Pierre-Marie Théas, né à Barzun dans les Pyrénées-Atlantiques le et mort à Pau le , est un évêque catholique français, évêque de Montauban puis de Tarbes et Lourdes.
Il se singularise au sein du clergé français comme un des rares évêques à avoir protesté publiquement contre les mesures antisémites du gouvernement de Vichy. Son engagement actif dans le secours des Juifs de sa région lui vaudra d'être déclaré Juste parmi les nations en 1969.
Évêque de Tarbes et Lourdes, il est à l'origine de la construction de la basilique souterraine .
Biographie Béarnais, Pierre-Marie Théas a effectué ses études au collège Saint-Joseph de Nay puis au grand séminaire de Bayonne. Incorporé en au d'infanterie de ligne puis au , le sergent Théas est démobilisé en 1919 avec la Croix de guerre deux citationsCitation à l'ordre du régiment, étoile de bronze, et citation à l'ordre du corps d'armée, étoile de vermeil.. Il est ordonné prêtre le .
Il se rend alors à Rome pour étudier au séminaire français et y obtient un doctorat en droit canonique. En 1922, il est nommé vicaire à l'église Saint-Martin de Pau avant de prendre la direction du grand séminaire de Bayonne en , y enseignant la théologie morale.
Nommé évêque de Montauban le , il est consacré le suivant à la cathédrale de Bayonne par Edmond Vansteenberghe et prend sa charge le 17.
La guerre Prisonnier de guerre en , en transit à Hazebrouck, il s’évade et rallie Bayonne.
Pierre-Marie Théas fait tout d'abord totalement confiance au maréchal Pétain et se trouve en accord avec la plupart des mesures prises par son gouvernement.. Il se singularise cependant au sein de l'épiscopat français. Il donne l'extrême-onction à Manuel Azaña, président en exil de la république espagnole. Reçu à l'académie de Montauban en , il fait l'éloge du philosophe Henri Bergson mort quelques jours plus tôt, soulignant notamment sa judéité.. À partir de l’, certains membres du haut clergé s'émeuvent des mesures antisémites, notamment après la rafle du Vélodrome d'Hiver de . Le , Jules Saliège, archevêque de Toulouse avec lequel l'évêque de Montauban est en étroite relation, fait lire dans son diocèse une lettre épiscopale retentissante.
Le , le gouvernement de Vichy lance des rafles à Montauban et dans le département de Tarn-et-Garonne. Pierre-Marie Théas publie alors une lettre « sur le respect de la personne humaine » qu'il fait lire à la messe du , lettre portée à bicyclette dans les églises de la paroisse par sa secrétaire Marie-Rose Gineste et ., militante à la Jeunesse ouvrière chrétienne. Le message délivré, présenté comme « une protestation indignée de la conscience chrétienne contre le traitement infligé en France aux Juifs », est sans ambiguïté :
Limore Yagil. souligne la fermeté doctrinale et la précision du vocabulaire de ce texte qui ne se retrouve pas dans d'autres actes épiscopaux. Le texte, ainsi qu'une intervention du cardinal Gerlier, fut repris intégralement sur Radio Londres le . Seuls cinq évêques français sur plus d'une centaine protestent publiquement contre les rafles antisémitesOutre Pierre-Marie Théas, Jules Saliège et le cardinal Gerlier, Jean Delay à Marseille, Jean-Joseph-Aimé Moussaron à Albi et Edmond Vansteenberghe à Bayonne en septembre.. L'évêque de Montauban déclarera encore en dans sa cathédrale que le STO est une atteinte au droit naturel.
Il nomme en 1943 l'abbé Corvin (Alexandre Glasberg) curé du hameau de Léribosc de la commune de l'Honor-de-Cos.
Pierre-Marie Théas, au-delà de cette prise de position, s'engage dans le camouflage de Juifs tant dans les couvents du diocèse que chez les particuliers. Il couvre tous les religieux qui aident les réfugiés pourchassés du département, cité par .. Il signe des dizaines de faux certificats de baptême, aidé par des militants laïcs et des ecclésiastiques, couvert par le préfet de Tarn-et-Garonne, François Martin, et épaulé dans ses activités par sa collaboratrice, Marie-Rose Gineste, qui joue un rôle décisif en liaison avec la résistance toulousaine. Cette dernière sera elle aussi reconnue Juste parmi les nations en 1985.
Homme de caractère, ayant protesté à de nombreuses reprises contre des arrestations abusives, affirmant en privé que la lutte contre les nazis était un devoir de chacun, cité par ., il est finalement arrêté par la Gestapo le , le même jour que Jules Saliège. Interné à Toulouse puis au Frontstalag 122 près de Compiègne, il est libéré par la division d'infanterie américaine dans la nuit du au . Quelques jours plus tard, le , il rencontre le général de Gaulle à Paris qui lui confie une mission auprès du pape afin que le Vatican reconnaisse le Gouvernement provisoire de la République française, ce qu'il obtient le .
Engagements et ministère Son internement, qui lui fit côtoyer des protestants, des juifs, des orthodoxes et des communistes, semble l'avoir marqué profondément et lui fait prendre conscience de la nécessité d’initiatives œcuméniques, citée par les Archives pyrénéennes.. Dès , il est à l'initiative, avec Marthe Dortel-Claudot, du Mouvement de Réconciliation franco-allemand qui deviendra le mouvement Pax Christi.
