Patrice LumumbaLômombá en tetela. , de son vrai nom Élias Okit'Asombo Extrait du livre Patrice Lumumba, Editions du CETIM, né le à Onalua. (Congo belge), et mort assassiné le près d'Élisabethville au Katanga, est un homme d'État congolais, premier Premier ministre de la république démocratique du Congo (république du Congo de 1960 à 1964) de juin à . Il est, avec Joseph Kasa-Vubu, l'une des principales figures de l'indépendance du Congo belge.

Il est considéré en république démocratique du Congo comme le premier « héros national » du pays post-indépendance.

Jeunesse et vie professionnelle vignette|Patrice Lumumba dans les années 1950. Patrice Émery Lumumba est né d'une famille de l'éthnie Tétéla à Onalua, territoire de Katako-Kombe au Sankuru, Congo belge. Il fréquente l'école catholique des missionnaires puis, élève brillant, une école protestante tenue par des Suédois. Jusqu’en 1954 (année de la fondation d'un réseau d'enseignement laïque et de la première université), la Belgique coloniale n’a que peu développé le système d’éducation, entièrement confié aux missions religieuses. L'école ne donne qu’une éducation rudimentaire et vise plus à former des ouvriers que des clercs, mais Lumumba, autodidacte, se plonge dans des manuels d’histoire.

Il travaille comme employé de bureau dans une société minière de la province du Sud-Kivu jusqu’en 1945, puis comme journaliste à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) et Stanleyville (Kisangani) employé de à la poste, période pendant laquelle il écrit dans divers journaux.

En , il reçoit sa carte d'« immatriculé », réservée par l'administration belge à quelques éléments remarqués du pays ( en 1958, sur les d'habitants).

Il découvre, en travaillant pour la société minière, que les matières premières de son pays jouent un rôle capital dans l’économie mondiale, mais aussi que les sociétés multinationales ne font rien pour mêler des cadres congolais à la gestion de ces richesses. Il milite alors pour un Congo uni. L'historien congolais Isidore Ndaywel è Nziem précise : Isidore Ndaywel è Nziem, Histoire du Zaïre. De l’héritage ancien à l’âge contemporain, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997, ..

Il ne plaide pas pour une indépendance immédiate, d'autant plus qu'il a pris conscience que les frontières du Congo belge et des colonies françaises, anglaises et portugaise voisines sont arbitraires, fixées par les puissances coloniales, ce qui posera un jour la question de répartir les richesses entre les futurs pays africains indépendants. En 1955, il crée une association « APIC » (Association du personnel indigène de la colonie) et aura l’occasion de s’entretenir avec le roi Baudouin en voyage au Congo, sur la situation sociale des Congolais.

Le ministre belge en charge à l'époque de la politique coloniale, Auguste Buisseret, veut faire évoluer le Congo et, notamment, développer un enseignement public. Lumumba adhère au Parti libéral, parti de ce ministre, et y attire des notables congolais. En 1956, il répand alors une lettre-circulaire parmi les membres de l'Association des Évolués de Stanleyville dont il est le président et dans laquelle il affirme : J.-F. Bastin, Lumumba. Et, en compagnie de plusieurs notables congolais, il se rend en Belgique sur invitation du Premier ministre.

C'est à cette époque que Patrice Lumumba écrit un livre sous le titre Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé ? Dans cet ouvrage il plaide pour une évolution pacifique du système colonial belge dont il reste partisan. Emporté par l'évolution rapide des événements qui vont mener à l'indépendance, Lumumba ne prend pas le temps de publier ce livre (il paraît à Bruxelles après sa mort)Paru à l'Office de Publicité, Bruxelles 1961..

Combat pour l'indépendance 250px|vignette|gauche|Lumumba à Bruxelles (1960).

