Rachgoun est une agglomération secondaire de la commune de Béni-Saf dans la wilaya de Aïn Témouchent en Algérie. Archgoun ou Archgul était une ancienne cité musulmane aujourd’hui disparue qui occupait le même site que l'antique Siga.

Géographie Rachgoun est une petite agglomération côtière à l'embouchure de l'oued Tafna, à à l'ouest du chef-lieu de commune Béni Saf et à de Tlemcen, face à l'île éponyme : l'Île de Rachgoun située à au large.

Le village balnéaire s'est organisé autour de deux plages de sable fin. Rachgoun-plage traversée par le cours d'eau qui s'y déverse, et, plus à l'est, Madrid-plage, une petite plage en anse, dont elle est séparée par un promontoire rocheux.

Toponymie

Le terme Rachgoun ne désigne pas principalement l'île, mais plutôt le territoire continental qui lui fait face, s'étendant jusqu'à Takembrit. Son étendue a varié au fil des périodes, désignant parfois uniquement l'emplacement actuel du village de Rachgoun, parfois Takembrit, et d'autres fois l'ensemble comprenant Takembrit, l'embouchure et l'île selon les auteurs médiévaux. Au , le terme se limitait au plateau faisant face à l'îleJ.-P. Laporte, « Siga et l’île de Rachgoun », L'Africa romana, 16, 4, 2004 – 2006.. Ce nom pourrait avoir conservé le toponyme antique sous la forme Rus-Siga.

Rachgoun est appelée Archgoun ou Ars̲h̲gūl durant la période médiévale. Le nom est phénicien, il est composé de rac ou rus (, ) et gun (). Le mot gun peut également signifier qui serait rattaché à la fertilité des terres de la basse Tafna.

Le nom de la ville figure sous plusieurs graphies dans les textes arabes : Aršqul (Ibn Hawqal, Al-Bakri, Al-Idrisi et Al-Dimachqi); Arğkūn (Al Idrissi); Aršğūl (Al-Istibsar); Arğkūk (Yaqout al-Rumi); Aršgūn (Ibn Saïd); Arsqūl (Aboulféda); Arškūl (Léon l'Africain).

Durant l'Antiquité, elle est appelée également Portus Sigensis : le port de Siga.

Histoire

Néolithique Au gisement de Rachgoun, sur un site en plein air, on a trouvé une abondance de coquilles d'escargots renfermant de nombreux restes de mollusques marins. Succédant soit à de l’Atérien ou à du Moustérien, l’Ibéromaurusien et les faciès apparentés constituent un ensemble civilisationnel spécifique à l’Afrique du Nord, attribué à l'Homme moderne dénommé localement Homme de Mechta AfalouSlimane Hachi, Du comportement symbolique des derniers chasseurs Mechta-Afalou d'Afrique du Nord, Comptes Rendus Palevol, Volume 5, Issues 1–2,2006, p. 430 et p. 435.. Camps a étudié ce site et y a identifié des industries lithiques ibéromaurusiennes ainsi que plusieurs ossements humains, dont au moins sept individusCAMPS, Gabriel. "Le gisement de Rachgoun (Oranie)." Libyca 14 (1966): 161-181.Chamla, M-C. "Note sur les restes humains (H4) découverts à Rachgoun, en Février 1964." Libyca 14 (1966): 182-187..

L’incinération fut pratiquée par les habitants de l’île Rachgoun aux G. Vuillemot, La nécropole punique du Phare dans l'Ile Rachgoun. Libyca, Archéol. Epigr., t. II, 1955, p. 7-76.. À Rachgoun, une nécropole phénicienne datant des av. J.-C., les découvertes archéologiques révèlent une prédominance de la crémation. En effet, 33 exemples de crémation ont été identifiés dans des urnes, tandis que 68 exemples ont été déposés dans des fosses sans urnes funéraires. Ces crémations coexistent avec des inhumations, bien que celles-ci soient principalement celles d'enfants. Cette combinaison de pratiques funéraires variées à Rachgoun témoigne de la complexité des rituels et des influences culturelles présentes dans cette colonie phénicienneGitin, Seymour (Sy) and Marilyn R. Bierling. The Phoenicians in Spain: An Archaeological Review of the Eighth-Sixth Centuries B.C.E. -- A Collection of Articles Translated from Spanish. Penn State University Press, 2002, p. 64. Project MUSE muse.jhu.edu/book/80894..

