thumb|256x256px|Écartelé : aux et 4e, d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois trèfles du même ; au 2e, des barons militaires ; au 3e, de sable au globe terrestre d'or sommé d'un compas ouvert d'or, les pointes basses d'argent.
Le général Louis-Albert-Guislain Bacler d’Albe, né le à Saint-Pol-sur-Ternoise, mort à Sèvres le , est un général, cartographe et peintre français de la Révolution et de l’Empire.
Il joue un rôle historique dans deux domaines : la cartographie et la peinture de bataille. Par ailleurs, à partir de 1804, il est responsable de la documentation cartographique au service de l'empereur.
Bacler d'Albe est l'un des plus anciens compagnons de : artilleur comme lui au siège de Toulon en 1793, il fait encore partie des quelques noms cités dans le testament de Napoléon, rédigé à Sainte-Hélène en 1821, pour l'éducation de son fils. En tant que chef de son cabinet topographique personnel de 1804 à 1814, il fournit à Napoléon toutes les cartes disponibles nécessaires aux prises de décision stratégiques pendant les campagnes (il est à sa disposition de jour comme de nuit).
Géographe, il est considéré comme l'un des meilleurs cartographes de son temps, il a perfectionné la représentation du relief par jeux d'ombres, dirigé le Dépôt de la Guerre (ancêtre de l'actuel Institut national de l'information géographique et forestière) et réalisé les premières cartes homogènes d'Italie puis d'Europe (exemplaire unique appelée « carte de l'empereur », perdue pendant la retraite de Russie à part la feuille de Bavière).
Artiste, il est considéré comme un rénovateur du genre des peintures de bataille (en apportant à la fois vue d'ensemble topographique et sens du détail humain) et un bon graveur (vues de Savoie et vues prises à travers l'Europe pendant les campagnes de l'Empire).
Son fils Joseph, participe à la guerre d'indépendance du Chili, en formant les premières générations d’ingénieurs militaires et en dressant les plans des batailles.
Biographie
Louis Albert Guislain Bacler d'Albe est né en Artois en 1761. Son père est un ancien trésorier du régiment de ToulDe nombreuses erreurs existent dans les biographies à cause des déclarations de Louis Bacler aux autorités militaires (cf. L. Benosa Vérités sur les origines et la jeunesse de Louis-Albert Bacler, cartographe de Bonaparte, , 2021..
Il part vers le sud à 24 ans, avec sa compagne (qu'il n'épousera qu'en 1808), et devient un peintre à succès dans la région du Mont-Blanc entre 1785 et 1793. Il vit à Sallanches (Haute-Savoie), où naissent deux fils Joseph Albert le et Marie Louis François le , avant François Auguste Laurent () à Nice, puis Alexandrine Julie Joséphine () et enfin Louis Marc à Issy ().
Engagé volontaire en 1793, il participe au siège de Lyon et au siège de Toulon et est élu capitaine d'artillerie par ses camarades de régiment sans avoir suivi de formation militaire.
Il est ensuite affecté à l’armée d'Italie (1794-1797). Il y devient officier géographe et cartographe officiel de l’armée d'Italie en raison de ses talents artistiques. Il participe à la première campagne d’Italie sous les ordres de Bonaparte, qui le choisit comme dessinateur et peintre afin de populariser ses victoires auprès des Français. Bacler d'Albe réalise à cette occasion à Milan en l’An V l’un des premiers portraits de Bonaparte, s'inspirant du travail d'Antoine Gros. Nommé chef du Dépôt de la Guerre de la République cisalpine, il cartographie l'Italie entre 1797 et 1799, alors que Bonaparte est revenu en France.
Il entre de nouveau au service personnel de Bonaparte à partir 1799. À partir de cette date jusqu'à la chute de l’Empire, sa vie est entièrement dévouée au service de celui-ci. Chef des ingénieurs du Dépôt de la Guerre à Paris de 1799 à 1804, il participe à la normalisation de la cartographie française (commissions de 1802-1803). Il poursuit dans le même temps son œuvre d'artiste. Chef du bureau topographique de l'Empereur de 1804 à , il le suit partout en temps de paix comme en campagnes et est son plus proche collaborateur sur le plan de la stratégie. Il réalise la Carte de l'Empereur, première carte homogène de l'Europe (au 1:100.000).
