thumb|Reconstitution d'une maison israélite au musée de la Terre d'Israël à Tel Aviv (Israël). L'histoire de l'Israël antique concerne les populations israélites qui ont établi des royaumes à l'âge du Fer dans le Proche-Orient ancien. Elle couvre une période allant environ de la fin du au , en Palestine et au Proche-Orient. Les royaumes d'Israël et de Juda sont apparus le long de la côte est de la mer Méditerranée, entre les anciens empires égyptien au sud, assyrien et babylonien à l'est. Ils émergent de la culture cananéenne à la fin de l'âge du Bronze récent et se développent à partir des hautes terres comprises entre la plaine côtière et la vallée du Jourdain. Israël puis Juda deviennent des royaumes importants et prospères, vassaux des grands empires de la région, avant d'être détruits tour à tour.

L'Israël antique, ou ancien Israël, désigne généralement la période pré-exilique de l'histoire des Israélites. Cette période est aussi désignée sous le nom de « période du Premier Temple ». La chute de Jérusalem, la disparition des royaumes israélites et leur incorporation comme provinces dans les empires du Proche-Orient ancien constituent un tournant dans l'histoire de son peuple. Les exilés de retour de Babylonie développent une identité juive dans la province perse de Yehoud, inaugurant la période du Second Temple.

Dans les textes religieux, l'histoire de l'Israël antique correspond aux récits des livres de la Bible hébraïque, qui vont de l'origine mythique des Israélites, avec la naissance d'Abraham et l'installation de son peuple dans le pays de Canaan, à l'émergence de la société israélite puis leur exil à Babylone. Dans la Bible, ces populations sont appelées les « Enfants d'Israël ». Histoire dans la Bible et théologie éxégétique Histoire des Israélites selon la Bible La Bible hébraïque (ou Ancien Testament des chrétiens) contient un certain nombre de récits et légendes sur l'histoire des Israélites. Ces récits se trouvent dans les livres de la Torah (ou Pentateuque), retraçant la période qui va de l'installation d'Abraham en Canaan (vers 2100 , selon la chronologie traditionnelle approximative déduite des indications du texte) à l'exode d'Égypte sous Moïse (vers 1300 ). La Torah est traditionnellement attribuée à Moïse lui-même.

Suivent ce que l'on place parmi les livres historiques (le Livre de Josué, le Livre des Juges, les deux Livres de Samuel, les deux Livres des Rois, les deux Livres des Chroniques, le Livre d'Esdras…). On y retrouve la conquête de Canaan sous Josué, la création d'un grand royaume unifié et prospère sous David et Salomon, la séparation en deux royaumes d'Israël et de Juda, la conquête et la destruction du premier Temple, l'exil à Babylone et le retour d'exil.

Dates d'écriture de la Bible

Pour les spécialistes de la critique textuelle, tels les biblistes Julius Wellhausen, puis John Van Seters et Thomas L. Thompson, , le récit des Patriarches aurait été écrit tardivement, dans la période monarchique (1000 à 700 ), voire plus tard (600 à 500 ). C'est ce qui expliquerait la présence de nombreux anachronismes dans le récit, les plus connus étant la mention de chameaux ou de Philistins.

La Genèse mentionne de façon répétée les chameaux à l'époque des Patriarches, alors qu'il est solidement établi que le dromadaire ne fut domestiqué qu'à la fin du second millénaire et ne fut employé comme bête de somme que bien après 1000 La Bible dévoilée, film documentaire réalisé par Isy Morgensztern, Thierry Ragobert, 2005 - Idar Sapir, archéo-zoologue au musée de Zoologie de l'Université de Tel-Aviv, chapitre 7 de l'épisode 1.. La caravane des chameaux de Joseph transporte de la gomme adragante, du baume et du laudanum, marchandises effectivement caractéristiques du commerce arabe, mais dont on situe l'existence vers 700 à 600 .

