Les Fang, dont le nom a pour étymologie Nfang Môt, sont un peuple que l’on trouve aujourd’hui en Afrique centrale, essentiellement en Guinée équatoriale, et au Gabon dans les provinces du Woleu-Ntem, Estuaire, Moyen-Ogooué et Ogooué-Ivindo; mais aussi au sud du Cameroun, au nord-ouest du Congo et à Sao Tomé-et-Principe.
Ils parlent la langue fang d'une richesse incommensurable, dont la synonymie abondante, les proverbes, les expressions, les métaphores et les hyperboles ainsi que d'autres figures de style, et caetera. Les accents des Fang changent selon les régions, et même parfois les villes. Malgré quelques spécificités régionales, ils n'ont aucun mal à se comprendre entre euxLouis Perrois in .
Au XIXè siècle, les colons européens qui ne connaissaient pas les Fang et qui les rencontrèrent la première fois, les désignèrent à tort par le terme les « Pahouins ».
Les Fang anciens ont très rapidement contesté ce mot non fang « Pahouin » - qui n'est pas leur identité - auprès des colons et leur demandèrent de les appeler par leur véritable nom Fang, dont l'étymologie est Nfang Môt et qui signifie l'Homme noble, authentique, ancien. Ce que fit l'administration coloniale en appelant les Fang par leur nom originel FANG dans la littérature mais aussi les actes officiels, y compris ceux d'état civil.
Ce terme « Pahouin » se révèle donc péjoratif et injurieux, le peuple fang l'a catégoriquement rejeté et les colons l'ont aussi abandonné à la demande expresse des Fang.
Démographie et répartition géographique Ils sont majoritaires en Guinée équatoriale où ils représentent 85% de la population, et au Gabon représentant 40 % de la population. Certains d'entre eux vivent également à São Tomé-et-Príncipe.
Quoique les statistiques officielles sur la population soient un sujet tabou au Gabon, l'ethnie m'fan est numériquement la plus importante de la cinquantaine qui compose le pays... Son aire géographique s'étend de la partie nord du Gabon (province du Woleu-Ntem) au centre (province du Moyen-Ogooué), en passant par le nord-est (province de l'Ogooué-Ivindo) et le Nord-ouest (province de l'Estuaire) et les régions du Centre et Sud du Cameroun.
Organisation sociale Le peuple fang est composé de tribus et de clans. Ce sont différents niveaux de parenté désignés par le terme « ayong » qui est polysémique en langue fang : peuple, tribu et clan.
Les termes groupe et sous-groupes sont inappropriés pour parler de peuple fang et ses tribus, car ces mots ne revêtent aucun lien de parenté. Les tribus du peuple fang sont Okak, Nzaman, Ntumu, Atsi, Mvai, Mekè. Un moyen memo technique pour les retenir est l'acronyme ONNAMM.
Les tribus du peuple fang regroupent plusieurs clans qui sont la parenté directe chez les Fang, les familles dans une acception large avec une impossibilité de mariage, de relations intimes et de procréation entre deux personnes du même du même clan car elles sont frère et sœur, l'inceste est proscrit.
Les tribus regroupent quant à elles plusieurs clans Ôyekh Avung, Yendôn, Efak, Esebekang, Yenfem, Ngè, Esisis, Eba, Ayangan, Yembimveñ, Yendjü, Ebifil, Esabok, Nkodjeñ, Efak, Ntun, Esansia, Mvua, Esamengon/Yemoñ/Yenoo/Esatuk, Esamekos, Esamekuk, Essakora, Esanang, Esabang, Esesen, Esimvè, Esinzik, Esokè, Esibikang (Esabezang, Yemetone, Esindua), Esissong ou Esatua, Esisis, Esabègne, Mebum, Esangui, Esimvus, Ngamu, Yendjü, Yemendzim Yenkwakh, Esobam, Essakora, Nguè, Esametok, Bekwe, Essambira, Esakonan, Yembivè, Yendzok, Omvang, Yengol, Yemesôm, Ôdzip, Meban, Yefa, Esandôn, Yemefak, Esasim, Esamvam, Esobam, Yemveng , Esabok, Esambe, Ebinel, et caetera.