Directeur du Dépôt de la Guerre en 1814-1815, il sauve du pillage les cuivres de la carte de Cassini, seule carte de France existant à l'époque. Privé de son emploi par la chute définitive du Premier Empire et surveillé par la monarchie, il se retire dans sa maison de Sèvres, où il vit comme artiste lithographe. Il réalise des centaines de gravures à partir des dessins réalisés tout au long de ses campagnes à travers l'Europe. Il meurt à Sèvres en 1824.
Le collaborateur stratégique de l'empereur Bacler d'Albe aura une place privilégiée parmi les collaborateurs de Napoléon. Il se distingue en particulier par sa longévité, sa proximité et le caractère essentiel de son rôle.
Bacler d'Albe a une longévité exceptionnelle auprès de Napoléon : présent comme lui au siège de Toulon en 1793, il travaille directement sous ses ordres de 1804 à . Il est du petit cercle d'intime de son "cabinet intérieur". À la veille de sa mort, Napoléon se souvient de lui et cite plusieurs fois ses œuvres cartographiques dans son testament pour l'éducation de son fils, le Roi de RomeNapoléon Bonaparte, Instructions pour les exécuteurs testamentaires, articles 14, 25, 26Journal du général Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier 1821-Mai 1821, pp 262 et 268, cité par Troude p.94 : "Probablement, on cherchera à fausser ses idées. Il faudra lui envoyer des voyageurs comme Méneval, Fain, d'Albe, qui l'entretiendront naturellement de ce qu'ils ont vu et su..." (Journal du général Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier 1821-Mai 1821.
Bacler d'Albe est le cartographe personnel de Napoléon de 1804 à 1814. Il synthétise toutes les informations géographiques et militaires sur la carte qu'il tient à jour pour l'Empereur, en temps de paix comme en temps de guerre, ce qui en fait le plus proche collaborateur de Napoléon.
Concrètement, il est le seul à préparer les décisions stratégiques de Napoléon, travaillant sous sa tente, les veilles de batailles, pour répondre à ses questions cartographiques. Néanmoins, l'absence de formation militaire de Louis Bacler ne lui permet pas de conseiller Napoléon en matière de stratégie. il rend concret devant ses yeux le terrain de campagne. L'historien Frédéric Masson écrit : "Doué d'une facilité prestigieuse, d'Albe était capable de figurer uniquement d'après la carte et sans se tromper d'une ligne le panorama des lieux où l'Empereur comptait livrer bataille. Sur ces hachures, ces courbes, ces points noirs ou blancs, il voyait et faisait voir, existant et tel que dans la nature, non pas le terrain abstrait, mais en quelques sorte le terrain concret des campagnes futures" Frédéric Masson (1847-1923), Napoléon chez lui ou Napoléon en campagne, cité par Despax page 45 et Troude page 40, il planifie les marches, calcule les tirsBaron d'Odeleben (1777-1833), officier d'État-Major de Napoléon en 1813, probablement dans La Campagne des Français en Saxe en 1813, cité par Troude, p.37; et M. de Leffe.
Pour sa part, l'État-Major commandé par le maréchal Berthier transmet et précise les ordres de Napoléon, mais sans prendre part aux décisions. Selon le colonel Vachée, "Aucun autre officier, y compris Berthier, ne nous semble avoir été associé d'une façon si intime au travail de pensée de Napoléon. À ce titre, Bacler d'Albe a tenu dans l'État-Major impérial une situation unique : seul, il a rempli auprès de Napoléon celles des fonctions d'État-Major qu'on doit considérer comme les plus élevées et qui consistent à préparer la décision du Chef... "Colonel Vachée, Napoléon en campagne, Berger-Levrault, 1913, cité par Alferd Lartigue, cité par Troude page 41 ; et Despax page 48. Le Napoléon en campagne de Jean-Baptiste Vachée a été réédité en 2003 par Bernard Giovanangeli. Par conséquent, l'historien militaire Ronald Pawly considère que "Pendant les campagnes, Bacler d'Albe était la seconde personne la plus importante du Quartier-général impérial"Ronald Pawly.
