Leopold Zunz (en hébreu et en Yom Tov Lipmann Tzuntz), né le à Detmold et mort le à Berlin, est un savant et chercheur juif allemand du .

Profond connaisseur du judaïsme et de la littérature hébraïque, il compte parmi les fondateurs de la « Science du judaïsme » (Wissenschaft des Judentums), son domaine de prédilection étant l'investigation critique de la littérature, de l'hymnologie et des rituels juifs.

Les investigations historiques de Zunz et ses écrits, ainsi que ceux de ses contemporains, ont eu une influence importante sur le judaïsme de l'époque et jusqu'à de nos jours.

Éléments biographiques

Sa famille Leopold (Lippman) Zunz est né à Detmold en principauté de Lippe en 1794. Les origines de sa famille peuvent être retracées sur plus de trois siècles Kaufmann dans "Monatsschrift", 1894, , et de nombreux membres de sa famille sont connus pour avoir été des personnages importants de la communauté juive de Francfort-sur-le-Main. Le nom de Zunz provient de Zons, une ancienne ville de la vallée du Rhin, devenu un quartier de Dormagen.

Son père, Mendl Emanuel (1761 - ), est un avrekh (étudiant talmudique), qui vit de façon précaire comme maître dans un beth midrash (école religieuse préparant à la yechiva) et en donnant des leçons particulières en hébreu et Talmud jusqu'à ce qu'une infection pulmonaire le force à abandonner presque totalement cette occupation. Il ouvre alors une petite épicerie.

Sa mère, Hendel Behrens (1773 - ), est une personne de santé fragile qui meurt à l'âge de trente-six ans à Hambourg, où elle et son mari s'étaient installés l'année suivant la naissance de Lippmann.

Bien que de constitution fragile pendant sa jeunesse, Lippmann a survécu non seulement à ses sœurs jumelles mortes en bas âge, mais à tous ses autres frères et sœurs.

Ses premières années se sont passées dans un état de pauvreté matérielle et de mauvaises conditions physiques. Son premier maître est son père, qui dès 1799 commence à lui enseigner l'hébreu, Rachi et la Mishna. La mort soudaine de son père est un coup dur pour la famille déjà éprouvée. Lippmann est obligé d'accepter une scolarité gratuite à l'école Samson à Wolfenbüttel, où il entre juste un an après la mort de son père. À cette école, il attire l'attention de son instructeur par son aptitude remarquable pour les mathématiques, bien qu'il ne semblait initialement pas très attiré par cette discipline. La nomination de S. M. Ehrenberg comme directeur de l'école en 1807 marque une étape dans le développement mental et moral du jeune garçon. Dès 1805, Zunz essaye de rédiger un manuel élémentaire d'arithmétique, tandis qu'en 1806, il écrit une satire en hébreu dans laquelle il n'épargne ni ses maîtres ni ses camarades, et qui est brûlée pour expier la méchanceté de son auteur. Cependant, Ehrenberg prend soin que cet élève doué puisse poursuivre ses études et en juillet 1810, quinze mois après avoir été admis dans la classe supérieure du lycée de Wolfenbüttel (où il est le premier Juif à être admis), Ehrenberg lui confie la supervision temporaire de l'école Samson.

Sa mère est morte l'année précédente, et Zunz se retrouve sans famille proche. Sa scolarité gratuite arrivant à son terme, et afin de rester à Wolfenbüttel, il commence à donner des cours à l'école Samson, en contrepartie de l'hébergement et du couvert. Il s'intéresse particulièrement à l'algèbre et à l'optique, et perfectionne sa maîtrise de l'hébreu en traduisant de nombreux essais historiques à partir de l'allemand et d'autres langues.

Premières armes

La Bibliotheca Hebræa de Wolf et le Tsémah David de David Gans, que Zunz découvre durant l'été 1811, l'introduisent à la littérature juive et stimulent ses premières réflexions sur la "Science du judaïsme". La même année, il écrit un livre dont il espère qu'il sera pour la Palestine ce que l’’Anacharsis de Klotz a été pour la Grèce. Bien qu'ayant terminé ses études secondaires en 1811, il ne pourra entrer à l'université que quatre ans plus tard. Il reste en attendant à Wolfenbüttel jusqu'au , date à laquelle il part pour Berlin. Il y arrive le , et accepte un poste de tutorat chez la famille Hertz.

