vignette|Image représentant une bataille de l'armée byzantine et de rebelles byzantins ayant eu lieu vers 978/979, réalisé entre le et le Un bandon (en grec byzantin / , banda au pluriel) est l'unité tactique de base de l'armée byzantine, comprenant généralement de 200 à . Il correspondrait à ce que l’on appelle maintenant un « régiment ». Avec l'instauration du régime des thèmes (province civile et militaire), le terme s’appliquera par extension au district où le bandon est cantonné, devenant ainsi la plus petite division administrative du gouvernement de l’empire. À ce titre, le bandon survivra à la fragmentation et à la disparition progressive de l’armée et se perpétuera après la chute de l’Empire byzantin dans l’empire de Trébizonde.
Origine et évolution
Le nom vient du latin bandum (enseigne, bannière), terme dérivé du gothique « bandwō »Bali (2013) , ce qui semble démontrer une influence germanique dès les premiers tempsHeath (1979) . On retrouve le terme chez Procope où il désigne l’étendard d’une unité dont le porteur sera désigné comme le « bandophoros » ( « porteur de bandon »)D’autres termes pourront être utilisés pour désigner le bandophoros dépendant du symbole figurant sur la bannière. Ainsi on compte des « sceptrophori » (porteurs de sceptres), des « draconarii » (porteurs de dragons) ou des « sénateurs », chez les Scholes et les Excubites qui devaient protéger ceux-ci (Treadgold (1995) ). Bientôt il en viendra à désigner l’unité elle-mêmeKazhdan (1991) « Bandon », vol. 1, , puis le territoire où cette unité était cantonnée. De là, à partir de (), il désignera la plus petite division administrative d’un thème byzantinBandon of Trebizon, 1. General about the bandon. Dans cette dernière acceptation, le bandon sera également appelé « topoteresia »Haldon (2008) . Alors que dans les autres régions de l’Empire byzantin les thèmes seront fragmentés et cesseront pratiquement d’exister à partir de la dynastie des Anges (1185-1204), les termes « thème » et « bandon » survivront dans l’empire de Trébizonde où ils désigneront un district administratifTreadgold (1995) .
Organisation
La structure des armées évoluera selon les siècles et les nécessités du moment, par exemple lorsque l’on passera d’une politique de défense contre les envahisseurs à une politique de conquête des Balkans en Europe et de l’Anatolie en Asie mineure au . Ces changements structuraux nous sont connus par divers manuels militaires qui seront rédigés du au et dont les principaux sont les suivants :
Le Strategikon () rédigé vers 600 et attribué à l’empereur Maurice; Le Tactica () rédigé vers 900 sous l’empereur ; Les Praecepta militaria ( – : Présentation et composition de la guerre du seigneur Nicéphore) et le De velitatione bellica ( – : Sur les escarmouches) rédigés vers 969 sous l’empereur ; Le Sur l’organisation des campagnes attribué à l’empereur ()Pour une liste plus complète, voir l’article « Manuels militaires byzantins »..
Durant la période allant du au début du les différences qui avaient existé entre armées des frontières (limitanei) et armées de campagnes (comitatenses) s’estompèrent graduellement et la plupart des unités finirent par adopter le nom de l’endroit où elles étaient cantonnées. L’armée de chaque thème (sauf pour les Optimatoi) était divisée entre de deux à quatre tourmai (litt : tourme) commandée par un tourmarqueKazhdan (1991) « tourma », vol. 3, , lesquelles se subdivisaient en un certain nombre de moirai (μοίραι) ou droungoi (δροῦγγοι) (commandées par un drongaire)Kazhdan (1991) « Drungos », vol. 1, ; celles-ci comprenaient à leur tour un certain nombre de banda. Tourmai et banda avaient une identité territoriale, la tourme ayant comme quartier général une ville fortifiée ou forteresse, le bandon étant identifié par la localité où étaient recrutés ses soldats. Seul le droungos, unité tactique, n’avait pas d’identité territorialeHaldon (2008) .
