Lobsang Gyatso, encore appelé Ngawang Lobsang Gyatso, et surnommé « le Grand Cinquième », est le dalaï-lama. Il est né à Taktsé, le et mort le . Ses noms tibétains sont et . Le « Grand Cinquième » est le premier dalaï-lama à être à la fois chef spirituel et chef temporel de tout le Tibet, établit la capitale à Lhassa et y fait construire le palais du Potala. On lui attribue l'unification de tout le Tibet sous le gouvernement du Ganden Phodrang, après les interventions militaires réussies de Gushri Khan. Lobsang Gyatso met en place des relations d'État à État avec l'empire Qing et d'autres pays de la région, et rencontre les premiers explorateurs européens. On lui doit 24 volumes scientifiques et religieux sur un large éventail de sujets.

Biographie Ngawang Lonsang Gyatso est né en 1617 à Lhoka Chingwar Taktse, au sud de Lhassa. Son père, Dudul Rabten, était un militaire de la cour Phagmodru. Sa mère, Kunga Lhanzé, appartenait à la famille Nakartsé liée à l'l'école Jonang. Le maître de celle-ci, Taranatha, choisit pour l'enfant le nom de Kunga Mingyur Tobgyal Wangi Gyalpo, qui comporte une partie (Kunga) de son propre nom tibétain et de celui de la mère de l'enfant. Il semble que Taranatha ait espéré que l'enfant devienne un jour disciple de son école. Parmi les anciens membres de la famille du dalaï-lama, certains suivaient les enseignements nyingmapa, mais ils préféraient à cette époque l'école kagyüpa p. 3 : .

Cependant, en 1622, Lobsang Gyatso est identifié par les gelugpa comme la réincarnation du dalaï-lama, Yonten Gyatso., et notamment par le tuteur de ce dernier, Lobzang Chokyi Gyeltsen, le futur panchen-lama. Il lui donne le nom de Lobzang Gyatso et l'intronise au monastère de Drepung.

Le choix de Lobsang Gyatso ne s'est pas fait sans heurt. Selon Alexander Gardner, il a d'abord été déclaré sans succès comme une réincarnation d'une lignée Kagyupa, le Tsurpu Gyaltsab Dragpa Dondrub (). À Drepung, il est en compétition avec Dragpa Gyaltsen comme réincarnation du dalaï-lama, qui fut par la suite sélectionné comme la réincarnation de Panchen Sonam Dragpa (), le Ganden Tripa () et .

Selon le tibétologue japonais Zuiho Yamaguchi (Tōyō Bunko de Tōkyō), Dragpa Gyaltsen, le « tulku de la demeure d'en-haut » au monastère de Drépung ()., .

Régent du Tsang opposé aux gelugpa Les régents du Tsang (gTsang), Karma Phuntsok Namgyal (règne 1611 – 1620) et son successeur Karma Tenkyong Wangpo (règne 1620 – 1642), sont opposés à l'école gelug.

Le régent du Tibet, le Desi Tsangpa (Karma Tenkyong Wangpo), envahit Lhassa entre 1630 et 1636 Voir le chapitre « Le khanat khochot du Tsaïdam et du Koukou-nor, protecteur de l’Église tibétaine. » à 647, attaquant les monastères de Drépung, de Séra et de Ganden. Güshi Khan, le chef de la tribu mongole des Qoshot (et du Khanat qoshot), intercepte une lettre de Donyo Dorje, chef de Beri (, un allié du gTsang) de l'Est du Tibet, dans le Kham, adressée au desi Tsangpa, décrivant un projet visant à détruire les monastères gelugpa. Le chef mongol persécute les écoles non-gelukpa et la religion bön et il fait exécuter le dési Tsangpa. Cependant, comme les tensions augmentent, de nombreuses lettres s'échangent entre le dalaï-lama, le panchen-lama et le karmapa, Chöying Dorje.

