vignette|upright=1.5|Carte montrant les États membres de l'Union européenne et ceux de l'OTAN :

L’identité européenne de sécurité et de défense (IESD, ou en anglais European Security and Defense Identity, ESDI) est un accord de partenariat stratégique établi en L'identité européenne de sécurité et de défense, sur le site Europa. entre l'Union européenne et l'OTAN, destiné à intervenir et coordonner les actions dans la gestion de crises en Europe, dans des situations pour lesquelles les États-Unis (ou des pays non européens de l'Alliance atlantique comme le Canada ou des pays dont l'identité européenne est parfois contestée comme la Turquie) ne souhaiteraient pas intervenir directement, tout en permettant la participation d'autres pays européens non membres de l'OTAN mais signataires d'un accord de coopération avec l'OTAN dans le cadre du « Partenariat pour la paix » (PPP), des pays qui comprennent aussi d'autres membres de l'Union européenne ou candidats à l'adhésion à l'Union ou disposant d'accords de coopération en matière de défense commune avec l'Union ou certains de ses membres.

Au sein de l'OTAN, l'ESDI a été présenté comme une initiative visant à rééquilibrer les rôles et les responsabilités respectifs de l'Europe et de l'Amérique du Nord. Les arrangements initiaux conclus par l'OTAN avec l'Union de l'Europe occidentale pour des opérations dirigées par l'Europe utilisant les moyens et les capacités de l'OTAN sont désormais assumés par l'Union européenne. Une partie essentielle du développement de l'IESD est l'amélioration des capacités européennesDocument de bienvenue à l'OTAN archivé par l'OTAN.

L'accord permet de doter l'Union européenne d'un accès aux instruments de l'OTAN pour la planification et la gestion de la logistique nécessaires à ses opérations de défense, que ce soit dans le cadre des interventions extérieures dans des conflits où sa responsabilité serait engagée au moins politiquement, ou en matière de renseignement et de prévention des crises et conflits ou de leur extension possible sur le territoire de l'Union.

Contexte historique Lors des sanglants conflits armés ayant conduit à l'éclatement de l'ancienne Yougoslavie, il est apparu clairement que de tels affrontements armés menaçaient directement la sécurité en Europe ou parmi les autres partenaires de l'Alliance Atlantique. De tels désordres tant politiques qu'économiques et humains ont mobilisé les opinions des pays européens, où résident également de nombreux ressortissants issus des nationalités en conflits.

De tels conflits aux frontières de l'Union ne peuvent être circonscrits aux seules frontières des pays directement engagés, et divers accords de coopération de défense historiques étaient devenus inapplicables, faute d'interlocuteur responsable. De plus ces conflits ont été accompagnés de divers trafics (notamment d'armes, ou d'influence, ou trafic de capitaux illicites ou détournés) et déplacements de populations (y compris réfugiées fuyant les conflits ou la misère économique que ceux-ci engendrent) qui menaçaient la stabilité politique et économique des pays voisins tenus alors d'intervenir mais de façon non concertée, coûteuse, et souvent contradictoire car sans objectif commun, ni moyens communs de concertation et de négociation avec les belligérants, ou de gestion logistique des moyens engagés lors des crises.

L'éclatement de l'ex-Yougoslavie s'est ainsi faite de façon désordonnée sur la base de frontières obtenues par les armes, ou d'anciennes frontières historiques qui ne tenaient plus compte de la réalité des populations en présence. Si l'indépendance de la Slovénie a pu se faire assez rapidement sans trop de difficulté (car elle n'a pas cherché à s'engager dans ces conflits), il n'en a pas été de même pour le conflit très ancien ayant opposé Croates et Serbes. Cependant, en Bosnie-Herzégovine, où les différentes nationalités en présence sont plus diversifiées, la question du règlement par une division de frontière n'a pas de solution simple : le conflit armé s'éternisait, s'enlisait politiquement, et n'aurait pas trouvé de solution sans une intervention extérieure forte. De plus l'opinion européenne était fortement mobilisée contre les mouvements de population et ne voulait pas voir des conflits nationaux extérieurs dégénérer en conflits interethniques entre résidents dans leurs propres pays mais originaires de ces régions en conflit.

Cependant une intervention directe par un pays isolé dans un conflit intérieur n'est évidemment pas acceptable (y compris sur le plan du droit international) car le conflit résultait déjà de l'intervention d'une puissance militaire dominante en place face à des minorités qui manifestaient tout aussi violemment leur volonté d'indépendance : personne ne semblait pouvoir céder sur le terrain, les uns et les autres s'accusant de crimes (qui par ailleurs ont bien été commis par divers éléments plus ou moins isolés des différentes parties en conflit), et ne pouvant accepter légitimement l'ingérence extérieure sans contrepartie acceptable. Dans les faits, les responsabilités des uns et des autres ne pouvaient pas être établies sereinement car il n'existait pas de lieu de concertation neutre, et l'ancien droit en vigueur n'était plus reconnu par aucune des parties en présence.

En absence de tout droit, de tels conflits n'avaient pas d'autres issues que celle de la force, et forcément des abus contre les populations concernées. En laissant faire, le débordement du conflit hors de sa zone d'origine serait devenu inévitable, un risque évident bien compris en Europe qui en a tant souffert dans son histoire, et que seule une action concertée efficace peut prévenir ou au moins contenir.