Dans les années 1950, Lumumba travaille comme commis-comptable aux chèques postaux (La Poste) à Stanleyville, aujourd’hui Kisangani. En 1956, il est jugé pour détournement de fonds ( de l'époque, soit plusieurs fois son salaire) et condamné à environ un an de prison. Les analyses historiques indiquent qu’il n’a jamais nié avoir détourné l’argent, mais invoqué le contexte colonial pour se justifier. Ainsi, prétendant n'être pas toujours payé, il n'aurait fait que prélever son dû, comme une avance ou une compensation. De même, ses malversations seraient dues à l'illogisme des Belges qui incitaient les Congolais instruits à vivre comme les Européens sans leur en donner les moyens matériels. On rapporte ainsi cette phrase: «Qu’ai-je fait d’autre que reprendre un peu d’argent que les Belges avaient volé au Congo ?». Ses futurs adversaires politiques, en particulier Mobutu, Tschombe et Kasa-Vubu, utiliseront plus tard cette condamnation pour le discréditer, mettant en cause son intégrité et sa fiabilité, sans conséquence politique majeure pour Lumumba. Libéré par anticipation, grâce à ses relations avec des libéraux belges, il quitte l'administration coloniale et devient directeur commercial de la Brasserie de Léo et du Bas-Congo. En cette année 1956, il est président de l'Association des Évolués de StanleyvilleÀ l'époque, il tient des propos élogieux sur Léopold II et la colonisation. Voir « La Passion de Lumumba », Politique, revue de débats, , juin 2010. C'est précisément à cette époque que le gouvernement belge prend quelques mesures de libéralisation : syndicats et partis politiques seront autorisés en vue des élections municipales prévues en 1957. Les partis politiques congolais sont parrainés par ceux de Belgique et Lumumba, classé pro-belge par ses discours et ses rapports avec les libéraux belges, est inclus dans l’amicale libérale.

En 1958, à l'occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles, première du genre après la guerre et qui a un grand retentissement dans le monde, des Congolais sont invités en Belgique, dont Patrice Lumumba. Mécontent de l'image peu flatteuse et paternaliste envers le peuple congolais présentée par l'exposition, Lumumba se détache des libéraux et, avec quelques compagnons politiques, noue des contacts avec les cercles anticolonialistes de Bruxelles. Dès son retour au Congo, il crée avec Gaston Diomi Ndongala, Joseph Ileo et d'autres le Mouvement national congolais (MNC), à Léopoldville le . vignette|Lumumba & Diomi à Accra pour la ''Conférence des Peuples Africains''. En , il est présent à la Conférence des Peuples africains à Accra, qui constitue pour lui un tournant politique essentiel. « Il y rencontre, entre autres, l'Antillo-Algérien Frantz Fanon, le Ghanéen Kwame Nkrumah et le Camerounais Félix-Roland Moumié, qui ont notamment en commun d'insister sur les effets délétères du régionalisme, de l'ethnisme et du tribalisme qui selon eux minent l'unité nationale et facilitent la pénétration du néocolonialisme ». À l'issue de la conférence, Lumumba, désormais fermement indépendantiste, est nommé membre permanent du comité de coordination..

De retour au Congo, il organise une réunion pour rendre compte de cette conférence et il y revendique l'indépendance devant plus de . Il décrit l'objectif du MNC en évoquant .

En 1959, la répression s'abat sur les mouvements nationalistes. En janvier, l'interdiction d'un rassemblement de l'ABAKO (association indépendantiste) fait officiellement selon les autorités coloniales, mais plusieurs centaines selon certaines estimations. L'ABAKO est dissoute et son dirigeant, Joseph Kasa-Vubu, déporté en Belgique. En octobre, lors du congrès national du MNC à Stanleyville, les gendarmes tirent sur la foule faisant et des centaines de blessés. Lumumba est arrêté quelques jours plus tard, jugé en et condamné à six mois de prison le . L'arrestation et la torture de Lumumba en 1959, suivies par des émeutes exigeant sa libération, sont des moments décisifs qui exposent la répression belge et catalysent le soutien international pour l'indépendance du Congo.