Il s'inscrit à l'Université de Berlin dont le recteur alors est Schleiermacher, et suit des cours de mathématique, de philosophie, d'histoire et de philologie. Parmi ses professeurs, on peut citer Böckh, Wolf, von Savigny, de Wette et Wilken, ces deux derniers spécialistes des études bibliques et des langues sémitiques. En août 1817, il écrit son premier sermon. En même temps, et ce qui sera beaucoup plus important pour sa formation spirituelle, il copie le manuscrit "Sefer ha-Ma'alot" de Chem-Tov ibn Falaquera et étudie par lui-même des manuscrits hébreux de Palestine et de Turquie que lui a prêtés David ben Aaron, un Juif polonais.

Fondation de la "Science juive" En décembre 1817, il écrit un essai intitulé "Etwas über die Rabbinische Litteratur; Nebst Nachrichten über ein Altes bis Jetzt Ungedrucktes Hebräisches Werk" (Quelques points sur la littérature rabbinique; avec des informations sur un ouvrage ancien en hébreu, non encore imprimé de nos jours). Cet essai est publié en 1818Gesammelte Schriften; i. 1-31; Berlin; 1875. Ce petit livre marque une époque dans l'histoire du savoir juif moderne. C'est un plaidoyer pour la reconnaissance du judaïsme et de sa littérature dans la recherche et l'enseignement universitaire. Il expose l'ignorance profonde des livres écrits par des chercheurs non-juifs sur le judaïsme et les Juifs, montrant en même temps que le judaïsme a apporté une contribution précieuse à beaucoup de sciences, et donc a sa place dans leur histoire. Ce fascicule peut être considéré comme le premier à tracer les contours de la science juive.

Peu de temps après avoir écrit ce livre, mais avant sa publication, le , Zunz démissionne de son poste de tuteur chez les Hertz et retourne chez lui. Pendant ce temps, il est exhorté à présenter sa candidature comme prêcheur à la synagogue de Hambourg et aurait obtenu le poste s'il n'avait pas retiré sa candidature, en apprenant que Büschenthal désirait aussi ce poste. En juin, il retourne à Berlin pour terminer ses études universitaires qu'il termine en 1819, mais ne reçoit son diplôme de docteur, de l'Université de Halle, que le .

"Verein für Cultur und Wissenschaft der Juden" Tout en continuant ses études et en donnant des cours en allemand, latin et mathématique pour assurer sa subsistance, il fonde le , avec Eduard Gans et Moses Moser, la "Verein für Cultur und Wissenschaft der Juden" (Association pour la culture et la science des Juifs), une association dont le but est d'amener par la culture et l'éducation, les Juifs à avoir des relations harmonieuses avec la période et les nations parmi lesquelles ils vivent. Cette association dont Zunz est le chef spirituel attire dès ses tout débuts, de nombreux intellectuels juifs parmi les plus brillants d'Allemagne, tels que Heinrich Heine, Ludwig Markus, David Friedländer, Israel Jacobson, et Lazarus Bendavid.

En 1822 le "Zeitschrift für die Wissenschaft des Judenthums" (revue pour la science du judaïsme), édité par Zunz, apparaît sous les auspices de cette association. Selon le programme écrit par Emil Wohlwill, la nouvelle "science" comprend une étude du développement historique et de l'essence philosophique du judaïsme, tout en insistant que ces deux approches doivent être basées sur une compréhension critique de la littérature juive. La contribution de Zunz justifie ce programme. En plus de son article sur "Hispanische Ortsnamen" (Noms de lieux hispaniques), on doit mentionner sa biographie de Rachi qui est devenue un véritable classique. Celle-ci illustre la méthode qui doit être appliquée, et sert de brillant exemple de ce que doit être le résultat, quand tous les principes modernes de la recherche historique et littéraire sont employés à l'étude critique des données enfouies dans la littérature juive.