Quant aux Philistins, il est solidement établi, selon Ayelet Gilboa, qu'ils n'apparaissent en Canaan qu'à partir de 1200 La Bible dévoilée, film documentaire réalisé par Isy Morgensztern, Thierry Ragobert, 2005 - Ayelet Gilboa, Université de Haïfa, chapitre 7 de l'épisode 1.. De plus, la cité de Guérar, présentée comme leur capitale dans le récit d'Isaac, n'est qu'une minuscule bourgade au Fer I, qui ne devient une ville forte que vers 700 , sous les Assyriens. Le bibliste Martin Noth faisait remarquer que les activités de Jacob sont géographiquement liées, pour l'essentiel, à la partie nord de Canaan, celles d'Isaac à la partie sud et celles d'Abraham à Hébron entre les deux.

La conclusion est que le texte « J » et le texte « D » sur les Patriarches ont tous deux été composés à Jérusalem après 700 , à une époque où le royaume du nord, Israël, n'était plus, et où Juda rêvait de formuler une préhistoire pieuse d'Israël dans laquelle Juda joue le rôle central.

Historicité et épistémologie exégétique selon le judaïsme

Un axiome de l’exégèse midrashique et talmudique du Pentateuque est « qu'il n'y a pas d'avant ni d’après dans la Torah ». La Torah n'est pas écrite selon un ordre chronologique. L'apparente déchronologie de certains événements peut être selon : . Rachi de Troyes fonde son exégèse sur la base de ce principe pour expliquer les ruptures du continuum temporel de certains passages du narratif de la Torah, limitant son explication au sens obvie qu'elles induisent. L'épistémologie exégétique consiste en quatre niveaux de lecture, d’interprétation et de compréhension du texte, le sens littéral n'est que le premier d'entre eux. L'exégèse juive depuis la période de la Mishna jusqu'à nos jours enseigne de ne pas lire la Torah sur la base du sens obvie qui peut conduire à une mécompréhension de ce qu'elle enseigne, mais de s'appuyer sur la Torah orale, qui correspond aux enseignements transmis de Moïse à la Grande Assemblée par un ensemble d'intermédiaires et consignée dans le Traité des Pères : . Le récit de la création du monde en six jours dans le premier chapitre de la Genèse par exemple, lorsqu'il est décrypté selon cette trame, aboutit à des conclusions cosmogoniques pratiquement identiques à celles des thèses scientifiques modernes quant à la datation de l'âge du monde et la relativité du temps.

Méthodologie et histoire de l'archéologie de la période biblique À partir de 1900, de nombreux archéologues, tels William F. Albright, mettent en place une méthode de travail baptisée archéologie biblique, consistant à considérer la Bible comme un récit historique littéral, et à interpréter les découvertes archéologiques comme des illustrations de ces récits. Ce n'est qu'à partir de 1970 que les méthodes scientifiques de l'archéologie, relevant des sciences sociales, s'imposent peu à peu. Si aucun archéologue ne nie que nombre de légendes, de personnages et de fragments de récits de la Bible remontent fort loin dans le temps, il reste que la rédaction de la Bible s'est faite dans les circonstances politiques, sociales et spirituelles d'un État pleinement constitué, avec une alphabétisation répandue, à l'apogée du royaume de Juda, à l'âge du Fer récent. Finkelstein a par exemple proposé de dater cette rédaction de l'époque du roi Josias.

Dans l'esprit de l'archéologie biblique, William F. Albright vers 1930 puis Yigael Yadin vers 1950 découvrent sur le terrain des preuves, irréfutables selon eux, de la véracité du récit biblique narrant la destruction brutale de Béthel, Lakish et Hazor, destructions qu'ils attribuent, dans l'euphorie générale, aux conquêtes de Josué.

Cependant, un trouble survient avec les fouilles de Jéricho, modeste bourgade sans trace d'occupation au , inhabitée depuis le , sans murailles et sans traces de destruction violente. Les fouilles de Aï, menées de 1933 à 1935 par Judith Marquet-Krause selon les méthodes scientifiques de l'école française, puis confirmées vers 1960, mènent au même résultat : la cité, imposante au Bronze moyen, était inhabitée au Bronze récent. Il en est de même avec Gabaôn, Kephira, Béérot, Kiryat-Yéarim, Arad et Heshbôn. Quant aux destructions de Béthel, Lakish et Hazor, les indices laissent supposer finalement que leurs conquérants n'étaient pas nécessairement israélites,.

