Hans Belting (né le à Andernach et mort à Berlin le .) est un historien de l'art du Moyen Âge, de la Renaissance, un contemporanéiste et anthropologue allemand.
ÉpistémologueAinsi, il est parfois qualifié de contextualiste en Allemagne des sciences de l'artLes intraduisibles disciplines Kunstgeschichte et Kunstwissenschaft allemandes.. Il est aussi critique d'art, historien du regardCf. Hans Belting, Résumé du cours au Collège de France : 2002-2003, Paris, 2004 ; Florenz und Bagdad. Eine westöstliche Geschichte des Blicks, 2008. Voir à ce sujet, par exemple, les références dans Marin Dacos L'œil et la terre. Vers une histoire du regard (1900-1950), dans Ruralia, Nanterre, 1997-01 (texte en ligne). (Geschichte des Blicks), théoricien de l' () et des médias, spécialiste de l'anthropologie de l'art, des relations entre modernité et art, entre autres en référence au peintre Max Beckmann ou dans la continuité de l'historien Jean-Pierre Vernant.
Carrière Hans Belting fait des études byzantines à Mayence où il présente son doctorat en 1959. À cette époque, il séjourne à Rome et est Visiting Fellow à Dumbarton Oaks (Washington, DC), sous la direction d'Ernst Kitzinger.
Assistant à l'université de Hambourg en 1966 (habilitation), il est nommé professeur d'histoire de l'art en 1970 à l'université de Heidelberg, puis en 1980 à l'université de Munich, où il occupe la chaire de Heinrich Wölfflin et de Hans Sedlmayr. En 1992, il quitte Munich pour diriger l'école doctorale Science de l'art et théorie des médias (Fach Kunstwissenschaft und Medientheorie) au sein de la récente École nationale supérieure pour la (Staatliche Hochschule für Gestaltung Karlsruhe), un institut spécialisée dans l'art et les nouveaux médias de Karlsruhe, dont il est aussi le cofondateur. Il occupe ce poste jusqu’en 2002, puis y anime comme professeur honoraire The Project Global Art and the Museum au titre de Project Curator (voir plus bas). Il a aussi été professeur invité à Harvard (1984), à l'université Columbia (1989-1990), par le Getty InstituteCf. dictionaryofarthistorians, 2002.. à Buenos Aires et à l'EHESS au cours de sa carrière.
À la retraite depuis 2002, il intervient dans plusieurs universités (comme à l'université Northwestern) et a reçu de multiples titres honorifiques (professeur honoraire et membre d'académiesEntre autres la Société américaine de philosophie, l'Académie américaine des arts et des sciences, la Medieval Academy of America, l'Academia Europea, l'Ateneo de Venise, fellow des Wissenschaftskollegs de Berlin, les honorary degree de l'université de Londres, etc.). Francophone, il a notamment occupé la chaire dite européenne au Collège de France de 2002 à 2003, portant sur L'histoire du regard. Représentation et vision en OccidentBelting ajoute « En effet, il s’agissait non de discuter du regard au sens universel, mais de le placer dans la culture occidentale. » (Collège de France, 2004).. Il a ensuite été directeur du de Vienne (Autriche) entre 2004 et 2007.