Dans le Strategikon (en grec : ), traité de stratégie militaire qui aurait été rédigé par ou à la demande de l’empereur Maurice (), l’unité de base ou bandon (appelée également tagma ou arithmos [en grec]/numerus [en latin]) comprend généralement de 200 à On a relevé toutefois des banda comptant de 50 à dans le cas d'unités de montagne (Haldon (2008) , nombre variable destiné entre autres sur le champ de bataille à empêcher les ennemis de déduire le nombre total de troupes déployées en comptant le nombre d’étendardsTreadgold (1995) . Elle est commandée par un comte qui a sous ses ordres des hécatontarques et des décarques, successeurs grecs des centurions et décurions romains, respectivement responsables de 100 et de 10 hommes. L’hécatontarque est secondé par un ilarque qui a la garde du bandon, étandard sacré de l’unité comme au temps des légions romaines que nul ne doit abandonner sous peine de mortBréhier (1970) . S’y ajoutent des pentrarques et des tétrarques responsables de cinq et de quatre hommes y compris eux-mêmesMaurice, Strategikon, I.3. cité par Treadgold (1995) . Le bandon a ses services particuliers : ambulanciers, éclaireurs, train de bagage et musique militaire. Il comprenait à la fois des corps de fantassins et de cavalerie, cette dernière comprenant selon les « Préceptes militaires » de Nicéphore II cinquante cavaliers, soit un quart des forces et avait son propre commandant, le tribunNicéphore II, Préceptes militaires, 12, cité par Treadgold (1995) .
Ces régiments sont à leur tour regroupés dans un « chiliarque » qui (en dépit de son nom signifiant mille hommes) en comptait de à . Ces chiliarques formaient à leur tour des divisions appelées merē dont l’officier supérieur (le tourmarque) commandait en moyenne Maurice, Strategikon, I.4. et III. 2-4., cité par Treadgold (1995) .
À la suite de la disparition des limitanei ou troupes stationnées aux frontières, l’empereur () se dota d’un noyau de troupes professionnelles appelées tagmata (l’ancien comitatus) qui servait pendant les campagnes alors que les themata ou thèmes, orientés vers la défense locale en garnison dans les provinces, ne servaient qu’en cas de nécessitéHaldon (1999), . Il se dota également de troupes de protection rapprochée connues sous le nom d’ « Impériaux » qui totalisaient 400 hommes, soit deux banda. Au , la garde impériale comptera jusqu’à 1200 soldats répartis entre six compagnies de 200 hommes chacune (la Grande Hétérie, la Moyenne Hétérie et la Troisième Hétérie formée de deux compagnies de mercenaires étrangers)Treadgold (1995) .
En 840, l’empereur Théophile () devait modifier l’organisation de l’armée des thèmes de façon qu’elle ressemble davantage aux tagmata; leur unité de base adopta ainsi la formule du bandon de commandés par un comte, ce qui facilitait leur intégration avec les tagmata lors d’expéditionsTreadgold (1995) . Le bandon désignant à la fois les troupes et le district où les soldats cultivaient les terres qui leur étaient attribuées devint ainsi le plus petit district militaire aux frontièresTreadgold (1995) . L’introduction de ces banda devait améliorer la capacité offensive des thèmes, les officiers supérieurs ayant maintenant la responsabilité de 200 soldats au lieu d’un millier comme les drongaires. Ceux-ci pouvaient mobiliser plus rapidement leurs hommes soit pour l’entraînement, soit pour de courtes campagnes, soit en cas d’invasionTreadgold (1995) .