Les lignées du clan sont nommées Mvok et elles regroupent les descendants en lignée directe d’une personne. Une lignée d'un clan est s'identifie par le nom fang double de l'aïeul(e), par exemple mvok OBIANG ENDAMNE, BEKALE B'ENDAMNE, mvok NKOGHE ENDAMNE, mvok EYEANG ENDAMNE, mvok NGUEMA ENDAMNE...
Au Gabon, les Fang sont présents dans plusieurs provinces : l’Estuaire, le Moyen-Ogooué, l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem.
Ethnonyme Apparu en 1819, le premier mot utiliséHistoire des Fang, thèse de Xavier Cadet pour désigner un groupe établi à l'intérieur du pays est Pamouay, et aurait été transmis aux Européens par le peuple MyènèMémoires de l'Institut d'Études Centrafricaines 19, abbé André Raponda Walker, Notes d'histoire du Gabon, avec une introduction, des cartes et des notes de Marcel Soret, 1960. Les Espagnols le transforment en Pamue et les Allemands en Pangwe. Les Français nasalisent le phonème final et optent pour Pahouin« Ce nom de Pahouins a été adopté par les Français, mais je ne lui vois pas de raison d’être. Comme je l’ai dit, Fan est le nom que ces peuples se donnent à eux-mêmes, les indigènes les appellent Mpangwen, et c’est le terme sous lequel les désignent habituellement les Anglais et les Allemands », Marquis de Compiègne, L'Afrique équatoriale, .
Le nom d'origine viendrait de Mpangwe, donné par les Mpongwè – des habitants des rives de l’estuaire du fleuve – qui signifierait en langue omyenè « je ne sais pas ».
Pamouay est couramment utilisé par les colons jusqu'en 1861F. Touchard, « Notice sur le Gabon », Revue maritime et coloniale, octobre 1861, p. 1-17 ; p. 14. Les Fang ont refuté ce terme « Pahouin » qui leur a été attribué à tort les colons européens. Ils leur ont expressément demandé de les appeler par leur nom originel Fang. Ce que firent les colons qui employèrent le nom Fang dans la littérature et tous les actes d'état civil. Le seul endonyme de ce peuple est Fang.
Le terme « Pahouin » est foncièrement péjoratif car n'est pas le nom des Fang, ni en langue fang, n'a aucune signification fang le peuple fang s'y est opposé et l'a fait rayer auprès de l'administration coloniale.
Histoire
De nombreuses versions sur l'origine du peuple fang ont été élaborées ces dernières années. Deux hypothèses peuvent être relevées. L'hypothèse historique relève un mouvement migratoire qui se serait poursuivi jusqu'au début du . Dès 1840, les traitants (qui pratiquaient la traite des esclaves) Mpongwè disséminés sur la côte gabonaise, signalent leur présence dans l'arrière-pays. Les Fang seraient parvenus dans le Moyen-Ogooué au début du , et leur arrivée dans l'estuaire du Komo se situerait vers 1850. Toutes ces populations étaient en marche vers la côte à une vitesse moyenne estimée à 10 km par anCette hypothèse ouvre une « perspective quasi idéologique de la tradition » : l'origine hypothétique des Fang dans la Haute-Égypte, « qui feraient des Fang de lointains parents des Égyptiens anciens » : Louis Perrois dans (Plusieurs courants de migration depuis le , entre le Sud-Cameroun, le Nord-Gabon et les confins de l'Ogooué.. Plusieurs sources nous indiquent une origine migratoire qui débuterait sur les rives du lac Victoria alors nommé lac Tanganyika.. Les dates sont incertaines mais le récit du Mvet , épopée m’fan, relate ces origines de nomadisme avec multiples variantes.
D'autres groupes auraient été poussés par ce courant, comme les Ngoumba. Enfin, une longue trajectoire en boucle, en allant vers l'Ogooué, et ensuite, en remontant vers le Nord-ouest et la côte atlantique au Nord Gabon et au Rio Muni : les Nzaman, les Ntumu, les Mvaï et les Okak.
L'hypothèse tirée de la mythologie traditionnelle fang parle, quant à elle, d'une zone vers l'Est, dans une région élevée, où se trouvaient des lacs entourés d'une faune tout à fait différente de celle du Gabon. Cette hypothèse fait référence à un mythe appelé La marche des enfants d'Afiri-Kara, qui relate la marche périlleuse d'un peuple dans son avancée migratoire. Fuyant les guerres et les conflits avec les autres peuples, ce groupe va s'enfoncer progressivement dans la forêt en direction donc, si on l'assimile au groupe Fang producteur du mythe, de l'Afrique équatoriale.