La proposition américaine du « pilier européen de défense » Aussi les États-Unis n'ont pas souhaité intervenir directement en ex-Yougoslavie. Bill Clinton, alors président des États-Unis, a proposé à l'Union européenne de prendre en charge directement la gestion de ces conflits qui se situaient justement au cœur même de son territoire (et de son extension future alors déjà engagée), dans une zone hautement stratégique pour elle, et dont les nations naissantes promus en États reconnus ont montré le désir d'adhérer rapidement à l'Union et négocient déjà les conditions de leur adhésion future à l'Union.

D'ailleurs des conflits anciens sont souvent réapparus depuis la fin de l'opposition des blocs Est-Ouest, essaimant dans différentes régions. La multiplication de ces petits conflits locaux ne permet plus à un seul pays, même le plus puissant, d'intervenir partout efficacement ; cependant des coopérations régionales sont mieux à même de les prévenir ou à défaut les stabiliser pour éviter leurs extensions, tout en évitant la dispersion des efforts de maintien de la sécurité.

D'une façon générale, les États-Unis ont reconnu que les conflits en Europe seraient mieux gérés et résolus avec des solutions mieux concertées et acceptées si les solutions venaient d'une sorte de « pilier européen de défense » au sein de l'OTAN (qui était également déjà engagé dans une réorganisation complète de son fonctionnement depuis la fin du pacte de Varsovie et de la guerre froide) prenant en compte les changements stratégiques majeurs qu'une profonde réorganisation du paysage politique européen a entrainé. L'OTAN lui-même voyait ses objectifs modifiés considérablement puisqu'il ne s'agissait plus de défendre une partie de l'Europe contre une autre, mais aider maintenant les deux parties à cohabiter et s'allier, notamment pour gérer de nouvelles crises majeures situées aux portes de l'Europe (notamment en Asie centrale et au Moyen-Orient, mais aussi parfois sur d'autres terrains difficiles, notamment en Afrique où il n'existe pas encore de force concertée assez puissante pour prévenir ou stabiliser les conflits).

L'idée de « pilier européen » n'est pas nouvelle (l'expression figure même dans la définition même des institutions de l'Union européenne), puisque de nombreux pays de l'Union européenne (y compris, et à commencer par la France, qui ne faisait pourtant plus partie du commandement stratégique de l'OTAN depuis les années 1960) ont manifesté depuis longtemps la création de ce pilier de défense commune, sans toutefois parvenir à lui consacrer assez de moyens pour que celui-ci puisse intervenir ailleurs qu'au sein des seuls rares pays signataires d'accords multilatéraux (par exemple en matière de coopération et programmes de développement, formation et équipements militaires, moyens de renseignement, ou certaines unités armées souvent uniquement bilatérales comme l'Eurocorps franco-allemand, qui s'est cependant étendu depuis à d'autres pays européens, mais de façon encore trop limitée pour constituer une force opérationnelle efficacement déployable seule sur des territoires extérieurs, sans les moyens fournis par un pilier commun et permanent de gestion des crises).

Les objectifs fixés par les États-Unis L'idée n'est pas d'empêcher les Européens de développer une force autonome : s'ils parviennent à développer une telle capacité intégrée capable de se connecter et travailler avec les systèmes de l'OTAN et des États-Unis, tout en ayant la possibilité d'utiliser cette force de façon autonome, alors il n'y a pas d'incompatibilité entre les deux programmes de défense mis en œuvre par l'OTAN ou par l'Union, et en fait cela renforcera la capacité opérationnelle de l'Alliance à intervenir efficacement et rapidement en cas de crise, tout en réduisant leurs coûts économiques et politiques. Pour y parvenir, il est nécessaire d'établir les bases d'une coopération saine mais forte, et disposant d'une réelle capacité de décision et de transparence dans les politiques mises en œuvre entre l'OTAN et l'UE, et s'assurer qu'elles sont effectivement bien dirigées avec une ligne de conduite claire.

Ainsi, l'IESD a été définie principalement pour renforcer la sécurité générale en Europe, construire des relations transatlantiques plus fortes et plus saines, et renforcer la capacité de l'OTAN à traiter plus efficacement les crises en Europe et au-delà de ses frontières, et parvenir à résoudre six grosses difficultés : le lien entre l'OTAN et l'Union européenne manque encore de consistance, le danger étant que les deux institutions s'enferment dans des disputes bureaucratiques et juridictionnelles alors qu'une crise éclaterait et deviendrait hors de contrôle ; aussi au sommet de l'OTAN à Helsinki, il avait été décidé en 2000 que l'Union européenne n'interviendrait que « quand l'OTAN en entier n'est pas impliqué », cependant le processus de décision n'était pas clairement défini, et la France voulait résister à l'établissement d'un lien fort entre l'Union et l'OTAN ; il est nécessaire de s'assurer que la mise en œuvre de l'IESD ne fasse pas de discrimination envers les pays membres de l'Alliance qui ne sont pas membres de l'Union européenne, et qui doivent continuer à être consultés et impliqués dans les processus de décision. Cela concerne notamment la Turquie, la Norvège, l'Islande et les nouveaux pays d'Europe centrale membres de l'OTAN et non encore membres de l'Union ;