du alors que l'église abbatiale (qui sera remaniée par la suite) est érigée sous les abbatiats de Bernard (1067-1083) et Alberich (1104-1139). Au Baume, protégée par les comtes de Bourgogne, contrôle huit prieurés et soixante-cinq églises, surtout dans le sud-ouest du diocèse de Besançon mais aussi à Dole, Quingey et Besançon. Riche entre autres de possessions de vignes sur les coteaux du Jura, d'exploitations de sel à Lons-le-Saunier ou encore de moulins sur les rivières comme la Seille, l'abbaye reste prospère jusqu'au malgré des conflits avec l'ordre clunisien. Baume-les-Moines (c'est son nom jusqu'au ) doit faire soumission à Cluny, elle est même réduite au rang de prieuré de Cluny en 1147 par le pape Sur les chemins de la perfection : moines et chanoines, René Locatelli - 1992 Lire en ligne. L'empereur Frédéric Barberousse accepte cette soumission en 1153 mais obtient plus tard le rétablissement de son rang d'abbaye et Baume portera de 1157 à 1186 le titre d'« abbaye impériale ». Après les conflits d'autorité religieuse, la papauté réitère en 1189-1191 la soumission de Baume à Cluny en accordant quelques points de satisfaction à l'abbaye comme son rang éminent dans l'ordre clunisien ou une certaine liberté dans le choix de ses abbés et la confirmation en 1202-1204 du titre d'abbaye: L'abbaye toujours à la recherche d'une plus grande autonomie aura aussi par la suite des différends avec l'archevêque du diocèse de Besançon. Elle devient cependant l'une des plus importantes abbayes de Franche-Comté du au .

Ruinée et incendiée en 1336 lors de la guerre des barons comtois contre Eudes IV de Bourgogne, l'abbaye est relevée et transformée par deux grands abbés Amé de Chalon (1389-1431) et Henri de Salins (1440-1450) qui conduisent d'importants travaux.

Des moines aux chanoines

vignette|Baume-les-Messieurs en 1787. vignette|redresse|Portrait de Pierre-Louis-Bonaventure de Montrichard en tenus de chanoine de Baume par Johann Melchior Wyrsch(1778). Avec la fin de la période médiévale, le fonctionnement de l'abbaye évolue notablement. Dans un premier lieu, l'abbaye tombe en commende au . Mais c'est surtout au , à la suite de la Guerre de Dix ans (épisode comtois de la Guerre de Trente ans) qu'un important chamboulement est apporté à la vie monastique. Certainement à la suite des dégâts causés par la guerre, plusieurs bâtiments communautaires de l'abbaye sont abandonnées, conduisant les religieux à vivre en indépendance dans des maisons individuelles. Parallèlement, l'abbaye devient aristocratique, 16 quartiers de noblesse sont exigés pour y être admis. Mais il faut attendre la sécularisation, par une bulle papale de 1759, pour officialiser la situation. Ainsi les moines, qui avaient jusque-là respecté la règle de saint Benoit, deviennent des chanoines, qui vivent en séculier (vie dans le siècle en opposition à régulier, suivant une règle monastique). Cette évolution se répercute sur le toponymie du village, Baume-les-Moines devient alors Baume-les-Messieurs (En 1763 Jean-Joseph Expilly la nomme encore « Baume-les-Moines »)« Pour être reçu Moine dans cette Maison on est obligé de faire preuve de Noblesse de quatre générations tant du côté paternel que du côté maternel » Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules… , Par Jean-Joseph Expilly, Lire en ligne. Les revenus de l'abbaye sont encore en place dans la deuxième moitié du s. comme la dîme dont se plaignent les habitants de Velesme (aujourd'hui Velesmes-Essarts près de Quingey, dans le département du Doubs) dans les Cahiers de doléance en 1789 « nous sommes les seuls qui payons aux abbés de Baume une dîme d’une gerbe et demie par journal de grains dont nos terres sont emplantées »..

