Pieter De Rudder, en français Pierre De Rudder, était un ouvrier agricole, né à Jabbeke le , mort le . Sa guérison d'une fracture de jambe est un des plus célèbres « miracles de Lourdes » reconnus (un moulage en bronze de ses os est exposé au Bureau médical de Lourdes.), bien qu'elle ne soit pas censée avoir eu lieu à Lourdes, mais dans un sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, à Oostakker, près de Gand (Belgique, Flandre-Orientale).

Le dossier

Le , à Jabbeke (Flandre-Occidentale), la chute d'un arbre casse les deux os (tibia et péroné) de la jambe gauche de De Rudder, alors au service du vicomte Albéric du Bus de Gisignies. Plusieurs médecins le soignent sans résultatVoir par exemple . et l'un d'eux conseille l'amputation, qui est refusée par De Rudder ou par le vicomte. Les soins médicaux cessent à une époque mal préciséePour un exemple de discussion sur cette question, voir ..

Le vicomte verse à De Rudder une pension que l'abbé Rommelaere, vicaire de Jabbeke, qualifie de « beau salaire ». À la mort du vicomte, survenue le Relation de 1875 du vicaire Rommelaere, reproduite par , qui donne le 24 juin 1874; corrigé par la vicomtesse du Bus, lettre au Bien public, 3 février 1913., la pension est supprimée par son héritierAbbé Rommelaere, vicaire de Jabbeke, relation du 11 avril 1875, reproduite par ; Abbé E. Scheerlinck, Lourdes en Flandre, Gand, 1876 : « Hélas ! l'impitoyable mort vint frapper le généreux bienfaiteur le 21 juin 1874. Pierre se voyait de nouveau plongé dans la misère. »; déposition d'Auguste De Wulf : « Cette petite pension cessa dès que le vicomte mourut, car rien n'avait été écrit » (); témoignage de la veuve et de la fille de De Rudder en 1899 ().. Le , huit mois et demi après la suppression de cette pension qui a duré sept ans, De Rudder va implorer Notre-Dame de Lourdes à Oostakker et, dans le sanctuaire même, se proclame guéri. Il exhibe une cicatrice qui, si l'on en croit un témoignage tardif (et, en intention, favorable à la thèse surnaturelle), a dès la guérison un aspect ancienLettre du Van Hoestenberghe en date du 25 février 1907, reproduite dans ..

Les médecins traitants refusent de délivrer une attestation au clergé de la paroisseVoir par exemple . Les partisans du miracle expliquent ce refus par le « libéralisme », par l' «incroyance» des médecins traitants, mais ces mots semblent devoir être pris avec prudence. Ainsi, le Van Hoestenberghe () qualifie d' «incroyant» le feu médecin traitant Affenaer, qu'un récit du R.P. Van Tricht (Collection de Précis historiques..., t. 25 - t. 5 de la -, p. 659) présente formellement comme croyant., qui, en 1875, se contente, pour témoins oculaires de la persistance de la fracture à l'approche du pèlerinage, de deux voisins et amis de De Rudder, père et fils. Ces deux témoins signent une même attestation, rédigée par le vicaire de Jabbeke, selon laquelle ils ont vu, la veille du pèlerinage, les bouts d'os saillant dans la plaie. L'attestation mentionne, à la troisième personne, une habitante du village, non signataire, qui aurait vu la même chose l'avant-veille du pèlerinage, copie selon laquelle Maria Wittezaele aurait signé. La photo de l'attestation, reproduite dans le même livre, ne comporte pas de signature de Maria Wittezaele (ou Wittesaele), qui d'ailleurs, d'après son acte de mariage (Jabbeke, 2 avril 1845), ne savait ni écrire ni signer..

L'évêque de Bruges, Jean-Joseph Faict, demande par correspondance des renseignements au Van Hoestenberghe, un médecin qui n'avait jamais été le médecin traitant, mais avait examiné la jambe par curiosité. Le Van Hoestenberghe répond en avril et . Ses deux lettres, égarées par l'évêché avant l'enquête canonique qui aboutira à la reconnaissance du miracle par Gustave-Joseph Waffelaert en 1908, ne seront retrouvées qu'en 1956. Jean-Joseph Faict, quant à lui, ne procède pas à une enquête canonique.