Un autre essai publié dans le "Zeitschrift" est son "" (Principes pour une future statistique des Juifs). Les idées énoncées resteront valables pendant plus dun siècle. Mais les espoirs soulevés par le Verein sont suivis par de la déception. Le Zeitschrift cesse de paraître après le premier volume. La "Jeune Palestine" comme Heine appelle les membres de l'association, manque d'enthousiasme religieux; Gans se convertit au christianisme et le Verein meurt. Mais la "science du judaïsme" ne suit pas ce chemin et continue d'exister grâce à Zunz.

Comme le dira Heine, Zunz est "Un homme de parole et d'action, il a créé et stimulé et continué, tandis que les autres rêvaient et sombraient découragés" et l'historien juif Gustav Karpeles trouvera cette phrase si représentative de Zunz qu'il la répétera en ajoutant "qu'il reste fidèle au grand caprice de son esprit, croyant en la puissance régénératrice de la "Wissenschaft", tandis que les plus faibles associés de ces jours enthousiastes, désertent et même cherchent de l'avancement par la voie du baptême".

Mariage et carrière journalistique Un autre désenchantement l'attend à cette même période. De au printemps 1822, il prêche dans la nouvelle synagogue appelée "Temple de Beer", recevant une petite rémunération de la part de la communauté de Berlin. Le , il épouse Adelheid Beermann, mais leur union restera sans enfant. Peu de temps après son mariage, sa position de prêcheur commence à le dégoûter, et le fait de prêcher devant des gens "arrogants" ou "apathiques" étant pour lui incompatible avec son honneur, il décide alors de démissionner le . Ses principaux sermons seront publiés en avril 1823, bien qu'ils ne traitent pas spécifiquement de sujets juifs.

En 1822, Zunz devient membre du comité éditorial du "Haude und Spener'sche Zeitung", et donne en plus des leçons privées pendant l'après-midi. Il ne peut se libérer de cette tache fastidieuse que le , quand il est nommé directeur de l'école élémentaire communale juive. Il reste à la tête de l'école pendant quatre ans, mais une nouvelle fois, il se rend compte qu'il n'est pas libre de mener à bien les changements qu'il estime nécessaires et renonce à son poste, se privant ainsi d'un revenu confortable. En reconnaissance de sa dévotion, il est cependant nommé au conseil de gestion du Talmud Torah de la communauté. Son travail au "Spenersche Zeitung", reste pour lui une corvée, la plus grande partie de son travail consistant à rédiger des rapports et effectuer des traductions de journaux étrangers

Gottesdienstliche Vorträge En 1831 une différence d'opinion politique avec la direction du journal l'oblige à démissionner. Cela entraîne de graves difficultés matérielles pour le ménage Zunc, mais cette décision a été providentielle pour la littérature juive. En 1825, il avait esquissé le plan d'un ouvrage en quatre parties sur la « Science du judaïsme ». Le , il visite pour la première fois la bibliothèque Oppenheim, qui se trouvait à l'époque à Hambourg, et par l'intermédiaire de Heine, il commence même à correspondre avec d'éminents éditeurs concernant son œuvre en gestation. Le , il commence sérieusement à rédiger et le , le Gottesdienstliche Vorträge der Juden (Exposé sur le culte des Juifs) apparaît, qui deviendra l'œuvre juive non rabbinique la plus importante publiée en Allemagne au . Dans la préface, qui peut être considérée comme aussi importante que le contenu du livre, les autorités allemandes sont accusées pour leur refus d'accorder aux Juifs, la justice qui leur est due par droit et pour leur réticence à leur accorder la liberté, au lieu de droits spéciaux et de privilèges. Les Juifs sont habilités à être des citoyens d'Allemagne. La science juive aussi ne doit plus être exclue du soutien gouvernemental, mais doit avoir des institutions prévues pour son développement. Dans les synagogues, la parole doit de nouveau résonner, car les sermons ont toujours été une institution du judaïsme.