Antiquité Époque punique et phénicienne À Rachgoun, des traces d'habitat datant du 7e au 5e siècle peuvent être observées à travers la céramique grecque et ibérique. Le spectre de découvertes hétérogènes, en particulier la forte proportion de céramique façonnée à la main, de nombreux os de porc et des structures de construction rudimentaires, a suscité des hypothèses sur un peuplement de personnes d'origines diversesP.-A. Février, Les origines de l'habitat urbain en Maurétanie césarienne, in: Journal des savants 2, 1967, p. 107.M. Botto, I commerci nell’estremo occidente del Mediterraneo e nell’Atlantico, in: I. Manfredi / A. Soltani (Hrsg.), I Fenici in Algeria. Le vie del commercio tra il Mediterraneo e l’Africa Nera, 2010, p. 85Botto, I commerci nell’estremo occidente del Mediterraneo e nell’Atlantico, cit. op.,p. 85. Il est clair que la petite île dépendait du commerce continental, comme en témoignent les ossements d'animaux. À proximité de Mersa Madakh, on a découvert dans les séquences d'habitation, en plus de la céramique façonnée à la main, de la céramique tournée au tour, remontant jusqu'au 6e siècleA. Février, Les origines de l'habitat urbain en Maurétanie césarienne, cit. op., p. 108F. López Pardo, Los enclaves fenicios en el África noroccidental. Del modelo de las escalas náuticas al de colonización con implicaciones productivas, in: Geriòn 14, 1996, pp. 272–274.. Des maisons rectangulaires avec des foyers et des toits en bois ont été rencontrées iciG. Camps, Monuments et rites funéraires protohistoriques, 1962, p. 42.. Des amphores de type Ramon 10121 (7e-6e siècle) ont également été trouvées à Rachgoun. Un type d'urne appelé Cruz del Negro apparaît également dans les colonies archaïques et les nécropoles de RachgounM. Kbiri Alaoui et al., Recherches archéologiques maroco-italiennes dans le Rif, cit. op., p 593.A. Akkeraz et al., L'habitat maurétano-punique de Sidi Ali ben Ahmed, cit. op., p. 155..

Rachgoun est mentionnée parmi les exemples où les Phéniciens ont choisi des îlots ou des groupes d’îlots à proximité des côtes continentales, souvent à l’embouchure d’une voie navigable offrant un accès à l’intérieur des terresLancel, S. (1994). Vie des cités et urbanisme partim occident. In La civilisation phénicienne et punique, Leiden/Brill. p. 374.. Rachgoun, avec Utique, Bitia et Toscanos, figure parmi les escales temporaires choisies sur les routes vers l’OccidentBartoloni, P. (1994). Navires et navigation. In La civilisation phénicienne et punique, Leiden/Brill. p. 284.. Les ports de l’époque archaïque demeurent insaisissables, mais des bassins artificiels, les cothons sont apparus à des époques ultérieures, comme à Rachgoun, identifié comme un site punique en Afrique du NordLancel, S. (1994). Vie des cités et urbanisme partim occident, cit. op., p. 384.. En Afrique, les seules poteries grecques datant de la période étudiée proviennent des sites de Rachgoun (Tafna, Algérie) et de Mogador (Essaouira)Pappa, E. (2019). The Western Mediterranean. In A Companion to the Archaeology of Early Greece and the Mediterranean (eds I.S. Lemos and A. Kotsonas), p. 1342.. Des quantités non spécifiées d'amphores attiques de type SOS du VIIe siècle et d'amphores du type "à la brosse" du début du VIe siècle ont été découvertes à Mogador. Seule une amphore attique SOS est connue de Rachgoun.

