Le rémois est un dialecte de la langue champenoise. Aussi appelé , il est parlé dans tout le département de la Marne et doit son nom à la ville de Reims, d'où est originaire ce parler d'oïl.

Le code dialecte du dialecte rémois pour l'Observatoire linguistique est 51-AAA-hgh.

Histoire vignette|391x391px|Les dialectes de la langue champenoise. Le rémois occupe la plus grande partie du département de la Marne. En raison de sa relative proximité avec Paris, la culture régionale demeure, dans la Marne, moins marquée que dans certains autres terroirs français. L'abandon progressif des us et coutumes de cette région est relativement récent.

Comme un peu partout en France, les traditions que l'on dit « régionales » ont commencé à s'estomper au avec l'instauration de l'école obligatoire instituée par Jules Ferry et notamment avec l'interdiction pour les enfants de parler patois à l'école. On note, à ce moment, le début d'une politique de ségrégation et de stigmatisation des pratiques populaires régionales, et par voie de conséquence le début d'un décrochage vis-à-vis de certains habiti locaux. Le service militaire obligatoire et le chemin de fer en favorisant les échanges ont également joué leur rôle sous ce rapport. Mais jusqu'alors, aucun autre événement n'eut d'influence majeure sur le comportement des habitants des campagnes de Champagne comme d'ailleurs.

Contrairement à une idée répandue, la Révolution française n'a certainement pas provoqué de bouleversement dans la vie quotidienne des habitants des villages et évidemment pas dans leur façon de parler. Le sentiment d'appartenance nationale n'a, par ailleurs, pas surgi ex nihilo sitôt la Révolution française achevée. L'effort d'uniformisation que voulait Mirabeau pour la France, cet « agrégat inconstitué de peuples désunis », n'a pu se faire que dans la longue durée. Eugen Weber, dans La Fin des Terroirs, explique l'abandon progressif des particularismes locaux et développe un certain nombre de facteurs explicatifs à cet endroit.

Entre Brie champenoise et Champagne pouilleuse, les Champenois ont conservé davantage l'idiome que l'on appelle « patois marnais ». L'article dresse ci-dessous un relevé non exhaustif de plus de 300 entrées tirées du vocabulaire quotidien propre aux parlers de Champagne, plus particulièrement de la Marne.

Les termes qui suivent peuvent n’être chacun propres qu’à un canton spécifique du département, voire ne s’étendre seulement qu’à quelques villages.

Précisons enfin une certaine liberté prise quant à la définition géographique de la portée de ce lexique ; le vocabulaire usité n'aspire guère à s'engoncer aux actuelles frontières administratives de la Marne, et certains mots se retrouveront donc en lisière et outre Champagne (Brie, Ardennes…).

Nombre de ces termes sont méconnus de beaucoup qui, souvent oublient voire ignorent l’existence de parlers régionaux en Champagne. Beaucoup de termes employés dans les campagnes peuvent passer pour du patois pour le simple fait de n’être pas dans le dictionnaire, et sont en réalité issus de l’argot ou, plus simplement du langage familier, n’étant donc pas typiquement marnais.

Prononciation

L’accent marnais se caractérise par un "manque évident d’articulation". Il importe nonobstant de nuancer notre propos.

L'accent ne semble nettement marqué aujourd'hui que dans certains pays de la Marne.

Comme pour le patois briard on note, pour le patois marnais que :

Nombre de voyelles « a » ou « o » se trouvent être fermées.

Les sons « en » et « on » se retrouvent souvent prononcés de façon identiques ou parfois intervertis.

Notons que certains mots commençant par « re- » tournent au « ra- » (voir lexique ci-dessous).

Le, elle, de, etc. deviennent respectivement eul’, al’, eud’…

Il n’est pas rare d’entendre certaines consonnes sauter. Il arrive parfois qu’un « e » tourne au « é », comme dans « bénet ».

En outre, la conjugaison et la grammaire font quelquefois peu cas du dictionnaire académique. Mais cette suggestion vaut aussi pour une grande part des parlers locaux.

Lexique

A

A pron. pers. Elle, en contraction orale. A r’ien’ra pô a‘an d’main = elle ne reviendra pas avant demain.

À prep. Utilisé dans le sens de "de" ( le gars à Pierre-Paul-Jacques : le fils de…).

Abler v.tr. (de blet) Commencer à mûrir, en parlant du raisin.

À bouilles, à bouteilles (pleuvoir) loc. Pleuvoir à si grosses gouttes, qu'il se forme des bulles tenaces sur la surface mouillée.

À cabidot loc. À califourchon sur le dos à quelqu’un.

Accin n.m. Jardin, cours.

Accouples n.f. pl. Omoplates.