Guidés par la lecture de la Bible, les archéologues de l'archéologie biblique attribuent chaque débris de poterie philistine aux vaillants exploits de David. C'est ainsi que Benjamin Mazar, trouvant à Tel Qasile une ville philistine, absente de la Bible mais montrant des traces de destruction par le feu, la rajoute sans hésiter, mais sans la moindre preuve, à la liste des cités philistines rasées par David. Les grands bâtiments trouvés à Megiddo entre 1920 et 1930 sont d'emblée attribués à Salomon, en particulier les écuries dont il est fait expressément mention dans la Bible. Yigael Yadin exhume à Hazor une porte monumentale dite à triples tenailles, du même type que celle trouvée à Megiddo vingt ans plus tôt, et constate que les dessins des fouilles de Gézer présentent le même type de portes. Yadin affirme alors qu'un architecte de Salomon à Jérusalem est l'auteur de ce plan, dupliqué dans les villes de province. Fouillant à Megiddo à l'est de la porte, il découvre sous l'écurie de Salomon un extraordinaire palais en pierre de taille, lui aussi attribué à Salomon, ainsi qu'un second palais du même type découvert peu avant. L'écurie, forcément postérieure, ne pouvant plus être attribuée à Salomon, Yadin l'attribue finalement à Achab, roi d'Israël.

Archéologie biblique et mise en perspective critique des récits historiques Les Patriarches William F. Albright prenait la Bible au pied de la lettre, au début du et affirmait, à l'époque : .

Un calcul d'après la Bible conduit à situer vers 2100 le départ d'AbrahamDétail du calcul : selon , l'exode se déroule 480 ans avant la construction du Temple de Jérusalem, en la du règne de Salomon. Selon , les Israélites subissent 430 années de servitude en Égypte, auxquelles il faut ajouter 200 ans pendant lesquels les Patriarches vivent en Canaan., originaire d'Ur en Mésopotamie méridionale, pour Canaan, où il aurait mené une vie pastorale, faisant paître ses troupeaux dans les sites de Sichem, Béthel, Beer Sheva et Hébron. Albright fait d'Abraham un marchand amorrite, venu du nord en Canaan lors d'une migration amorrite. Il suppose cette migration massive et soudaine, détruisant l'urbanisation cananéenne qui caractérise la période du Bronze ancienLa Bible dévoilée, film documentaire réalisé par Isy Morgensztern, Thierry Ragobert, 2005 - Selon Dominique Charpin, assyriologue à l'École pratique des hautes études, les migrations amorrites ont eu lieu d'ouest en est, tandis que la migration dans le récit d'Abraham se fait d'est en ouest ; on ne peut donc pas lier les deux événements.

Selon Jacques Briend, bibliste à l'Institut catholique de Paris, le nom d'Abraham est relativement répandu à différentes époques, ne constituant donc pas une preuve suffisante de datation des Patriarches.

Pour John Van Seters, de l'Université de Caroline du Nord, tous ces éléments mis bout à bout ne prouvent rien quant à l'historicité d'Abraham.. Cependant il est maintenant établi que, dans la période du Bronze intermédiaire (2100 à 1800 ), l'effondrement de l'urbanisation cananéenne ne fut pas brutal mais progressif, la majeure partie de la population ne devenant pas nomade mais restant sédentaire dans des villages fixes. De plus, les sites de Sichem, Beer Sheva et Hébron ne présentent aucun objet datant du Bronze intermédiaire.

Devant ces contradictions, d'autres tentatives placent les Patriarches plus tardivement, au Bronze moyen, mais il devient alors incompréhensible que la Bible ne mentionne pas les puissantes cités-États que sont devenues Hazor et Megiddo, avec leurs palais et leurs temples, ni les villes fortes de Béthel, Jérusalem et Sichem (cette dernière est mentionnée en tant que site, mais pas en tant que ville forte).