, en grec Dimítrios I Kantakouzinós ( ; 1343-1383), est despote de Morée en . Membre de la famille impériale byzantine des Cantacuzène, il est le petit-fils de l'empereur , et le fils de Mathieu Cantacuzène, lui-même empereur avant de devenir despote de Morée.

En , le despotat de Morée, gouverné par Mathieu, tombe dans le giron des Paléologue en même temps que leur retour sur le trône impérial après presque trois ans d'absence de . Si Mathieu ne s'oppose pas au fait de laisser sa place à Théodore Paléologue, Démétrios, qui espérait hériter de la province, s'y oppose. Avec l'appui de la noblesse locale mais aussi de pirates turcs, il soulève le Péloponnèse, qu'il dirige presque entièrement, lors de l'arrivée de Théodore dans la province en S. Runciman, Mistra, Byzantine capital of the Peloponnese, p.56. À la mort subite de Démétrios vers la fin de ou au début de , la révolte prend fin et permet à Théodore de prendre le titre de despoteS. Runciman, Mistra, Byzantine capital of the Peloponnese, p.57.

Le règne de Démétrios Cantacuzène fut de très courte durée. Despote de Morée au cours de l'année , il fut rapidement remplacé par , qui calma les ambitions d'indépendance dans la région. Démétrios Cantacuzène n'a laissé que très peu de marques sur l’histoire, il est donc difficile de reconstruire la trame de son règne. C’est dans cette optique que cet article vise à établir un contexte concret dans lequel il est possible de placer le règne de Démétrios Cantacuzène dans l’histoire de l’Empire byzantin. Son règne en tant que despote se plaça dans une période d’instabilité de l’empire face à d’importantes puissances étrangères, qui s’immiscèrent dans les affaires byzantines afin d’en tirer profit. Au niveau du Péloponnèse, le despotat de Morée fut en contact avec la culture hellène de la région. Ceci affecta le développement du despotat ainsi que ses relations avec Constantinople.

L'Empire byzantin et les forces étrangères

Les guerres dynastiques byzantines mirent le despotat de Morée dans une situation bien précaire. En effet, les conflits entre la famille des Cantacuzènes et des Paléologues créèrent une opportunité pour les forces étrangères, extérieures à l'empire, de prendre le contrôle de ses possessions. Tel fut le cas du Péloponnèse, tout particulièrement du despotat de Morée. La mort de l'empereur en marqua un point décisif dans l'implication des forces extérieures dans les guerres dynastiques byzantines. Sa mort causa une guerre civile entre sa femme, Anne de Savoie, agissant au nom de son fils , et Jean Cantacuzène afin de déterminer qui allait lui succéder. Les partis ressortis vainqueurs de cette guerre furent les Serbes, qui prirent la Macédoine et le Péloponnèse, ainsi que les forces turques d'Umur d'Aydin et d'Orhan qui s'accoutumèrent aux routes de la Thrace et de la Macédoine. Une suite de désastres sous le règne de ne fit qu'aggraver la situation de l'empire en Grèce : la peste toucha l'empire et celle-ci fut impliqué dans la rivalité entre Venise et Gênes. Un des échecs les plus marquants de fut de ne pas réussir à reconstruire la flotte byzantine qui aurait assuré l'indépendance de son empire sur le plan international. C'est en que perdit définitivement l'appui de la population à la suite de l'alliance établie avec l'Empire ottoman : cette ultime décision le mena à abdiquerJean-Claude Cheynet, « Byzance entre les latin et les turcs (1057-1453) », dans Histoire de Byzance, Paris : Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », p. 108-110. Il semble donc que l'empire se trouva dans une situation fort désavantageuse sur le plan international. L'intérêt turc pour l'Empire byzantin sembla bien présent. Le sultan utilisa les guerres internes byzantines à son avantage lors de ses campagnes militaires : la famille des Paléologues devint graduellement ses vassaux afin d'éviter la conquête totale. Ceci permit aussi au sultan d'avoir un meilleur contrôle sur les querelles byzantines. Il appuya le règne de afin de s'opposer à la révolte de leurs fils respectifs, Savci Beg et . Trois ans plus tard, le sultan ottoman changea de camp et assista contre son père et en échange du territoire de Kallipolis. En , aida à nouveau , cette fois-ci accompagné de son fils . Aucune source ne peut venir confirmer cette troisième et dernière assistance de la part du sultan : il est possible que de plus grands tributs fussent obtenus de cette aideS.W.R., « Murad I », dans The Oxford Dictionnary of Byzantium, New York : Oxford University Press, vol. 2, 1991, p. 1423. L'implication de dans les affaires byzantines se place dans une montée en importance des Turcs ottomans dans les Balkans à partir de la seconde moitié du . En , les Ottomans, aidés d'autres émirats,réussirent à repousser les Serbes jusqu'aux rives du fleuve Maritsa. La victoire ottomane sur les Serbes au Kosovo en 1389 assura une prépondérance du jeune sultan , le successeur de , dans les BalkansJean-Claude Cheynet, « Byzance entre les latins et les turcs (1057-1453) », dans Histoire de Byzance, Paris : Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », p. 108-110. continua de s’impliquer dans les affaires byzantines et fit de la famille des Paléologues des vassaux importants de son règne : vers la fin du , et siégeant à Constantinople, à Mistra et à Selymbria comptèrent parmi les vassaux les plus importants de S.W.R., « Bayezid », dans The Oxford Dictionnary of Byzantium, New York : The Oxford University Press, vol. 1, 1991, p. 273. Ceci causa la fragmentation du territoire byzantin en deux sections disjointes, empêchant ainsi l'empire de constituer une opposition solide aux Turcs ottomans. Dans un tel contexte, le despotat de Morée réussit tout de même à se démarquer de manière admirable. En effet, l'indépendance relative du despotat face à Constantinople lui permit de se développer sans son intervention. Malgré tout, l'Empire ottoman garda un contrôle strict sur les désirs d'expansion des despotesJean-Claude Cheynet, « Byzance entre les latins et les turcs (1057-1453) », dans Histoire de Byzance, Paris : Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », p. 108-110.

