L’abbé Antoine François Prévost []Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, ., dit l'abbé Prévost, né le à Hesdin et mort le à CourteuilAD 60, 1Mi/ECA 704 R1, registre BMS de Courteuil (1692-1806), vues 357-358, 25 novembre 1763, acte de sépulture d'Antoine François Prévost., est un romancier, historien, journaliste, traducteur et homme d'Église français.
Biographie Jeunesse et formation Fils de Liévin Prevost (1666-1739), avocat au Parlement, conseiller et procureur du roi au bailliage d’Hesdin, lui-même fils d’un maître brasseurVictor Schroeder, Un romancier français au : l’Abbé Prevost, sa vie, ses romans, Paris, Hachette, 1898, , 365, ., Prévost fait des études au collège d’HesdinJean Sgard, Vingt études sur Prévost d’Exiles, Paris, ELLUG Éditions, 1995, . où il est remarqué par les jésuites qui l’envoient, avec son frère Liévin-Norbert, au noviciat du collège d'Harcourt à Paris, peut-être dès 1712 ou 1713. Les Pères, l’ayant surpris à travailler à un ouvrage profane, l’auraient congédiéJean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Paris, Hermann Éditions, 2013, . en 1714. Sur le chemin de Rome pour demander au pape de le réintégrer dans l’Ordre, il aurait rencontré un officier qui l’aurait persuadé de s’engager dans l'armée. Bientôt déserteur, il s’enfuit en Hollande où il tient un café. Il aurait profité de l’amnistie générale proclamée par le duc d’Orléans en 1716 pour rentrer en France et entamer, le , un second noviciat chez les jésuites à Paris, avant d’être envoyé terminer sa philosophie au collège de La Flèche avant de s’enfuir de nouveau, après avoir été surpris à composer les Mémoires d’un homme de qualité, avant la fin de son noviciat, à la fin de 1718 ou au début de 1719, pour s’engager à nouveau dans l’armée, cette fois comme officier dans la campagne de Catalogne. En , la guerre finie, il disparaît de nouveau, peut-être en Hollande.
Au cours de l’été 1720, il entre chez les bénédictins de l’abbaye de Jumièges, avant de prononcer ses vœux le selon la stricte règle réformée de Saint-Maur et d’être envoyé, un an, à l’abbaye de Saint-Ouen se former aux méthodes de l’édition savante sous Dom Charles de La Rue. En 1721, il donne le manuscrit des Aventures de Pomponius, chevalier romain, roman à clé et satire anti-jésuite sous couvert de récit antiquisant, à un éditeur rouennais avant de le reprendre. Envoyé en 1722 à l’abbaye du Bec-Hellouin faire ses trois ans de théologie suivis d’une année d’exercices spirituels, on le retrouve, l’année suivante, à l’abbaye de Fécamp, avant de passer, une année plus tard à l’abbaye de Sées, où il commence à retravailler une traduction de l’Historia mei temporis du président de Thou. En 1724, l’éditeur Valat d’Amsterdam publie les Aventures de Pomponius, chevalier romain, dont on lui a envoyé le manuscrit de Paris. En 1726, il est ordonné prêtre par Pierre Sabatier et part enseigner les humanités au collège Saint-Germer d’où il s'en va prêcher un an à Évreux. Rallié, bon gré mal gré, à la bulle Unigenitus, en 1727, il participe officiellement à la rédaction de la Gallia Christiana, un monumental ouvrage collectif des bénédictins, à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, mais travaille en réalité aux Mémoires et aventures d’un homme de qualité dont il dépose le manuscrit des deux premiers tomes à la censure le . En 1728, il obtient une approbation pour les deux premiers tomes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde. Dans le courant de la même année, il entreprend de demander son transfert dans une branche moins stricte de l’ordre de Saint-Benoît mais échouant à l’obtenir, il quitte son monastère sans autorisation. Frappé d’une lettre de cachet, il s’enfuit à Londres. Il devient précepteur de Francis Eyles, fils d'un sous-gouverneur de la South Sea Company ; il visite avec lui le sud de l'Angleterre. Ayant séduit et tenté d'épouser la fille de J. Eyles, il est obligé de quitter Londres à la fin de 1730.