Débarrassées de Lumumba, qu'elles considéraient comme le chef de la tendance radicale des indépendantistes, les autorités belges organisent des réunions avec les indépendantistes. Une table ronde réunissant les principaux représentants de l'opinion congolaise a lieu à Bruxelles, mais les délégués congolais refusent unanimement de siéger sans Lumumba. Celui-ci est alors libéré en toute hâte le pour y participer. Alors qu'il espérait profiter des tendances contradictoires d'un ensemble hétéroclite, le gouvernement belge se trouve confronté à un front uni des représentants congolais et accorde au Congo l'indépendanceBernard Piniau, Congo-Zaïre — 1874-1981 — La perception du lointain, L'Harmattan, 1992, 285 pages, ]., qui est fixée au . En cette date, son discours critique ouvertement le colonialisme et affirme la nécessité d'une indépendance obtenue par la lutte plutôt que par la concession.

Des élections générales, les premières dans l'histoire du Congo encore belge, ont lieu en , que remporte avec près d'un tiers des votes le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba. Le dirigeant de l'ABAKO Joseph Kasa-Vubu, dans un souci d'unité nationale, est nommé président de la République et avalise aussitôt la nomination de Lumumba comme Premier ministre, ainsi que le prescrit la nouvelle constitution qui attribue ce poste au candidat du parti ayant remporté le plus de voix. Il forme le premier gouvernement du Congo indépendant.

vignette|La cérémonie d'indépendance du Congo au cours de laquelle Lumumba a prononcé son discours.

Le , lors de la cérémonie d'accession à l'indépendance du pays, Lumumba prononce un discours virulent dénonçant les abus de la politique coloniale belge depuis 1885. Il prend le contre-pied de la politique modérée de ses débuts telle qu'on peut la découvrir dans son livre Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé ? écrit en 1956, où il ne revendiquait pour le Congo qu'un simple statut d’autonomie. Au lieu de s'adresser au roi des Belges présent à la cérémonie, et qui venait de prononcer un discours paternaliste convenu avec le président Kasa-Vubu, Lumumba commence son allocution par une salutation Son discours, qui doit lui permettre de l'emporter sur Kasa-Vubu dans l'opinion des Congolais politisés, proclame vivement que l'indépendance, qu'il souhaite associée à l'unité africaine, marque la fin de l'exploitation et de la discrimination et le début d'une ère nouvelle de paix, de justice sociale et de libertés. Le roi des Belges se sent offensé alors qu'il se considère comme le père de l'indépendance congolaise, ayant été l'auteur, en , d'un discours radiophonique par lequel il a été le premier Belge à annoncer officiellement qu'il fallait mener le Congo belge à l'indépendance . Aussi, Baudouin veut-il se retirer et regagner Bruxelles. Mais le Premier ministre belge Gaston Eyskens parvient à l'en dissuader et, le soir même, lors d'un banquet réunissant hommes politiques congolais et belges, Patrice Lumumba s'efforce de préciser ses paroles, prononçant un discours se voulant lénifiant dans lequel il évoque un avenir de coopération belgo-congolaise. En réaction à une décolonisation envisagée sur une longue période par la Belgique, Lumumba propose une transition vers l’indépendance rapide et complète, contrastant fortement avec les plans belges qui incluaient un « Plan de trente ans » pour une décolonisation graduelle.. Le contraste entre les visions de Lumumba et de l'État belge se manifeste de manière évidente lors des discours d'indépendance. Tandis que le roi évoque une transition pacifique et reconnaissante envers l'œuvre belge, Lumumba dépeint une lutte pour l'émancipation face à une oppression coloniale prolongée..

Une brève carrière politique 250px|vignette|Portrait officiel de Patrice Lumumba comme Premier ministre de la république du Congo en 1960. En 1960, deux ans après le Ghana, le Congo accueille à son tour une conférence panafricaine. Confronté à la sécession du Katanga (vaste province au sud du pays) soutenue par la Belgique, Lumumba dénonce le fédéralisme comme une manœuvre néocolonialiste : .