Son parcours religieux croise également les grandes questions sociales, politiques, religieuses et internationales, dans le contexte difficile de la guerre froide, du . S'il fut un pionnier du dialogue social, l’évêque social, sans cesse préoccupé par le soutien aux défavorisés, restera totalement opposé au marxisme.
Du au , il est évêque de Tarbes et Lourdes. Il tâche d'améliorer la qualité du clergé diocésain et de combattre, mais en vain, la crise des vocations. Il œuvre à « adapter Lourdes aux temps nouveaux » en reprenant en main les sanctuaires, tentant de revivifier la dévotion mariale dans un espace modernisé.
Prévoyant l'afflux de très nombreux pèlerins à Lourdes à l'occasion du centenaire des apparitions de la Vierge en 1858, il lance l'audacieux projet d'un grand abri, projet audacieux pour lequel Rome lui impose un évêque coadjuteur gestionnaire, Jean-Marie Maury. L'impressionnante basilique souterraine Saint-Pie-X sera inaugurée en 1958 par le cardinal Roncalli, alors Patriarche de Venise, qui deviendra bientôt le pape Jean XXIII, et Pierre-Marie Théas redevient seul maître de son diocèse le . Promoteur, malgré les plus grandes difficultés de tous ordres, de ce monument exceptionnel, il reçoit en 1959 le Grand Prix d'Architecture qu'il aurait mieux vu attribuer aux architectes eux-mêmes, mais affirme cependant : « Ayant reçu beaucoup de critiques imméritées, je crois pouvoir accepter sans scrupules une récompense imméritée elle aussi. »
Les dernières années de son épiscopat marquent un certain repli sur le diocèse et sont décrites comme « un difficile aggiornamento » marqué par un engagement moins prononcé sur les grands problèmes qui traversent le temps, comme la guerre d’Algérie, la défense de l’enseignement privé ou le concile Vatican II.
Il démissionne de ses fonctions en 1970, est nommé évêque titulaire de et se retire à l'institution Notre-Dame de Bétharram. où il demeure jusqu'à sa mort. Il meurt le dans une clinique de Pau..
Hommages Il reçoit en 1959 le Grand Prix d'architecture, pour la basilique Saint-Pie-X de Lourdes..
Yad Vashem lui décerne le titre de Juste parmi les nations le Site du Comité français pour Yad Vashem..
Depuis la rentrée 2008-2009, un lycée privé de la ville de Montauban porte désormais son nom, résultant du rassemblement du lycée Institut familial, du lycée Saint-Théodard et du lycée professionnel Montauriol.
Une rue de Tarbes porte son nom ainsi que l'avenue qui mène au sanctuaire de Lourdes. Accusation de viol sur un mineur à Bétharram Mediapart révèle le que dans le sillage de l'affaire Bétharram, un ancien pensionnaire de l'établissement entre 1969 et 1971 a déposé une plainte début 2025 dans laquelle il dénonce des violences psychologiques et physiques vécues au sein de l'institution, ainsi que des actes de nature sexuelle mettant en cause Pierre-Marie Théas. Le plaignant évoque de façon détaillée un viol qu'il aurait subi en 1971, alors qu'il avait 10 ans, de la part d'un prêtre âgé lors d'une confession dans un . Le dossier est pris en charge par la Commission reconnaissance et réparation (CRR), mise en place pour traiter les cas d'abus sexuels commis par des religieux. Le lieu est identifié en par les pères de Bétharram comme le logement occupé à l'époque par Pierre-Marie Théas que la victime présumée reconnaît sur une photographie. L'affaire est transmise par la CRR à l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirr), compétente pour les affaires d'abus sexuels sur mineurs relevant des diocèses, qui doit statuer sur une indemnisation le ...Le témoignage de la victime présumée de Pierre-Marie Théas, Frédéric B., est reproduit dans le livre d'..
Selon Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, mis au courant de cette affaire en , les archives du diocèse ne permettent pas d'établir la réalité des accusations. Il indique que ... Marc Aillet, évêque de Bayonne, fait le même constat en ce qui concerne son diocèse, tout en affirmant dans un communiqué que ... Selon le quotidien La Croix, . Pour Marie Derain de Vaucresson, qui a présidé l'Inirr, le cas de Pierre-Marie Théas ..
Notes et références Notes
Références
Bibliographie . . . . .
Voir aussi Articles connexes Irénée Bonnafous Témoignage chrétien (Résistance) Yad Vashem Résistance spirituelle au nazisme en France
Liens externes
Pierre-Marie Théas et Marie-Rose Gineste sur la page du Comité français pour Yad Vashem Pierre-Marie Théas sur le site du diocèse de Montauban
Catégorie:Naissance dans les Basses-Pyrénées dans les années 1890 Catégorie:Évêque de Montauban Catégorie:Évêque de Tarbes Catégorie:Évêque catholique français du XXe siècle Catégorie:Église catholique sous le régime de Vichy Catégorie:Antisémitisme en France Catégorie:Shoah en France Catégorie:Résistant français Catégorie:Camp de Royallieu Catégorie:Juste parmi les nations français Catégorie:Personnalité liée à Lourdes Catégorie:Notre-Dame de Lourdes Catégorie:Pèlerinage de Lourdes Catégorie:Séminaire pontifical français Catégorie:Résistance spirituelle au nazisme Catégorie:Histoire de Montauban Catégorie:Naissance en septembre 1894 Catégorie:Décès en avril 1977 Catégorie:Décès à Pau dans les années 1970 Catégorie:Décès à 82 ans