Vie d’écrivain et voyages vignette|upright|Page de titre du Le Pour et Contre, Ouvrage Périodique, d’un goût nouveau dans lequel on s’explique librement sur tout ce qui peut intéresser « la curiosité du Public, en matiere de Sciences, etc. » (La Haye, Chez Isaac van der Kloot) de Prévost.
Il se rend alors à Amsterdam, en Hollande où il se lie à une aventurière du nom d’Hélène Eckhardt, dite Lenki, et publie à Utrecht en 1731 et 1732 les tomes I à IV du Philosophe anglais ou Histoire de monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell, écrite et traduite de l’anglais par lui-même. Entre-temps, ayant pris le nom de Prévost « d’Exiles » par allusion à ses propres périples, il se plonge dans la traduction de la Historia sui temporis du président de Thou et publie la suite en trois volumes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité dont le dernier relate l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, peut-être inspirée d’une de ses propres aventures et que le parlement de Paris condamnera au feu. Prévost ayant interrompu la composition du Philosophe anglais, son éditeur hollandais commissionne un cinquième volume apocryphe (Utrecht, 1734) qui compromet son prétendu auteur par ses attaques contre les jésuites.
En 1733, criblé de dettes, Prévost retourne à Londres où il fonde Le Pour et ContreMention dans Biographie universelle de François-Xavier de Feller, journal principalement consacré à la connaissance de la littérature et de la culture anglaise. Il en est le principal auteur et poursuit son édition de façon presque ininterrompue jusqu'en 1740. Il ne rétablit pas pour autant ses affaires ; il fait un faux chèque qui le mène en prison en et rentre en France au début de 1734.
En 1734Vingt études sur Prévost d’Exiles, ., il négocie son retour chez les bénédictins et effectue un second noviciat de quelques mois à l’abbaye de la Croix-Saint-Leufroy, près d'Évreux, avant de devenir, au début de 1736, l’aumônier du prince de Conti, qui le protège. Les trois derniers tomes du Philosophe anglais paraissent enfin clandestinement, à Paris, en 1738-1739.
Il publiera d'autres romans, dont Le Doyen de Killerine (1735-1740) et Histoire d’une Grecque moderne (1740), et des traductions de l'anglais, dont la monumentale encyclopédie Histoire générale des voyages (15 vol., 1746-1759) du libraire Traduction de la compilation anglaise "A New General History of Voyages and Travels" attribuée à l'anglais John Green (Londres, Astley, 4 vols. 1745-47) initialement de quinze volumes, sera encore augmentée de cinq volumes dont un index, jusqu'en 1789, après la mort de Prévost, et comptera ainsi vingt-et-un volumes. – Voir Cambridge Bibliography. qui introduit à l'ensemble des relations de voyage publiées depuis le ; il contribue à diffuser Samuel Richardson en France, notamment par deux traductions de ses romans : Lettres anglaises ou Histoire de miss Clarisse Harlowe (1751) et Nouvelles Lettres anglaises ou Histoire du chevalier Grandisson (1755).
En 1755 il dirige le Journal étranger, fondé par Ignace Hugary de La Marche-Courmont.
Fin de sa vie
Il passe ses dernières années à Paris au de la rue Saint-Séverin. et à Saint-Firmin, à côté de Chantilly, où il avait récemment acquis une « solitaire habitation. ».
Une légende tenace raconte que l'abbé aurait subi une crise d’apoplexie au retour d’une visite aux bénédictins de Saint-Nicolas-d’Acy, dans l'actuelle commune de Courteuil, qu'il aurait été transporté au presbytère à la suite de son accident, que le bailli de l'abbaye aurait fait quérir le chirurgien de l'abbaye pour ouvrir le corps afin qu'il puisse procéder au procès-verbal d'autopsie, et que Prévost n'était pas encore mort mais aurait expiré sous le scalpel du chirurgien481Article du Point (25.11.2012).. Jean Sgard a démontré que le dernier épisode de cette histoire a été inventé en 1782, presque 20 ans après sa mort, survenue le .. L'abbé Prévost est mort d'une rupture d'anévrisme. Il a bien été autopsié et sa mort est constatée.
À Courteuil, un calvaire mentionne sa mort ; laquelle est également attestée dans le registre paroissial de Courteuil, dans la vallée de la Nonette.