La prospérité de Carthage était étroitement liée aux échanges commerciaux en Méditerranée. Les installations portuaires puniques à l'est du Cap Bon étaient cruciales, permettant aux marchands de participer aux flux commerciaux entre les régions orientale et occidentale de la Méditerranée. Wuillemot avait exploré les sites puniques de Ténès à Melilla, répertorié les découvertes côtières, puis analysé l'implantation carthaginoise. Il a particulièrement mis en lumière les fouilles menées sur l'île de Rachgoun, utilisée comme escale maritime et habitée du milieu du Vᵉ au milieu du Ve siècleG. Wuillemot, Reconnaissances aux échelles puniques d'Oranie, Paris, Klincksieck, 1965, 453p.. L'archéologie atteste du développement de l'influence carthaginoise sur l'île de Rachgoun, où le matériel archéologique punique devient prédominant aux avant notre ère, reléguant ainsi au second plan un matériel hispano-phénicien plus ancienZelanti, Alain. “Carthage et Le Contrôle Des Littoraux Africains: Les Deux Premiers Traités Romano-Carthaginois.” Revue Historique, no. 690, 2019, pp. 227–49. JSTOR, https://www.jstor.org/stable/26782534. Accessed 6 Apr. 2024.Édouard Lipiński, art. « Algérie », in Édouard Lipiński (dir.), Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, Turnhout, Brepols, 1992, p. 16-17.. Les découvertes de cruches phéniciennes en bronze et en argent sur le site de Rachgoun mettent en lumière l'importance de ce lieu dans la Méditerranée occidentale. Ces artefacts témoignent de l'activité commerciale florissante et de l'influence culturelle des Phéniciens dans la région. Rachgoun apparaît ainsi comme un centre vital pour le commerce et la diffusion des produits phéniciens dans cette partie de la MéditerranéeCulican, William. “Quelques Aperçus Sur Les Ateliers Phéniciens.” Syria, vol. 45, no. 3/4, 1968, pp. 275. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/4237101. Accessed 6 Apr. 2024..

La durée d'occupation de Rachgoun est sujette à débat. Les fouilles archéologiques indiquent une fondation potentielle remontant au VIe ou Ve siècle av. J.-C. On sait par Strabon que Siga était en ruines dès avant l'époque d'AugustePtolémée de colonie (IV, 2, 2) alors que Strabon (XVII, 9) nous apprend qu'elle était en ruines de son temps.. Cependant, Rachgoun fut rapidement abandonnée au profit du site continental de Siga. Des fouilles montrent que le site des Andalouses, tout proche, a été déserté dès les premières années du Ier siècle av. J.-C.G. Vuillemot, La nécropole punique du phare dans l'île de Rachgoun, Libyca, III, 1955, p. 7-76. Ceci suggère que malgré l'apparente densité des ruines, les établissements côtiers comme Rachgoun, étaient moins peuplés que précédemment estimé. Les découvertes à Rachgoun laissent penser à une possible influence non-punique, suggérant une colonisation carthaginoise de second ordreG. Vuillemot, Reconnaissances aux échelles puniques d'Oranie, Autun, 1965.. Cependant, des interprétations divergentes ont été avancées, la résolution de cette question nécessitant davantage de recherches. gauche|vignette|Jarres antiques de Rachgoun - conservée au Musée d'Oran. L'itinéraire d'Antonin mentionne que Siga possédait un port situé à trois mille pas du municipe, ce qui correspond approximativement à la distance actuelle de la côte maritime, soit environ 4 kmItinerariuni Anionini, op. /., p. 6 « Portu Sigensi, m. p. m. III ».. Cela suggère l'existence d'un port notable près de l'embouchure, bien qu'aucune rade naturelle ne soit présente aujourd'hui dans la région.

Un événements historique important aurait eu lieu à Rachgoun pendant la deuxième guerre puniqueS. Gsell, Hist. Ane. Afrique du Mord, t. 2, p. 184.: en 206 avant J.-C., Syphax y organisa une rencontre entre les généraux ennemis, le romain Publius Cornelius Scipio et le carthaginois Hasdrubal. Lorsque les Carthaginois furent vaincus à Ilipa en 206, Asdrubal fils de Giscon se serait embarqué à Gadès pour retourner à Carthage. Sur le chemin du retour, il aurait fait escale auprès de Syphax, roi des Massæsyles, dans sa capitale de Siga, où il aurait rencontré son adversaire Scipion, qui tentait de convaincre Syphax de rompre avec les Carthaginois. Pendant ce temps, un convoi ramenant Asdrubal à Carthage mouillait dans le port. Cependant, Tite Live ne fournit aucun détail sur le port et n'utilise ni le nom de Rachgoun ni celui de Siga dans son récit, alors que Gsell identifie clairement cet endroit comme le lieu de l'entrevue. Pline et Strabon désignent la ville comme l'une des capitales de Syphax, probablement sa capitale initiale. Si un port royal d'une certaine importance avait existé, il aurait probablement laissé des vestiges d'une agglomération sur le littoral, potentiellement des constructions romaines, des quais et des entrepôts.