En 1875, ce peuple, qui vivait plus de la cueillette que de l'agriculture et qui ne pratiquait pas l'esclavage, est arrivé dans les régions côtières du Gabon, cela entraîna une augmentation du commerce mais provoqua des frictions avec les populations locales et des actes de violences entraînent des interventions punitives de la petite garnison de l'armée française stationné à Libreville à partir de 1876. Cité par Georges Balandier, l'explorateur Alfred Fourneau estime alors leurs populations à environ deux ou trois millions d'individusSociologie actuelle de l'Afrique noire (1982), Chapitre premier - La « société Fang », Georges Balandier.
Des textes de colons européens décrivent parfois à tort le peuple comme anthropophage. L'explorateur Paul Belloni Du Chaillu qui resta dans ces contrées pendant trois ans, à partir de 1855, apporte des témoignages en ce sensSur les traces de Paul du ChailluDU CHAILLU Paul BelloniLes tribulations de l’esprit blanc (et de ses marchandises). Voyages et aventures de Paul du Chaillu en Afrique équatoriale, Julien Bonhomme. En 1875, le marquis Victor de Compiègne, après avoir intitulé l'un de ses chapitres « Les Pahouins cannibales » et donné force détails, constate néanmoins que ceux qu'il a rencontrés semblent avoir « à peu près renoncé à cette coutume barbare »« Les Pahouins cannibales ». Les Pahouins du Gabon se livraient à des libations rituelles avec des coupes crâniennesBulletins et mémoires, 1947, p. 127..
Habitat et société Au début du , certains villages, au cœur de la forêt dense (la vue est limitée à quelques mètres, en 1908), pouvaient regrouper plusieurs centaines d'habitants. Les constructions avaient une durée de vie limitée, et les ressources sujettes à s'épuiser, les populations se déplaçaient tous les trois ou quatre ans. Les villages étaient soigneusement protégés. Les bâtiments étant groupés en village-rue, au-delà s'étendaient les plantations et les bananiers puis tout un réseau de pièges et d'alarmes (clochettes). Des salles de réunion des hommes étaient occupées, de jour comme de nuit par des guerriers en armes. Un peu plus grandes que les autres, elles disposaient de larges ouvertures, ce qui permettait une surveillance à 360° des alentours et étaient très fréquentées. La cour du village offrait la sécurité et concentrait de nombreuses activités.
Une habitation était faite d'une structure en bois, fixée au sol, et de parement d'écorces. Le pisé, qui tend à fixer l'habitant, sera imposé par l'administration coloniale. Toiture à deux pans et auvent étaient recouverts de longues feuilles d'amome ou de palmes de raphia. Ces habitations étaient petites, sombres et enfumées, elles possédaient des cuisines aménagées à l'arrière des cases-chambres. Elles étaient parfois décorées de scènes peintes ayant une force magique. Les habitations collectives portaient un décor, tout aussi symbolique, en rapport avec les croyances et les mythes. Les parois étaient ornées de motifs géométriques peints. Les figurations symboliques, sculptées, étaient surtout rassemblées sur le pilier central et sur les bancs.
vignette|Harpe mvet. Musée de la musique, Barcelone.
Mvet
« Le mot « Mvet » désigne à la fois l'instrument utilisé, le joueur et les épopées racontées desquelles se dégage toute une littérature. ». Le Mvet, récit héroïque se narre avec l'instrument de musique à cordes du nom de Mvet Ôyeng, fut révélé à un homme durant la migration, du nom d'Oyone Ada Ngone.
Mais le Mvet tel qu'il est pratiqué de nos jours a été révélé à Ebang Ely Mintem du clan Ôyekh Avung et tribu Ôkak. En effet, d'après le grand maître du Mvet Eyi Mone Ndong, il y avait deux grandes écoles, l'école du Ngwéza inventée par Ebang Ely Mintem (clan Oyeck) et l'école de Meye Me Nguini de Effandène Mve (clan essandone). L'école de Ebang Ely Mintem et de Menguire M'Edang (Essokè), dont le style majeur est Angonemane Ekome (cousine de Ebang et Grande Maîtresse du Mvet), s'est imposée. Cette migration est souvent qualifiée de Mbil ayong en langue fang (« la course », « la fuite » de la tribu).