Accouver (s’) v.pron. Se mettre à couvillon, s’accroupir.

À Couvillon loc. Accroupi.

Accrampi v.tr Pris de crampes, engourdi.

À l'acot, ou à l'acoué (de coi) loc. À l'abri.

À croupeton loc. Accroupi, à couvillon.

Adret n.m. et adj. Adroit.

À fait loc. Tout à fait, parfaitement. La porte est pas fermée à fait.

Afûtiaux n.m.pl. Vêtements

Affaire n.m. Chose, truc. Quoi qu’c’est que c’t’affaire qui traîne là ?

Agobilles n.f. pl. Ensemble d’objets hétéroclites, bazar vieux vêtements.

Ahoter (s') v. pron. S'embourber. Voir aussi Enhoter.

Aicheter (s') v.intr. S'asseoir.

Aifutier n.m. Braconnier.

Airer v.tr. Aérer.

Aller à chien loc. Se replier à contresens, en parlant d'un objet articulé. Ton couteau, i va à chien.

Aller voir loc. Prendre congé de qqn. Bon, ben, j’vas ‘ller voir.

Altopié n.m. Personne gauche.

Ann' n'a loc. Elle en a. Ann'n'a m'né queq'z'uns, pou' n'z'aider.

An'nuy (peu usité) Aujourd'hui. Voir : Astheur.

Août n.m. Prononcé le plus souvent "a-out" ou bien encore "a-oû" (comme prononcé dans mont Août, mont au sud des marais de Saint-Gond, surplombant, entre autres, les communes de Broussy-le-Grand et Broussy-le-Petit, peu ou prou entre Connantre et le fameux Mont-Aimé, et Bergères-lès-Vertus).

Arbalète n.f. Arc jouet fabriqué dans une tige d'avelinier (noisetier à fruits rouges) et bandé d'une ficelle de lieuse. Les flèches sont en noisetier commun, qui fait des pousses plus droites, mais moins solides que l'avelinier. Pique, bâton.

Arcandier, ou Aricandier, voire Argotier ou Arlan ou Achier n.m. Feignant, bon à rien.

Aronde, ou Alondre n.f. Hirondelle.

À st’heure loc. À cette heure, maintenant, à présent, aujourd’hui. C’est également utilisé dans d’autres campagnes francophones (Haute-Bretagne, Québec…) puisque venant de l’ancien français.

Attelée n.f. Demi-journée de travail.

Atteler v.tr. Commencer le travail. On attelle à 7 heures. Antonyme : dételer.

Aujord'hui Aujourd'hui, prononcé avec un "o" très ouvert.

Avec adv. Aussi. Dans la locution : je viens avec : je viens aussi.

Avoir v.tr. Notons que ce verbe est souvent employé à la place du verbe être. Il a v’nu hier. Souvent, la conjugaison de la troisième personne se substitue à celle de la première. J’a pôs 'ris l’car, c’mâââtin. Mais cette suggestion vaut pour tous les autres verbes…

Avoiner v.tr. Nourrir les bêtes. Voir : rafourner.

Avoindre v.tr. Attraper, atteindre un objet.

Avoir les bloquets loc. Être courbatu aux jambes.

B

Babane n.m, Plouc (à la campagne), cas social (en ville).

Babène n.f. Lèvre ;

Babèner, babener, babouiner (de babène) v.intr. Parler, cancaner.

Bacailler v.intr Parler, cancaner. Gueuler de tout part.

Bâche n.f Serpillière.

Bâcher v.tr. Passer la bâche.

Bâcher (se) v.pron. Se baisser, courber le dos.

Bâcouler (se) v. Se faufiler. La fouine s'est bâcoulée par la boyotte et m'a saigné l' cô (la fouine s'est faufilée par la trappe du poulailler et a saigné le coq).

Bâculot, ou Bâculat n.m. Personner ronde avec de petites jambes. Voir : Culbutot.

Bacuter v.intr. Lambiner dans son ouvrage ou se complaire à des futilités.

Bâiller v.intr. Gueuler.

Barayer v.tr. Passer et repasser inutilement plusieurs fois au même endroit.

Barbiche n.f. Tache de nourriture restant sur le pourtout de la bouche après avoir mangé comme un sagouin (s'applique surtout aux enfants).

Barou n.m., ou Barouette n.f. Brouette. Voir : Barot.

Bârot n.m. Tombereau (débâroter : décharger en vrac).

Barrer la porte loc. Fermer la porte à clef, cleyer. On trouve des condamnations de portes formées d'une barre pivotant entre deux taquets, un sur chaque vantail.

Bassière n.f. ou Bassier n.m. (de bas, contrebas) Parcelle de terrain boisée, généralement en contrebas, le long d'une rivière.