Une autre force extérieure tirant avantage des instabilités internes de l'empire fut les Serbes menés par Étienne Douchan. Stefan Uroš Dušan, de son vrai nom, fut Basileus et Autokrator de Serbie. Il passa une grande partie de sa vie à Constantinople en exil avec son père : Étienne Douchan fut donc en contact avec la culture byzantine une grande partie de sa vie. Il retourna finalement dans l'Empire serbe où il devint « jeune roi » (mladi kralj) de Zeta et se démarqua à la bataille de Velbužd en ; il déposa son père un an plus tard. La plupart des campagnes militaires de Douchan eurent pour but de conquérir les territoires byzantins au sud de la Serbie. Douchan mena une guerre contre et prit Prilep, Ohrid ainsi que la région de Strymon. En , il signa une trêve avec l'empereur stipulant que les terres conquises restaient sous autorité serbe. La guerre civile qui marqua l'empire donna une autre raison pour Douchan de s'immiscer dans les affaires byzantines : il appuya dans ses prétentions au trône impérial en et . Par la suite, il changea d'allégeance et vint en aide à à la suite de son succès contre des mercenaires turcs. Les conquêtes d'Étienne Douchan comprirent aussi l'Épire, l'Albanie et la Thessalie : l'autorité serbe s'étendit du golfe de Corinthe jusqu'au Danube ainsi que de la mer Adriatique jusqu'à la mer Égée. Étienne Douchan se nomma empereur des Serbes et des Romaioi en et fut officiellement couronné à Skopje en J.S.A. et A.K., « Stefan IV Uroš Dušan », dans The Oxford Dictionnary of Byzantium, New York : Oxford University Press, vol. 3, 1991, p. 1950-1951. Les Serbes perdirent leur emprise sur le territoire qu'ils avaient conquis aux après les avancées ottomanes. Les Serbes essuyèrent une première défaite en à Maritsa et leur échec au Champ des Merles les réduisit à l'état de vassaux des Turcs ottomansJ.S.A. et A.K., « Serbia », dans The Oxford Dictionnary of Byzantium, New York : Oxford University Press, vol. 3, 1991, p. 1872. Il semble donc que la région au sud de l'Empire byzantin fut sujette aux revendications de forces extérieures importantes. Ainsi, le règne de Démétrios Cantacuzène en tant que despote de Morée se plaça dans un contexte de grande instabilité politique. Tout en étant impliqué dans le conflit entre les Cantacuzènes et Paléologues, Démétrios Cantacuzène dut aussi faire face aux Serbes et aux Ottomans.

Le despote : les particularités du despotat de Morée Le titre de despote fut un titre accordé à des membres de la famille impériale byzantine. Ce titre se situait au plus haut de la hiérarchie, juste en dessous du titre d'empereur lui-même. Comprendre les enjeux autour de ce titre permet de mieux cerner les enjeux autour du despotat de Morée ainsi que le règne de Démétrios Cantacuzène en tant que despote. Dans l'ensemble, le titre de despote n'est que nobiliaire : les individus recevant ce titre ne recevaient que les privilèges qui y étaient rattachés. Ainsi, le despote ne possédait aucune forme de pouvoir. Par contre, il était possible pour l'empereur d'accorder certaines charges à des despotes tels le commandement d'une armée, la gestion d'une province ou la charge d'une mission spéciale.

Un second élément à considérer dans le titre de despote est que celui-ci n'était pas héréditaire : un individu devait recevoir ce titre de l'empereur afin de pouvoir profiter des privilèges qui y étaient rattachés. Le despote de Morée se démarque de cette description par l'autonomie qui lui fut accordée. L'empereur souhaita créer une forme de principauté dans le Péloponnèse. Celle-ci posséderait une autonomie administrative si celle-ci reconnaissait l'autorité de Constantinople. Manuel Cantacuzène fut le premier despote de Morée. Son frère aîné, Mathieu Cantacuzène, reçut le titre de despote de l'empereur . À sa mort en , Démétrios Cantacuzène, le fils aîné de Mathieu Cantacuzène, reçut le titre de despote de Morée. C'est avec Démétrios Cantacuzène que l'on commença à voir le désir d'indépendance face à Constantinople. La tentative d'indépendance faite par Démétrios Cantacuzène fut rapidement arrêtée par l'empereur qui envoya son fils, , qui calma la rébellion en 1384. À partir de ce point, le despotat de Morée fut gouverné par la famille des Paléologues.

Indépendance face à Constantinople : l'application des politiques byzantines dans le despotat de Morée