Le château Saint-Ange (Mole Adrianorum ou Castellum Crescentii aux ), également connu sous le nom de mausolée d'Hadrien, est un monument de Rome, situé sur la rive droite du Tibre en face du ponte Aelius (actuel pont Saint-Ange), à une courte distance du Vatican, entre les rioni du Borgo et de Prati ; il est relié à l'État du Vatican par le couloir fortifié du Passetto di Borgo. Le château a été profondément remanié à plusieurs reprises au Moyen Âge et à la Renaissance.
Depuis le , le château Saint-Ange est un musée. Propriété de l'État italien, depuis , le ministère de la Culture le gère par l'intermédiaire du complexe muséal du Latium et depuis par l'intermédiaire de la Direction des musées d'État de Rome.
Histoire
Empire romain
vignette|Maquette du mausolée d'Hadrien, musée de la civilisation romaine, Rome. vignette|Cour et remparts du château, canons accompagnés de leurs boulets.
En 130, l'empereur Hadrien demande à l'architecte Demetriano de construire un mausolée funéraire pour lui et sa famille, inspiré du modèle du mausolée d'Auguste, dont il doit être le pendant, mais aux dimensions gigantesques. Celui-ci est situé au nord du Champ de Mars, sur la rive gauche du Tibre, alors que le mausolée d'Hadrien est érigé sur la rive droite, en face du Champ de Mars. L'allure générale des deux édifices est similaire. Les travaux durent plusieurs années et sont achevés par Antonin le Pieux en 139. Il est relié au Champ de Mars par un pont spécialement construit, le pont Elio.
Le mausolée était composé d'une base carrée (84- de longueur de côté, 10– de haut), recouverte de marbre de Carrare, avec une frise décorative à têtes de bœuf (Bucrani) et des pilastres d'angle. Les noms des empereurs enterrés à l'intérieur pouvaient être lus sur la frise faisant face au fleuve. De ce côté se trouvait également l'arc d'entrée dédié à Hadrien ; le dromos (passage d'accès) était entièrement recouvert de marbre jaune antique.
Au-dessus du cube de base, la tombe avait la forme d'un cylindre plat ( de diamètre, de haut) de pépérin (roche volcanique) et dopus caementicium (béton de ciment romain) recouvert de travertin romain, un calcaire de Tivoli, et de pilastres rainurés. Le sommet du cylindre a probablement été conçu comme un jardin avec des cyprès avec des statues de marbre qui ornaient le pourtour du monument ; il en reste encore des fragments retrouvés sur place. La statue la plus intacte retrouvée est le célèbre Faune Barberini. Un petit temple rond se tenait probablement au milieu. La butte était enfin surmontée d'un quadrige de bronze mené par l'empereur Hadrien figuré en dieu soleil, posé sur une haute base ou, selon d'autres, sur une tholos circulaire. Autour du mausolée courait un mur avec une porte en bronze ornée de paons en bronze doré, dont deux sont conservés au Vatican.
À l'intérieur, des puits de lumière éclairaient la rampe en spirale de brique recouverte de marbre qui, par une lente ascension, reliait l'entrée ou dromos à la cellule funéraire, située au centre du tumulus. Cette dernière, carrée et entièrement recouverte de marbre polychrome, était surmontée de deux autres salles, peut-être également utilisées comme chambres funéraires.
Le style architectural peut sembler inhabituel, mais il existait des structures similaires à l'époque, comme le mausolée de l'empereur Auguste ou la tombe de Cæcilia Metella sur la voie Appienne. Le style remonte à des tombes encore plus anciennes des Étrusques.
Les cendres d'Hadrien y sont déposées en 139. Le mausolée abritait autrefois les restes de l'empereur Hadrien et de sa femme Sabine, de l'empereur Antonin le Pieux, de sa femme Faustine l'Ancienne et de trois de leurs enfants, de Lucius Aelius, de Commode, de l'empereur Marc Aurèle et de ses trois fils, de l'empereur Septime Sévère, de sa femme Julia Domna et leurs fils et empereurs Geta et CaracallaLawrence Richardson, Jr., Mausoleum Hadriani, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, JHU, 1992, , .. Caracalla est le dernier empereur à s'y faire ensevelir. Tous ces restes ont été perdus ou détruits lors des invasions barbares.