Le dernier survivant des médecins traitants dont on a retenu le nom, le Verriest, meurt à Bruges le . Environ un an plus tard, à l'occasion du pèlerinage annuel belge d' à Lourdes Boissarie, dans Annales de N.-D. de Lourdes, octobre 1892, t. 25, p. 60., le Van Hoestenberghe se manifeste publiquement pour la première foisEn 1898, le Van Hoestenberghe expliqua son long silence par le désir de ne pas aller contre l'apparente froideur de Jean-Joseph Faict sur cette affaire. (.) Pourtant, à la différence du Verriest, Jean-Joseph Faict vivait encore quand le Van Hoestenberghe, en 1892, rompit le silence. (Jean-Joseph Faict mourut en 1894, cf. .). Il écrit au Boissarie, président du Bureau des Constatations médicales de Lourdes, deux lettres où il signale le cas De Rudder, disant avoir examiné à l'époque la jambe encore malade et ne pouvoir conclure qu'au miracle. Ces lettres provoquent une série d'enquêtes de la part de diverses autorités catholiques. Les témoins oculaires, qui, comme nous l'avons vu, semblent n'avoir été que deux en 1875, se multiplient au fil du tempsVoir les diverses enquêtes rapportées par , de même que les examens que le Van Hoestenberghe dit avoir faits de la jambe maladeFait reconnu par .. En 1907, devant la commission épiscopale dont le rapport aboutira à la reconnaissance du miracle, il affirme avoir examiné la jambe malade dix ou douze fois, la dernière fois trois ou quatre mois avant le pèlerinage.

La question de la date du dernier examen est importante, car, de l'avis de plusieurs médecins catholiques, le seul motif de considérer la guérison de De Rudder comme miraculeuse est la preuve testimoniale de son instantanéité, contredit le Reverchon qui croyait trouver dans les pièces anatomiques une preuve de la surnaturalité du processus.H. Lamiroy, dans .L. Elaut, dans ..

Les réponses d'avril et du Van Hoestenberghe à Jean-Joseph Faict, qui étaient perdues lors de l'enquête canonique, sont retrouvées en 1956 et publiées en 1957. Dans la seconde de ces réponses, le Van Hoestenberghe (qui, comme nous l'avons vu, allait déclarer devant la commission de 1907-1908 qu'il avait examiné la jambe malade dix ou douze fois, la dernière fois trois ou quatre mois avant le pèlerinage) dit n'avoir vu la jambe qu'une fois, plus de trois ans avant le pèlerinage.

Le chanoine De Meester, qui fut promoteur de la cause lors de l'enquête de 1907-1908, continue, malgré les lettres de 1875, à croire que le Van Hoestenberghe fit plusieurs examens de la jambe malade et que le dernier eut lieu environ quatre mois avant le pèlerinage de De Rudder. Il allègue en faveur de cette opinion des notes en ce sens que le Van Hoestenberghe dit avoir prises peu après le pèlerinage. Il s'agit de notes dont le Van Hoestenberghe parla pour la première fois en 1899, pour répondre à deux pères jésuites qui lui faisaient observer qu'il avait placé les soins du feu Verriest en 1875, ce qui, comparé à d'autres sources, semble trop tardifPour l'apparition des notes, voir . Pour la date des soins du Verriest, pp. 27, 58 et 80.. Les notes triomphent de cette objection : « Verriest 75C'est ainsi que le Van Hoestenberghe transcrit ses notes dans une lettre de 1899. (.) Sur la photo des notes, reproduite elle aussi dans le livre du chanoine De Meester, le chiffre 5 est difficile à lire.». Ces notes ont encore la particularité de contredire les lettres de 1875 à Jean-Joseph Faict non seulement sur le nombre et la date des examens que le Van Hoestenberghe fit de la jambe malade, mais aussi sur la date de l'examen qu'il fit de la jambe après le pèlerinage : d'après les notes, alors que, le , le Van Hoestenberghe écrivait à Jean-Joseph Faict qu'il n'avait pas encore eu le temps d'examiner la jambe guérie. Ces notes, qui se trouvaient à une place exceptionnelle dans le cahier du Van Hoestenberghe : la couverture intérieure, et non leur rang chronologique parmi les pages, ne sont plus connues que par une photo, car elles semblent avoir disparu à l'évêché, avec le reste du cahier.

Notes et références

Annexes Articles connexes Guérisons de Lourdes Miracle Sanctuaires de Lourdes

Liens externes

Bibliographie . . .

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