() devait introduire de nouveaux changements exposés dans le Tactica, traité militaire écrit entre 895-908. Lors d’opérations militaires d’envergure, le bandon pouvait voir ses effectifs s’accroître jusqu'à , le droungos jusqu’à et la tourme jusqu’à Tactica, IV.41-45, cols 708C-709A, cité par Treadgold (1995) . En dehors des campagnes militaires, ces chiffres étaient beaucoup moins élevés. À titre d’exemple, le tableau suivant illustre la structure thématique du thème des Thracésiens entre 902 et 936. Il est à noter toutefois qu’il n’y avait pas d’équivalence stricte entre la taille des districts administratifs et le nombre de troupes qui en provenaient. Le fait qu’un thème avait deux tourmes ne signifiait nullement que chaque tourme avait le même nombre d’unités ou que celles-ci soient de la même taille que celle des thèmes avoisinants, ce qui rend toute comparaison assez aléatoireHaldon (2008) :
Nom Effectif Nombre d'unités subordonnées Chef de troupe Thème 4 mérè Stratège Tourma, Méros 6 Drongoi Tourmarque Drongos 400 2 banda Drongaires Bandon 200 2 centuries Comte Centurie 100 10 contubernia Hécatontarque 50 5 contubernia Pentecontarque Contubernium 10 1 avant-garde* + 1 arrière-garde* Décarque Avant-garde* 5 aucune Pentrarque Arrière-garde* 4 aucune Tétrarque Note: ces termes sont des traductions directes en français.
Toutefois les réformes de eurent moins d’effet que prévu, l’empire étant affaibli à la fois par des conflits de politique intérieure et par la guerre avec les BulgaresTreadgold (1995) .
Cette structure qui convenait bien à la défense de l’empire, convenait moins toutefois à la politique de conquête qui débuta sous (). Déjà la cavalerie avait pris une plus grande importance. Lorsque cet empereur attaqua Alep en 962 son armée comptait et . Le même empereur créa environ vingt-cinq nouveaux thèmes dont certains étaient défendus entièrement par des unités de cavalerie, particulièrement bien adaptées aux plaines de Cilicie, d’autres situés en pays montagneux comme l’Arménie s’appuyant sur l’infanterie pour les embuscades et la guérillaTreadgold (1995) . Les « Principes militaires » écrits sous son règne font état d’une cavalerie régulière de , d’une cavalerie renforcée de 384 à et d’une infanterie de . La formation de combat de base est maintenant appelée taxiarchie, commandée par un taxiarque ou un chiliarque disposant de comme les anciens droungoi, mais se répartissant en compagnies spécialisées de , , et Préceptes militaires, 13-14, cité par Treadgold (1995) .
De la sorte, le bandon de cessa d’être l’unité militaire de base et fut remplacé par des centarchies de pour l’infanterie et de pour la cavalerie. À cela s’ajouta le fait qu’à partir du les empereurs recrutèrent de plus en plus de mercenaires étrangers, normands, germains, turcs et autres qui servaient sous leurs propres officiers et avaient leur propre structure organisationnelleHaldon (2008) . Dès lors, le bandon ne devait survivre que sous son aspect de district militaire dans l’Empire byzantin jusqu’à sa chute en 1453 et comme district administratif dans l’empire de Trébizonde jusqu’en 1461Treadgold (1995) .
Notes et références
Notes
Références
Bibliographie
Sources premières
Maurice's Strategikon. Handbook of Byzantine Military Strategy. Traduction George T. Dennis. University of Pennsylvania Press, Philadelphia PA 1984, .
The Taktika of Leo VI. = Leonis VI Tactica (= Dumbarton Oaks Texts 12 = Corpus fontium historiae Byzantinae. Series Washingtoniensis 49). Text, Translation and Commentary by George T. Dennis. Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington DC 2010, .
Three Byzantine Military Treatises. = Tres tractatus Byzantini de re militari (= Dumbarton Oaks Texts 9 = Corpus fontium historiae Byzantinae. Series Washingtoniensis 25). Text, Translation, and Notes by George T. Dennis. Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington DC 1985, .
Sources secondaires
Bali, Tomislav (2013), "Review of Paul Stephenson, ur., The Byzantine World", Historical Journal, Croatian Historical Society, 66 (2): 462.
Bréhier, Louis. Les institutions de l’Empire byzantin. Paris, Albin Michel, 1970 .
Haldon, John F. The Byzantine Wars. The History Press, 2008. .
Haldon, John F. Warfare, state and society in the Byzantine world, 565-1204, London, Routledge, 1999 .
Heath, Ian. Byzantine Armies 886-1118. Men-at-Arms. Illustrated by Angus McBride. Osprey Publishing, 1979 .
Heath, Ian. Byzantine Armies AD 1118-1461. Men-at-Arms. Illustrated by Angus McBride. Osprey Publishing, 1995. .