Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray, né le à Toulouse et mort le à , est un animateur littéraire, journaliste républicain socialiste indépendant et conférencier littéraire français.

Il est surtout réputé pour l'enquête qu'il a menée sur l'histoire de la Commune de 1871, événement auquel il a participé. Il recueille ainsi des témoignages auprès de nombreux survivants en exil, à Londres, en Suisse. Il consulte tous les documents alors disponibles à l'époque, car .

Eleanor Marx, fille cadette de Karl Marx, s'est éprise de lui lors de son exil à Londres, de 1871 à 1880. C'est elle qui va ainsi traduire lHistoire de la Commune de 1871 en anglais.

Biographie Jeunesse difficile Fils de Laurent Prosper Lissagaray, pharmacien originaire d'Aignan (Gers), et de Marie-Louise Olympe Boussès de Foucaud, originaire de Beaumarchés (Gers) Beaumarchés, Mariages 1793-1842 cote 5E/29935, page 478/527, acte N°11 page de gauche, Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray naît à Toulouse le Archives communales de Toulouse, Naissance 1838, cote 1E334, page 238/278 acte N°1885.. .

Alors qu'il à 7 ans, son père meurt en 1845 à Toulouse, 9 place Rouaix Archives communales de Toulouse, décès 1845, cote 1E357, page 4/334 acte N°26.. En 1847, la mère de Prosper-Olivier, assigne en justice Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac pour obtenir le remboursement du prêt qu'avait contracté son défunt mari pour sauver la propriété et l'entreprise des gentilshommes verriersVoir l'article sur la famille de Grenier.. Dans un premier temps, la famille Lissagaray avait apporté une dot considérable à la famille Cassagnac pour le mariage de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac et d'Ursule Lissagaray, la tante de Prosper Olivier. Ce fut insuffisant. Laurent Prosper Lissagaray contracte donc un prêt pour les Cassagnac tout en hypothéquant ses biens. C'est ainsi qu'après la mort de son mari, Marie-Louise fit un procès à la famille Cassagnac pour rembourser le prêt devenu trop lourd pour elle et ses enfants. Mais, elle n'obtient pas gain de cause. C'est ainsi que Lissagaray reste en conflit permanent avec ses cousins Cassagnac.

Lissagaray rentre au collège d’Aire-sur-l'Adour dans ces conditions difficiles. En seconde, il y fait ses premières armes littéraires sous la houlette du professeur de littérature l’abbé Légé, J. F. d'Estalenx, Portraits gascons, languedociens et autres, 1976.. Celui-ci divise ses élèves en deux camps : classiques et romantiques. Prosper compte au nombre de ces derniers. Il écrit ainsi, à quinze ans, avec son camarade Paul Lacome d'Estalenx un roman médiéval Les Mystères des Croisades, histoire de Louis VII et Aliénor d'Aquitaine. Après le baccalauréat, Prosper ne voit plus Paul, ni ses camarades de collège, mais il garde – écrit-il – Lettre du 10 août 1856..

Des Lettres aux armes Ses conférences littéraires à Paris En 1860, il s’installe à Paris après un voyage en Amérique. Il dirige une société littéraire à but non lucratif du type des Entretiens et LecturesL'Année littéraire et dramatique, ou, Revue annuelle des principales productions de la littérature française et des traductions des œuvres les plus importantes des littératures étrangères, avec l'indication des événements les plus remarquables appartenant à l'histoire littéraire, dramatique et …, Libraire Hachette, 1863, sur Google. d'Albert Le Roy. Lissagaray et Juette deviennent les fondateurs des conférences publiques avec les conférences de la rue de la Paix. Il écrit une Revue des études littéraires destinée aux scolaires.

1864, conférence houleuse sur Alfred de Musset<ref>cf Conférences de la rue de la Paix, entretien du samedi 29 février 1864 Alfred de Musset devant la jeunesse, par M. Lissagaray.</ref>, mort en 1857 et très populaire. Pour Lissagaray, Musset . Il y dénonce les côtés vicieux et débauchés du poète et de ce fait n'est point un modèle pour la jeunesse : . Conférence mal accueillie même de par la jeunesse, il publie donc son texte Alfred de Musset devant la jeunesse pour que nul ne l'oublie.Un Avenir pour la République1868, engagement contre l'Empire et le , création du journal L'Avenir à Auch qui veut dont la ligne est : le et , , des agents d'État, , puis , , , , puis , Et, .