Le bureau de Bacler d'Albe est donc considéré par les historiens comme "le laboratoire où germaient les idées de Napoléon" (pour le général Bonnal)Général Bonnal, article sur le Quartier-général impérial, cité par Despax, page 47., "le point de départ de toute préparation initiale des campagnes" (pour Ronald Pawly)Ronald Pawly, Napoleon's imperial headquarters, Osprey Publishing, 2004, "Le centre nerveux le plus secret du Sanctuaire du génie " (pour la Napoleonic Society)Napoleonic Society (Londres), Napoleon Command System, sur www.smartgroups.com/vault/napoleon/Napoleonic_Command_System.htm, consulté en décembre 12/2002 . Bacler d'Albe est pour Napoléon "indispensable" colonel Vachée ; Sheperd Paine, directeur de la Napoleonic Alliance et d'une "valeur inestimable" Napoleonic Society.
Par ailleurs, on loue son « indépendance d'esprit, qualité rare autour de Napoléon » Marquis de Castellane (1768-1837) (le préfet et conseiller d'État ?), cité par Alfred Lartigue, lui-même cité par Troude page 38 et le fait qu'il soit l'un des membres les plus intelligents et érudits de l'entourage de NapoléonMarc Troude, Bacler d'Albe, Saint-Pol-sur-Ternoise, 1954, page ??.
Bacler d'Albe est donc naturellement, matériellement,un proche collaborateur de Napoléon : aux Tuileries son cabinet de travail donne sur la chambre de l'Empereur. En campagne, sa tente est voisine de la sienneDespax, page 37, son cabinet de travail se trouve sous la tente même de l'Empereur Despax, page 41Ronald Pawly (historien né en 1956 à Anvers), Napoleon's imperial headquarters, Osprey Publishing, 2004, sur ; il est le plus souvent appelé de jour comme de nuit, car considéré comme "indispensable" Baron d'Odeleben (1777-1833), officier d'État-Major de Napoléon en 1813, probablement dans La Campagne des Français en Saxe en 1813, cité par Troude, p.37. Le baron Fain, secrétaire de Napoléon, décrit ainsi le travail des deux hommes : "Souvent la grande dimension des cartes forçait l'Empereur à s'étendre de tout son long sur la table et d'Albe d'y monter aussitôt pour rester maître de son terrain ; je les ai vu plus d'une fois tous deux sur cette grande table et s'interrompant par une brusque exclamation, au plus fort de leur travail, quand la tête de l'un venait heurter trop rudement la tête de l'autre." Baron Fain (1778-1837), secrétaire de Napoléon, cité par Marc Troude page 39.
Ce travail sans fin pour un maître exigeant lui vaut des honneurs, puisqu’il est promu colonel en 1807, puis général de brigade en 1813. Il est fait baron d'Empire en 1808.
Le cartographe Bacler d'Albe est une figure marquante de la cartographie française de son temps. Le conservateur de la bibliothèque du Commandement de la doctrine et de l'enseignement militaire supérieur de l'armée de terre écrit en 2001 qu'en termes de cartographie, "L'époque impériale est dominée par la personnalité de Bacler d'Albe" M. de Leffe, La cartographie militaire, in Objectif Doctrine n° 21, janvier 2001, revue du CDES (Commandement de la doctrine et de l'enseignement militaire supérieur de l'armée de terre)..
Son biographe Marc Troude résume ainsi ses années de travail : "Bacler d'Albe, travailleur infatigable, n'a cessé, depuis 1793 jusqu'en 1815, de se consacrer à la topographie, de donner satisfaction aux ordres de l'Empereur, il a veillé de façon assidue à l'étude du terrain, à l'organisation du service, à la gravure des cartes, à l'instruction du personnel, au perfectionnement de la technique. À l'occasion de chaque campagne, il préparait la documentation nécessaire et ordonnait des reconnaissances quand elles étaient possibles"Troude, page 43.
Ses principales œuvres topographiques