La Révolution et ses conséquences

Le chapitre de Baume est supprimé à la Révolution, les maisons canoniales, devenues Biens Nationaux, ont été vendues, en 1793, à des personnes privées, essentiellement des habitants du village, alors que la collégiale Saint-Pierre devient une église paroissiale. À la suite de ces bouleversements, plusieurs transformations ont été apportées aux différents bâtiments, les plus notables sont la disparition du cloître (démoli en 1806 et vers 1860) et la démolition partielle de l'escalier monumental du logis abbatial (seul le palier subsiste).

L'église Saint-Pierre fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862. Certains autres bâtiments bénéficient de protections aux monuments historiques : Le logis abbatial bénéficie d'un classement depuis le , les façades et toitures des bâtiments de l'ancienne abbaye d'une inscription depuis le , l'étage supérieur et le rez-de-chaussée des bâtiments de l'ancienne abbaye d'une inscription depuis le et l'abbaye en totalité d'une inscription par arrêté du .

L'abbaye aujourd'hui L'essentiel de l'abbaye constitue un parc locatif privé, la commune de Baume-les-Messieurs possédant l'essentiel du patrimoine visitable depuis que le conseil départemental du Jura lui a vendu ses tènements (le logis abbatial, la tour de justice, le dortoir et la chapelle) en 2016..

Bénéficiant de l'attractivité touristique de la reculée de Baume-les-Messieurs, l'abbaye enregistre payantes en 2015..

Les bâtiments vignette|redresse=1.5|L'enceinte fortifiée construite au pendant la guerre de Cent Ans, intègre le donjon qui symbolise le pouvoir seigneurial de l'abbé, puis au la porterie avec sa porte charretièreElle donne l'accès à l'abbaye, un moine portier en assurant la surveillance. À droite du porche d'entrée, la cellule du portier abrite un magasin de souvenir, à gauche du porche, se détache d'un mur aveugle une plaque commémorative en marbre apposée par le Syndicat d'initiative et la Société d'Emulation du Jura : . Le pignon à droite est flanqué d'une tour en saillie abritant un escalier à vis qui dessert les pièces de l'étage supérieur. et l'hôtellerie à l'étage qui accueillait les pauvres, les pèlerins et les voyageursL'hôtellerie, comme le logis abbatial et la tour de justice, garde les traces des grandes modifications architecturales du , faisant intervenir les éléments à la mode de la Renaissance, notamment les fenêtres à meneaux. . vignette|La Tour de Justice (avec une cave au sous-sol servant de prison, à gauche de la photo) rappelle le pouvoir temporel de l’abbé de Baume-les-Messieurs qui exerçait une justice seigneuriale.

Les bâtiments ont été plusieurs fois modifiés à la suite de dévastations ou d'incendies. L'abbaye se développe autour de trois cours. L'ensemble a été vendu comme Bien national à la Révolution en 1793 et classé monument historique en 1849. Le conseil départemental du Jura est aujourd'hui propriétaire d'une partie des bâtiments.

L'église L'église est du , de style roman avec une grande nef ( de long et près de de haut). Plusieurs modifications furent apportées durant la période gothique (portail, voûte et chœur).

La cour abbatiale vignette|Cour abbatiale. La première cour est entourée de bâtiments, dont les façades datent du , exception faite de l'église () et du donjon ().

La façade qui borde l'entrée de l'église abrite à l'étage le logis abbatial (résidence de l'abbé et où a vécu l'artiste Josette Coras). L'accès à ces appartements se faisait par un escalier symétrique du , qui fut grandement endommagé à la Révolution.

Au rez-de-chaussée de ces bâtiments se trouvent plusieurs salles, dont l'une voûtée du , certainement un ancien cellier qui abrite aujourd'hui un restaurant..

La cour est bordée par d'autres bâtiments du , la tour de justice et l’hôtellerie.

La cour du cloître vignette|Cour du cloître : Bâtiment abritant la salle capitulaire et le dortoir.

Le cloître était placé dans une seconde cour, mais fut détruit au . Des parties de certains piliers et arcs de la galerie du cloître sont toujours visibles sur les façades de la cour. La fontaine du cloître du , orne toujours le centre de la cour. Le cloître distribuait plusieurs salles qui l'entouraient. Au nord l'église, dont l'accès se fait par deux portes, à l'est la salle capitulaire du , dont les trois travées furent cloisonnées. L'une d'elles est actuellement le passage vers la troisième cour. À l'étage se situait le dortoir.