De 403 à la papauté d'Avignon vignette|Ange de Raffaello da Montelupo (1504–1566). Autrefois situé au sommet du château Saint-Ange (Rome), désormais dans la cour de l'Ange, au débouché de la rampe hélicoïdale.
En 403, l'empereur d'Occident Flavius Honorius inclut l'édifice dans le mur d'Aurélien : à partir de ce moment, l'édifice perd sa fonction originelle de sépulture pour devenir une forteresse, un rempart avancé au-delà du Tibre pour la défense de RomeCastel Sant'Angelo, in —, www.castelsantangelo.com. consulté le 9 février 2014. . C'est alors que le mausolée est désigné pour la première fois par le nom de castellum. Il sauve la région du Vatican du sac de Rome en 410 par les Wisigoths d' et des Vandales de Genséric en 455. Pour se défendre, les Romains jettent tout ce qu'ils ont sous la main sur les assaillants, même les statues : l'une d'elles, le soi-disant Faune Barberini, est retrouvé plus tard dans les fossés du fort. Au début du , il est utilisé comme prison d'État par Théodoric le GrandTina Squadrilli, Vicende e monumenti di Roma, Staderini Editore, 1961, Roma, .. Quand le roi ostrogoth Vitigès attaque Rome en 537, les soldats défendant le castellum se servent à nouveau des statues de bronze qui le décorent comme projectiles. En 546, le roi ostrogoth Totila s'empare de Rome et, reconnaissant l'importance de l'édifice, l'insère dans une structure fortifiée protégeant la rive droite. Le quartier prend ainsi le nom de Borgo.
Selon la tradition, le monument tire son nom actuel d'une tradition étayée surtout au , se rapportant à la grande peste de 590. Rome étant en proie à ce grave fléau, le pape décide d'organiser une procession pénitentielle solennelle. Alors que le pontife, en tête de la procession, traverse le Pont Elio, il a la vision de l'archange Michel qui, au sommet de la Mole Adriana, remet son épée au fourreau : cela est interprété comme un signe céleste annonçant la fin imminente de l'épidémie à la suite des pénitences et du jeûne qu'a imposés le pape au peuple romain dans cet objectif. À partir de ce moment la Mole Adriana est connue sous le nom de Castel Sant'Angelo : à son sommet sont érigées une église nommée « Sant'Angelo usque ad caelos »Cfr. Liutprand de Crémone, Antapodosis, III 45. dédiée par le pape au , une statue de l'ange en train de rengainer son épée. Une statue de l'archange vint plus tard coiffer le bâtiment sur sa plus haute terrasse, d'abord un marbre de Raffaello da Montelupo datant de 1544, puis, depuis 1753, un bronze de Peter Anton von Verschaffelt. Aujourd'hui encore est conservée aux musées du Capitole, une pierre circulaire avec des empreintes de pas qui, selon la tradition, sont celles laissées par l'Archange lorsqu'il s'est arrêté pour annoncer la fin de la peste .
Au début de l'ère chrétienne, le quartier du Borgo jouit d'une localisation à proximité du Vatican : les pèlerins affluant, des structures se mettent en place pour les accueillir.
Cependant, en 846, les Sarrasins font une incursion soudaine dans la ville, pillent la basilique Saint-Pierre et dévastent le Borgo. Pour protéger la forteresse, le pape Léon IV la relie par une muraille au château. La zone ainsi délimitée forme la « cité léonine ». Le château est ensuite transformé en prison, où quatre des papes du trouvent la mort.