Le , un duel à l'épée s'engage avec victoire de Paul de Cassagnac, son cousin germainPaul de Cassagnac: Liens familiaux entre les cousins ennemis Paul de Cassagnac (1842-1904) et Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901).. Ses premières cibles sont effectivement les Cassagnac, notables, bonapartistes et députés du Gers.

1869, L'Avenir à Auch devient le Journal démocratique du Gers et des Hautes Pyrénées à partir du (). Installé à Paris, Lissagaray collabore à La Réforme politique et sociale d'Aimé Joseph Malespine (1828-1907) en octobre et novembre 1869 ., sans pour autant quitter son journal du Gers.La Marseillaise et La République 'thumb|La prison Sainte-Pélagie. 1870, Il crée avec Henri Rochefort La Marseillaise en janvier. Dès le , les condamnations pleuvent : une pour duel à Auch et une à la prison Sainte-Pélagie pour , même si c'est effectivement Émile Ollivier qui aurait dû l'être.

En prison, il écrit Jacques Bonhomme - Entretiens de politique primaire. Il y dénonce également dans L'Avenir le meurtre de Victor Noir. Une émeute est évitée par l'intervention de Rochefort lors des obsèques du jeune Victor, ce qui vaut la démission de Jules Vallès. Suit une arrestation de tous les rédacteurs de La Marseillaise qui rejoignent Lissagaray. , il quitte son journal du Gers.

Libéré, le , il prend part aux réunions publiques contre le plébiscite de Louis-Napoléon. Puis, les amendes et deux nouvelles condamnations de prison à Auch tombent de nouveau. Sans attendre, le , il s'exile pour 3 mois à Bruxelles.

Il rentre à Paris avant la révolution du , qui proclame la République et met en place le Gouvernement de la Défense nationale.

Il est nommé chef de cabinet de Clément Laurier, avocat proche de Gambetta devenu directeur général du personnel au ministère de l'Intérieur. Il accompagne Laurier à Tours auprès de la délégation gouvernementale. En octobre, Gambetta nomme Lissagaray commissaire de la guerre à Toulouse pour lever un corps de francs-tireurs. Puis, avec le Commandant Major Jay, il monte un projet de camp d'instruction accepté par Gambetta, le . Le , , il est nommé chef d'escadron d'état-major auxiliaire auprès de l'Armée de la Loire du général Chanzy. Il semble que Lissaragay n'exerça jamais cette fonctionHenri Dutrait-Crozon, Gambetta et la défense nationale, nouvelle librairie nationale 1916, page 220 (référence à prendre avec prudence)..

De la Commune à l'histoire De l'Action sur les barricades 1871, le , il participe à la Commune de Paris du côté des insurgés en tant que .

Lissagaray crée l'ActionPour d'autres citations, voir aussi : Journaux de la Commune de Paris. dans lequel il : refuse toute conciliation avec le Triumgueusat est une expression inventée par Lissagaray en 1864 dans L'Avenir du Gers contre les Cassagnac père et fils, puis reprise pour ce nouveau trio. : Favre, Thiers et Picard puisque ; dénonce l'inexistence de généraux et de jeunes chefs et l'incapacité des députés ; veut l'interdiction des journaux anti-commune contrairement à Vallès ; réclame le programme de la commune : ; souhaite .

Seuls six numéros paraissent en deux semaines et L'Action cesse de paraître le . Le reste du temps, il aurait été avec son fusil sur les remparts.

Il crée ensuite le Tribun du Peuple qui sort en continu du au . Ses derniers écrits dans le journal sont .

Il a été souvent écrit que Lissagaray aurait été le de la dernière barricade le dernier jour sanglant. Philippe Bourdin (Sous la direction de), La Révolution 1789-1871 : Écriture d'une histoire immédiate, .