L'histoire de l'art est-elle finie ? C'est particulièrement son essaiSous forme de réponse au manifeste d'art sociologique d'Hervé Fischer : L'histoire de l'art est terminée, Paris, 1981 (en ligne). Cf. Belting, La Fin d'une tradition, 1985, p. 6. intitulé Das Ende der Kunstgeschichte ? (trad. par L'histoire de l'art est-elle finie ?), publié en 1983 et poursuivi en 1995 (eine Revision nach zehn JahrenJamais traduit. Voir Recht 2006, p. 19.), qui l'a fait connaître au-delà de sa discipline et par le grand public. En 1985, il synthétise ses propositions« Une nouvelle tradition d'histoire de l'art pourrait même adopter un schème historique différent et élargi. Elle ne se soucierait plus uniquement de palais et de cathédrales (ou de salons et de sécessions), mais du goût, du cadre privé, des représentations de l'enfance et de la mort, pour citer quelques thèmes nouveaux, venus d'autres disciplines historiques. Les œuvres ne répondent jamais qu'aux questions qu'on leur pose, et une science ne se transforme, comme chacun sait, que grâce aux questions qu'elle soulève. » (Belting, La Fin d'une tradition, 1985, p. 11). dans un article en français de la Revue de l'art (voir bibliogr.). Bilan épistémologiqueBardon (1995, p. 170) résume son propos ainsi : « Non seulement la spécificité de l'art n'a pas été conceptuellement définie [par les propres historiens de l'art], mais l'art renvoie à des œuvres dont la spécificité est pour le moins diversifiée. ». Et, plus loin, à propos des questions inédites et des perspectives nouvelles que Belting appelle de ses vœux en réaction aux réponses [...] devenues si banales des historiens de l'art : « On en est toujours là. Le blocage est significatif et doit être examiné d'autant plus que d'autres spécialités ont remis en cause leurs habitudes. L'"histoire de l'art" est dans l'état de rétention, non par incapacité intellectuelle, mais à cause d'un "refoulé" d'ordre idéologique. » (p. 171). fondamental, ses propos sont très discutésVoir Recht 2006, p. 19-21 : « l'art contemporain rendrait désormais caduques toutes les tentatives de construire une histoire de l'art (occidental). Car l'artiste d'aujourd'hui pratique l'histoire de l'art, affirme Belting non sans raison. ». Mais, compris comme une remise en cause dangereuse de leur savoir par certains« Comme Hervé Fischer, Hans Belting estime que l'art moderne a contribué à casser l'histoire de l'art dont les normes et les concepts ne lui sont pas applicables. » (Germain Bazin, Histoire de l'histoire de l'art, 1986, p. 570). Bazin semble dépassé (naïvement ?) par les enjeux théoriques., un clivage à son égard a persisté chez des historiens de l'art « de la tradition académiqueUn « essai [...] typique des nouvelles préoccupations qui se font jour en particulier dans l'Université allemande et conduisent à la remise en question du " formalisme pur" de la tradition académique. Nous lui sommes reconnaissants d'avoir bien exposé l'essentiel de son point de vue "révisionniste" pour notre revue. » (André Chastel, chapeau Débat dans Revue de l'art, 1985-3, p. 4). Un dernier commentaire qui n'honore pas la mémoire de son auteur. ».
Kunstgeschichte : eine Einführung Belting participe à une introduction à l'histoire de l'art Kunstgeschichte : eine Einführung en 1986 (revu et augmentée sept fois, depuis), avec Heinrich Dilly, Wolfgang Kemp, Willibald Sauerländer et Martin Warnke, présentant les différentes approches de la discipline. Ce volume est salué entre autres par The Burlington MagazineEditorial. Art History or Kunstgeschichte ? [about Kunstgeschichte : eine Einführung], dans The Burlington Magazine, 1015, oct. 1987, pp. 643-644 . qui conclut avec « an English translation would be most desirable » (p. 644, « une traduction anglaise serait plus que souhaitable »). En dépit de l'éloge qu'en a fait aussi Roland RechtRoland Recht, Manuels et histoires générales de l'art, dans Revue de l'art, 1999-2, p. 5-11 (en ligne). en 1999 (« une remarquable présentation des procédures selon lesquelles l'histoire de l'art est amenée, aujourd'hui, à renouveler ses méthodes et son savoir », p. 8-9), ce recueil n'est toujours pas traduitMême en anglais... Conclusion, encore une bonne raison pour apprendre l'allemand..
Perspectives Plusieurs thèmes se dégagent de ses travauxVoir Olivier Christin, 2008. : l'anthropologie comparée du regard ou des relations des hommes aux images (comme dans Florenz und Bagdad) ; l'histoire de l'art comme structure de représentation et mise en forme d'un discours spécialiséVoir Daniel Russo, Belting (Hans) 1935-, dans Encyclopædia Universalis. ; et celui mené avec Peter Weibel et Andrea Buddensieg sur les enjeux de la globalisation du marché de l'artCf. Hans Belting, Global Art and the Museum, Karlsruhe, 2008. dans le prisme des rivalités politiques ou économiques.
Citations
Distinctions de la République fédérale d'Allemagne
Publications notables Publications et collaborations de Hans Belting Kunst ohne Geschichte ? Ansichten zu Kunst und Kunstgeschichte heute, dir. Anne-Marie Bonnet et Gabriele Kopp-Schmidt, Munich, 1995 . Internationales Forschungszentrum Kulturwissenschaften, Biobibliographie : Hans Belting, Vienne (Autriche), 2005, 8 p. (pdf en ligne). Schriftenverzeichnis : Hans Belting .