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Intervention de Güshi Khan vignette|Güshi Khan et Sonam Chophel . vignette|Représentation des statues de Lobsang Gyatso et de Güshi Khan dans l'entrée du palais du Potala en 1661 par Johann Grueber dans China illustrata de Athanasius Kircher. Selon Matthew Kapstein Lobsang Gyatso envoie trois missions chez les Mongols pour demander de l'aide à Güshi Khan (ou Gushri Khan). Selon Lama Kunsang et Marie Aubèle, alors que Güshi Khan s’apprêtait à envahir le Tibet à la demande de Sonam Chophel (portant plus tard le titre de Zhalngo, trésorier de Ganden Phodrang et le serviteur personnel du dalaï-lama, le karmapa, écrit au dalaï-lama, lui demandant d'intervenir au nom de la non-violence du dharma. Le dalaï-lama répond avoir l'assurance que l'intervention ne serait pas militaire, mais il ne put empêcher les visées politiques de son serviteur et les troupes mongoles déferlent au Tibet en 1639Lama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, éd. Albin Michel (2011), , . Le dalaï-lama exigea de rencontrer le khan pour le dissuader de poursuivre ses destructions mais sans y parvenir.

En 1640, le khan mongol Güshi Khan de la tribu des Qoshots envahit le gTsang, au Tibet central, et capture le desi du Tsang (Karma Tenkyong Wangpo) à Samdrubtsé (appelé plus tard Shigatsé) à la fin de 1642.. Il installe ensuite le dalaï-lama comme chef temporel du Tibet en 1642, 1938, : . Le Tibet s'étend alors de Dartsedo, aux portes de la Chine, jusqu'aux frontières du LadakhMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 72.

Le khan imposa ses forces dans l'ensemble du Kham et en 1641 il atteignit Lhassa où il fut reçu par l'entourage du dalaï-lama. Malgré les exhortations du dalaï-lama, il progressa vers la région du Tsang et envahit Shigatsé, capturant dans sa forteresse le roi du Tsang, qui fut exécuté. Les monastères karma-kagyu dont Tsouphou furent endommagés. Certains proches du dalaï-lama firent envoyer des troupes dans le campement du karmapa, ce qui causa de nombreux morts. Le karmapa aida les survivants à s’échapper et il se réfugia avec son serviteur Zuntou Zangpo au Bhoutan. En 1642, les Mongols firent reconnaître le dalaï-lama comme le souverain du pays, ce qu'il accepta dans le but d'unifier le Tibet et de mettre fin aux conflitsLama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, Ed. Albin Michel (2011). , .

Persécution des kagyu et Jonang Du fait des liens des lignées Kagyu et Jonang avec le roi de Tsang, le karmapa, Chöying Dorje, chef de l'école Karma Kagyu, doit s’exiler au Yunnan, et campe à Yam Dur. Une lettre du dalaï-lama lui est envoyée, lui demandant ses intentions. Le dalaï-lama trouve sa réponse inacceptable. Des troupes sont envoyées dans son camp et des milliers de moines sont massacrés .

Les survivants Jonangs des massacres par Lobsang Gyatso et ses alliés mongols qoshots en 1642 fuirent dans le xian de Zamtang (ou Dzamthang, actuelle province du Sichuan). Les Gélugpa considéraient la vision des Jonangs du Zhentong de la vacuité, comme hérétique. Ils scellèrent les bibliothèques Jonangs et brûlèrent leurs livres, ils furent persécutés et leurs monastères annexés. Il a tout de même subsisté le monastère de Tsangwa, situé à Dzamthang.

Ainsi, Güshi Khan offrit à son enseignant spirituel, le dalaï-lama, la nation du Tibet. De cette façon, le chef mongol fit du Tibet son domaine et établit le dalaï-lama comme son dirigeant. Le dalaï-lama unifia l'ensemble du Tibet avec l'aide des Qoshots, qui pendant des siècles avaient été tourmentés par des guerres et des conflits internes. . Le chef mongol avait envahi l'Est du Tibet et il attaquait et dépouillait les gens et les monastères de cette région. Les monastères de Séra, Ganden et Drépung de Lhassa se plaignaient de la brutalité des agresseurs mongols.