Bayéer v.tr. Balayer.

Becquer v.tr. Donner des coups de bec. Embrasser.

Bécher v. tr. Ébrécher v.intr. dans l'expression le poulet est en train de bécher : le poussin ébrèche sa coquille pour naître.

Bédaine n.f. Bedaine, ventre rond. Le e se prononce é.

Bénet n.m. Benet. Le e se prononce é.

Béquiller v.intr. Manger sans appétit ou faire son chaffrogneux (voir ce mot).

Berdâcler v.tr. Trifouiller ( Veux-tu bin 'rrêter d’berdââcler après c’t’affaire là ?).

Berdâclot n.m. Poussah, culbutot.

Berlauder v.intr. Ne pas mener à terme un travail, travailler mal. Subst. : un berlaudeux.

Berlafe n.f. Balafre.

Bertauche n.f. Charrue à semoir (châ'u â s'moèr).

Bertelles, ou bèrtelles n.f. pl. Bretelles.

Bétin n.m. et adj. Bête (au sens propre comme au sens figuré).

Beugneux adj. Amorphe sous l'effet d'une maladie. L'a la fièvre, l'est tout beun'yux.

Beurler v.intr. Gueuler, beugler, brailler.

Beuyer v.tr. Guégner par la fenêtre.

Beuyotte, ou Boyotte n.f. Petite trappe pour laisser passer les poules en bas de la porte du poulailler.

Biquat n.m. Chevreau.

Bian adj. Blanc.

Biau adj. et n.m. Beau.

Bidru adj. Rassasié, repu. Ch’us bidru : j’ai pu’ faim.

Bin interj. et adv. Bien.

Bilbatiaud n.m. Un grand bilbatiaud : une personne de grande taille, dégingandée.

Bilot n.m. Jars.

Bilotte, Bile n.f. Oie.

Bitard (au féminin bitarde) n. Habitant(e)s de Orvilliers-Saint-Julien (Aube, 10). Habitant(e)s à Prémierfait (Aube, 10).

Bitarde n.f. Animal fabuleux à la chasse duquel on envoye les personnes crédules (équivalent Marnais du dahut).

Blauche n.f. Motte de terre.

Blaude (en Parler Bourguignon : biaude) n.f. Blouse.

Blinder v.tr. Abîmer, gâter. Voir : Dessocler ou Broyer.

Bloblotter v.intr. Trembloter, avoir la bloblotte.

Bô! loc. Cri de surprise, d'admiration, etc.

Bobéchon (se monter le) (de bobèche, bourrichon) loc. Se monter le cou, s'automystifier.

Bœu (prononciation de bœuf) n.m. Brute dans ses mouvements. Poussez pas comme des bœus !

Bôgne, Bôgnotte n.f. Petite cavité aménagée dans un mur.

Bon-Dieu n.m. Petite raclette, spatule métallique à manche de bois.

Bonne heure (à) loc. De bonne heure, tôt.

Botteler v.intr. Faire des bottes, en parlant de la neige (voir ci-dessous) : Ça bottelle.

Bottes n.f. pl. Couches de neige collées en hiver après les semelles des chaussures.

Boudine n.f. nombril.

Bouffe-la-balle n.m. Gros bonhomme.

Bouille n.f. Ampoule (sur la peau). Voir loc. Pleuvoir à bouilles.

Bouirotte n.f. Burette à huile.

Boujon n.m. Barreau de chaise : Berce pas nos chaises, t'vas broyer un boujon.(Ne te balance pas sur ta chaise, tu risques de casser un barreau). Voir : Buson. Enfant remuant.

Bourlander (se) v.pron. S’empiffrer comme un goulafe. Se bourlander de gâteaux.

Bourouette, ou barouette n.f. Brouette.

Bourouetter, ou barouetter v.tr. Transporter dans une bourouette. Fig : charrier quelqu'un, lui raconter des histoires fausses.

Branque, ou Branquignolle n.m. Fou, débile, pinpin.

Brayette, Brayotte n.f. Braguette.

Brindelles ou brimbelles n.f.pl. Morceaux (usité surtout dans l'expression En brindelles).

Bringueballer v.tr. Trimballer, charrier, porter qqch. voir Trinqueballer.

Brisaque n. Qui broye tout (surtout utilisé pour les enfants).

Broquigner v.tr. Grignoter.

Brouin n.m. Crécelle rotative. Entre Vendredi-Saint et Pâques, quand les cloches étaient parties à Rome, les enfants faisaient résonner les brouins dans les villages pour annoncer midi et l'angélus du soir.

Brousine n.f. Pluie fine, bruiner.

Brousiner v.intr. Bruiner.