Œuvres vignette|upright|Mémoires d’un Homme de Qualité Les Aventures de Pomponius, chevalier romain (1724). Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728-1731) Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (le tome des Mémoires et aventures d'un homme de qualité), plus connu comme "Manon Lescaut" (1731, 1753). Le Philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell (1731- 1739). Le Pour et contre, périodique littéraire (1733-1740). Le Doyen de Killerine (1735-1740). Histoire d'une Grecque moderne (1740). Histoire générale des voyages (au total 20 vol. : 15 vol. de 1746 à 1759, suivis de 5 vol. posthumes jusqu’en 1789). Histoire de Marguerite d’Anjou (1740). Mémoires pour servir à l’histoire de Malte (1741). Campagnes philosophiques (1741). Histoire de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre, Prault fils (1742). Manuel lexique ou dictionnaire portatif des mots François (1750). Le Monde moral ou Mémoires pour servir à l’histoire du cœur humain (1760). Œuvres choisies. Avec figures, Paris, chez Grabit, 1816.
Éditions modernes Œuvres de Prévost, dir. Jean Sgard, Presses universitaires de Grenoble, 8 vol., 1977-1986. . Le Pour et Contre, éd. Steve Larkin, Oxford, Voltaire Foundation, 1993, 2. Manon Lescaut, éd. Jean Sgard, GF-Flammarion, 1995. . Manon Lescaut, éd. Jean Goulemot, Paris, L.G.F., 2005. . Manon Lescaut, éd. d'Avallon, 2023. Histoire d’une Grecque moderne, éd. Jean Sgard, PUG 1989. . Mémoires et aventures d'un homme de qualité, éd. Jean Sgard, Paris, Desjonquères, 1995. La Jeunesse du commandeur, Paris, Garnier-Flammarion 2005. . Cleveland : le philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, éd. Jean Sgard et Philip Stewart, Paris, Desjonquères, 2006. . Contes singuliers tirés du "Pour et contre", Paris, Classiques Garnier, 2010, 495 p.
Notes et références
Henri Duclos (abbé), Histoire de Royaumont : sa fondation par Saint-Louis et son influence sur la France, , Ch. Douniol, Paris 1867, 800 lire en ligne
Annexes Bibliographie Jean Desobrie, L’Abbé Prévost : un amour de moine. Essai biographique, Viroflay, Roger Editeur, 2018 Éric Leborgne, Bibliographie de Prévost d’Exiles, Paris, Memini, 1996, 237, . Henri Roddier, L’Abbé Prévost : l’homme et l’œuvre, Paris, Hatier-Boivin, 1955, 200, . Jean Sgard, Prévost romancier, Paris, José Corti, 1989, 634, . Jean Sgard, L’Abbé Prévost : labyrinthes de la mémoire, Paris, PUF, 1986, 239, . Jean Sgard, Vingt études sur Prévost d'Exiles, Grenoble, ELLUG, 1995,314 p. R. A. Francis, The Abbé Prévost's First-Person Narrators, Oxford, Voltaire Foundation, 1993 Jean Sgard, Vingt études sur Prévost d’Exiles, Paris, ELLUG Éditions, 1995, 316, . Richard A. Francis et Jean Mainil (éd.), L'abbé Prévost au tournant du siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2000, 390 p. Jan Herman et Paul Pelckmans (éd.), Prévost et le récit bref, Amsterdam et New York, Rodopi, 2006, 217 p. Jean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Paris, Hermann Éditions, 2013, 296 Jean Sgard, L'abbé Prévost : labyrinthes de la mémoire, Paris, Éditions Hermann, 2010, 237, . Alan Singerman, L’Abbé Prévost : l’amour et la morale, Genève, Droz, 1987, , 306
Liens externes
Liste des œuvres d'Antoine François Prévost (l'Abbé Prévost).
Catégorie:Écrivain français du XVIIIe siècle Catégorie:Romancier français du XVIIIe siècle Catégorie:Bénédictin français Catégorie:Abbé français Catégorie:Abbé du XVIIIe siècle Catégorie:Historiographe français Catégorie:Traducteur français du XVIIIe siècle Catégorie:Traducteur depuis l'anglais vers le français Catégorie:Traducteur depuis le latin vers le français Catégorie:Traducteur d'œuvres littéraires de William Shakespeare Catégorie:Journaliste français du XVIIIe siècle