Début de la construction du palais du Potala vignette|Le dalaï-lama a fait construire le palais du Potala. Le dalaï-lama fut le premier des dalaï-lamas à exercer un pouvoir temporelMon pays et mon peuple. Mémoires, Dalaï-Lama, 1999, Olizane, , page 60. Il forma le gouvernement du Tibet, dont la structure a été conservée jusqu’en 1959. Dans cette structure, le rôle du régent était confirmé en tant qu’institution. En 1645, le dalaï-lama décida d’installer à Lhassa son gouvernement dans un bâtiment, le Potala, qu’il fit construire sur une colline où se trouvait un pavillon fondé par le roi Songtsen Gampo. Il édifia la partie blanche centrale du Potala, et la partie rouge fut ajoutée par Sangyé Gyatso en 1690. Le Potala devint le centre gouvernemental du Tibet. Tous les départements ministériels ainsi que le collège de Namgyal, fondé à Drépung en 1574 par le dalaï-lama pour la formation monastique, furent transférés au Potala en 1649. Il fit recenser les monastères du Tibet, et réglementa leurs revenus et leurs contributions aux dépenses d’État. Il créa l’école de médecine de Chakpori, qui se perpétua jusqu’à sa destruction par l’armée chinoise en 1959, et un hôpital encore en fonctionnement de nos jours. Il organisa la hiérarchie religieuse ainsi que les relations extérieurs du TibetVoir le chapitre « Lobsang Gyatso » dans ..

Visite de l'empereur Kangxi .

Visite de l'empereur Shunzhi à Pékin vignette|Lobsang Gyatso rencontre l'empereur Shunzhi, thangka situé au palais du Potala à Lhassa En 1648, l'empereur Shunzhi invite le dalaï-lama à faire une visite d'état à Pékin. La requête est acceptée en 1649 et quatre ans de négociations sont nécessaires avant que la visite ne prenne place. En 1652, le lama sort de Lhassa entouré de Kheritaka, en Mandchourie ou l'empereur lui a construit un palais. Après un an de voyage, il arrive à la frontière sino-tibétaine et envoie une lettre à l'empereur pour lui demander de le rejoindre, ce qui cause une crise protocolaire à la cour mandchoue. Il est décidé que l'Empereur devait faire un voyage mais que la rencontre devait se faire en Mandchourie, comme c'est le lama qui était l'invité. La rencontre devait alors se faire à Keritaka en Mandchourie. Un palais a été spécialement construit pour le Dalaï-lama sur le trajet. Il y laisse la majorité de ses compagnons de voyages et n'est plus escorté que par 300 officiels pour rencontrer différents émissaires impériaux sur le chemin. L'empereur attend le dalaï-lama à Chenlou. Lorsque ce dernier arrive à portée du trône, il descend de son cheval et l'empereur se lève de son trône et le rejoint. Le dalaï-lama arrive à Pékin au nouvel an de 1653 ou davantage de réceptions et banquets sont donnés. il séjourne ensuite au temple Jaune de l'Ouest pendant deux mois, avant de repartir pour le Tibet.

Succession de Güshi Khan En 1655, à la mort de Güshi Khan et du régent Sonam Choephel, le dalaï-lama nomma comme nouveau roi mongol Dayan Otchir Khan (surnommé Tenzin Dorje en tibétain), fils de Güshi Khan. Drong Mey-Pa Thinley Gyatso succéda à Sonam Choephel au poste de régent. En Chine, après la mort de l'empereur mandchou Shunzhi en 1662, son fils Kangxi lui succède..

Relations avec d'autres hiérarques du bouddhisme tibétain Après le retour du karmapa à Lhassa en 1673 à la suite de l'amélioration de la situation politique, le dalaï-lama donna les vœux de moines au Gyaltsab Rinpoché Norbu Zangpo et au Nénang Pawo Tsouglag Trinlé Gyatso pour sceller le retour de l'harmonie entre les lignées guéloug et karma-kagyuLama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, Ed. Albin Michel (2011). , p. 202-203.

Le dalaï-lama reçut la transmission du Mahamudra de Chöying Dorje, karmapa, avec qui il renouaNik Douglas, Meryl White, Karmapa: The Black Hat Lama of Tibet, 1976, p. 88 : .

Le dalaï-lama est réputé avoir été un tertön, un découvreur de trésors.. Il fut un disciple et un maître du tertön nyingmapa Terdak Lingpa erdak Lingpa, rywiki.tsadra.org.

En 1662, le panchen-lama est mort à 91 ans. En 1665, à la demande des responsables du Tashilhunpo, le dalaï-lama a reconnu Lobsang Yeshe, un enfant de la région de Tsang, comme la réincarnation du panchen-lama. Le dalaï-lama a initié la lignée de réincarnation du panchen-lama, à qui il attribua le titre d'émanation du Bouddha Amitabha et offrit le monastère de Tashilhunpo.

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