La possession du fort fait l'objet de discorde entre de nombreuses familles nobles romaines : dans la première moitié du , l'édifice est devenu le fief du sénateur Théophylacte de Tusculum et de sa famille, sa fille Marozie et son neveu Alberico, qui l'utilisent également comme prison, usage que le château conservera jusqu'en 1901. Marozie , autrefois amante du pape et épouse d' marquis de Spolète, puis de Guy de Toscane, figure de proue de la pornocratie, en fait sa résidence. En 932, peut-être pour être « spirituelle », elle veut célébrer son troisième mariage avec Hugues d'Arles dans la chambre funéraire des empereurs au château Saint-Ange. Mais le geste ne lui porte pas chance car, lors du dîner de noces, Alberico II, le fils du premier lit, surgit soudain, forçant Hugues à fuir et s'emparant du pouvoir. Marozie finit ses jours dans une cellule sombre du château.
Dans la seconde moitié du , le château passe aux mains de la puissante « famille » des Crescentius et y reste pendant un siècle, durant lequel les Crescentius le renforcent au point d'imposer leur nom à l'édifice : Castrum Crescentii. Le château Saint-Ange a été identifié pendant longtemps à ce nom, même après le transfert de propriété aux Pierleoni, puis aux Orsini, à qui il a probablement été cédé par le pape de cette famille, qui l'a conservé jusqu'en 1365 environ, date à laquelle elle l'a cédé à l'Église Pio Pagliucchi, I Castellani del Castel S. Angelo di Roma. Con documenti inediti relativi alla storia della Mole Adriana tolti dall’Archivio Segreto e da altri archivi, I, Roma, 1906, ..
En 998, Crescentius Nomentanus se barricade face aux assauts d'Otton III (empereur du Saint-Empire), en vain, car il finit décapité sur la plate-forme de la citadelle. Durant la longue lutte opposant le pape à l'empereur, le château devient un refuge pour les papes. s'y retranche en 1083 pour résister à . Nicolas III, compte tenu de la réputation d'imprenabilité du château et de sa proximité avec la basilique Saint-Pierre et le palais du Vatican, décide de transférer partiellement le siège apostolique, alors au palais du Latran, qu'il considère comme dangereux. Pour assurer une plus grande sécurité, il crée en 1227, le célèbre passetto, un couloir suspendu reliant le château au Vatican, offrant ainsi une possibilité de fuite rapide du pontife de la basilique Saint-Pierre à la forteresse. C'est à cette époque que, pour contrer les Colonna, possesseurs du mausolée d'Auguste, la puissante famille Orsini, dont est issue Nicolas III, s'adjuge le château.
En 1367, les clés de l'édifice sont remises au pape , pour l'inciter à revenir à Rome après la Papauté d'Avignon. À partir de ce moment, le château Saint-Ange lie inextricablement son destin à celui des papes : grâce à sa structure solide et fortifiée, les papes l'utiliseront comme refuge en cas de danger, pour héberger les Archives apostoliques du Vatican et son Trésor, et comme tribunal et prison.
Du retour des papes d'Avignon au vignette|Salle de bains de Clément VII. vignette|Vue du quartier du château saint-Ange dans un tableau de la fin du . Quand Urbain V quitte Avignon pour rentrer à Rome, il se fait remettre non les clefs de la ville mais celles du château, lequel reprend son rôle de forteresse protégeant la Cité léonine (actuellement le Vatican). Son successeur, , doit cependant subir l'hostilité du peuple romain. En 1379, le château est presque rasé par la population en colère contre la garnison française laissée au château par Urbain V. La reconstruction commence en 1395 sous qui charge l'architecte militaire Niccolò Lamberti d'effectuer une série d'interventions pour renforcer la structure défensive du château. L'entrée de celui-ci n'est devenue possible que par une seule rampe d'accès et un pont-levis. Au sommet de l'édifice, la chapelle dédiée à saint Michel archange est reconstruite. Il fait percer une large rampe permettant le transport de vivres et de munitions. Des meurtrières sont creusées dans les murailles.