Ouvrages Das Bild und sein Publikum im Mittelalter : Form und Funktion früher Bildtafeln der Passion, 1981 ; trad. fr. L'Image et son public au Moyen Âge. Das Ende der Kunstgeschichte ? [Conférence inaugurale à l'Université de Munich, 1980], 1983 ; trad. fr. L'histoire de l'art est-elle finie ?, 1989 (Rayon art), repr. 2007 ; suivi de Das Ende der Kunstgeschichte : eine Revision nach zehn Jahren, 1995 ; dernière version Art History after Modernism, trad. angl. Caroline Saltzwedel, Mitch Cohen puis Kenneth Northcott, Chicago, 2003 . Max Beckmann : die Tradition als Problem in der Kunst der Moderne, 1984. Bild und Kult : eine Geschichte des Bildes vor dem Zeitalter der Kunst, 1990 ; trad. fr. Image et culte : une histoire de l'image avant l'époque de l'art, 1998, repr. 2007 . Compte-rendu Bild-Anthropologie : Entwürfe für eine Bildwissenschaft, Munich, 2001 ; trad. fr. Pour une anthropologie des images, Paris, 2004 (compte rendu ; critique). Szenarien der Moderne : Kunst und ihre offenen Grenzen, 2005. Das echte Bild. Bildfragen als Glaubensfragen, 2005. Florenz und Bagdad. Eine westöstliche Geschichte des Blicks, 2008. Faces. Eine Geschichte des Gesichts, 2013.
Articles La fin d'une tradition, dans Revue de l'art, 69, Paris, 1985-3, p. 4-12 (pdf en ligne). Images réelles et corps fictifs, dans Le Monde, Paris, . Résumé du cours au Collège de France : 2002-2003, Paris, 2004 (pdf en ligne). Zur Ikonologie des Blicks, dans Ikonologie des Performativen [congrès], sous la dir. de Christoph Wulf et Jörg Zirfas, Munich, 2005, p. 50-58 . La fenêtre et le moucharabieh : une histoire de regards entre Orient et Occident, dans Penser l'image, sous la dir. de Emmanuel Alloa, Presses du réel, Dijon, 2010, p. 145-176 .
Collectif Kunstgeschichte : eine Einführung [Histoire de l'art : une introduction], sous la dir. de Hans Belting, Heinrich Dilly, Wolfgang Kemp, Willibald Sauerländer et Martin Warnke, 1986 ; éd. rev. et corr., Berlin, 2008 .
Conférences Qu'est-ce qu'un chef-d'œuvre ? [conférences du au au musée du Louvre], Hans Belting, Arthur Danto, Jean Galard, et al., sous la dir. de Jean Galard et Matthias Wascheck, Paris, 2000 . L'histoire de l'art au tournant [conférence du à l'UTLS], Paris, 2000 (swf en ligne) ; conférence publiée dans Qu'est-ce que la société ?, sous la dir. d'Yves Michaud, Paris, 2000, p. 95-107 (Université de tous les savoirs, 3) . Contemporary Art and the Museum in the Global Age, dans Contemporary art and the museum : a global perspective [conférences The Global Future of Local Art Museums, 2006], sous la dir. de Peter Weibel et Andrea Buddensieg, Ostfildern, 2007, p. 16-37 (tables et site). Why the Museum ? New Markets, Colonial Memories, and Local Politics : Keynote Lecture [ZKM conference, October 19th, 2007], dans The global art world, sous la dir. de Hans Belting et Andrea Buddensieg, Ostfildern, 2009 (html en ligne). La double perspective : la science arabe et l'art de la Renaissance [Conférence du à l'université Lyon 2], trad. par Christian Joschke, Lyon, 2010 .
Notes et références
Annexes
Bibliographie Françoise Bardon, Le concert champêtre. Vol. 1, Un défi à l'histoire de l'art, Paris, 1995, p. 169-172, etc. . Daniel Russo, Belting (Hans) 1935-, dans Encyclopædia Universalis, Paris, env. 2000 [màj en 2003]. Jacques Morizot, Hans Belting, la notion moderne de l'œuvre, dans Revue francophone d'esthétique, Paris, 2004 (pdf en ligne). Hans-Jürgen Heinrichs, Die Wahrheit hinter dem Bild. Hans Belting : "Das echte Bild – Bildfragen als Glaubensfragen“, dans dradio.de, 2006 (html en ligne ; trad. automatique).