De l'exil, de l'aventure et de l'histoire Recherché comme beaucoup de communards, il s'exile à Bruxelles où il publie Les Huit Journées de mai derrière les barricades, dont Jenny Marx rapporte, en à Kugelmann, que Jenny Marx, Lettres à L. Kugelmann, 21 décembre 1871.. vignette|120px|Eleanor Marx. De Belgique, il part rapidement pour l'Angleterre où il rencontre la famille Marx et Eleanor. Sans le sou, travaillant un peu à droite et à gauche, il organise des conférences ou y participe, collabore toujours aux journaux comme le Rappel, le Mot d'ordre ou le Courrier de l'Europe. Il soufflette René de Pont-JestRené de Pont-Jest est le grand-père de Sacha Guitry., journaliste du Figaro pour son article sur Les Communards à Londres, jugé fallacieux par Lissagaray. Il écope d'une amende et d'un avertissement. Puis, dans le même temps, il entreprend .

En 1876, après de longues recherches journalistiques et historiques, il publie l'Histoire de la commune de 1871, éditée à Bruxelles par Henry Kistemaeckers, mais interdite en France et diffusée sous le manteau. La publication de la traduction anglaise par Eleanor Marx de l’Histoire de la Commune de 1871 se fait en 1886<ref>cf. Histoire de la Commune de 1871, le chapitre Histoire de l’Histoire.</ref>.

Eleanor Marx, fille cadette de Karl Marx, s'est éprise de lui lors de son exil à Londres, de 1871 à 1880. C'est elle qui va ainsi traduire l'Histoire de la Commune de 1871 en anglais. Malgré l'opposition de Karl, la froideur de sa mère et des Lafargue (la fille aînée de Marx, Laura, et son mari Paul Lafargue) vis-à-vis de leur idylle parce que, entre autres, « Lissa », âgé de 34 ans, a 17 ans de plus que « Tussy », puis à cause des dépressions que cela impose à sa petite dernière, son père accepte leurs fiançailles, tout en l'éloignant. Mais, à 25 ans, peu après le décès de sa mère, Eleanor, anorexique, décide de les rompre, Correspondance du 15 janvier 1882 d'Eleanor à sa sœur aînée Jenny Longuet, femme de Charles Longuet.. Lissagaray en garde une forte rancœur contre Paul et Laura Lafargue. On lui connaît une relation avec une marquise dans les années 1890, mais Lissagaray reste célibataire.

Dans la bataille sociale et républicaine 1880, le , le Parlement vote l'amnistie des communards, demandée depuis longtemps par Victor Hugo et Georges Clemenceau parmi d'autres. C'est le retour de Lissagaray à Paris. La première chose est de demander rétractations et excuses de René de Pont-Jest pour son article sur les Communards à Londres, paru quelques années auparavant. De Pont-Jest refuse, Lissagaray demande réparation par les armes. De Pont-Jest refuse encore, c'est par la plume que Lissagaray lui assigne une touche dans Le Rappel du .

La Bataille, politique et sociale journal révolutionnaire 1881, il crée La Bataille, politique et sociale tant bien que mal dont le premier numéro paraîtra le . À ses débuts les collaborateurs broussistes ont voulu le diriger et faire un journal de cette chapelle, mais sans y parvenir. Ensuite, le propriétaire du journal décide en 1882 de le fusionner avec Le Citoyen dirigé par Jules Guesde et : C'est Le Citoyen et la Bataille. Mais la collaboration est impossible, d'une part en raison des petites rancœurs entre Lafargue et Lissagaray, d'autre part, parce que les journalistes guesdistes ne veulent pas de Lissagaray comme rédacteur en chef, évinçant ainsi Paul Lafargue de cette tâche. Avec toute cette cacophonie territoriale Le Citoyen disparaît. Lissagaray reprend les rênes de La Bataille tout court.

C'est un de ces évènements que Engels rapporte à Édouard Bernstein dans sa lettre du :

Ainsi, La Bataille est ouverte , c'est-à-dire à toute diversité et disparité du mouvement socialiste. Cette union révolutionnaire lui vaut les reproches de Vallès dans son premier Cri du peuple de . Cependant, le journal est le premier journal socialiste révolutionnaire avant Le Cri .

1886, le , la concurrence du Cri et des journaux radicaux font disparaître le journal. C'est Le Radical d'Henri Maret qui prend la suite jusqu'en 1889..

Lissagaray écrit anonymement le livre de fiction historique Plus d'Angleterre, qui a remporté un succès.